Bob, de Stéphane Crouzet, message

BOB, c’est une allégorie. Une allégorie qui ne se laisse pas faire. Mais sur qui tapons-nous, tous les jours, jusqu’à blesser, gravement, sans s’en rendre compte, avec bonne conscience ? Sur BOB, born in the USA. Sur des groupes, sur des minorités, sur nous-mêmes ? Stéphane Crouzet a des choses à dire, et c’est à nous de les découvrir, de les imaginer. Nous voilà transformés en chassoeuf. Vraie piste, fausse piste, un extrait du discours de Kennedy sur les droits civils de 1963 se glisse dans le film.

BOB, c’est beau et ça parle, c’est donc de l’art. Un art mystérieux, et j’aime suivre le chemin proposé, s’éloignant de la narration explicative, chemin sur lequel Stéphane Crouzet s’est bien entouré : de Louis (that I know) qui propose des choses fortes, de 31dB (that I do not know) qui aime audiblement le travail bien fait, d’une très jolie voix aussi.

Voilà, dans Lipstick, il y avait un personnage. Dans BOB, il y en a deux. Je parie que dans le prochain Crouzet, il y en aura plus. Can’t wait. Bravo.

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Player one, d’Ernest Kline, comparatif

Je suis d’abord allé voir le film de Spielberg. J’ai posté un lien vers mon billet de blog sur FB, et Eric S. m’a recommandé la lecture du livre.

Petites réflexions en pagaille.

Roman, film, ce n’est pas tout à fait la même histoire. Celle du livre est plus sombre, plus pessimiste, plus dure. Elle est centrée sur Wade, pas sur l’équipe. Lequel Wade vit et parle de choses qui sont parfois très éloignées de l’univers enfantino-adolesco-aseptisé du film.

Le déroulé de la chasse est différent. La mécanique de résolution est différente, beaucoup plus attachée à la connaissance de la culture Pop, et Wade n’est pas forcément leader en la matière. C’est plus intéressant psychiquement, culturellement, que spectaculaire comme dans le film.

Bon, je ne me sens ni la capacité ni l’envie de faire une étude comparée des deux œuvres. J’ai trouvé le livre intéressant, et le film distrayant. Reste que ni l’une ni l’autre ne voient dans la réalité virtuelle un moyen de remédier à la crise écologique, mais juste un moyen de s’y soustraire psychiquement, comme on ferait avec un psychotrope.

Ah, IOI, c’est l’anagramme du nom des méchants. Dans 2001, il fallait voir dans HAL le reflet d’IBM (par un simple décalage ordinal). Dans IOI, il y a-t-il quelque chose à voir ? Please tell me.

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La casa de papel, saison 2, miam !

Eric R., érudit des séries et de bien d’autres choses, m’a expliqué qu’en fait il n’y avait qu’une saison à l’origine et que c’est Netflix qui en avait fait deux saisons, et remonté des choses au passage.

Anyway, j’attendais avec impatience la suite et de savoir comment ce braquage allait tourner. La question étant, vont-ils se faire capturer/tuer ou pas ? Cameroun ou Brésil ?

Cette deuxième saison se concentre sur l’affrontement entre Raquel et Salva, entre l’inspectrice et le professeur. La tension n’est pas la même que dans la première saison. Il y a quelque chose de plus humain, de plus personnel. Ca se regarde, ça se déguste, comme une bonne bouteille d’un vin léger dont on redemande.

Trois petites critiques :

+ les scènes d’affrontement sont quand même peu réalistes,

+ je suis resté un peu sur ma faim, j’attendais plus de profondeur dans la piste donnée par le Bella Ciao final de la première saison. Résistants, résistants, un peu vite dit.

+ la fin sent l’écurie – je veux dire le désir d’en finir avec l’histoire -. Le montage est quelque peu mensonger, le destin de Raquel n’est pas très clair et les retrouvailles sortent un peu de nulle part. Un peu dommage ces dernières minutes pas complètement abouties.

A voir quand même, amigos.

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Annihilation, d’Alex Garland, anxiogène

Sur la côte est des Etats-Unis, une zone entourée d’une frontière transparente sur laquelle se forment des effets d’irisation et de miroitement s’étend lentement. Les autorités ont fait le vide dans la région. Rien n’en est jamais ressorti : animal, drone, humain …  sauf Kane, membre des forces spéciales, qui y avait été envoyé avec quelques hommes, et qui en ressort gravement malade, sans que son mal puisse être bien défini.

Sa femme Lena, biologiste et militaire, désireuse de tout faire pour sauver son mari, se joint à quatre autres femmes, toutes scientifiques. Leur mission : se rendre au phare où tout a commencé.

Le film est construit comme un retour en arrière, et dans ce retour en arrière il y aura d’autres retours en arrière. Les décorateurs et les spécialistes d’effets spéciaux ont fait un très beau travail pour créer une nature perturbée, et parfois dangereusement perturbée. Le rythme est assez lent, et s’accélère brusquement chaque fois que l’équipe s’enfonce un peu plus dans le cauchemar. Comme on sait par avance que Lena va en ressortir, et pas les autres, ça crée beaucoup d’ironie dramatique à leurs dépends. Ironie qui finira par aller beaucoup plus loin.

J’ai lu après avoir vu le film qu’il reflétait admirablement la vision de la dépression vu de l’intérieur. Je l’ai trouvé angoissant, anxiogène, comme beaucoup de programmes sur Netflix d’ailleurs. Une précision, Annihilation n’est pas une production originale de Netflix. C’est un film que la Paramount n’a pas voulu distribuer tel quel, et dont le producteur a préféré faire affaire avec Netflix pour sa sortie.

Si vous êtes à la recherche de légèreté, passez votre chemin. Si vous voulez pouvoir dire dans les dîners en ville que “Décidément, Netflix bouscule le cinéma !”, regardez-le. Curiosité, goût pour le fantastique, appétit pour toute forme de narration, … plein d’autres raisons de voir ce film.

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Chappie, de Neill Blomkamp, variation

Dans un futur proche en Afrique du Sud, la police est débordée. Elle s’équipe d’auxiliaires robots très efficaces pour lutter contre les gangs qui redoublent de violence. Parmi ces robots, le scout #22 qui se prend pain sur pain et qui, DU COUP, est un habitué de la maintenance. Dans l’usine, l’ingénieur Deon, le créateur des scouts, aimerait bien passer à la vitesse supérieure et tester un programme d’intelligence artificielle. Sa patronne s’y refuse. Et un de ses collègues, adepte d’une manière encore plus forte, voudrait lancer un nouveau modèle de robot de combat, terrifiant de puissance. Tout est sous contrôle. Pas pour longtemps.

Chappie, sorti en 2015, et que je découvre sur Netflix, c’est une variation sur le thème de l’intelligence qui vient à la machine. Ici, c’est plus que l’intelligence, c’est la conscience. Plutôt séduisant de voir Chappie – c’est le nom qui sera donné au scout 22 AI-upgraded – tiraillé entre ses différents éducateurs.

Petit à petit, quelque chose de familier est venu me chatouiller. Oui, je reconnaissais quelque chose de la patte d’un réalisateur. Celui de District 9 ? Gagné ! Vérification faite, c’était bien lui. Alors, cette patte, sa patte, de quoi est-elle faite ? Un goût pour l’action violente, pour les effets spéciaux très aboutis, pour les personnages de laissés pour compte qui se reprennent, pour les méchants qui abusent de leur pouvoir, pour le sens du sacrifice des héros. Et aussi pour un style visuel que je ne pourrais définir qu’au prix d’une observation plus attentive.

Dans la distribution, des vedettes : Sigourney Weaver (avec un petit rôle), Hugh Jackman qui pour une fois fait le méchant, et Dev Patel qui fait le héros. Et aussi l’acteur fétiche de Neill Blomkamp : Sharlto Copley qu’on ne voit pas mais qui anime Chappie.

Pas aussi réjouissant que District 9, mais solidement intéressant.

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Ready Player One, de Steven Spielberg, codes

Quand les jours sans vent se succèdent, il faut savoir lâcher sa pagaie. Je suis allé voir Ready Player One.

2045. Columbus, Ohio. La réalité virtuelle est partout, tant la réalité est chaotique, et surtout celle du quartier des “Piles”, sorte de bidonvilles verticaux où s’empilent mobil-homes, caravanes, camionnettes, ….

Comme presque tous les terriens, Wade, adolescent orphelin, fréquente L’OASIS, gigantesque monde virtuel aux possibilités infinies. Son créateur, Halliday, est mort il y a quelques années. Il a légué L’OASIS à quiconque y trouvera l’œuf de Pâques numérique qu’Halliday y a dissimulé. Depuis des années, beaucoup cherchent, dont Sorrento patron de la puissante société IOI, concurrente de L’OASIS, et psychopathe à ses heures. Mais personne jusque ici n’a rien trouvé. Wade, dont l’avatar s’appelle Parzival, poursuit ses recherches. Une rencontre dans L’OASIS lui ouvre un jour de nouvelles perspectives. Pour Wade et Parzival, c’est le début d’ennuis en mode démultiplié.

C’est bien tout : écrit, filmé, joué, visuellement, FXement, etc. C’est beau, c’est hyper distrayant. On peut même y trouver un message si on veut. Et il me semble que les connaisseurs de jeux vidéo – dont je ne fais pas partie – y trouveront encore plus de plaisir que moi. Question de culture et de codes.

Ceci dit, il y a deux ou trois petites choses dans l’histoire que je n’ai pas comprises. Par exemple, le rôle de l’ancien associé d’Halliday. Ou encore le personnage d’I-R0k dont j’ai attendu vainement l’arrivée dans le monde réel. Mais pourquoi avait-il donc un torticolis dont il est plusieurs fois question ? Bon, c’est pas bien grave. Je demanderai à mes enfants de m’expliquer quand ils iront le voir. Ou alors je demanderai à Eric R.

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The disaster artist, de James Franco, rigolo

1998. A San Francisco, dans un cours d’art dramatique, un apprenti comédien coincé – Greg – rencontre un autre apprenti, un peu plus âgé, et plutôt extraverti – Tommy – . Ils se soutiennent l’un et l’autre dans leurs rêves d’une carrière de comédien et un jour ils partent pour Los Angeles dans la Mercedes blanche de Tommy, Tommy pour qui l’argent n’est pas un problème.

Les mois passent. Les déconvenues s’amoncèlent. Pour s’affranchir du désir des autres, Tommy décide d’écrire, de réaliser, et de produire son propre film, dans lequel lui et Greg joueront. Il s’agit de The room. Le film a vraiment existé, on le comprend grâce à la séquence introductive, les personnages aussi.

D’abord, c’est super bien joué, notamment par un James Franco méconnaissable avec son accent indéfinissable, ta tête de vampire violeur, sa manière de friser constamment avec la grande folle sans jamais franchir le pas. Mais, petit à petit, on prend conscience de rire aux dépends de vraies personnes, et ça devient moins facile. Trop plein d’empathie peut-être.

Bref, j’ai admiré la performance des comédiens, et celle du metteur en scène. Je n’ai pas été fasciné par l’histoire de cette amitié, et je ne suis pas sûr d’avoir un jour envie d’aller voir The room pour rire aux dépends de Tommy Wiseau. Et puis voilà.

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Avant que de tout perdre, de Xavier Legrand, souffle coupé

Caché sous un pont, un garçonnet sèche l’école. Sa mère passe le prendre en voiture. Ils vont chercher la grande sœur. Les trois se rendent au supermarché où la mère travaille. Ils fuient. Mais quoi ?

Le film m’a coupé le souffle. Je venais d’avoir une conversation avec Julie sur Jusqu’à la garde, du même Xavier Legrand. J’ai eu envie de voir ce film fait avant l’autre. Plus court, il préfigure le long-métrage, comme une répétition générale, mais une répétition totalement aboutie, et qui a sa propre vie, sa singularité, sa propre histoire.

La tension monte petit à petit. D’un côté l’urgence de la mère et de ses enfants, de l’autre les collègues, qui comprennent ou pas, qui prennent la pleine mesure de la situation ou pas, qui se fendent d’un conseil lénifiant ou pas, qui aident ou pas, qui rejettent cette irruption dans leur confort ou pas. Déjà, une poignée de plans fixes remarquables, comme cette attente devant la porte fermée et là, Xavier Legrand ne se dégonfle pas, il ne bouge pas d’un poil, et nous on est avec eux !

Vers la fin, arrivée du geôlier, du monstre, de la menace, du tyrannosaure. Il s’appelle Antoine (tous les Antoine ne sont pas des mecs biens 😉 ! ).

Avant que de tout perdre, c’est plus qu’une fuite, c’est une évasion. C’est très fort. Vu sur iTunes pour 2 euros 49. A voir séance tenante.

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La casa de papel, d’Álex Pina, prenant

8 braqueurs investissent la Maison Royale de la Monnaie à Madrid. Ils y prennent 67 otages et, masque de Dali sur le visage, attendent l’arrivée des forces de l’ordre. Ils sont pilotés de l’extérieur par “le Professeur”, lequel a tout prévu, y compris de manipuler la police. Mais quel est le but réel du braquage, et comment comptent-ils s’échapper ?

Au début, ça fait penser à Inside Man, avec le même jeu de confusion vestimentaire, une dissimulation des objectifs réels du braquage, la manipulation de la police, …. Mais, comme c’est une série, on a le temps d’aller beaucoup plus loin, et c’est tant mieux, on ne perd pas son temps.

Grande réussite, le personnage du Professeur qui a conçu le braquage et le dirige à distance. Quand événements et imprévus le mettent sous pression, c’est vraiment jouissif. Qui est-il ? D’où vient-il ? De quoi est-il fait ? Entre filiation et résistance, les deux derniers épisodes de la première saison, et le générique du 13ème épisode nous donnent quelques indices. Mais c’est peut-être trompeur.

Autre réussite, la solidité des personnages et tout le casting qui les incarne : braqueurs, otages, policiers. Il se dégage de ces personnages que l’histoire construit petit à petit une sorte de sensualité troublante.

Grand plaisir : entendre de l’espagnol, ça change de l’anglais ! D’où la sensualité peut-être aussi.

Enfin, j’ai beaucoup aimé aussi la manière narrative, mêlant voix-off rétrospective, flash-backs, création de tonnes d’ironie dramatique, etc.

Petit bémol, de temps en temps on se demande quand même qui garde les otages !

Enfin, sentiment très personnel : je retrouve dans Miguel Herràn quelque chose de Jean-Michel, et c’est assez troublant.

Bon, à la fin de la saison 1, le Professeur est en mauvaise posture, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il avait prévu cette possibilité ….

A voir en ces derniers jours de l’hiver où le temps est revenu ici à la pluie et à la neige aussi annonce-t-on.

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Moi, Tonya, de Craig Gillespie, lutte des classes

L’histoire de Tonya Harding, championne américaine de patinage artistique, racontée par ….

C’est la trouvaille narrative du film. D’abord rencontrer les principaux personnages, les interviewer, puis mettre en scène ces récits contradictoires avec des interviews où ce sont les comédiens qui s’expriment. Cerise sur le gâteau, de temps en temps, ils s’adressent directement au spectateur pour commenter ou torpiller ce qu’un autre a dit. Ça marche très bien.

Autre intérêt du film, c’est cette lutte entre les nantis américains qui dirigent le patinage artistique (ici on dirait les bourgeois) et Tonya Harding, fille de pauvres, redneck comme elle dit, passionnée, surdouée du patinage (première américaine à passer un triple axel en compétition), mais qui “n’a pas sa carte”. Elle le sait, ça l’exaspère, mais ça ne suscite pas en elle de révolte existentielle. Marche ou crève. C’est d’abord une battante.

Et puis il y a aussi le personnage de la mère (Allison Janey Oscar du second rôle féminin), abominable de méchanceté, d’égocentrisme, de dureté, qui choisit toujours ses moments pour dire les pires choses à sa fille, laquelle, par exemple,  est une “mauviette”, “chouine”, “patine comme une grosse gouine”. Son but affiché : endurcir sa fille pour qu’elle ait la volonté de réussir. Si vous vous plaignez de votre mère, allez voir le film, ça vous fera relativiser.

Ma mère, la mienne, fan de patinage, aurait-elle aimé le film, et le personnage de Tonya ? I think so.

A voir.

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