Archives mensuelles : janvier 2016

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, bouleversant

mustang

Film sorti mi-2015. Je l’avais loupé. Séance de rattrapage grâce à Télérama et au Trianon de Sceaux. Merci !

Turquie de nos jours. Une région reculée au bord de la mer. Fin de l’école, début de l’été. Comme d’autres camarades de classe, des garçons, cinq soeurs rentrent à la maison, située dans un petit village. A pied parce qu’il fait beau. Le chemin longe la mer. On s’éclabousse, on se pousse à l’eau, on joue. Arrivées à la maison de leur grand-mère (elles sont orphelines, élevées par leur grand-mère et leurs oncles et tantes), elles se voient vivement reprocher leur conduite supposément obscène, conduite intolérable au regard des conventions et des traditions. Elles tombent des nues. Mais brutalement, leur vie change. Radicalement.

Mustang, c’est le récit d’un combat entre la joie de vivre et l’arriération, entre la lumière et le mensonge. Et comme dans tout combat, il y a des victimes.

Mustang, c’est aussi la peinture d’une Turquie à deux vitesses, où la modernité de la pensée et des modes de vie cohabite avec le patriarcat le plus arriéré, le plus hypocrite, voire criminel.

Quelques adultes sont des alliés. La plupart sont veules, éteints, parfois violents. Les soeurs elles sont lumineuses, éclatantes, bouleversantes, craquantes. Je me souviendrai longtemps des jeux, des sourires, de la tendresse et des regards de ces cinq actrices, toutes débutantes sauf une. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Mustang est nommé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers. A voir.

PS : Pourquoi le titre de Mustang ? Je n’ai rien encore lu à ce sujet. Je suppose que le mustang du film, c’est la benjamine, celle qui raconte l’histoire, celle qui refuse « les robes informes couleur de merde », celle qui ne veut pas se laisser dompter, maîtriser, enfermer, domestiquer.

PS2 : 26 février, Césars du meilleur scénario et du meilleur premier film, un peu de bonheur aussi pour le spectateur qui a aimé

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Salé Sucré, d’Ang Lee, subtil et moderne

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Salé Sucré, d’Ang Lee, est sorti en 1994. Le film vient d’être remasterisé, c’est à dire transféré sur support numérique dans les meilleures conditions. Le Trianon à Sceaux l’a programmé. J’ai découvert le film.

L’histoire se passe à Taiwan, de nos jours, c’est à dire dans les années 90. Trois jeunes femmes vivent avec leur père, veuf depuis leur enfance, grand chef cuisinier dans une semi-retraite. Les trois filles ont quelques difficultés à élaborer des projets personnels ou amoureux qui les amèneraient à quitter le giron paternel. Lui n’a pas l’air très heureux non plus de cette situation quelque peu bloquée. Il a perdu le goût. Il en a perdu le goût ? Et puis, un mouvement en entraînant un autre, comme au taquin, la situation va se déstériliser. Non sans mal. Et avec des surprises.

J’ai beaucoup aimé ce film. D’abord, voir cuisiner le père, ça donne faim. Ensuite, j’adore les comédiennes du film. Un concours de grâce et de sensibilité. Et puis l’histoire est racontée subtilement. Tout le long nous restons au rythme des personnages, nous croyons ce qu’ils croient. Enfin, il se dégage du film une impression de modernité – plus de 20 après sa production -, d’élégance et de justesse. A voir.

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Nous trois ou rien, de Kheiron, histoire d’histoires

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Les parents de Kheiron (l’auteur du film) lui ont raconté leur histoire. Son père – Tabib – militant révolutionnaire iranien luttant contre le Shah est emprisonné plus de 7 ans. C’est un homme de parole(s), de conviction et de courage. Il sera brutalisé pendant des mois pour avoir refusé de manger un gâteau le jour de l’anniversaire du Shah. Il est libéré. Il rencontre celle qui va devenir sa femme, Fereshteh. Au Shah succède Khomeini et une dictature qui fait reculer les limites de la férocité sanguinaire. Tabib est recherché, menacé de mort. Tabib, Fereshteh et leur fils Nouchi (Kheiron c’est son nom d’artiste) finissent par quitter l’Iran pour la Turquie, puis pour la France. Là, à Pierrefitte sur Seine et à Stains, ils refont leur vie. Tabib et Fereshteh deviennent travailleurs sociaux. Autres lieux, autres problèmes, autres conflits.

Nous trois ou rien n’est pas une reconstitution de la vie des parents de l’auteur, mais un film sur le récit de cette vie où cohabitent faits historiques, imaginaire, burlesque, comédie, drame. Ce récit, c’est celui qu’on a fait à Kheiron, et qu’il a sans doute complété, interprété, imaginé, … Ca introduit continuellement une sorte de décalage.  C’est drôle. C’est émouvant. C’est très réussi. Kheiron m’a pris par la main et ne m’a pas lâché une seconde, de Téhéran à Pierrefitte sur Seine.

J’ai beaucoup aimé tous les acteurs. Kheiron d’abord qui joue le rôle de son père Tabib. Gérard Darmon père et beau-père, comédien à fleur de peau, Leïla Bekhti lumineuse et décidée,  Zabou Breitman, tendre et franche, Camélia Jordana, Khereddine Ennasr, Michel Vuillermoz, Alexandre Astier, ….

Vers la fin du film, Tabib donne sa définition de l’intégration. Si j’ai bonne mémoire : « Vous avez votre histoire, nous avons la nôtre, écrivons ensemble une nouvelle histoire ». C’est ce que fait le film de Kheiron. A voir.

 

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Le Nazi et le Barbier, d’Edgar Hilsenrath, saisissant

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A la lecture des débuts dans la vie de Max Schulz, bébé aryen aux cinq pères possibles et au beau-père pédéraste violeur, on se dit que concernant les perspectives d’une existence paisible et heureuse pour Max, né en Allemagne au début du 20ème siècle, c’est mal parti. Mauvaise époque, mauvais endroit, mauvais pays.

Max s’engage dans la SS, devient un SS génocidaire (des détails comme autant de claques dans la gueule tout au long du livre). Après-guerre, pour échapper à la justice, il se fait passer pour Itzig Finkelstein, son ami d’enfance assassiné car juif. Puis Max quitte Berlin pour la Palestine, y devient barbier – le métier que les Finkelstein lui ont appris –  et aussi terroriste pour chasser les anglais. Sera-t-il un jour jugé et puni pour ses crimes ?

Après Fuck America que j’ai beaucoup aimé, je me suis précipité sur d’autres oeuvres d’Edgar Hilsenrath. J’ai commencé par Le Nazi et le Barbier, resté impublié en Allemagne pendant des années alors que le livre faisait un tabac aux Etats-Unis. Toutes proportions gardées, c’est comme si un français vivant aux Etats-Unis écrivait en français un livre sur la guerre d’Algérie, que ce livre publié en anglais avait le Pulitzer, et qu’il ne se trouvait aucun éditeur pour le sortir en France.

J’ai eu du mal au début. C’est dur. C’est très dur. D’autant plus dur qu’il y a de la dérision, de l’humour noir, du sexe à tout va. Et que l’on a le point de vue du bourreau. Max Schulz / Itzig Finkelstein n’a pas d’empathie. Il ne pense qu’à s’en sortir, qu’à la suite. Toute sa vie se fait aux dépends des autres, et principalement aux dépends des Juifs. Et le récit se fait parfois aux dépends des Juifs – et de ceux que Max rencontre – en raison de l’ironie dramatique extrême de la situation. Mais, petit à petit, je suis rentré dans l’histoire. D’abord parce que c’est un résumé des événements, de la culture, de la vie d’avant-guerre, de la guerre, de l’après guerre en Allemagne, puis en Palestine qui devient Israël. Ca m’a intéressé. Et aussi parce qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de savoir ce qu’il allait advenir de Max Schulz. Allait-t-il se faire prendre, juger et punir ? Ou plutôt, comment allait-t-il se faire prendre, juger et punir ?

Comptez pas sur moi pour spoiler la fin.

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Béliers, de Grímur Hákonarson, dépaysant

beliers

Dans une vallée islandaise, pas un arbre à l’horizon. Deux fermes contiguës, deux troupeaux de moutons, deux béliers et deux frères. Chacun vit seul. Ils ne se parlent plus depuis 40 ans, faute semble-t-il au père et à sa succession mais on n’en saura pas plus. Gummi et Kiddi vivent et pensent moutons, une pure race islandaise que l’on ne trouve plus que dans leur vallée.

Un jour un des béliers présente des symptômes qui font penser à la tremblante. Que vont décider les services vétérinaires ? Quel impact pour les deux frères ?

C’est très bien. C’est émouvant. C’est parfois drôle. Dans une grande économie de tout – comme les paysages – et ça marche. Les deux frères ont de la gueule et du corps. Sauf qu’à la fin j’ai déploré le choix des auteurs d’arrêter leur histoire là où elle s’arrête. Ce type de fin, c’était à la mode quand j’étais ado. Bon, j’exagère. A voir.

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Hunger Games la révolte partie 2, de Francis Lawrence, c’est fini

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Ce que j’aime dans les Hunger Games, c’est :

+ quand Snow sourit, c’est tout un art d’être détestable,

+ quand on prononce le nom de Katniss Everdeen, et là j’ai été servi,

+ quand elle tire à l’arc, et là je suis resté un peu sur ma faim.

A la fin, les méchants et les méchantes y passent. C’est pas de mon âge, il faut le reconnaître.

 

Ruses diplomatiques et stratagèmes politiques, de Polyen, tous les coups sont permis

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Ruses diplomatiques et stratagèmes politiques est un recueil écrit au 2ème siècle par Polyen – un juriste macédonien – dans le but de mettre en garde les généraux romains contre les ruses des barbares : « leur plus grande spécialité consiste à tromper et à chercher des prétextes pour se parjurer ».

Et le livre de recenser des dizaines d’anecdotes où politique, faits guerriers et trahisons se mêlent, dans une période qui va de quelques siècles avant notre ère jusqu’à l’époque de Polyen. L’éditeur a classé ces anecdotes en 30 catégories : corrompre, se jouer des lois, bluffer, manipuler, etc.

Par exemple, après quelques jours de combats, les Thraces négocient avec les Athéniens une trève de 3 jours pour les cérémonies funéraires, puis les attaquent en plein milieu de la nuit. Hyper drôle !

J’ai eu parfois le sentiment de me retrouver dans un film, au moment où quelqu’un dit au héros, « attention c’est peut-être un piège », et qu’il y va quand même. Cette lecture m’a aussi fait penser aux Parrains, où les ruses mafieuses semblent directement inspirées de celles des lointains ancêtres des Corléone. Ou encore à Braveheart où Edward 1er a certainement lu Polyen (non pas pour déjouer les ruses mais pour les mettre en oeuvre).

Cette peinture de la noirceur de l’âme humaine finit par être écoeurante : très souvent l’anecdote se termine par « il mit à mort », « tous furent exécutés », etc. Les objectifs des tyrans et des apprentis tyrans sont les mêmes : déterminer qui va ou qui peut s’opposer à eux, et les zigouiller. Aujourd’hui, plus besoin de ruses et de stratagèmes, il y a Google, Facebook, Insta, et on peut faire des listes en quelques clics.

Enfin, un personnage revient souvent : Denys (l’ancien). C’est le pire de tous semble-t-il, mais la perte de dignité de ses adversaires finit par être comique. Peut-être à creuser.

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Les Suffragettes, de Sarah Gavron, le combat continue

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Les Suffragettes se passe à Londres au début du 20ème siècle. Une jeune ouvrière blanchisseuse va s’intéresser à la cause des Suffragettes, ces femmes qui luttent pour obtenir le droit de vote, et plus généralement des droits pour les femmes (lesquelles à l’époque n’en ont quasiment aucun, si si).  Ce premier intérêt lui apporte des ennuis, lesquels renforcent son intérêt et font naître en elle un sentiment d’injustice et de révolte, et du coup ses ennuis s’aggravent, etc. Elle finit par rejoindre la cause et entre en clandestinité. Elle perdra ce qu’elle avait au passage. Et elle y gagnera sa dignité.

C’est un film historique et un portrait de femme. Carey Mulligan est très convaincante. Ainsi que son contre-protagoniste Brendan Gleeson (l’ami d’enfance de William Wallace dans Braveheart). Belles reconstitutions. C’est un film en équilibre entre drame, mélodrame, historique et thèse. Et c’est sans doute cet équilibre qui ne m’a pas complètement emporté.

Bon, générique de fin, les Anglaises commencent à avoir le droit de vote en 1918, les Australiennes et Néozélandaises bien avant, les Turques en 1934 et les Françaises, les Françaises, en ? En ? En ? En 1944 les amis.

Bon, n’en déplaise aux grincheux et grincheuses, avant c’était pas forcément mieux et le boulot est pas fini.