Archives mensuelles : juin 2015

Comme un avion, de Bruno Podalydès, prendre le temps de vivre

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Michel, graphiste, assez « matos » comme il dit, amoureux des avions, s’achète un kayak qu’il trouve « comme un avion sans ailes ». Il part en randonnée nautique quelques jours laissant sa femme et la « 3D » à finir. Il arrive dans une auberge au bord de l’eau. Il en part, il y revient, il en repart, ….

Comme un avion est un film sur les liens qui se tissent, sur les correspondances, sur les rencontres, sur la chorégraphie de la vie. C’est fait avec grâce, sans aucune prétention, sans manière, dans une grande liberté. Bruno Podalydès y croit très fort et nous aussi. C’est aussi un film qui nous invite à prendre le temps de vivre. Jeu des unes et des autres tout en retenue et naturel. Un objet, deux objets, et surgit une scène. Beaucoup d’humour. Je ne savais pas de quel bois il était fait et en sortant je me suis dit que c’était le film que j’avais envie de voir. A voir !

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Mad Max : Fury road, de Georges Miller, 100% action

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30 ans plus tard, nouveau Mad Max. Fury Road se présente comme une poursuite quasi ininterrompue dans des décors grandioses. On découvre les choses au fur et à mesure. Les méchants ont vraiment des sales gueules, les cascades sont spectaculaires, les véhicules sortis de l’esprit d’un tuneur fou . Mais après tant de vroum et de boum,  je n’ai pas regretté qu’arrive la fin du film. Lequel m’a semblé un peu survendu.

Le plus intéressant, c’est peut-être le rôle des femmes dans ce combat sans merci. Par exemple, à côté de Tom Hardy – pas aussi immédiatement et authentiquement fêlé que Mel Gibson -, Charlize Theron est très convaincante. Enfin une relève possible pour Sigourney Weaver !

 

Les pensées, de François Cavanna, mauvaise pioche

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lespensées

François Cavanna raconte dans l’avant-propos qu’un éditeur lui propose d’éditer un recueil de ses « pensées », ce qu’il commence par refuser, que l’éditeur persuasif finit par le convaincre. Le livre Les pensées est ainsi constitué d’une série d’extraits provenant d’autres textes dont on ne sait rien. Ils sont classés en 7 catégories. Chaque extrait est une « pensée ».

Il y a des choses que Cavanna n’aime pas et il y pense beaucoup : la guerre et tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin (les militaires, les défilés, les marchands d’armes,…), les compétitions sportives à ne pas confondre avec la pratique sportive, les cons et la connerie et le genre humain, la chasse, la pêche, les chasseurs et les pêcheurs, la religion, ….

Il y a des choses qui le préoccupent : la mort, le cancer quand on est vieux, ….

Il y a des choses qui l’intéressent beaucoup : les femmes, lui.

Citons trois pensées :

• L’anticonformisme est la maladie de jeunesse du conformisme.

• Quand l’homme cessa d’être singe, il fût con.

• Le publicité se prétend un art, mais elle ne répond à aucun des critères. Et surtout à celui-ci qui est fondamental : elle ment en prétendant dire la vérité, ce qui la met à l’opposé de l’art qui dit une vérité en prétendant mentir.

Bon, rien de tout ça ne m’a vraiment passionné. Rien ne m’a vraiment fait rire. Cette juxtaposition, cette accumulation de « pensées » dessert Cavanna. Elle en fait un sentencieux , un donneur de leçons. J’avais vu au Grand Journal des écrivains actuels chanter ses louanges et ça m’avait donné envie de le lire. Mais Les pensées, c’était sans doute la mauvaise pioche dans son oeuvre.

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Jurassic World, par Colin Trevorrow, nouvelles et grosses bestioles

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20 ans après les événements contés dans les 3 premiers opus de la série Jurassic, un parc d’attraction dinosaurien s’est ouvert sur Isla Nublar. Il reçoit 20.000 visiteurs par jour auxquels les organisateurs promettent du toujours plus gros, du toujours plus sensationnel, grâce aux prouesses de leur laboratoire de génie génétique.

On sait que ça va mal tourner. On sait que beaucoup vont se faire bouffer. Et on sait que ça va bien se terminer, pour certains. Où fut vraiment le plaisir ?

• Revoir Chris Pratt dont j’avais tant aimé le personnage dans les Gardiens de la galaxie (très bon film, je le redis en toute occasion au risque du radotage). Ici, toujours balèze mais moins impertinent. C’est tout un art de crisper les mâchoires, surtout quand un In dominus Rex est en balade.

• L’idée du « Raptor squad » tant on aimerait les avoir plutôt comme copains.

• Relire sur une inscription Isla Nublar, et en frissonner.

• Entendre le piano égrener le thème « Jurassic » – ti ti ti tan tan – quand ils arrivent dans les locaux mangés par la jungle de l’ancien parc, et l’avoir en tête le lendemain.

A part ça, à part ça, à part ça … je ne vois pas. Donc au final de nouvelles et grosses bestioles et un plaisir un peu mince et pas vraiment renouvelé.

Le bazar du septième art, de Nicolas Aubin, désir de cinéma

Lebazar

Le bazar du septième art, blog de Nicolas Aubin qui nous parle de ce qui l’intéresse au cinéma. Et au vu des premiers articles, ce qui l’intéresse est très intéressant : une réflexion sur les bandes-annonces (qu’il ne porte pas dans son coeur), une étude de la manière dont Dickens a été et est une source d’inspiration, et aussi un article sur l’état du journalisme de cinéma à l’heure du digital. C’est fouillé, réfléchi, précis, engagé. C’est un bazar, mais c’est pas en désordre. Tout pour plaire.

J’ai cotoyé Nicolas, camarade de théâtre, pendant un an. Je savais qu’il étudiait le cinéma. J’en découvre plus avec son blog. A suivre !

 

Petites leçons sur le grec ancien, de Monique Trédé et Jacqueline de Romilly, vivifiant

Petiteslecons

Petites leçons sur le grec ancien. En 150 pages, Jacqueline de Romilly et Monique Trédé expliquent la beauté et la vitalité du grec ancien. Plasticité du grec. Concision. Capacité à substantiver dans tous les sens ce qui en fait un outil parfait pour le raisonnement et l’abstraction. Description des sentiments humains par leurs effets physiques. Invention de la comédie, de la tragédie,…. Capacité à forger de nouveaux mots par agrégation, par ajout de préfixes, de suffixes, ce qui permet de donner toujours plus de précision à l’expression des idées, des choses, des sentiments. Force des évocations….

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la modernité du grec ancien, par la souplesse de sa syntaxe et par sa capacité à inventer. C’est aussi de voir que le grec ancien est toujours vivant dans le français qui, comme son ancêtre, continue à fabriquer des mots de la même manière.

Le livre se veut d’un abord facile, c’est assez vrai, sauf pour quelques chapitres qui demandent une concentration certaine. C’est le livre que j’aurais du lire dans les années 70 quand au lycée j’ai choisi de faire du grec ancien (et aussi du latin). Ca m’aurait rendu moins bête, plus curieux et plus assidu. Mais il a été publié en 2008 ! Trop tard ! Depuis combien d’années n’avais-je pas entendu parler de l’aoriste, du neutre, du moyen, … ? Aurais-je imaginé qu’un jour ça me ferait autant plaisir ?

Petites leçons sur le grec ancien, c’est le livre que devraient lire tous les apprentis scientifiques, techniciens, ingénieurs, médecins, … ça en dit tellement sur les mots de leurs professions.

C’est le livre qu’on devrait lire et commenter avec flamme au collège, en français, en histoire, en maths. Ca en dit tellement sur notre propre langue, et notre civilisation. Le grec ancien, outil d’émancipation et d’élévation de l’âme plutôt que manière hypocrite de discriminer les élèves ? C’est peut-être ce livre qu’auraient du lire les détracteurs de l’enseignement du grec ancien, ceux qui le soutiennent pour de mauvaises raisons, et aussi ceux qui n’avaient pas d’avis.

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Clip de Come de Jain, par Greg et Lio, poésie espiègle

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La voix de Jain et la mélodie de sa chanson Come sont envoûtantes. Le clip réalisé par le duo Lionel Hirlé et Grégory Ohrel, lesquels signent Greg et Lio, l’est tout autant. Anamorphoses, illusions d’optique, superpositions, trucages divers et variés …. L’intérêt vient non pas de la performance technique, mais de la grâce et de la légèreté avec lesquelles les deux créateurs racontent leur histoire et s’amusent de leur caméra. Un film comme une poésie espiègle qui se découvre un peu plus à chaque visionnage. J’adore.

PS : Sophie Jézéquel, décoratrice d’intérieurs, qui a une jolie boutique en ligne, me dit que le clip a été tourné dans la villa Louis Carré conçue par l’architecte Alvar Aalto (voir son article de blog).

PS2 : A noter que le clip de la chanson Makeba de Jain, par les mêmes Greg et Lio, commence par un plan fixe tourné dans le salon de la villa Louis Carré. L’image se froisse dans la main de Jain qui sourit. Histoire de dire : on passe à autre chose. Et sans doute de bien le faire comprendre. Pour Jain, Greg et Lio, passer à autre chose, passer à d’autres choses, c’est la piste qu’ils suivent ? Nouvelle chanson, nouvelles inventions visuelles inspirantes au programme. Clip Makeba qui se termine avec Jain qui traîne son instrument de musique sur la route (si vous en connaissez le nom, merci de faire mon éducation).

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La loi du marché, de Stéphane Brizé, tout homme a une limite

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Le théâtre vient de se terminer, les affaires cinématographiques reprennent.

Il y avait dans la salle où je suis allé voir La loi du marché une ambiance épaisse comme rarement dans ce cinéma. Le film nous invite dans le quotidien de Thierry, la cinquantaine, père d’un adolescent très handicapé, au chômage depuis des mois. On le suit au plus près. A Pôle Emploi, dans un stage « d’employabilité », à sa banque, passant un entretien d’embauche par Skype, et dans son nouveau travail de vigile dans un supermarché,…. La caméra est souvent un peu au-dessus de lui, ce qui accentue l’impression d’écrasement, d’oppression, de difficultés.

Le film montre l’univers impitoyable du supermarché, comme une métaphore de notre vie économique, où tous sont vus avec les « yeux du tableur » pour reprendre une expression connue. Où tous sont filmés. Où il n’y a plus que de la peur, de la détresse sociale, et des mots mensongers.

Le film se termine  au moment où j’aurais voulu qu’il continue. J’aurais aimé de la confrontation. J’aurais aimé un récit qui ne soit pas à sens unique. J’aurais aimé voir comment Thierry allait assumer son choix. Certainement les auteurs ont pensé que l’économie de mots, la présence et le regard de Vincent Lindon en diraient plus et suffiraient à leur histoire. A débattre. A voir.

PS : qui se souvient du livre L’horreur économique ?

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Ctrl-X, de Pauline Peyrade, par Patrick Azam, ça m’a plu

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Crtl-X de Pauline Peyrade raconte la nuit d’une jeune femme en pleine tourmente psychologique, aggravée par les médocs et l’alcool. Elle se confronte via son ordinateur et internet au souvenir de Pierre K., un photographe dont elle est amoureuse, et à ses pulsions. Par téléphone et SMS, elle repousse sa soeur qui tente de veiller sur elle, elle butine avec un amant de fraîche date qui vient de quitter son domicile et qui la rappelle, tout à son émoi érotique. Elle est paumée.

Ctrl-X est une pièce radiophonique adaptée pour la scène par Patrick Azam, avec l’atelier « adultes amateurs » qu’il anime au Théâtre des sources . J’en parle parce que j’ai joué dans la pièce. Nous avons joué deux fois, la seconde nous étions bien meilleurs. Petit bilan, essayons.

Qu’est-ce qui m’a plu dans cet exercice choral ?

  • Etre en jeu au plateau pendant près d’une heure, se concentrer pour être à la fois présent, vif et juste.
  • Jouer des éléments ou personnages de pages internet pour lesquels l’intention de jeu c’est en gros « naturel, souriant, convaincu ». Ca a l’air simple mais c’est en fait assez difficile d’y arriver. On recherche d’abord une sorte de « jeu » qui ne sert à rien. Il faut finir par « lâcher prise ».
  • Chanter quelques couplets d’une chanson de l’immense Tom Waits, Dead and lovely. Un grand merci à Azam pour m’avoir donné la possibilité de me frotter au jazz. Un grand merci à Louis Boulloche pour m’avoir aidé à trouver les temps de départ. Il y a quelques semaines je me lançais en ânonnant. Petit à petit et surtout à la fin, des paroles chaleureuses sont venues. De ma famille, de mes camarades, de parfaits inconnus. Ni Dove ni André Manoukian n’étaient dans la salle, il va falloir aller à eux !  😉
  • Travailler avec Patrick Azam. Inventivité. Humour. Carré. Direction d’acteur par touches petites et directes au bon moment. En fallait-il plus ?
  • Mes camarades d’atelier. Des regards bienveillants. L’envie de théâtre. Le désir de produire du jeu.
  • Découvrir que l’on pouvait prendre du plaisir à jouer alors même que pour certains spectateurs, « le spectacle est intéressant, mais l’histoire un peu ennuyeuse ». Il faut donc se méfier du point de vue du comédien.

Dans le théâtre amateur, c’est au moment où l’on communie le plus avec ses camarades que l’on est le plus proche de la séparation. C’est un peu cruel. Ca peut rendre mélancolique. C’est pas mon état d’esprit.

Voilà. Crtl – X avec mes camarades et Azam, ça m’a plu. Théâtre, suite au prochain épisode.

Pour les curieux :

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Même les politiques ont un père, d’Emilie Lanez, en aura-t-on plus un jour ?

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Dans Même les politiques ont un père, Emilie Lanez raconte les pères – et aussi les mères – de quelques uns de nos hommes et femmes politiques. Elle y cherche une explication de leur engagement politique. Ca se lit facilement, c’est intéressant, on apprend des choses.

Exemple avec Sarkozy qui dit-il « n’a manqué de rien sauf d’un père ». Elle raconte que non seulement son père – le dénommé Pal – est absent, ne reconnaît aucun mérite à son fils, mais qu’il l’accable ouvertement de son mépris pour sa taille, ses déboires conjugaux, ses échecs politiques, …. D’où l’engagement politique de Sarkozy et sa quête éperdue d’une reconnaissance.

Mais pourquoi Emilie Lanez ne va-t-elle pas plus loin ?

Pourquoi n’enfonce-elle pas le clou en mettant en lumière certains aspects psychopathologiques (immaturité, puérilité, absence de limites, toute-puissance, irrésolution, forclusion du nom du père pour dire des gros mots que l’on ne comprend pas bien,…)  de certains de nos politiques ? Psychopathologies qui semblent dériver de leur enfance à bien la lire.

Deux hypothèses :

+ elle trouve que nous laisser combler ce vide est encore plus fort, ou plus amusant, c’est sympa.

+ elle veut en faire un prochain livre. Où elle pourra elle aussi, comme François Bayrou l’avait fait en 2009 dans son livre Abus de pouvoir, citer l’Ecclésiaste : « Malheur à la ville dont le Prince est un enfant ».

Bon, mais que propose Emilie Lanez ? Elle ne propose rien. Elle suggère simplement qu’une bonne introspection, éventuellement éprouvante, aurait pu modifier quelque chose dans la manière d’être un politique pour les quelques personnalités qu’elle a rencontrées. Très bonne idée. Parce que quand les politiques pataugent de trop dans leurs névroses, le pays rampe, les citoyens souffrent. Ou encore pour en revenir à des sources plus fondamentales, quand les parents mangent des raisins verts, les dents des enfants grincent.