Archives mensuelles : mai 2015

La promesse d’une vie, de et avec Russel Crowe, déception, raconter c’est choisir

lapromessedunevie

1915-1916. Pour contrer l’entrée en guerre de l’Empire ottoman, pour protéger l’accès par mer à la Russie, les alliés tentent de prendre le contrôle du détroit des Dardanelles. L’opération est un désastre. Les trois jeunes fils du héros, Joshua Connor un paysan australien, sont portés disparus. 4 ans plus tard, sa femme devenue dépressive se suicide. Sur sa tombe, Joshua promet à sa femme de retrouver ses fils. Il part pour la Turquie maintenant occupée par les anglais. Aventures.

Un grand acteur qui réalise c’est toujours une promesse. Une promesse qu’un artiste ayant par nature le sens du récit nous offre un beau moment de cinéma. Et comme j’aime beaucoup Russel Crowe, et que j’admire son talent à faire vivre toutes sortes de personnages, je suis allé voir La promesse d’une vie avec curiosité et gourmandise.

On voudrait y croire. On a envie d’y croire. Mais quelque chose ne prend pas. Trouver le pourquoi du comment n’est pas facile. C’est une histoire où s’entremêlent plusieurs histoires, plusieurs sujets : le deuil d’un père, la cruauté de la guerre, la rencontre entre des cultures, l’aveu de la mort d’un père, la naissance d’une romance, le conflit entre l’amour et la tradition, la montée du nationalisme turc, la culpabilité dont on se lave ou pas, …. Tout intéresse beaucoup le réalisateur. Il ne choisit pas. Et nous non plus. On s’intéresse un peu à tout, et au final pas à pas grand chose car le récit nous laisse un sentiment d’inachevé. Jusqu’à la scène finale quelque peu étriquée. Sur ce premier film, Russel Crowe grand acteur a montré son ambition et son appétit, mais il n’a pas démontré qu’il était un grand raconteur, et aussi un grand réalisateur. On ira voir son prochain.

Petite remarque en passant. On voit, ce qui est intéressant, le point de vue turc sur la guerre. Le film les présente comme des victimes : des alliés qui les envahissent, des grecs – une bande d’affreux – qui massacrent et pillent, des puissances alliées qui se partagent l’empire. Ce point de vue aurait pu se discuter un poil, non ?

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Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin, entêtant

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Je fouille ma mémoire, mais je ne crois pas avoir lu ou vu de récit où la force de l’amour chez des adolescents ou des jeunes adultes est aussi bien rendu que dans le film d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse.  C’est un amour qui est fort et ouvert. C’est un amour qui s’invente, qui tâtonne, tout en étant incroyablement solide. Et c’est un amour qui par son empreinte perdure, même quand il ne se vit plus.

Grande justesse de toutes et tous ( j’adore le cousin, Théo Fernandez ). Enorme charme des deux jeunes comédiens (Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet), et surtout du personnage de Paul, qui dit les choses comme il les vit, comme un intellectuel capable instantanément de prendre du recul sur toutes choses. Le spectateur n’est jamais en retard, Desplechin ne lui lâche jamais la main, c’est un régal, merci. Vision crépusculaire des parents, dépassés, déphasés, perdus.

Le film se termine sur un règlement de compte mené par Paul adulte (Mathieu Almaric) ce qui, ajouté aux adresses face caméra d’Esther, laisse penser que pour ce film Desplechin est allé puiser à des sources aussi personnelles que profondes. Film entêtant, et aussi brûlant. A voir. A voir. A voir.

Bande annonce

Celles et Ceux des Cimes et Cieux, de Gwenn Germain, bluffant, bravo !

Bande annonce réalisée par Gwenn Germain à l’occasion de son diplôme de 5ème année à Créapole ESDI. « 5 mois de production intensifs tout seul dans ma cabane. »

Les allitérations du titre annoncent la fluidité de l’animation et de la réalisation. Aussi beau, qu’impressionnant et enchanteur.

Gwenn Germain cite Hayao Miyazaki, Jean Giraud et Syd Mead. Soit. Mais – hypothèse – il doit aussi aimer le Cameron d’Avatar et le Jackson de King Kong.

On le reverra, c’est sûr. On patiente.

La liste de mes envies, par Mikaël Chirinian et Anne Bouvier, pourquoi suis-je aimé(e) ?

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Vu au Théâtre des Sources hier.  Je ne connaissais pas Mikaël Chirinian, seul en scène, ni Anne Bouvier, metteuse en scène avec qui Mikaël Chirinian a adapté La liste de mes envies, livre à grand succès de Grégoire Delacourt, que je ne connaissais pas non plus. Je ne connais pas grand chose.

Jocelyne, mercière à Arras, est l’épouse de Jocelyn, ouvrier dans la chimie. Ni belle ni moche, elle n’a jamais perdu les kilos pris lors de sa deuxième grossesse. Puis, après, il y a eu une petite fille morte née, Nadège. Jocelyn ne la touche plus et rêve de Porsche Cayenne en descendant ses bières sans alcool. Mais ils s’aiment. Patatras, Jocelyne gagne le gros lot de l’Euromillions. Elle ne veut pas que sa vie change. Que faire ?

Tous les personnages sont joués par Mikaël Chirinian : Jocelyn, Jocelyne, la psy de la Française des jeux, les enfants, …. Virtuosité au programme. On y croit, on marche, on est touché par cette nouvelle variation sur le thème du pourquoi suis-je aimé(e). Assez fort quand même pour Chirinian de faire oublier qu’il est un grand costaud barbu quand il joue Jocelyne tricotant ou l’une et l’autre des copines jumelles. Belles trouvailles de mise en scène. Un micro pour la voix.

 

Patton, de Franklin J. Schaffner, oldies but goldies

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Film de 1970 que j’avais vu à sa sortie. J’en avais été très impressionné. C’est l’histoire des années de guerre du général Patton, de 1942 à 1945. Officier tankiste hors pair, il connaît sur le bout des doigts l’histoire des guerres et des batailles auxquelles –  croyant à la réincarnation – il a participé, dit-il. De la Tunisie à Messine, de l’opération Cobra en Normandie au sauvetage du 101ème à Bastogne à la tête de la 3ème armée, Patton fait le récit des faits d’armes d’un soldat d’exception que sa grande gueule, quelques idées outrancières et une gifle vont desservir. Incarné par le très grand George C. Scott. Pas moins de 7 oscars à la sortie. Très, très mérités.

Dans l’édition Bluray, en lever de rideau une courte interview de Coppola qui écrivit le scénario. Il raconte qu’il a été viré du projet en raison, pense-t-il, de la première scène jugée étrange (mais que l’on retrouve finalement dans le film). Plus tard, alors qu’il est sur le point de se faire virer du Parrain, Patton reçoit parmi 7 oscars celui du meilleur scénario. Coppola n’est pas congédié. « Ce qui vous fait virer un jour est ce qui vous apporte plus tard de la reconnaissance ».

Coppola raconte aussi comment il a cherché et trouvé un équilibre dans son personnage pour intéresser autant les gens de droite, qui voyaient en Patton un héros, que ceux de gauche, qui voyaient en lui une brute.

C’est alors que je découvre à l’instant que le Bluray offre la possibilité d’un commentaire audio de Coppola tout le long du film. Alléchant ! Mais le film durant 2h50, je vais attendre une semaine de pluie.

 

La bande annonce de l’époque trouvée sur Youtube

 

Every thing will be fine, de Wim Wenders, qui paie ses dettes s’enrichit

everythingwillbefine

Tout à ses préoccupations, un jeune écrivain en mal d’écriture et d’harmonie conjugale roule sur une route de campagne au Canada. Il neige. Surgi de nulle part, un garçon en luge traverse devant la voiture. Accident. Bouleversements. « Si je peux faire quelque chose » dira plus tard l’écrivain à la mère laquelle est restée seule avec son deuxième enfant. Dans cette phrase est le sujet du film. L’écrivain va – comme de toutes choses – se nourrir de ce drame et il se trouve que sa plume va bientôt lui apporter succès, notoriété, bien-être matériel, et une nouvelle compagne. La mère elle, désarmante de pardon, de maîtrise et d’espoir, poursuit sa vie hantée par la tristesse et l’inquiétude. Comment l’homme/l’écrivain peut-il s’acquitter de sa dette ? Le voudra-t-il ?

Every thing will be fine est un film réalisé. Une lenteur maîtrisée. Des paysages beaux et simples, contrepoints aux déchirements de l’âme. Des comédiennes – Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze et Rachel McAdams – à qui un regard ou une respiration suffisent pour en dire beaucoup. Un James Franco au visage quasi-impassible, dont les mouvements de son corps massif et les yeux disent la fragilité. Une très belle musique qu’on a envie d’entendre jusqu’à la dernière note, jusqu’au bout du générique.

Ces dernières années, je m’étais désintéressé de l’oeuvre de Wim Wenders. Je vais reprendre au début avec Alice dans les villes.

Voici un lien vers le site de Wim Wenders qui présente son travail.

Voici la bande-annonce du film :

Drone + robot + caméra = quelque chose m’a mordu

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Ca nous pendait au nez. Le 12 mai, deux jeunes californiens et leur équipe ont dévoilé le prototype d’un drone filmeur robotisé répondant au doux nom de Lily. Les performances de leur robot sont étonnantes. On lance le drone en l’air, il démarre automatiquement. Puis, grâce au bracelet que vous portez, il vous suit automatiquement tout en vous filmant. Il est étanche et son autonomie est de 20 minutes. A l’appui de la présentation, des images aériennes de randonneurs, skieurs, kayakeurs. Je n’aurais pu voir dans Lily qu’une forme plus aboutie d’action cam propre à satisfaire les désirs d’images de tous les « héros » du monde, mais quelque chose m’a mordu et me gratte depuis. Ces quelques lignes pour essayer d’y voir plus clair.

Suis-je réfractaire à l’innovation en matière de prises de vues ? Non, sans rentrer dans les détails, c’est tout le contraire. Que pourrait-on raconter avec ce nouveau truc ? That is plutôt the question.

Suis-je agacé par le plaisir qu’ont de jeunes sportifs à filmer leurs exploits ? Non, pas vraiment. La part de l’humanité qui vit en prenant la pose, je trouve ça débile, le président compris, mais je peux regarder avec plaisir des vidéos d’action cam.

Alors quoi ? Alors je vois dans mon domaine professionnel l’émergence d’un robot qui supplante largement le travail jusqu’alors réalisé par un humain : la prise de vues. Même si le champ d’application est encore limité, un robot a mis le pied dans la porte. Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ?

Combien de temps faudra t-il pour développer un robot caméraman obéissant au doigt, à l’œil et à l’oreille au réalisateur ? Un robot caméraman qui ne se fatiguerait pas ? Qui ne dirait pas après quelques heures de travail intensif : « faisons une pause, je ne suis pas un robot » ? Qui ne ferait jamais d’erreur de point, de diaph, de température de couleur ? Qui pourrait en même temps et tout seul faire un pano, changer la focale, le point et l’exposition ? (pour autant que ça serait souhaitable …). C’est sans doute pour après-demain.

Est-ce souhaitable ? Je ne crois pas. D’abord ce que j’aime dans mon travail c’est l’échange avec les autres dans la création. Et parmi ces autres il y a celui qui manœuvre la caméra. Quelle complicité vais-je établir avec un robot ?

Et puis, surtout, faire une photo, filmer quelque chose ou quelqu’un, c’est prendre une responsabilité, c’est prendre position. Dans mon métier de la communication d’entreprise par l’image, cette idée n’est pas du tout théorique. Mais un robot peut-il assumer une responsabilité morale ? Où en est l’éthique de la robotique ? Où en est le droit de la robotique ?

Il y a bien longtemps, je lisais avec délice les romans et nouvelles d’Asimov sur les robots. La robotique avait trois lois, avait inventé Asimov, la suivante ne pouvant contredire la précédente, et elles formaient un système implacable. L’écrivain construisait pourtant des situations le mettant en difficulté. Où en est la réflexion des concepteurs de robots à ce sujet ? Pas très loin à la lecture de la prose circulaire des concepteurs de Lily, par exemple :

« Cameras require an operator. Even today, whether shooting with a smartphone or an expensive DSLR, each shot has to be manually composed. This is limiting … (because) … the kind of shots one can create is bound to his/her own skills. »

Voilà, maintenant je sais ce qui m’a mordu. Ma création est en effet limitée par ma propre habileté. Je cherche à l’augmenter mais elle est limitée. Et c’est ça qui me caractérise en tant qu’humain. Et ça me va.

 

28 semaines plus tard, de Juan Carlos Fresnadillo, action et zombies

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Je poursuis mon rattrapage de films pas vus à leur sortie grâce aux promos de …..N avec 28 semaines pus tard. Film sur le thème du virus ravageur, des zombies et de la fin d’un monde.

L’histoire se passe dans une Angleterre dévastée par un virus et où l’armée américaine tente de reconstruire un embryon de société dans un quartier de Londres. Mais le virus a-t-il complètement été éradiqué ? Si la réponse est oui, alors c’est un autre film.

Ce qui fait l’originalité de 28 semaines plus tard, c’est l’histoire familiale qui est au centre : le père qui abandonne sa femme, le frère et la soeur solidaires, … et je n’en dis pas plus. Si on connaît bien Londres, ça doit ajouter au plaisir. Plutôt un film d’action, sanglant, violent, bien joué (Jeremy Renner, Rose Byrne, … ) et spectaculaire par moments. Intéressant, prenant, mais pas le charme et l’humour de Shaun of the dead, ni la profondeur des morts vivants de Romero, ni le grandiose de Je suis une légende (sans parler du Survivant film très angoissant de mon adolescence). Content de l’avoir vu.

Elysium, par le réalisateur de …

Elysium

Hélas, hélas. Quand sur l’affiche du film, les producteurs indiquent « par le réalisateur de … « , ils sous-entendent « par ce réalisateur qui a auparavant réalisé le très bon film que nous citons sur l’affiche de ce nouveau film, et bien figurez-vous que nous lui avons donné les moyens de s’exprimer avec deux vedettes américaines, dont l’une s’exprime même en français par instants, des effets spéciaux qui nous ont coûté un bras, etc. » Hélas, hélas, hélas, avec « par le réalisateur de …  » il y a souvent un loup. C’est le cas ici avec Elysium, réalisé par Neill Blomkamp, qui est l’auteur du très bon District 9.

Bon, amusons-nous à repérer les points communs entre les deux films :

+ le mercenaire super méchant d’Elysium c’est le héros de District 9 figurez-vous. Mais comme il porte dans Elysium une barbe aussi noire qu’épaisse, je ne l’ai reconnu qu’après coup. Enfin, oui, un grand merci aux producteurs.

+ dans District 9, il y avait une arme alien qui faisait littéralement exploser les corps. Dans Elysium, il y en a plusieurs du même genre. Ouiiiii ! Un grand merci aux producteurs.

+ dans les deux films, on a une population dominée brutalement par une autre, terriens/aliens égarés dans District 9, elyséens en orbite/terriens sur une terre de désolation dans le film du même réalisateur. Re ouiiiii ! Un grand merci aux producteurs.

+ dans les deux films, on a de jolis plans aériens de bidonvilles et de supers engins volants.  Re-re ouiiiii ! Un grand grand merci aux producteurs.

+ dans District 9, le héros se transforme physiquement, pareil dans Elysium.

A part cela, on a beau aimer Jodie Foster et Matt Damon, lesquels font le boulot sans conviction excessive, on a l’impression de se faire un peu balader par l’histoire qui ne nous touche pas. Ce serait quoi la morale cinématographique : des moyens mesurés rendent plus sincère, plus créatif, plus émouvant ? Va savoir. Quoi qu’il en soit ne le dites pas à mes clients.

Vivement le prochain film du réalisateur de District 9.

Les jardins du roi, d’Alan Rickman, jolies rencontres.

les jardins du roi

L’histoire commence en 1682. André Le Nôtre cherche un nouveau talent pour concevoir et construire le Jardin des rocailles, salle de bal à ciel ouvert de Versailles, très attendue par le roi. Il choisit Sabine de Barra, paysagiste roturière aussi talentueuse que déterminée. Les jardins du roi est un film sur les rencontres entre ceux et celles qui ne devraient pas se rencontrer, ou du moins pas comme ça : elle, Le Nôtre, le roi, … L’histoire est une fiction, presque tout est faux, mais on a envie d’y croire !  A voir. Très belle Kate Winslet. Et Alan Rickman, vous l’avez déjà vu, mais il le fait oublier.