Silence, de Martin Scorsese, épreuves

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XVIIème siècle. Deux jeunes jésuites portugais décident de se rendre au Japon pour retrouver le père Ferreira, un missionnaire qui les a formés et dont on reçoit des nouvelles inquiétantes et troublantes. Mais, au Japon, les chrétiens sont persécutés et, dans le meilleur des cas, passés au fil de l’épée s’ils refusent d’abjurer leur foi. Un matin,  guidés par Kichijiro un pêcheur pour le moins tourmenté, les pères Rogrigues et Garupe débarquent sur une petite plage. La vraie mise à l’épreuve de leur foi va bientôt commencer.

J’ai beaucoup aimé l’élégance constante du récit, la manière dont les choses vous arrivent, avec une sorte de tact et de justesse, même quand c’est violent.

J’ai trouvé les paysages japonais envoutants.

Je me suis intéressé aux débats entre la subtile, patiente et sadique inquisition japonaise et les prêtres.

J’ai aimé comment la prise au pied de la lettre des évangiles par les paysans japonais semble parfois bousculer les prêtres, et j’aurais aimé que ça aille plus loin.

J’ai scruté les visages des acteurs japonais, que j’ai trouvés plus intéressants que les occidentaux.

Je n’ai pas tellement ressenti le silence et la souffrance du silence dont il est question.

J’ai été un peu gêné par l’utilisation de l’anglais par tous les personnages.

J’ai pensé qu’il faudrait partir à la recherche d’entretiens avec Scorsese pour bien apprécier son propos, et ça c’était pas bon signe.

En sortant, je me suis souvenu de La controverse de Valladolid, et aussi du Nom de la rose. Il me semble que j’avais bien plus été pris.

 

La La Land, de Damien Chazelle, et pourtant

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Dans La La Land, tout est bien : le charme fou des deux interprètes principaux, l’image, les décors, les chorégraphies, la musique, la mise en scène …. Et pourtant. Et pourtant je n’ai pas été transporté. Pourquoi ? Je ne sais pas trop.  Peut-être parce que l’histoire met longtemps à démarrer. Peut-être parce qu’on est trop concentré sur les deux héros. Parce que peut-être qu’en fait l’histoire se termine là où elle aurait pu commencer et se développer, sur la question de la fidélité à l’amour de jeunesse. Cette question est assez expédiée, brillamment, mais expédiée quand même.

Bon, on se ressouvient de quoi ? De Splendor on the grass ? De New York, New York ? C’était bien plus bouleversant ou je me fais vieux ?

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Gimme Danger, de Jim Jarmusch, No Fun

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Dans Gimme Danger, James Osterbeg se raconte. Comment il jouait de la batterie dans la caravane familiale, les lettres de 25 mots pas plus, le clown à la télé, son groupe au lycée, comment il devient assez bon batteur pour faire des concerts avec des pros, comment un jour il en a marre de voir le cul des autres, comment il devient chanteur et monte son premier groupe avec les frères Asheton, leurs deux premiers albums, leurs concerts déjantés, la drogue, leur mode de vie, les hauts et les bas, la rencontre avec Bowie et son manager, l’enregistrement à Londres de Raw Power, etc.

Gimme Danger n’est pas un grand documentaire. Le film ne transporte pas par son récit. C’est assez attendu dans sa structure. Ce qui touche, c’est surtout les à côtés, comme par exemple les quelques paroles de James Osterberg sur ses parents et leur caravane. Le message des Stooges comme groupe légendaire, fondateur, inspirateur, ouvrant la voie au punk rock, et aujourd’hui au panthéon du rock and roll me semble plus un élément de langage pour pitch ou critique de cinéma feignant qu’une réalité de l’histoire de la musique. Un peu étrange aussi le manque de questionnement sur les oripeaux nazis en concert des Asheton version des débuts.

Quoiqu’il en soit, les Stooges au panthéon du rock ou pas, on s’en contrefout. L’important c’est leur musique. Surtout pour moi celle de Raw Power, album qu’ils ont enregistré livrés à eux mêmes à Londres ( le film ne parle pas du mixage de l’album). Une musique qui remplit tout l’espace, mais avec plein de détails. Une musique sincère et puissante. C’est la brutalité de ce geste artistique qui touchait dans les années 70, et encore aujourd’hui.

Pourquoi je suis allé voir ce film ? Parce qu’au lycée Voltaire, en 1977 ou en 78 je ne sais plus, j’ai chanté Search and destroy  lors d’un concert dans la salle de cinéma du lycée. On avait répété deux ou trois fois chez Ribac avec des gars que je connaissais à peine. Je ne sais plus comment je m’étais retrouvé dans ce plan. C’était dans l’esprit, je crois. Mais j’avais pas sauté dans la foule. Aujourd’hui, en réécoutant Gimme Danger, je trouve que ça annonçait vraiment la suite d’Iggy Pop.

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Lala, d’Yves Chauvel, éloge de la lenteur

Lala chuchote en japonais des choses que je ne comprends pas. Elle fixe la caméra. S’intercalent des plans d’eaux, calmes. C’est un poème cinématographique d’Yves Chauvel. C’est lent et plein d’énergie, et plein de lumière. L’objectif d’Yves ? S’amuser de ses objectifs je parie. A voir.

PS : J’apprends que Lala est une chinoise de Pékin et que dans le japonais susurré se sont glissés quelques mots d’italien.

Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, de Florence Arnaud et Francine Mykita, perspectives vues de haut

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Chaque jour, pendant des années, Florence Arnaud – institutrice retraitée, aimée et estimée – se rend au Parc de Sceaux avec son appareil photo. Elle veut lui faire prendre de la hauteur. Un escabeau. Une perche de onze mètres. Puis un cerf-volant, technique photographique inventée au 19ème siècle. Les photos se multiplient. Le matin, le soir, en toutes saisons, tous les jours. Des curieux l’interrogent. Des contrôleurs aériens d’Orly venus courir dans le parc lui lancent en passant : « attention à respecter les plafonds ! ». Elle connaît bien Francine Mykita, historienne de l’art, qui vient flâner dans le parc ou s’y dépenser. De conversation en conversation naît l’idée d’un livre. C’est Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, ouvrage dont les deux amies sont les auteures, et auto-édité.

Pour un promeneur du Parc comme moi, les photos de Florence Arnaud sont un cadeau. Elles sont naturelles, évidentes, fluides, parfois surprenantes. Elles magnifient les perspectives et la nature du Parc. Elles permettent de mieux comprendre l’art de Le Nôtre qui dessina le Parc. Les textes de Francine Mykita, agréables à lire, disent l’essentiel.

Pour savoir où se procurer ce beau livre : https://www.facebook.com/sceauxcerfvolant/

Pas que pour les usagers du Parc de Sceaux !

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Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non

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Nicolas Colin et Laetitia Vitaud explorent de manière concise 25 thèmes liés au numérique, de la fin de la privée aux pertes d’emplois, en passant par un questionnement sur le primat de l’innovation. Leur approche, très documentée, est le plus souvent économique, mais pas toujours. Leur objectif : faire la chasse aux idées reçues et dissiper les malentendus.

C’est très intéressant. Par exemple sur le constat de la fragmentation, de la segmentation accrue des populations, de l’enfermement des individus dans des bulles générées par les réseaux sociaux et leurs algorithmes.

Je me pose quand même quelques questions.

+ Ce qui caractérise l’économie numérique, disent-ils, c’est la fin des classiques rendements décroissants et l’apparition de rendements croissants. En d’autres termes, plus tu es gros, plus tu es rentable. C’est pour cette raison, expliquent-ils, que les entreprises numériques cherchent d’abord à étendre leur part de marché, sans se soucier de rentabilité, laquelle sera au rendez-vous quand une taille suffisante sera obtenue. Mais « brûler du cash » jusqu’à ce qu’on ait ruiné toute concurrence, et que l’on puisse tranquillement remonter ses prix ou imposer ses conditions, est-ce une pratique acceptable ? Quelles limites donner à une telle manière de faire ? Le dumping n’est-il pas interdit de manière universelle ? L’existence de monopoles de fait qui rachètent toute concurrence pour la faire disparaître avant qu’elle ne leur fasse de l’ombre sera-t-elle longtemps acceptée ? De plus, jusqu’où les rendements seront-ils croissants ? A quel niveau les coûts de gestion viendront-ils obérer les profits ? Moi qui année après année voit le Nobel d’économie décerné à d’autres 😉 !, je ne pense pas que le numérique ait fait disparaître la gravité universelle.

+ La réponse à la question « La fin de la propriété ? » m’a laissé un peu sur ma faim en n’explorant pas la question de la propriété littéraire et artistique. Mutualiser des habitations, des véhicules, des objets, des services, … grâce à des plateformes de mise en relation, c’est assez différent de la copie, recopie et diffusion sans autorisation de photos, de chansons, de films, …. Dans le premier cas, de Airbnb à E-loue, il y a consentement de la part de propriétaires qui cherchent à tirer de leurs investissements des revenus complémentaires ou des revenus tout court. Dans le second cas, c’est simplement du vol, qui a lieu parce qu’il est physiquement possible, sans grand risque, ni conséquence tangible, ni sanction dont on peut se souvenir. Que se passera-t-il le jour où Youtube investira des centaines de millions dans la production de films ou de musique ? La promotion de la mutualisation, sorte de « communisme numérique », est-elle vraiment incompatible avec la propriété littéraire et artistique ? On verra bien.

+ Enfin, les auteurs appellent à la création de nouvelles institutions propres à gérer l’économique numérique. Par institutions, ils entendent de nouvelles règles économiques et sociales. Idée très intéressante. Plusieurs fois répétée. Mais pas vraiment développée. Dommage. J’aurais aimé quelques pistes concrètes ou exemples. Sûrement dans leur prochain ouvrage !

Livre mis en avant par Meta Media. Enrichissant.

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Le misanthrope, par Clément Hervieu-Léger, lent

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Je m’y étais pris un peu tard pour les places. Corbeille paire. 202-902. Mauvaise pioche. Surtout pour Jules dont le strapontin penchait nettement vers la gauche et qui avait l’angle d’un mur pour adossement. Cette salle Richelieu est pleine de mauvaises surprises quand on n’y met pas le prix fort. A quoi ça rime une salle où le spectacle est à peine visible de tant de places ? Assez honteux. Et puis, le problème, c’est que quand on n’est pas bien installé, et si le spectacle n’est pas prenant, ses défauts vous parviennent vite avec plus de netteté que ses qualités.

Bon, je n’avais jamais vu Le Misanthrope. J’ai trouvé le spectacle lent, très lent. Lent dans une série d’actions complémentaires. Lent dans la façon de parler avec des pauses, un hachage des phrases. Parfois ni le son ni le sens ne me parvenaient. Rares rires. Dommage. Très beau décor mais au bout d’un moment je ne voyais plus que les aller-retours, les explorations, faut bien aller quelque part où on n’a pas encore été. Ambiance quasi-dépressive de bout en bout. Pas joyeux Noël La Comédie française.

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Premier contact, de Denis Villeneuve, non linéaire

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Une femme nous parle de sa mémoire, on voit ce qui semble être un souvenir. Elle se rend à son travail. Elle enseigne la linguistique. On apprend alors que des vaisseaux spatiaux viennent d’arriver sur terre. Elle n’est pas n’importe quelle linguiste. Elle est le Dr Louise Banks, la meilleure linguiste du pays. Le gouvernement fait appel à elle pour tenter d’entrer en contact avec les occupants du vaisseau arrivé dans le Montana. C’est le tout début du film.

Premier contact est un film dont la construction narrative coïncide avec le fond de l’histoire. Assez étonnant. Il faudrait sans doute le revoir pour le vérifier et pouvoir réécrire la phrase précédente en étant totalement sûr de soi !

C’est très beau. Ca se démarque de la quasi totalité des représentations du genre et ça n’est pas le moindre de ses attraits. C’est doux même quand c’est inquiétant. C’est très intéressant. C’est quand même un peu plus intellectuel que sensuel ou émouvant. A voir.

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Rogue one, de Gareth Edwards, on peut ne pas voir

rogueone

Je suis allé voir Rogue one plein d’espoir et de curiosité.

J’ai bien aimé les deux premières minutes. Puis le film n’a été pour moi qu’une longue et lente marche décevante. Sans doute en partie inhérente au challenge narratif du film : faire rentrer une histoire dans l’histoire Star Wars, en minimisant les incohérences et les contradictions.

Un inconvénient majeur : l’obligation de liquider presque tous les protagonistes (si tu es important et que tu n’es pas dans l’épisode 4, tu meurs). Une curiosité : les personnages des épisodes anciens recréés en 3D, avec peu de bonheur en ce qui concerne le dernier plan du film (shame on Gareth Edwards ou Disney). Une mention passable : les scènes de combat (aux Maldives ? aux Seychelles ?). Une surprise : Vador prend un bain. Un bref moment de bonheur : Vador joue du sabre laser et liquide des rebelles. Fan, tu ne seras pas comblé !

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