Archives mensuelles : avril 2016

Brooklyn, de John Crowley et Paul Tsan, les migrations du coeur

BROOKLYN

Dans les années 50, Eilis Lacey, une jeune irlandaise, se voit une vie aux Etats-Unis. Elle laisse en Irlande sa soeur aînée et sa mère. Arrivée à Brooklyn, elle bénéficie du réseau d’entraide que les très nombreux irlandais ont tissé. Elle se construit un futur possible. Elle rencontre Tony, un jeune plombier italien. Il lui fait la cour. Elle est un jour amenée à rentrer en urgence en Irlande. Eilis et Tony se marient en secret peu de temps avant le départ. De retour au pays, Eilis qui n’y était rien se voir offrir une vie. Que va-t-elle faire ?

C’est un film tout en délicatesse. Saoirse Ronan a un des plus beaux regards qui soit. Et cette vibration de la peau qu’avait Meryl Streep. Emory Cohen des tonnes de charme. Un concours de justesse et de sobriété de toute la distribution. J’en connais plus d’une qui vont pleurer à ce film ! A voir.

PS : A leur insu, je mets un petit morceau de mon coeur dans les bagages de nos migrants d’aujourd’hui et de demain. Ca pèse pas lourd, ça les gênera pas, et je verrai du pays. Comprend qui peut.

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Les planificateurs, de Kim Un-Su, dépaysant

Les_planificateurs

Signalé par Luc, Les planificateurs, c’est l’histoire de Laesaeng, enfant abandonné, recueilli par père Raton-Laveur, lequel dirige un groupe de tueurs à gages, à partir de son quartier général, La bibliothèque. Chaque assassinat est soigneusement préparé par un planificateur, qui reste dans l’ombre. Au tueur de suivre à la lettre les instructions du planificateur, sinon c’est là où les problèmes peuvent commencer. Laesaeng va se heurter à Hanja, recueilli comme lui par père Raton-Laveur, et qui a fondé une entreprise concurrente. Laesaeng croise plusieurs fois Poilu, qui incinère les corps contre quelques billets. Laesaeng rencontre aussi Mitto, et son destin par la même occasion.

Le livre commence comme un film de Tarantino. Avec des conversations tranquilles et la mort comme unique issue. D’ailleurs, c’est ça le sujet du livre, quelle issue pour Laesaeng ? Quelle sorte d’issue ? Quel sens à l’issue ? J’ai aimé l’histoire, les personnages, et les bribes de vie coréenne que le récit distille. J’ai aimé le courage et la force de vie du héros. Dépaysant et sanglant. Et des planificateurs, il y en a-t-il ici ?

Deux autres polars de Kim Un-Su – grand écrivain coréen – à paraître prochainement.

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Troupamateur, 2ème lever de rideau, produire du jeu

LR troupamateur 13 AVRIL

2ème lever de rideau monté en un peu plus d’un mois, sur le thème de l’exil. Nous commençons par Ellis Island, nous poursuivons avec des « textes de guerre » actuels, nous revenons au legal desk d’Ellis Island, puis nous nous transportons des décennies plus tard alors qu’un homologue de Robert Bober rencontre à New-York un couple de vieux juifs russes. Pas sûr que les spectateurs aient saisi ces mouvements temporels.

Je suis Jean Duval, qui joue sa vie face à l’officier d’état civil américain, joué par Luc. Je crois que ce Jean Duval là était le meilleur que nous ayons vu et entendu. Je suis Dimitri, qui aide sa femme Olga à retrouver ses souvenirs.  C’est notre quasi-impro qui conclut le spectacle. Bonne complicité avec Valérie. Produire or not produire du jeu, that is the question. A l’issue des trente minutes de spectacle, pas mal de réactions positives.

Il va y avoir un 3ème lever de rideau de la Troupamateur fin mai. Je ne suis pas sûr que mes activités professionnelles me laissent le loisir d’y participer. Et même si c’est toujours sympa de jouer devant un public – mon objectif quand j’ai rejoint la Troupamateur -, ces derniers temps je me suis un peu ennuyé à l’atelier. Mais comme chacun sait, l’ennui est le début du bonheur.

PS : Epilogue le 26 mai, comme je le pressentais, je n’ai pu concilier mon travail et la préparation du 3ème lever de rideau. J’ai donc rendu mon tablier de Troupamateurien fin avril. Au final, et j’en suis désolé, la Troupamateur est pour moi un pari théâtral plutôt perdu.

 

 

Nulle part en France, de Yolande Moreau, misère 1.0

http://info.arte.tv/fr/nulle-part-en-france-de-yolande-moreau

Yolande Moreau passe quelques jours au début de l’année 2016 dans les camps de Grande Synthe et de Calais. Son film témoigne de la misère qui y règne. Ils et elles fuient la guerre et la mort. Ils et elles veulent aller en Angleterre. Ils sont bloqués dans la boue en France, la côte anglaise visible par beau temps. Un Kurde – géologue de formation – dit sentir la haine des habitants à leur égard. Ce qu’il demande : un peu de patience, le temps qu’il arrive à passer, et après il dira « merci la France ».

Très beaux textes écrits avec Laurent Gaudé que l’actrice-réalisatrice dit, sans pathos. C’est d’autant plus fort. Ce n’est pas un reportage, ce n’est pas un documentaire, c’est un témoignage, un regard, une fenêtre qui s’ouvre dans notre vie sur une misère que nous ne voulons pas voir, mais qui est là, à deux pas, à trois heures de route. De quoi avons-nous peur ? Des aboiements de qui ?

Merci Arte de laisser ce film en ligne !

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Midnight special, de Jeff Nichols, épisode un ?

MIDNIGHT-SPECIAL

Un enfant est enlevé par son père d’une communauté religieuse, laquelle est promptement perquisitionnée par le FBI et la NSA. Des dévots partent à la recherche de l’enfant. Et toutes les forces de l’ordre aussi. Alston, l’enfant, n’est pas comme les autres, indeed. But what is he meant for ? Fantastique au programme.

J’ai beaucoup aimé les acteurs, surtout Michaël Shannon et Joel Edgerton. Ca fait du bien de voir des visages peu vus. Mais, l’ouverture passée, je suis resté tout du long au bord de l’histoire, comme au bord d’une piscine dans laquelle je ne pouvais plonger, comme si il y avait sans cesse quelque chose qui se dérobait, quelque chose d’invraisemblable, quelque chose d’incroyable.

Bon, la fin laisse penser à une suite possible. Et là c’était vraiment la désolation. Je suis resté sur ma faim. Et pourquoi Rencontres du troisième type c’était bien ?

La carte et le territoire, de Michel Houellebecq, pas désagréable

michel-houellebecq-la-carte-et-le-territoire-titre

Le livre était depuis 2010 dans une pile proche de ma table de nuit, comme me l’a rappelé la facture de Décitre qui s’en est échappée à l’ouverture. La carte et le territoire raconte l’histoire de Jed Martin, qui sort des Beaux-Arts, photographie des cartes Michelin, séduit Olga – une des « plus belles femmes de Paris » et responsable de la Communication de Michelin – , est lancé par une première exposition à succès, est quitté par Olga, se lance dans la peinture, rencontre Michel Houellebecq à qui il demande d’écrire le catalogue de sa nouvelle exposition, connaît un succès démentiel, devient très riche, retrouve et laisse passer Olga, abandonne la peinture, permet l’élucidation du meurtre barbare de Houellebecq, perd son père, se remet aux superpositions photographiques (et au fil du récit il aura croisé une poignée de personnalités des lettres et des médias, mais pas Pépita Bourguignon du Monde que visiblement il n’intéresse pas, elle).

Ce qui caractérise Jed Martin, tout au long du récit, c’est sa solitude. Et ce qui résume le plus l’expérience de lire ce livre c’est une phrase du père de Jed Martin à propos de Houellebecq : « C’est agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société ». « C’est agréable à lire », je confirme. « Il a une vision assez juste de la société », il a surtout un humour très particulier.

Que lire d’autre de Houellebecq ?

 

 

Kaili Blues, de Bi GAN, écoute le ciel quand il te cause

Kaili_Blues

Je vois arriver Kaili Blues couvert d’éloges dans le fil Facebook d’Eric. Je décide d’aller le voir. Deux semaines plus tard, samedi matin, après une mauvaise nuit, séance repérée aux Halles à 11h20. Je fonce sous la douche. 10h40, j’arrive devant la station du RER, un train s’éloigne. Et dans ma poche, pas de pass Navigo, oublié à la maison ! Prochain train, 15 minutes plus tard, juste à temps peut-être pour ne pas louper le début de la séance. Que faire ? Y aller plus tard ? Un autre jour ? Non ! renoncer, ça sentirait la loose. Et quand on n’a pas de tête, on a des jambes. Je remonte chez moi d’un bon pas et je reviens en vitesse, et cours pour attraper le RER, sourd au message que le Ciel m’avait envoyé.

UGC Ciné Cité Les Halles. 7,20 euros quand même. Salle 35. Au bout d’une demi heure, je me rends compte que j’ai un peu de mal à saisir la situation. La fatigue m’envahit brusquement. Quand je reviens, début du grand plan séquence dont on parle. Soit plus de 40 minutes filmées avec une petite caméra 4K montée sur un Gimball quelconque, ou alors même avec un Osmo. On est dans un petit village, un peu bizarre, rural. On passe d’un habitant à l’autre. C’est pas inintéressant, un peu absurde, et un peu gâché quand même par les micros HF pas très bien dissimulés. Bon, arrive la fin du plan séquence et là, patatras ! Le héros a changé de chemise d’un plan à l’autre alors qu’il me semblait qu’on était dans la continuité de l’action. Et je me rends compte, navré, que quelque chose m’a vraiment échappé dans cette histoire, la faute peut-être à mon assoupissement. Très jolie idée dans le plan de fin.

Bon, je prends le métro pour rentrer. Arrivé à Denfert, je me rends compte que j’ai oublié mon écharpe dans la salle 35 de l’UGC Ciné Cité Les Halles. Je n’avais pas écouté le message envoyé le matin par le Ciel, et maintenant, il achevait de me punir pour mon orgueil et mon manque de superstition.

A voir ? Je ne peux pas vous dire.

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