Archives mensuelles : février 2016

Art of Patron, de Mark Kudsi, de la VR bien faite !

Dans un champ d’agaves, le spectateur est invité à suivre une petite abeille. Bientôt une voix off nous explique que la Tequila c’est d’abord une histoire d’amour … et un travelling avant va nous faire parcourir le procédé de fabrication, du champ à la table où elle est dégustée.

Un travelling avant ? Oui en mais en « réalité virtuelle », c’est à dire en « prises de vues sphériques ». Le regard peut continuellement se porter vers l’avant, dans le sens du mouvement, ou alors se tourner d’un côté ou de l’autre, voire vers l’arrière, et rester quand même dans l’action.

Drone, images de synthèse, raccords lumineux et son binaural au programme. Bel exemple de ce que l’on peut faire avec le procédé.

Pour voir le making off :

Merci à Michel, Fabrice et Boris de me l’avoir fait découvrir.

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Deadpool, de Tim Miller, avec la langue

deadpool

Donc, Deadpool c’est du Marvel hydridé avec les codes du stand-up. 4ème mur, déconnade, références en pagailles, vannes sur vannes, mises en abîme à répétition, cul, dérision et autodérision, et blablabla ….

Bref, les créateurs s’amusent, nous aussi, beaucoup. Un poil très très violent quand même. Un Deadpool 2 est annoncé pour 2017. A voir.

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Ave César, des frères Coen, qui s’amuse le plus ?

 

Avé_César

Eddie Mannix – Josh Brolin – est une sorte de super directeur des opérations chez Capitol Studio. Il veille sur tout, sur tous et sur toutes, à toute heure du jour et de la nuit. On passe 24 heures avec lui. Intrigues imbriquées, casting en or, mise en abîme et avalanches de péripéties au programme.

Pour les besoins de l’histoire, des scènes de péplum, western, comédie musicale avec marins en goguette, danse aquatique, comédie dramatique, … sont reconstituées. Les frères Coen ont du bien s’amuser à recréer cet Hollywood des années 50, et à mettre en scène dans le film ces mises en scène. Le vrai message du film, c’est quoi ? Le cinéma est un acte de foi, si j’ai bien compris.

Quoi qu’il en soit, on s’amuse bien, mais sûrement pas autant que les frères Coen. A voir ? Pourquoi pas.

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Ellis Island, de Georges Perec, souvenirs, tropisme

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Je me souviens de ma grand-mère maternelle me racontant que ses parents avaient voulu émigrer aux Etats-Unis. Qu’ils étaient allés à New-York. Qu’ils ne s’y étaient pas bien trouvés, et qu’ils étaient rentrés en France.
« J’avais deux ans et on m’a dit plus tard que j’étais tombée malade et que les médecins avaient recommandé un retour au pays ».
Ma grand-mère maternelle est née en 1898.
Donc elle est passée par Ellis Island en 1900.
Si elle n’était pas rentrée, je ne serais pas là pour m’en souvenir.
Aujourd’hui, je m’en souviens.

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Clip OK Go, de Trish Sie, c’est quand c’est simple que c’est bon

Je découvre le clip de la chanson Skyscrapers d’ OK Go . Je découvre les deux en fait ! Une idée simple, une idée jolie, pas si facile que ça à filmer. C’est ça que j’aime le plus. Quand ça parait simple, que c’est joli, que c’est harmonieux, que c’est quand même surprenant et prenant. Réalisé par Trish Sie, chorégraphe et réalisatrice, douée pour la viralité m’apprend sa fiche Wikipédia.

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Les bûchers de la liberté, d’Anastasia Colosimo, l’ange et la bête

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Vous avez dans votre ville une rue du Chevalier de la Barre ? Vous avez étudié Voltaire au lycée ? Et vous croyez que le blasphème n’est plus un délit en France, et ce depuis fort longtemps, notamment grâce à la loi sur la liberté de la presse (1881) ? Vous pensez aussi que la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 vous met à l’abri, vous et vos enfants, de ces fadaises ? Vous pensez vivre dans un pays où la liberté d’expression est vivante et vivace ? Vous pensez même vivre dans le pays des droits de l’homme, de la laïcité et de la liberté d’expression ?

Bon, dans les faits, vous ne vous en rendez pas bien compte, mais vos convictions ont du plomb dans l’aile. Et ça ne va pas s’arrangeant.  Anastasia Colosimo le démontre dans son essai sur le blasphème Les bûchers de la liberté.

La faute à qui ? La faute à la modification en 1972 de la loi sur la liberté de la presse. Voulant lutter comme jamais avant contre le racisme, on crée le délit  « d’incitation à la haine raciale » (la haine un sentiment pas un acte), ce qui, en raison de la formulation du texte de loi, va ouvrir la voie à la réintroduction de facto du délit de blasphème par tout groupe se sentant offensé. Anastasia Colosimo analyse les premiers procès qui ont lieu – contre Houellebecq, contre un film, contre une marque de vêtements, contre Charlie Hebdo, – et les jugements rendus. Elle explique que les décisions judiciaires diverses vont fragiliser la liberté d’expression, et vont contribuer à créer et à alimenter l’idée d’un « deux poids, deux mesures » entre l’islam et les autres religions.

Elle montre également que les lois mémorielles, qui sacralisent l’histoire, font de la négation de certains faits historiques des délits en tous points comparables à des blasphèmes. Lois qui alimentent également la concurrence victimaire, certains groupes se sentant moins « réparés mémoriellement » que d’autres, si j’ose dire. Ce qui alimente aussi le « deux poids, deux mesures ».

En comparaison, elle cite un jugement de la Cour suprême américaine sur la liberté d’expression, c’est assez cruel pour les français.

Elle analyse les conséquences terriblement ironiques de la loi Cazeneuze de novembre 2014 sur l’apologie du terrorisme. Pour faire simple, et par exemple, pour avoir tweeté ou Facebooké « bien fait » à propos du meurtre de l’équipe de Charlie Hebdo, des gens ont été condamnés lourdement au terme d’une procédure pénale très rapide. Ce n’était pas le but de la loi Cazeneuve qui était une loi de surveillance. Mais à nouveau on peut se demander où est passée la liberté d’expression.

Elle conclut : « C’est un grand malheur que nous ne sachions plus que la protection systématique des sentiments des uns et des autres est l’assurance de la guerre de tous contre tous. » Et là, tu penses à un autre livre : Identité et violence d’Amartya Sen.

Bon, rassurons-nous, nos dirigeants et la classe politique ont conscience du problème et agissent pour y remédier. Ouf ! Non ? Ah, non ? Pas du tout ? Bêtes au lieu d’anges, ils font même tout ce qu’il faut pour aggraver la situation ? En témoignent discours et propos d’Hollande et de Valls, par exemple ? Zut alors. Alors, alors, alors, … que faire ?

Corriger les errements de la loi de 1972 ? Abolir les lois mémorielles ? Publier des billets de blog ? Emigrer ? Je vais trouver. En attendant, Anastasia Colosimo, pourquoi ne passez-vous pas à la télé ?

PS, quelque temps plus tard : En fait Anastasia Colosimo est déjà, et de nombreuses fois, passée à la télé.

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Les délices de Tokyo, de Naomi Kawase, de sucre ou de sel ?

les_délices_de_Tokyo

Un homme, la quarantaine, marche d’un pas lourd. C’est pas la joie de vivre. Sentaro entre dans une échoppe, commence à préparer une pâtisserie traditionnelle, des dorayakis, c’est à dire deux pancakes fourrés aux haricots rouges confits. Dans sa boutique viennent des collégiennes, dont Wakana, qui ne sait si elle pourra aller au lycée. Un matin arrive une vieille dame très souriante, Tokue, candidate au job de mitron proposé par Sentaro, lequel commence par refuser, trop vieille à ses yeux sans doute. Tokue revient le lendemain, insiste, …. Bouleversements en vue.

Ce qui caractérise ce film, c’est d’abord son rythme. Lent. Mais lent comme une envie d’écouter le monde, les autres, un canari, les arbres, les haricots. L’histoire que le film raconte est d’une grande délicatesse, où la joie peut jaillir, et où les plus grands malheurs sont dits avec simplicité et pudeur.

Voilà, trois personnages se rencontrent. Trois générations. Ils ont un chemin à faire ensemble. Ils le font. Ils changent. J’ai marché tout du long. A voir.

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Lucien Clergue, les premiers albums, au Grand Palais, lumineux

clergue

Dimanche il faisait beau. La lumière appelant la lumière, nous sommes allés voir l’exposition Clergue au Grand Palais, sur le conseil de Luc. Elle retrace la naissance de Lucien Clergue en tant qu’artiste avec des tirages extraits de ses premiers albums, ses premières séries, son travail sur la « Camargue secrète », les taureaux, les gitans, le « Langage des sables »,…. Son film Le drame du taureau est présenté, ainsi qu’une très intéressante interview de son ami  Jean-Maurice Rouquette, conservateur du Musée Réattu en Arles.

Je ne connaissais Lucien Clergue que de nom, surtout en relation avec les Rencontres photographiques d’Arles, et très mal voire pas du tout son travail. J’ai été saisi par l’alignement des photos camarguaises dont ont ne sait plus s’il s’agit de photos, de dessins, d’estampes ou de peintures. J’ai été fasciné par les photos extraites de Langage des sables, où dans un détail s’ouvrent un univers, un portrait, un paysage. J’ai aimé entendre définir ce qui fait la différence entre un photographe et un artiste : la série. J’en suis sorti plein d’espoir, plein d’envies créatrices.

A voir, jusqu’au 15 février, dépêchez-vous !

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L’art de la comédie, d’Eduardo De Filippo, par Patrick Pineau, énergétique

Ci-dessus, des images de répétition filmées au Théâtre-Sénart. Evidemment, au théâtre Firmin Gémier / La Piscine à Châtenay-Malabry, le décor est le même.

Italie, dans les années soixante. Un nouveau préfet prend ses fonctions. Comme c’est l’usage, il doit recevoir les notables. Arrive impromptu Oreste Campese, directeur d’une troupe de théâtre, dont la roulotte et les décors ont brûlé. Il vient demander de l’aide, la conversation roule sur le théâtre, mais le préfet fait semblant de ne pas comprendre les difficultés d’Oreste qui n’obtient qu’un sauf-conduit. En partant, Oreste suggère que des comédiens pourraient bien se substituer aux notables. Arrive un premier notable, le médecin. Le délire n’est pas loin.

C’est décidé, je n’irai plus au théâtre le vendredi soir, avec une semaine de labeur acharné. Se retrouver plongé dans l’obscurité assis dans un fauteuil confortable, … il faut résister, et ce d’autant plus que sur scène une conversation semble s’éterniser. Mais tout à coup arrive le médecin – Manuel Le Lièvre – , débordant de problèmes et d’énergie. Et plus tard avec le curé – Marc Jeancourt -, le délire monte encore d’un cran. Et le spectateur épuisé reste éveillé. Voilà, pour celles et ceux qui se demandent ce que c’est que d’avoir de l’énergie sur scène, allez voir cet Art de la comédie.

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Lipstick, de Stéphane Crouzet, réussite !

De Stéphane Crouzet, je connaissais les talents graphiques de « motion artist », et la qualité humaine. Début 2015, en voyant son film de voeux, je m’étais dit qu’il avait envie d’autre chose, ou de quelque chose en plus, en prenant une caméra, en sortant, et en délaissant partiellement son ordinateur.

Début 2016, c’est chose faite avec Lipstick, son premier court-métrage. Une femme devant un miroir. Elle se met du rouge à lèvres. Une voix-off nous dit qu’elle se souvient de quelque chose. Mais de quoi ?

C’est prenant. Très joliment filmé. Très bien fait. Très beau travail aussi de Louis Boulloche à la musique. Stéphane Crouzet s’est ouvert de nouvelles voies pour créer, pour raconter, pour émouvoir, je suis preneur à fond, bravo !

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