Fleuve noir, d’Erick Zonca, noir de noir

Un ado, Danny, disparaît. Le commandant Visconti enquête. Un voisin l’intrigue. La mère de l’ado le fascine. Et son fils à lui deale du côté de Pigalle. Ca va pas être une enquête facile, et ce d’autant moins que Visconti est au bout du bout du rouleau de sa vie.

Vincent Cassel est stupéfiant, en flic usé, alcoolique, laid, quasi difforme, mais dans lequel la flamme humaine et l’instinct policier ne sont pas tout à fait éteints. Romain Duris ne l’est pas moins en prof apprenti écrivain introverti et allumé. Et Sandrine Kimberlain en mère éplorée, éteinte, qui survit, l’est tout autant. Ils sont tous les trois sortis de leurs sillons. Dans des compositions, des quasi contre emplois. Et le reste de la distribution ne connaît pas de faille.

L’histoire tourne bien. C’est fluide. Comme un fleuve. On sait où on est. Il n’y a rien de superflu, pas de coquetterie de style. Pas de facilité de récit. C’est maîtrisé. Et c’est noir, noir, noir de noir. Comblera les amateurs de polars.

 

Lost in space, saison 1, de Zack Estrin et Matt Sazama, enfance

En route pour Alpha du Centaure, le vaisseau spatial Résolution rencontre un problème aussi inexpliqué que violent. Des groupes de colons se réfugient – chacun avec leur navette spatiale familiale, les Jupiter – sur une planète proche. Dont la famille Robinson, la mère, le père et leurs trois enfants. C’est une famille de colons. Ils ont tous passé avec succès des tests d’aptitudes et de résistance au stress. Sur cette nouvelle planète, ils vont être mis à l’épreuve. Et plutôt plus que moins.

J’ai regardé cette saison en trois ou quatre jours, profitant de l’absence des unes et des autres.  J’ai eu l’impression de regarder un conte pour enfants, à la sauce science-fiction. Un conte bien raconté. Sans niaiserie. Avec une sorcière. Avec un ogre que l’on domestique. Et pleins de conflits internes et externes à résoudre. Des relations familiales à la fois modernes et originales. Des adolescents pas stéréotypés. Un conte spectaculaire, intéressant et plaisant. Et des comédiens crédibles.

La fonction du conte, c’est, parait-il , d’aider les enfants à surmonter leurs frayeurs et leurs angoisses. Et moi, ça m’a fait quoi ?

On ne perd pas son temps à le regarder en attendant la saison 2 annoncée par Netflix. (si une saison ne marche pas assez, pas de suite avec Netflix, voir Marco Polo).

PS : En creusant un peu, j’ai appris l’existence et la carrière de Brian Steele, comédien spécialisé en monstres, robots, et créatures diverses.

Extinction, de Ben Young, prisonnier

Un père de famille fait des cauchemars ce qui trouble le sommeil de sa femme. “Ca commence à bien faire” lui dit-elle, “tu devrais consulter”. “Oui, tu devrais”, renchérit son chef à l’usine. Mais lui, il est têtu, il ne veut pas consulter. La tension monte. Tout à coup, patatras, ses cauchemars deviennent réalité. Des aliens attaquent. Mais qui sont-ils ? En fait ?

Deux remarques :

Une. Il y a une idée intéressante dans l’histoire : les robots humanoïdes ayant évolué grâce à l’IA ont pris la place des hommes, mais ils n’en savent rien (comme le héros jusqu’aux deux tiers du film).  Malheureusement, ce qui est construit à partir de cette idée n’est pas très intéressant. Pas beaucoup de profondeur. Juste une histoire en passant.

Deux. Netflix me propose systématiquement des films aussi apocalyptiques qu’anxiogènes. Oblivion, why not, Extinction, non merci. Les comédies, j’aime aussi. La légèreté, j’ai rien contre. Mais il faut admettre que je suis prisonnier de l’algorithme de Netflix. Comment se faire la belle ? Dites-moi si vous savez.

How it ends, de David Rosenthal, navrant

Will est à Chicago. Sa fiancée, enceinte, est à Seattle. Il dîne avec ses beaux-parents et se dispute avec son beau-père, militaire retraité et intraitable, prénommé Tom, joué par le grand Forest Whitaker. Le lendemain matin, une mystérieuse catastrophe frappe la côte ouest. Tom décide d’aller secourir sa fille et Will se joint à lui. Début du voyage et des aventures des deux mâles.

Le seul moment où le film prend un peu de relief, c’est quand les deux hommes font la rencontre de Ricky, une jeune indienne mécanicienne auto. Mais comme les scénaristes ne savent pas quoi faire d’elle, elle finit par prendre son sac et se barrer (c’est ce qu’on nous dit, écrire et filmer la scène en question c’est sans doute trop prise de tête).

Le reste du temps c’est, au choix, d’une platitude de bois, totalement prévisible, abracadabrantesque, ou tout bonnement navrant. Palme d’or de la fin la plus débile que j’ai jamais vue.

A éviter. C’est pas parce que c’est du Netflix que c’est de l’or en barre.

Fortnite, d’Epic Games, anxiogène

N’est pas mainstream qui veut. Des semaines après sa sortie, je télécharge Fortnite sur un Ipad et je me lance. Je trouve je ne sais plus comment un fusil. Je me promène. J’arrive devant une maisonnette. J’ouvre la porte. Derrière, un type en tenue de cosmonaute attendait patiemment. Il me flingue instantanément. Saisissant.

Fortnite sous sa version Battle Royale c’est le pendant d’Hunger Games en jeu vidéo. 90 joueurs et joueuses sont parachutés sur une île. Elle est abandonnée, comme si ses habitants étaient partis précipitamment. Ici et là des lotissements, une fabrique de sanitaires, des décors bien fichus. On trouve des armes et de l’équipement un peu partout. Quand on rencontre un autre joueur, c’est lui ou soi. C’est presque toujours lui en ce qui me concerne. Une fois touché, on se retrouve à quatre pattes. On peut se déplacer ainsi lamentablement. Certains vous achèvent au fusil. D’autres préfèrent vous finir à la pioche. Oui, à la pioche. Par sadisme ? Non, par discrétion, les coups de feu pouvant attirer d’autres joueurs et donc du danger. Toutes les deux minutes, la zone de jeu se resserre. Et si on se retrouve hors jeu, on ne tient pas très longtemps.

Surtout par maladresse et un peu par dégoût, j’ai eu du mal à tuer d’autres joueurs. J’ai adopté une stratégie de survie très personnelle, sous les moqueries de mon fils, expert en tactiques de combat sur jeu vidéo. Je m’éloigne. Je me planque. Je me déplace  accroupi. J’observe. J’accompagne le rétrécissement de l’espace vital jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une poignée de joueurs. Bon, quand ils me repèrent, je survis 3 secondes. Ils bondissent, visent juste, et ont un armement à faire frémir Kim et Donald. Trois ou quatre fois j’ai fini deuxième. La stratégie du lapin de garenne.

Donc si je dis que c’est un jeu anxiogène, sadique, et métaphorique de la course du rat libérale, on va dire que c’est parce que je suis nul. On n’aura pas raison.

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The get down part II, de Baz Luhrmann, touchant

Bronx, 1978, suite et fin des aventures de Mylene et d’Ezekiel des Get down brothers.

J’avais regardé il y a quelques mois le début de la deuxième saison, à savoir un épisode et demi. J’avais raccroché, avec l’impression que ça tirait un peu à la ligne, et je ne voulais pas gâcher le plaisir de la première saison. Je m’y suis remis ce samedi, 5 épisodes d’affilée.

Pour tous les personnages, la saison 2 répond à une seule question : deviendront-ils eux-mêmes ? Se révèleront-ils à eux-mêmes ? Ou retomberont-ils au fond du panier ? Et sera le prix à payer, car on n’a rien sans rien ? Les uns après les autres, les unes après les autres, de Shao à Papa Fuerte, ils, elles y passent. Ils gagnent, ils perdent.

Finalement, cette interruption a eu du bon, car cette saison 2 ce n’était plus tout à fait la même histoire ce que je n’avais pas bien perçu.  Même le tissu cinématographique, fait d’images d’archives, a changé. Cette fois-ci il s’agit plus de faire la continuité entre les scènes, grâce à un savant travail de montage et d’étalonnage, que de nous parler du New-York, du  Bronx de ces années 70. The Get Down part II raconte le succès comme un sacrifice, qui advient lorsque vous vous êtes dépouillé de tout, quand vous êtes prêt à passer de l’autre côté. Enfin, il n’y a pas de chanson aussi marquante que le Set me free de la première saison, sauf peut-être la ballade finale, et le rôle toujours décisif de Jackie.

A la toute fin, la série nous dit que Rapper’s delight sortait quelques mois plus tard, chanson qui devait populariser le hip hop.

The get down, c’est la série avec laquelle Netflix m’a harponné. Depuis ils n’ont pas chômé. En France, combien de temps reste-t-il à la création télévisuelle et cinématographique pour se réveiller et passer au karcher ses modes de fonctionnement, de financement, de décision, de production, de diffusion ? Hélas, tout porte à croire que ce ne sera fait que trop tard, un peu comme les tribus de l’Île de Pâques. Too bad.

Faut d’abord regarder la saison une, of course.

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Happy !, de Patrick McManus, décapant

Nick Sax. Un ex-flic au bout du rouleau. New-York. Des idées suicidaires. Et tout de suite une fantaisie pour vous dire que ce qui suit va sortir de l’ordinaire. Une petite fille qui se fait enlever par un Père Noël de cauchemar. Une petite licorne bleue qui s’adresse à Nick : il est le seul à la voir et l’entendre. Des méchants qu’on dessoude salement. Nick est devenu tueur à gages à la suite d’un trauma particulièrement dégueulasse. J’ai vu les 8 épisodes de la saison 1 sur Netflix.

C’est assez sanglant. Loufoque. La résilience de Nick dépasse les bornes. C’est bien fichu. Il y a une vraie chaîne alimentaire des méchants avec au-dessus des principaux méchants, un autre méchant encore plus méchant, plus un autre, etc.

Il me semble que les auteurs ont lu, vu et aimé les mêmes livres, bédés et films que Tarantino. Même goût pour la musique, pour la violence, pour le sadisme, pour le kitch. Même fascination pour la sodomie placée au sommet des tourments que Nick, vivant qui revient des morts, peut endurer.

C’est assez marrant. C’est même très marrant. Et je ne nie pas la fonction cathartique de ce personnage assailli de toutes parts et qui s’en sort, forcément. C’est une série emblématique de ce que Netflix propose : un vent de liberté créative, pas forcément, pas toujours époustouflante, mais assez souvent surprenante et réussie comme ici. Bravo aux auteurs.

Christopher Meloni : puissant, iconoclaste, un air de folie dans l’œil.

Patrick Fischler : maître tortionnaire d’anthologie

Bryce Lorenzo : l’incarnation du courage

A voir.

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Lie to me, créée par Samuel Baum, bingée sur Netflix

La série américaine a presque 8 ans. Je l’ai regardée en quelques jours de mai, les 48 épisodes. A la suite de quoi j’ai tenté d’appliquer tout ce que j’avais appris sur le mensonge et les micro-expressions faciales sur mon entourage. Peine perdue, j’étais déjà hyper-bon en détection à l’état de nature (et faut surtout pas qu’on pense le contraire). J’ai aussi essayé d’être un peu brusque de manières histoire de m’affirmer. Mais ça ne m’allait pas trop au teint m’a-t-on fait remarquer. J’ai pris bonne note. je trouverai un autre moyen.

Bon, je suis assez fan de Tim Roth avec son personnage du Dr Cal Lightman provocateur, d’un grand courage physique, malin plus que de raison, et quand même en apesanteur histrionique désarticulée pendant quelques épisodes de la saison 2.

Je suis surtout fan de sa fille Emilie, Em comme il l’appelle. C’est le personnage le plus intéressant. Elle défie son père. Elle est beaucoup plus intelligente et courageuse que lui. Lui c’est de la lumière sombre. Elle c’est de la lumière claire. Et c’est Emilie qui révèle à la fin ce qu’on pressentait le long des 48 épisodes, et dont on n’aura l’annonce que dans la dernière réplique, le big crush de Cal pour Gillian.

Bon, à moi, ne me mentez pas. Et si quelqu’un a déjà mangé des tartines aux fèves, qu’il m’en parle que je sois moins idiot.

A voir.

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Haramiste, de Antoine Desrosières, sororité

Je suis venu à Haramiste de la manière suivante.

J’ai commencé par parcourir une série de liens vagabonds de Méta Media intitulée “La guerre des télés contre Netflix est déclarée”.

https://www.meta-media.fr/2018/05/12/liens-vagabonds-la-guerre-des-teles-contre-netflix-est-declaree.html

“A quoi bon déclarer une guerre que l’on a déjà perdue ?” me demandai-je et m’est revenue une interview lue dans un blog qui donne des pistes pour comprendre pourquoi la création télévisuelle française est aussi peu fructueuse : impasse de la politique des auteurs, suprématie du réalisateur, mépris du travail du scénariste, étroitesse d’esprit, conformisme et aveuglement des décideurs, absence de confrontation des projets à la réalité, ….

Malaise chez les scénaristes de séries françaises

Continuons, en lisant cet article, tout à la fin, je tombe sur un lien vers un autre billet de blog que je suis :

« Haramiste » à l’épreuve des cultural studies : entretien avec Antoine Desrosières

Pour résumer, les cultural studies, c’est un moyen de s’assurer que son projet ne comporte pas de stéréotypes, de biais raciaux, d’esprit colonial, etc. Surtout utilisé aux USA. Et ici on gagnerait à se poser ce genre de questions au cinéma et à la télé, indique le scénariste interviewé dont il est question plus haut. Bref, continuons, je décide de visionner le moyen métrage Haramiste objet de la seconde interview. Je fais ça derechef (derechef, c’est désuet, j’adore). 40 minutes. J’en pense quoi ?

• La question culturello-islamo-sociétalo-jesaispasquoi m’est passé un peu au-dessus de la tête. J’ai surtout vu deux sœurs qui tchatchaient sur la sexualité, les interdits, leurs désirs. Autrement dit, je ne me suis pas dit : “Oh là là , des jeunes musulmanes qui parlent de cul, quelle audace !”

• Paradoxalement, ce sont les morceaux de conversation non “explicites” qui sont le plus intéressants, comme quand la grande force à la soumission la petite par chantage, c’est vraiment juste et drôle.

• J’ai préféré la plus jeune sœur, pleine d’une énergie comique qui ne demande qu’à sortir.

• J’ai pas été subjugué, juste intéressé et par moments séduit.

Combien ça coûte de faire un film comme celui ci ?  Le tournage ( 3 décors : un banc devant le centre commercial, au pied de barres d’immeubles, dans la chambre des sœurs, 0 machinerie, rien qui a l’air très compliqué à faire… ) La postprod. Et avant tout cela, l’écriture. A combien la valoriser ?  Tout ça pour dire que le sujet c’est pas le budget mais l’histoire qu’on a à raconter. On en a une, ou on en n’a pas.

Après Haramiste, où nous emmènera le prochain Desrosières ? Sur Netflix ?

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Je ne suis pas un homme facile, de Eléonore Pourriat, poilant !

Damien conçoit des applications dans une agence de marketing mobile, tel le Gourdinomètre. Macho, dragueur, parisien, il a “la plus grande collection de capotes usagées de l’Ile de France”. Patatras, il se réveille dans un univers à front renversé. Les femmes à la place des hommes, et vice et versa, et tous les défauts qui vont avec. Le matriarcat a remplacé le patriarcat. Passé la sidération initiale, comment Damien va-t-il s’en sortir, lui qui devient le secrétaire particulier d’une séduisante écrivaine de renom ?

C’est un film français Netflix. C’est à dire un film qui ne sort pas en salles, qu’on ne le voit pas à la télé, pour l’instant. Mais c’est un film quand même. Et des films français Netflix, il va en y avoir de plus en plus si l’on comprend bien, et au vu de ce film, certains vont avoir à rougir de la comparaison.

Bon, toutes ces situations inversées, à la maison, au travail, dans l’espace public, où les femmes dévalorisent, toisent, méprisent, agressent, abusent, baisent les hommes, et les traitent de “masculinistes” quand ils se rebellent … c’est très drôle, et si je dis “poilant” c’est que la question du poil y joue un rôle non négligeable. C’est une comédie, qui prend le parti de ridiculiser le machisme, la domination masculine, en faisant perdre aux hommes leur dignité de dominants dans une série de situations qui sentent fortement le vécu, le raconté, l’observé, l’entendu.

Bon, est ce que c’est tout le temps drôle ? Non, parfois ça grince et il le faut bien. Est ce que ça peut faire rire tout le monde ? Je ne sais pas. Est-ce que ça peut faire rire les femmes de ma vie ? Je ne sais pas, je l’ai regardé seul. Comment ont-ils fait pour garder leur sérieux au tournage ? Je ne sais pas. Est-ce que ça passera un jour à la télé ? Je ne sais pas. Blanche Gardin, Céline Menville et Pierre Bénézit, hilarants. Vincent Elbaz et Marie-Sophie Ferdane paient de leur personne.

Petit bémol : il m’a semblé que le son sous-modulait tout le temps. Volume à fond, j’ai du tendre l’oreille. Problème avec le PàD ? Avec ma télé (connectée ) ?

Moyen bémol : le film se termine dans une super queue-vulve de poisson. Mais que voulait vraiment nous raconter Eléonore se demande-t-on sur son canapé ? Ca ne se fait pas de laisser ses héros et moi comme ça ! Netflix ou pas, super dommage. On attend quand même le prochain Pourriat avec gourmandise.

A voir.

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