Designated survivor, ABC sur Netflix, fuyez !

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Lors d’un discours du Président américain au Capitole, boum, tout saute, 1 000 morts, tout l’exécutif et le législatif américain anéanti. Sauf Tom Kirkman – Kiefer Sutherland -, Secrétaire d’Etat peu charismatique et de peu de poids politique, jamais élu, sur le point de se faire virer, et qui avait été choisi avant la réunion du Congrès américain comme « Designated survivor », c’est à dire celui qui devrait prendre la relève en cas de catastrophe. Laquelle se produit. Il devient président. Début de l’histoire.

Le problème, c’est que la suite, vous pouvez vous même l’imaginer, tellement elle est attendue. Les scénaristes piochent sans vergogne dans Homeland et sans doute dans House of cards. Mais sans leur arriver à la cheville. Mention passable pour le personnage de Maggie Q, peu convaincant. Claire Danes, c’est quand même autre chose.

Et puis, tous ces lieux communs sur les USA, son président, sa mystique du sacrifice, sa bonne conscience, aucune ambiguïté de quiconque, … très lassant, très vite très lassant. ABC et Netflix, peuvent mieux faire. Passez votre chemin les amis.

La fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot, instructif

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La fille de Brest raconte l’histoire vraie du Docteur Irène Frachon, qui découvrit et dénonça les effets toxiques du Mediator, et se heurta à l’indifférence, à l’incurie du système de sécurité sanitaire français de l’époque.

C’est un film qui est une quasi-reconstitution de l’histoire. Ce qui en fait l’intérêt c’est surtout son aspect documentaire. Et de rendre crédible la motivation d’Irène Frachon, jouée par Sidse Babett Knudsen.

Voilà, 5 ans après la dénonciation du scandale, 4 ans après l’interdiction du Mediator des laboratoires Servier, la justice n’a pas encore rendu de jugement au pénal conclut le film. Et c’est quoi déjà l’estimation du nombre de morts ? 500 ? 1 000 ? Plus ?

Benoît Magimel très bon avec un personnage complexe, et sans doute celui qui dans l’histoire perdit le plus. Si vous avez l’indignation facile, si l’injustice et le cynisme vous révoltent, si vous ne supportez pas quand les méchants ne sont pas punis très fort, n’allez pas voir le film, vous allez vous faire du mal.

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Les damnés, adaptation et mise en scène d’Ivo van Howe, nourrissant

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Je ne sais pas trop quoi dire de ces damnés vus dimanche dernier. Très heureux d’y être, je n’étais pas très bien placé et la pièce ne me parvenait que par fragments. Que m’en reste-t-il une semaine plus tard ?

+ le jeu vénéneux de Christophe Montenez, comédien tout à fait impressionnant dans le rôle de Martin von Essenbeck,

+ le dispositif scénique où scène et coulisses se fondent,

+ la caméra sur le plateau pour que scène et écran se complètent, s’enrichissent, même si l’image m’a semblé parfois un peu en retard sur le son,

+ ce grand sol orange, comme du métal en fusion,

+ les micros dont sont équipés les comédiens et qui, me semble-t-il, ne supportent pas bien les cris, le son devient plat, les propos indistincts, à moins que ce ne soit moi qui soit un client potentiel d’Audika ( si concordance des temps bafouée, merci de me l’indiquer, je corrigerai, 😉 ),

+ la caméra dans les cercueils, l’agonie des uns et des autres, insoutenable,

+ et puis, il y a dans cette histoire de dévoration familiale et politique quelque chose qui m’a impressionné, sans même que je m’en rende compte, et qui doucement murit en moi. Peut être une phrase au début sur la nécessité de parler et d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Voilà, un grand merci à qui se reconnaîtra peut-être de m’avoir offert une place et cette chance de voir ce spectacle.

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Pascal Kobeh, abstractions, fascinantes

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Mycedium, 2012 © Pascal Kobeh

A Mac Paris ( Manifestation d’Art Contemporain, jusqu’au 27/11/16 à l’Espace Champerret ), je redécouvre les œuvres abstraites de Pascal Kobeh. Ce sont des photos du vivant sous-marin mais en si gros plan, ou en de telles couleurs, qu’elles deviennent autre chose : des peintures, des tissus, des signes, des symboles, des vues aériennes de contrées lointaines … ou un détail de la jupe d’une cougar qui passe. Vraiment très beau. Très singulier. Parfois vertigineux.

Ces images me fascinent. Vous les retrouverez en ligne à :

http://www.pascalkobeh.com/portfolio/abstractions

Photographe, spécialisé dans la photo sous-marine, Pascal Kobeh est aussi, d’abord et surtout un artiste, c’est à dire quelqu’un dont la création vous parle, vous taquine, vous intrigue, vous illumine. A voir, en ligne ou sur place.

© Pascal Kobeh

© Pascal Kobeh

Ci-dessous, les mots de Pascal sur cette partie de son travail.

Pourquoi cette série ?

De prime abord, cette série montre des photographies abstraites, or comme les extrêmes se rejoignent, elles peuvent également se revendiquer de l’hyperréalisme.

A l’instar du peintre abstrait qui se lance dans une composition, se laisse porter par son imagination, sa sensibilité, son œuvre, lorsque je passe la tête de l’autre côté de la surface, je suis porté au sens propre d’abord par les éléments puis au figuré ensuite. L’élément liquide, « un », m’entoure, me submerge, s’ouvre pour que je m’y enfonce, pour que je m’y engloutisse. Je ne sais pas alors ce que je vais voir, découvrir. J’ignore ce qu’il va advenir. Cet « un » forme le tout. Et se multiplie, ou plutôt se démultiplie. Il donne naissance à la « multitude ». Ces abstractions sont comme une gélatine passée au révélateur chimique, sauf qu’ici il ne s’agit que de restituer, de rapporter leurs couleurs originelles à la lumière du jour.

Faune, flore, minéraux, c’est un monde entier qui se donne à voir. Une vie réelle, intense. Des « figures » font leur apparition. Chacune possède son propre caractère, présente ses couleurs, ses livrées. Il faut souvent un regard attentif et patient, un deuxième passage, un « arrêt sur image » pour les repérer, les comprendre et les capter. Sous l’eau les couleurs s’estompent : dès cinq mètres, le rouge disparaît, suivi de l’orange et du jaune vers vingt-cinq mètres, puis c’est au tour du vert à quarante-cinq mètres. Au-delà ne subsiste plus que le bleu, qui devient noir dans les grandes profondeurs. Je ne suis que le témoin d’un instant, le spectateur d’une représentation fugace. C’est ce qui me permet de saisir et retransmettre cette « œuvre éphémère », montrant des détails que l’on ne remarque pas forcément au premier abord : elles nous dévoilent un plaisir d’initiés.

Suis-je victime de l’ivresse des profondeurs ? Mon imagination ne se laisse-t-elle pas submerger par un monde inconnu ? Ces couleurs, ces livrées, ces formes sont-elles réelles ? Les restituer en un plan très rapproché, n’est-ce pas se raccrocher à quelque chose de connu, à quelque création accessible ? A une œuvre humaine ou un paysage familier ?

Ces photographies se rattachent-elles à un mouvement artistique ?

« Les choses visibles sont éphémères, les invisibles sont éternelles », Saint Paul. Je ne peux pas dire qu’il s’agit d’art éphémère, encore moins de « land art » qui aurait lieu sous l’eau. J’en suis même aux antipodes. Il y a une forme d’éternité dans ses images. Certaines formes, couleurs étaient là bien avant nous. Elles seront encore là quand nous aurons disparu. A mon échelle, c’est ce que je reproduis. Mon temps sous la surface est compté. L’éternité est pour elles, ces formes, ces couleurs. Je ne fais que passer jusqu’à ce que l’air me manque. Un raccourci de l’humanité.

Finalement, que voir ?

Nous avons tous tendance à rationaliser ce qui se présente à nous. Le relier à quelque chose de connu, de rassurant. Ici, on est ailleurs. Dans tous les sens du terme. Depuis notre naissance, l’eau n’est plus notre élément. Confronté à une image abstraite, le spectateur va chercher à la rattacher à quelque chose de plus familier, une image qu’il a déjà vue, ne serait-ce qu’en levant la tête. Je suis frappé par les remarques qui identifient mes images abstraites au domaine de l’aérien. Une vue du ciel, alors que c’est des confins des abysses qu’elles remontent.

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Homeland, créée par Howard Gordon et Alex Gansa, accro

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Netflix. Je regarde avec 5 ans de retard la série Homeland. Après 8 ans de captivité dans les griffes d’Abu Nazir, membre éminent d’Al Qaïda, le sergent des Marines Nicholas Brody est libéré lors d’une opération commando. Carrie Mathison analyste de la CIA pense qu’il pourrait bien être « l’américain retourné » dont l’existence lui a été révélée par une source. Elle en parle à Saul, son patron et mentor à la CIA. Et c’est parti avec ces trois là pour 3 saisons pleines de rebondissements.

J’ai regardé les  36 épisodes en deux semaines. C’était parfait vu l’état de mes neurones. C’est une histoire qui donne envie d’être regardée. Il y a quelques moments où ça patine un peu, mais les scénaristes font l’effort d’aller de l’avant, quitte à sacrifier quelques protagonistes au passage. Je me suis attaché aux personnages principaux : Carrie, Nicholas et Saul. Et aux personnages secondaires, et un peu aussi aux méchants qui sont très méchants, mais à peine plus salauds que certains des gentils.  Le doute constant sur le vrai camp des uns et des autres, c’est un des intérêts de la série. Beaucoup de confrontations. Beaucoup de scènes d’action. Des problèmes monumentaux, comme s’il en pleuvait, mais résolus de manière crédible.  Enfin, ce qui m’a séduit, c’est que Homeland c’est avant tout une histoire d’amour.

Bon, quelques invraisemblances comme par exemple que Al Qaïda et l’Iran puissent marcher la main dans la main. Enfin une question reste en suspens. Qui a déplacé la voiture de Brody ? Et comment ?

Vous qui avez peut-être vu les saisons 4, 5 et 6, c’est expliqué ? J’en doute. Tant pis. Passons à autre chose pour le moment.

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Comancheria, de David MacKenzie, polar

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Au milieu d’un Texas frappé par la crise économique, où les cowboys, livrés à eux-mêmes, sont une espèce en voie de disparition, où presque tout le monde est armé, où banques et compagnies pétrolières sont des prédateurs redoutables, deux frères entament une série de braquages de banques. Pourquoi ? Quel est leur plan ? Le film va l’expliquer. Un ranger proche de la retraite, aussi perspicace que sarcastique, et son équipier se mettent sur l’affaire. Les duos vont-ils se rencontrer ? Il y a-t-il une morale à cette histoire ?

Polar où la tension et la violence montent lentement, inexorablement. Peinture d’un Texas sinistré où les gens parlent « de ceux qui ont volé la banque qui les vole depuis 30 ans ». Peinture croisée d’une fratrie et d’une amitié professionnelle. Si vous aimez les polars bien faits, dépaysants et originaux, ce film est pour vous.

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Maison de Rodin à Meudon, panorama

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Photos Musée Rodin Jean de Calan / http://www.musee-rodin.fr/fr/le-musee/le-musee-rodin-meudon

Visite ce vendredi de la maison de Rodin à Meudon. Dans un grand parc, à flanc de coteau, on visite d’abord le rez de chaussée de la villa des Brillants où Rodin vécu de 1893 à sa mort en novembre 1917. A voir la salle à manger et un petit salon attenant. Et surtout le grand atelier de Rodin avec sa véranda, qui existait quand il acheta la maison. Ce qui fait surtout de l’effet, c’est les photos d’époque où Rodin est à table, fête Noël, lit, travaille, échange avec un de ses fondeurs. Quelques panneaux explicatifs plutôt bien faits.

On descend un escalier, on fait quelques mètres et on arrive dans un bâtiment construit en 1930. Il abrite la « salle des plâtres » laquelle regroupe un grand nombre de moulages intermédiaires, dont ceux des Bourgeois de Calais. Sur certains plâtres, des petites croix au crayon. Sur d’autres, des pointes métalliques. Explications dans les deux vidéos ci-dessous. Il paraît qu’au Musée Rodin de Paris, si on regarde bien, on peut trouver des traces de ces processus créatifs.

En sortant de la salle, le Penseur, et juste à côté une terrasse avec un panorama rare.

Un endroit calme, stimulant, où même inculte on a l’impression de saisir un peu de l’homme et de l’artiste en mouvement. A voir, à faire.

A noter, une exposition temporaire consacrée à François Stahly (1911-2006). J’ai particulièrement aimé ses œuvres en bois.

Comment est réalisée une sculpture en marbre à partir d’un modèle en plâtre ( quel travail ! ) :

Comment est réalisée une statue en bronze par « fonte à la cire perdue » ( quel travail ! ) :

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Ps : A 5 minutes en voiture, la terrasse de l’Observatoire de Meudon

Libérez votre cerveau !, d’Idriss Aberkane, enrichissant

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Dans Libérez votre cerveau !, Idriss Aberkane explique comment notre cerveau fonctionne. Convenablement utilisé et entraîné, il peut nous permettre de réaliser des prodiges de mémorisation, de calcul, de développement de compétences artistiques, manuelles, techniques, …. Idriss Aberkane explique que, comme la main, le cerveau a un empan (la distance de l’extrémité du pouce à celle du petit doigt) lui permettant de bien saisir – ou pas, ou moins – les idées, les sentiments,…. Il montre aussi que notre cerveau a aussi besoin d’hygiène, d’entretien, de repos, d’exercice. Cette approche du cerveau, c’est ce qu’il appelle la neuroergonomie.

Le contre-exemple parfait et majeur pour lui, c’est l’école en France. Qui fait tout le contraire de ce qui serait bon pour notre cerveau, et donc bon pour l’apprentissage, l’acquisition des connaissances, le développement des idées et des techniques, etc. C’est un réquisitoire accablant. L’analogie entre l’école un restaurant infernal où l’addition serait basée sur ce qu’on n’a pas mangé est édifiante. Ce constat de la faillite des méthodes de l’école industrielle en France n’est pas nouveau, mais il est d’autant plus cruel qu’il se base sur l’étude du moteur et du lieu d’élaboration des idées, du savoir, de la connaissance : le cerveau.

C’est ce qui m’a le plus frappé dans ce ce livre. L’école. Qui n’a pas été marqué par l’école ? Qui ne connaît pas autour de soi quelqu’un dont les souvenirs d’école lui font monter les larmes aux yeux, même devenu adulte, père, mère ? Autant de témoignages de cerveaux maltraités, bousculés, méprisés, rabaissés, gâchés. Liberté, égalité, fraternité au fronton. Abus de pouvoir, mépris, ennui dans les faits.

Ce n’est pas le premier ouvrage qui décrit les carences de notre système scolaire. Mais en en s’intéressant au rapport du système avec le cerveau, Idriss Aberkane va au fond des choses. Ses arguments ne sont ni sociologiques, ni politiques, ni idéologiques, ni économiques. Ils sont scientifiques.

Bon, pourquoi les choses ne bougent-elles pas ? Pourquoi notre société accepte-t-elle encore et toujours d’avoir une école qui manque autant à sa mission ? Une école centrifugeuse qui éjecte les plus faiblement accrochés, une école qui conforte les inégalités sociales, qui manque à l’apprentissage des compétences de base, qui chaque année laisse des enfants sur le carreau par milliers, qui gave au lieu de donner envie. Une école où les enfants de profs réussissent beaucoup mieux que les autres, et où certains profs arrondissent leurs fins de mois avec des cours particuliers. Moi, quand je fais une erreur dans mon boulot, je ne demande pas à mon client de me payer pour la réparer ! Certains profs oui. Trop chouette ! Parfois, j’aimerais bien pouvoir faire pareil. Ce serait tout bénéf.

Ne pas être capables d’imaginer et de mettre en œuvre des solutions, c’est ce qui arrive à notre cerveau après des années « d’impuissance apprise », un autre concept expliqué dans le livre. La solution est sans doute en partie là, ou commence là. Sortir de cette impuissance apprise. Et parallèlement aider le cerveau de nos enfants à résister au gavage de l’école. Ne jamais encourager le conformisme : « à force de vouloir rentrer dans le moule, tu finiras par ressembler à une tarte ». Les aider à renverser le rapport de situation entre l’école et eux. Les soutenir quand l’école veut leur donner double dose de ses plats indigestes. Leur dire qu’ils finiront par rencontrer des diamants, ces profs passionnés et passionnants qui leur ouvriront des univers, en dépit du contexte. Leur faire voir Le cercle des poètes disparus. Voilà, l’école en ce moment ça me rend un peu véner. Ah bon, Antoine ?

Il n’y a pas que l’école dans le livre. Vous y trouverez bien d’autres réflexions enrichissantes sur les relations entre notre monde, nos activités, et le fonctionnement de notre cerveau.

Qu’ai-je fait concrètement après avoir refermé Libérez votre cerveau ! ? J’ai acheté à mon fils la console qu’il demandait. Je ne considère plus que jeux vidéos et performances scolaires sont antinomiques.

Que vais-je faire maintenant grâce à cette lecture ? Je vais, un m’intéresser aux relations entre géopolitique et neuroergonomie, deux apprendre des techniques de mémorisation spatiale qui me seront bien utiles pour le théâtre, trois essayer d’apprendre à méditer : la méditation c’est très bon pour notre cerveau dit Idriss. Bonne lecture.

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Il n’y en a pas pour tout le monde !

Je ne peux pas toujours écrire des billets sur des films ! Ca fait un moment que ces idées me trottent dans la tête. Ces intuitions, je les confie à ce blog pour les mettre à l’épreuve. Merci de ne pas m’accabler en retour, je ne suis ni sociologue, ni politologue, ni économiste, ni historien.

L’élection de Trump, le Brexit, la montée du FN et d’autres partis semblables dans le monde, je leur donne un sens en disant « Il n’y en a pas pour tout le monde ». Qu’est ce que ça veut dire ?

Les gens sont en colère, dit-on, qu’est ce qui les met en colère ?

Leur état, leurs difficultés, et surtout l’espoir déçu d’une amélioration de leur sort en raison de la finitude du monde. Tant que les ressources étaient perçues comme inépuisables, il y avait toujours l’espoir d’améliorer son sort en y puisant, ou en travaillant dur les utilisant. Mais maintenant c’est fini. Il n’y a pas assez d’eau potable, d’air (bientôt), d’espace, de blé, de travail pour tout le monde, sur une planète envahie de déchets. Les ressources s’épuisent. Le travail est rare. Il faut se restreindre. Et ce dans un monde où la mondialisation a organisé la concurrence de tous contre tous pour l’eau, l’air, le blé, l’espace, le travail. Consciemment ou pas, c’est ça qui met les gens en colère. C’est la déception, c’est l’avenir trahi, c’est le mur, pour eux, pour leurs enfants. C’est le constat qu’il n’y en a pas pour tout le monde. Qu’il n’y en a plus pour tout le monde.

Et attise cette colère, alors que les perspectives sont sombres, la demande faite aux gens :

+ de ne pas trop râler quand ils constatent que les inégalités croissent de manière phénoménale, avec une concentration de la richesse dans les mains d’une poignée d’individus et d’entreprises géantes, expertes en art de ne pas payer d’impôt, expertes en chantage à l’emploi .

+ d’admirer continuellement dans les médias la reproduction des élites fortunées qui constituent le « système » avec leur cortège de fils et filles de, alors même que les enfants des gens rament dans des institutions scolaires fossilisées, s’en font éjecter, ne trouvent ni stage ni boulot, sont exploités, et sont invités à tapiner dans des émissions de télé réalité, ou à dealer.

+ de faire de la place à d’autres qui ont encore moins qu’eux, par exemple les migrants. Et si les gens protestent arrive l’injonction surmoïque : ce sont des racistes, des xénophobes, des indifférents. Alors même qu’il est facile de constater que les plus démunis, c’est encore et toujours pour les plus pauvres. Les élites fortunées n’en veulent pas chez eux. Mon Dieu !

+ d’admirer béatement la digitalisation du monde, qui est à maints égards un moyen de contrôle social massif d’une efficacité redoutable, dans un contexte de finitude où la révolte pointe. Et si tu n’es ni branché, ni connecté, ni Facebooké, ni ci, ni ça, tu es hors jeu, tu es ringardisé.

En d’autres termes, chez des gens déçus, fragilisés, en colère, le « système » rajoute continuellement de l’injure à la blessure. Manière d’arranger les choses.

Quels sont les choix offerts aux gens ?

Premièrement, les tenants du « système ». Hyper-intelligents, ils sont conscients de l’état du monde mais ils ne le changent pas alors qu’ils en ont – au moins un peu – le pouvoir. Hypothèses. Ils n’aiment pas le changement. Ce sont des cyniques. C’est plus simple ou plus marrant de garder tout sous contrôle. Les solutions bousculeraient trop les puissances qui les soutiennent ou leur fiche de paye.

Deuxièmement, les anti-système. Eux, ils mettent du sel sur les plaies. Ils proposent de revenir en arrière, avec des recettes qui ne tiennent pas compte de la finitude du monde, du saccage de la planète, et de l’état de rareté qui s’impose. Leur confier le volant, c’est une impasse. Mais en promettant de bousculer le système, les anti-système captent les suffrages des gens en colère.

Troisièmement, il y a une ribambelle d’expérimentateurs, de penseurs qui veulent qu’il y ait une vie avant la mort, d’experts en coopération et en partage. De COP en COP, leur voix n’est guère entendue. Et pourtant, c’est dans cette direction qu’il faut aller. Trop attendre, ça commence à bien faire !

Voilà, fin du billet. Publication limitée dans le temps.

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Captain Fantastic, de Matt Ross, inoubliable

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Vivent dans une forêt du nord-ouest américain un homme et ses 6 enfants. Ils chassent, ils s’entraînent à toutes sortes de choses, ils étudient, ils font de la musique. Ils ont un véhicule : un ancien bus scolaire dénommé Steve qui leur permet d’aller au besoin à la ville la plus proche. La mère n’est pas là et son absence qui est amenée à se prolonger va bouleverser la vie de la famille. Le père – un brin psychorigide – et surtout ses enfants vont devoir se frotter au monde extérieur. A moins que ce ne soit le monde extérieur qui se frotte à eux. Mise à l’épreuve générale.

C’est très tendre. C’est surprenant. C’est beau. C’est émouvant. C’est plein d’amour. Ca nous parle de nos absurdités civilisationnelles. Je sais que je vais y penser, y repenser, encore et encore. Chouette, un nouveau copain !

A voir absolument.

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