Archives mensuelles : mars 2016

Un chemin de tables, de Maylis de Kerangal, le désir et le courage

unchemindetables

Maylis de Kerangal nous raconte une part du chemin de Mauro, qui découvre le plaisir, le désir et aussi la souffrance de cuisiner. Elle raconte comment ce désir commence à lui venir, enfant, et comment petit à petit les choses s’affirment, alors que parallèlement Mauro poursuit des études d’économies prenantes. Elle décrit ses expériences, ses rencontres, comment elles le transforment, lui permettent d’affirmer un caractère, une éthique, et orientent son chemin professionnel. Elle nous parle d’un milieu où il y a du travail, et où l’on travaille dur, très dur, de longues heures, jusqu’à ne plus trouver le temps de vivre. Elle évoque la violence morale et physique de certains chefs que Mauro va croiser. La cuisine, ce n’est pas l’univers de la téléréalité, c’est beaucoup plus intéressant. Nous quittons Mauro alors qu’il n’a pas la trentaine, avec toujours l’envie d’inventer de nouvelles choses, de nouvelles manières de partager, et toujours le désir de ne pas céder à la facilité. En fait, Mauro est un artiste.

Le livre commence dans la veine de livres précédents de Maylis de Kerangal, laquelle me donne parfois l’impression « d’écrire comme elle voit ». Et puis, après quelques pages, son style change. Ca devient plus documentaire, plus simple. Mais on n’est pas moins loin de Mauro, au contraire.

Un chemin de tables appartient à la collection Raconter la vie du Seuil, qui « veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective ». Je découvre la collection avec Un chemin de tables. Je vais aller y fouiner un peu, beaucoup peut-être. Un chemin de tables, à lire.

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Jodorowsky’s Dune, de Frank Pavich, se construire une âme

Dune

Début des années 70, le producteur français Michel Seydoux vient de distribuer en France le film d’Alejandro Jodorowsky, La montagne sacrée, lequel film connaît en Europe un succès inattendu et devient « culte ». Seydoux dit alors à Jodorowsky qu’il est prêt à produire son prochain film quel qu’en soit le sujet. « Dune » répond Jodorowsky, sans même avoir lu le roman de Frank Herbert.

Après avoir écrit le script, Jodorowsky s’entoure d’une équipe pour créer l’univers visuel du film. Ce sera d’abord Giraud-Moëbius qui story-bordera l’ensemble, rejoint par Dan O’Bannon, spécialiste des effets spéciaux – à l’époque Star Wars n’a pas été produit -, puis Chris Foss, illustrateur anglais, et enfin H. R. Giger, peintre suisse. Ils travaillent d’arrache-pied jusqu’à constituer un recueil de taille gigantesque décrivant le film plan par plan, et expliquant comment les effets spéciaux seront réalisés.

Parallèlement, Jodorowsky convainc les Pink Floyd de faire une partie de la BO, ainsi que le groupe français Magma (Wikipédia pour les plus jeunes !). Dali, Mick Jagger, Amanda Lear et Orson Wells rejoignent le casting. Ainsi que le fils de douze ans de Jodorowsky. Son père lui impose 6 heures de karaté par jour, sept jours sur sept, pour le préparer à son rôle.

Finalement, tous les producteurs américains sollicités refuseront d’entrer dans le film, tous séduits par le projet et tous rebutés par le réalisateur : Jodorowsky ! 5 millions de dollars – à l’époque pas une paille cinématographique – manqueront au budget et Michel Seydoux renoncera.

La thèse de ce documentaire, Jodorowsky’s Dune, est la suivante : Dune de Jodorowsky était un film génial qui, même en ne se faisant pas, à ensemencé le cinéma et est vivant au travers des nombreux emprunts ultérieurs qui lui furent faits : Alien, Blade runner, Star wars, ….

I am Dune, I am Dune, diraient encore aujourd’hui certains films.

A plus de 80 ans, Jodorowsky apparaît drôle, séduisant, plein d’intelligence et d’énergie. On imagine qu’à 45 ans, il devait être totalement fascinant. Mais on se dit quand même que Franck Pavich raconte bien son histoire, laisse quelques questions de côté, et que ce n’est pas parce qu’il est convaincant que l’on doit être convaincu.

Est-ce Dune qui a vraiment ensemencé le cinéma, ou est-ce le talent de Moëbius, O’Bannon, H. R. Giger et Foss qui a rayonné au delà de Dune ? Qu’en pensent les intéressés ? Jodorowsky est certainement un visionnaire, un créateur, un fédérateur, un inspirateur mais est-il un grand cinéaste ? Son casting faisait-il vraiment sens, ou relevait-il plutôt d’une galerie de trophées ? Les studios américains avaient-ils raison de se méfier d’un artiste pour qui par exemple la longueur du film devait être de sa seule décision : pourquoi pas 12 heures ou 20 heures ? Oui, pourquoi pas ?

Dune enterré, Jodorowsky mit avec Moëbius une partie du projet dans la série Incal. Qu’un jour je relirai avec encore plus de plaisir.

PS : Le 31/03/16. Dans Les mystères de l’Incal, un texte assez dense de Jororowsky sur Dune intitulé « Le film que vous ne verrez jamais ». Ce n’est pas tout à fait le même éclairage que le film, à me demander si je l’ai bien compris.

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Troupamateur, Visite théâtralisée, sous le signe d’Ellis Island

VisiteTroupamateur

En dépit de l’absence quasi-totale de publicité du théâtre La Piscine sur cette visite théâtralisée dont la réalisation est confiée à la Troupamateur, des curieuses et des curieux sont venus, parfois en famille. Un grand merci à eux. Nous les avons entraînés dans le labyrinthe des couloirs en béton, sous le plateau, dans une loge, au foyer des comédiens, à la salle des machines, dans les locaux de l’administration et au « solarium ». L’accès au plateau nous a été refusé. Nous jouons de petites scènes, nous donnons à entendre quelques courts extraits de textes, comme on dit. Au programme Ellis Island vue par Perec, les mouvements de population, les migrants, et un extrait de la plume féroce d’Hilsenrath. Programme bien vu et qui faisait sens en ces temps troublés.

Nous faisons deux visites, la seconde bien meilleure que la première. Je suis le consul général de Fuck America qui répond à Bronski. Je suis aussi Georges Perec qui essaye de définir sa judéité au cours d’une interview imaginaire d’Aujourd’hui Madame. D’un bord à l’autre en quelque sorte.

Je ne regrette pas cet après-midi de jeu, mais je m’interroge sur le rendement de cette activité en terme de plaisir et de retours. Merci à Aline Le Berre pour son engagement et pour la justesse de ses conseils. Merci à la personne du théâtre qui m’a gentiment dit « bravo » à l’issue de la seconde visite. Merci au spectateur qui s’est dit touché par tout ce qu’il avait entendu. Pas de merci à l’équipe des « pros » qui jouaient cet après-midi là et qui n’ont pas le sens de l’hospitalité très développé. (mais peut-être un peu le melon).

Rendez-vous le 13 avril pour le deuxième lever de rideau.

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The Assassin, de Hou Hsiao-hsien, c’est beau

The_Assassin

L’action de The Assassin se passe en Chine au 9ème siècle, une Chine où les tensions entre le pouvoir central – la Cour impériale – et les provinces – dont celle de Weibo où se déroule l’histoire – sont vives.

Nie Yinniang – la très belle Shu Qi – retourne dans sa famille. Elle a été élevée par une nonne. Elle est devenue une « Assassin », au gré des missions que la Nonne lui confie. Mais Nie Yinniang a parfois des scrupules. Et quand la Nonne lui demande de tuer le gouverneur de Weibo, qui n’est autre que son cousin Tian Ji’an auquel elle fût naguère promise, on sent qu’il y a matière à une histoire.

C’est visuellement très très beau. Filmé je ne sais pas où dans des paysages sublimes. Une image presque carrée. Il y a aussi des jeux avec les tissus de soie qui sont extraordinaires. Le Directeur de la photographie s’appelle Ping Bin Lee.

Quant à l’histoire, entre passé et présent, légitime et concubine, nonne et sorcier, assassin et assassin, j’ai eu un peu de mal à suivre. Par exemple, je ne pourrai pas vous expliquer clairement la fin. Donc, je vous recommande vivement d’aller voir ce beau film. Vous au cerveau plus jeune que le mien, vous pourrez me mettre les sous-titres à l’endroit, et ce autour d’une bonne tasse de thé que je suis prêt à offrir, si vous êtes sympa.

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