Archives mensuelles : décembre 2015

Fuck America, d’Edgar Hilsenrath, admirable

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1952, New-York. Jakob Bronsky, survivant de l’holocauste, a 27 ans et en paraît 40. Il vit d’expédients et essaye d’écrire un livre sur ce qu’il a vécu en Allemagne pendant la guerre. Problème, gros problème, il ne se souvient de rien. Cette histoire, c’est celle de Fuck America. Roman génial.

Fuck America, c’est l’histoire – maintes fois racontée par mains auteurs – d’un écrivain qui devient écrivain. Ce qui rend cette lecture délectable, c’est l’emboîtement des récits autobiographiques, romancés, et imaginaires. C’est cru, sans complaisance. C’est parfois très drôle. C’est aussi la description du New-York des années 1950, où la férocité sociale le dispute à la bêtise.

Fuck America est aussi un livre qui parle aujourd’hui alors que des millions de migrants frappent à la porte de l’Europe.

Nous devions jouer une partie de l’échange de lettres qui ouvre le livre lors du premier Lever de rideau de la Troupamateur. Luc jouait Nathan Bronsky (le père de Jakob) et moi le Consul général. Faute de temps de jeu disponible, la scène a sauté (et nous nous n’avons pas sauté de joie). Tout ça pour dire que Fuck America a été adapté au théâtre.

Fuck America donne très envie de lire les autres livres d’Edgar Hilsenrath. Un grand merci à Luc Broutin pour me l’avoir fait découvrir. Donc à lire.

 

 

The big short, de Adam McKay, édifiant

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The big short, c’est l’histoire entremêlée d’investisseurs américains qui voient venir la crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis ( les subprimes ) et qui décident de prendre des positions anticipant l’effondrement du marché immobilier américain, et celui des outils de titrisation des crédits associés. Jusqu’au dernier moment, personne ne voudra y croire.

Les difficultés qu’ils rencontrent témoignent de l’ampleur de la fraude, gangrenant complètement le système financier américain, et au delà.

C’est passionnant. C’est rapide. C’est moderne. On ne lâche pas les protagonistes. Quelques adresses au spectateur permettent de faire comprendre les outils financiers dont il est question (MBS, CDS, CDO, …) . Les acteurs sont très bons dont Christian Bale, Ryan Gosling et Steve Carell (et aussi Brad Pitt un peu vieilli).

Bien sûr, à la fin, ce sont les contribuables qui paient et le peuple qui trinque. On ne va pas mettre des banquiers, des courtiers, des agents immobiliers, tous escrocs, en prison, non ?

A voir.

 

 

 

 

 

Au coeur de l’océan, de Ron Howard, déception

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Partiellement vu au Trianon à Sceaux. Au coeur de l’océan, un film d’aventures maritimes, c’est ce qu’il me fallait pour finir cette journée de Noël !

Mauvaise pioche. L’image était petite et moche, comme de la vidéo d’avant le cinéma numérique, à tendance très très verte.  Je me suis demandé si on ne nous projetait pas un Blu-Ray à l’encodage neurasthénique !

J’étais venu dans l’espoir de voir l’égal d’un Master and Commander, et je regardais un spectacle qui n’en n’était pas un. Et l’histoire ne m’a pas harponné.

A tel point que je suis sorti au bout d’une heure. Bof, bof, bof.

Identité et violence, d’Amartya Sen, halte au rétrécissement !

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Identité et violence est un essai écrit par Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998.

Pas trop difficile à lire, très documenté, le livre dit plusieurs choses :

+ si tu veux pousser deux groupes à s’entretuer, commence par réduire de chaque côté leur identité à une seule composante, puis redéfinis la en termes guerriers, ça marche à tous les coups

+ chacun doit avoir la liberté de se construire par-delà des identités fermées

+ il ne faut pas confondre le multiculturalisme et le monoculturalisme pluriel

+ il ne faut pas confondre liberté culturelle et multiculturalisme

+ si nous envisageons l’identité humaine sous un angle pluriel, notre engagement n’exige pas que nous remplacions nos allégeances nationales ou locales par un sentiment d’appartenance mondialisé, l’identité globale n’excluant pas l’identité nationale et vice-versa

+ réduire les gens à leur seule appartenance à un groupe religieux est contreproductif pour lutter contre le terrorisme

+ etc, si ça n’est pas clair, lisez le livre, si ça ne vous dit rien, lisez le livre.

Bon, est-ce que ça parle à un Français de la fin de l’année 2015 ? A votre avis ? Essayons quelques « par exemple ». Si ça ne tient pas la route, ne m’en veuillez pas.

Par exemple, Daech réduit l’identité à « musulman selon ses critères » d’un coté, et à toutes celles et tous ceux qui sont de l’autre côté, puis tue les seconds.

Par exemple, quand Marine Le Pen classe les électeurs en « patriotes » (ceux qui ont voté pour le FN), et « mondialistes » (ceux qui n’ont pas voté pour le FN), elle réduit l’identité des électeurs à deux camps qu’elle oppose.

Par exemple, quand à la suite des attentats commis par Al Qaida, Daech et autres, des politiques somment les musulmans de condamner ces crimes, ils réduisent toute une partie de la population à sa seule appartenance religieuse ( laquelle population est en fait incroyablement diverse, avec une identité religieuse elle-même plurielle ). Tout le monde doit condamner ces meurtres, pour des raisons où la religion ne tient pas forcément le premier rang.

Par exemple, quand une dame marocaine et française dont le fils militaire est tué par un français terroriste déclare que l’on peut « porter le foulard et parler de laïcité », elle dit – si j’ai bien compris et sauf preuve du contraire – que l’on peut avoir une identité plurielle : marocaine, française, musulmane, mère de famille, républicaine, laïque, etc, etc, etc.

Bon, Identité et violence a été publié en France en 2007. Qui parmi nos politiques en vue l’a lu ? A mon avis aucun. Ils ont des choses plus importantes à faire comme réviser la Constitution.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, d’Amos Gitaï, longue journée

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Du cinéma israélien je connaissais Valse avec Bachir, Le procès de Viviane Amsalem et aussi La visite de la fanfare, trois très bons films, mais rien d’Amos Gitaï, le plus renommé des cinéastes israéliens sans doute. Alors quand dans la descente de Fontenay-aux-Roses, j’ai entendu France Inter dire beaucoup de bien du film Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, j’ai décidé d’y aller.

Après deux heures de projection, j’ai senti la tête de ma fille aînée se poser sur mon épaule. J’ai décidé de quitter les lieux, rarissime désertion cinématographique, mais le bien-être de sa progéniture passe avant le cinéma.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin est une reconstitution du travail de la commission d’enquête qui a suivi l’assassinat de Rabin par un jeune extrémiste juif, aux motivations religieuses. La reconstitution est faite à partir des minutes des auditions, enrichies d’images d’archives, et autres reconstitutions de situations de l’époque. Gitaï aimerait bien montrer qu’il y a eu complot mais à mon point de sortie, il n’y était pas arrivé. Au bout d’un moment, j’ai trouvé – comme ma fille – que l’exercice devenait ennuyeux.

En Israël, il y avait à l’époque ceux qui soutenaient la mise en oeuvre des accords d’Oslo et Rabin, et ceux qui criaient « A mort Rabin », « Rabin traître », et le dessinaient en uniforme nazi. Aujourd’hui en Israël où sont passés les premiers ? Va savoir. Le peuple israélien a-t-il gagné à ne pas faire la paix proposée par Rabin ? Va savoir. Quand même, le film est une invitation à méditer sur les méfaits des rétrécissements identitaires, invitation valable pour les Français.

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La vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc, révélation(s)

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Si on vous dit : un road-movie avec un type la soixantaine, dépressif très, sans boulot, fraîchement largué, d’une conversation à mourir d’ennui, à côté de la plaque très, avec une improbable mission de commis-voyageur bucco-dentaire, vous tournerez les talons.

Et vous aurez tort.

Allez découvrir Jean-Pierre Bacri très loin de son personnage de ronchon-rugueux, tout en amabilité et fragilité. Allez voir La vie très privée de Monsieur Sim, une histoire sensible où un père se révèle à un fils, et un fils à lui-même. Allez voir une histoire quelque part entre comédie, drame et poésie, qui intéresse et émeut. Allez voir des comédiens et comédiennes sobres et justes. Et puis, après, vous ne regarderez plus votre GPS de la même façon !

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Le réveil de la force – Star Wars VII-, de Jeffrey Jacob Abrams, nous grandirons ensemble

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1977, sortie du premier Star wars, devenu depuis l’épisode 4. J’ai 15 ans, et je vis dans un autre monde. 1980, sortie de L’Empire contre-attaque. Je vais le voir dans une salle des Champs-Elysées. Je ne connais rien à l’histoire; au bout de 5 minutes je tombe sous le charme. Je verrai tous les autres Star wars à leur sortie.

Star wars VII, c’est à la fois une histoire qui recommence, le côté obscur contre la lumière de la Force, et une histoire qui continue, celle de Leia, d’Hans Solo, de Luke Skywalker,…. Ainsi le film ne commence pas le lendemain de la fin de l’épisode 6, sorti il y a 10 ans, mais bien plus tard, près de 20 ans plus tard. Pour les personnages comme pour nous, le temps a passé. Ils ont eu des enfants, nous aussi. Les nouveaux personnages découvrent les anciens, des mythes à leurs yeux, tandis que les anciens et nous découvrons les nouveaux. C’est assez vertigineux.

20 ans plus tard, ici comme dans cette galaxie far far away, les temps et les scénaristes sont devenus plus durs et plus cruels. Une très bonne idée : faire enlever son casque au méchant. Il n’en devient que plus méchant. A voir en famille ! En attendant l’épisode 8 !

 

 

 

 

 

Troupamateur, premier lever de rideau, Pulvérisé !

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Premier « Lever de rideau » de la Troupamateur 2015/2016 du théâtre Firmin Gémier La piscine, sous la direction d’Aline Le Berre.

Nous sommes 11 à jouer. Parmi les 200 spectateurs du spectacle du soir (Candide), 33 curieux viennent nous voir au Pédiluve.

Aline a fait un collage de textes sur le thème de l’errance. Nous avons une demi-heure. Luc joue une belle scène de Koltès où il boit du whisky parce que sinon on se dessèche. Je termine avec une des scènes de Pulvérisés d’Alexandrea Badéa : la femme qui met les voiles pour aller prendre l’avion pour quelque part. Oui maintenant je prends des rôles de femme.

Je crois que nous nous sommes tous bien débrouillés. L’équipe du théâtre attentive. Beaucoup de travail et de temps quand même pour une poignée de minutes sur scène. Peut-on imaginer allonger notre temps de jeu pour les prochains levers de rideau ? On va voir. Vivement la suite.

Occupied, une série d’Erik Skoldbjaerg et Karianne Lund, êtes-vous prêt ?

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Dans Occupied, série en 10 épisodes vue sur Arte, tout est bon !

D’abord le sujet. L’Europe affamée d’énergie confie à la Russie le soin d’occuper la Norvège pour la contraindre à reprendre l’exploitation pétrolière à laquelle elle veut renoncer pour lutter contre le réchauffement climatique. Les Russes repartiront-ils comme prévu ? Les Norvégiens finiront-ils par résister ?

La justesse et la vraisemblance de l’histoire. Les jeux diplomatiques brutaux et cyniques. Les conflits, les déchirements, les revirements des personnages, complexes, humains, vrais.

Les comédiens, tous savoureux, dont Henrik Mestad, Eldar Skar, Ingeborga Dapkunaite très très inquiétante, que je découvre, et côté français Hippolyte Girardot, qui campe un diplomate européen particulièrement veule.

La mise en scène, le montage – on comprend toujours ce qui se passe dans les scènes d’action c’est le critère – , les lumières du nord, et la bande son parfois inquiétante.

J’ai beaucoup aimé. Vu en direct et aussi en replay, une grande invention. Morale de l’histoire. Y’en a pas. C’est une question. Etes-vous prêt ? Autrement dit, que décideriez-vous dans des circonstances analogues ? Série distrayante qui va bien au delà de la distraction.

Une saison 2 est annoncée pour 2017. Can’t wait !

Le pont des espions, de Steven Spielberg, American hero

Lepontdesespions

Dans Le pont des espions, James Donovan, avocat new-yorkais spécialisé dans le droit des assurances, est commis à défendre un espion russe que tous veulent pendre, puis à négocier son échange, tout cela alors que la guerre froide bat son plein et que le mur de Berlin se construit. On ne s’ennuie pas.

Quatre choses. La première est de voir que la figure de l’American hero, fidèle à ses principes et à son éthique – ici rien de moins que la constitution américaine -, est toujours vivante et forte. C’est tellement puissant que cela fonde un personnage, debout, crédible et remarquablement servi par Tom Hanks.

La deuxième est que c’est tellement bien raconté et filmé, que tout devient fluide. Il faudrait revoir le film avec une souris ou une télécommande et se dire : alors, comment Spielberg attaque cette scène ? Comment fait-il ? Quels autres choix avait-il ? Le cinéma de Spielberg me fait penser à une définition de l’élégance : c’est quand tu es si bien habillé que personne ne le remarque.

Trois : à part Tom Hanks et Sebastian Koch, peu de visages connus, mais tous intéressants. Dont l’espion russe, Mark Rylance, époustouflant de courage : would it help ?

Quatre : qui connaît une bonne formation pour devenir un bon négociateur ?