Archives mensuelles : décembre 2016

Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, de Florence Arnaud et Francine Mykita, perspectives vues de haut

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Chaque jour, pendant des années, Florence Arnaud – institutrice retraitée, aimée et estimée – se rend au Parc de Sceaux avec son appareil photo. Elle veut lui faire prendre de la hauteur. Un escabeau. Une perche de onze mètres. Puis un cerf-volant, technique photographique inventée au 19ème siècle. Les photos se multiplient. Le matin, le soir, en toutes saisons, tous les jours. Des curieux l’interrogent. Des contrôleurs aériens d’Orly venus courir dans le parc lui lancent en passant : « attention à respecter les plafonds ! ». Elle connaît bien Francine Mykita, historienne de l’art, qui vient flâner dans le parc ou s’y dépenser. De conversation en conversation naît l’idée d’un livre. C’est Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, ouvrage dont les deux amies sont les auteures, et auto-édité.

Pour un promeneur du Parc comme moi, les photos de Florence Arnaud sont un cadeau. Elles sont naturelles, évidentes, fluides, parfois surprenantes. Elles magnifient les perspectives et la nature du Parc. Elles permettent de mieux comprendre l’art de Le Nôtre qui dessina le Parc. Les textes de Francine Mykita, agréables à lire, disent l’essentiel.

Pour savoir où se procurer ce beau livre : https://www.facebook.com/sceauxcerfvolant/

Pas que pour les usagers du Parc de Sceaux !

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Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non

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Nicolas Colin et Laetitia Vitaud explorent de manière concise 25 thèmes liés au numérique, de la fin de la privée aux pertes d’emplois, en passant par un questionnement sur le primat de l’innovation. Leur approche, très documentée, est le plus souvent économique, mais pas toujours. Leur objectif : faire la chasse aux idées reçues et dissiper les malentendus.

C’est très intéressant. Par exemple sur le constat de la fragmentation, de la segmentation accrue des populations, de l’enfermement des individus dans des bulles générées par les réseaux sociaux et leurs algorithmes.

Je me pose quand même quelques questions.

+ Ce qui caractérise l’économie numérique, disent-ils, c’est la fin des classiques rendements décroissants et l’apparition de rendements croissants. En d’autres termes, plus tu es gros, plus tu es rentable. C’est pour cette raison, expliquent-ils, que les entreprises numériques cherchent d’abord à étendre leur part de marché, sans se soucier de rentabilité, laquelle sera au rendez-vous quand une taille suffisante sera obtenue. Mais « brûler du cash » jusqu’à ce qu’on ait ruiné toute concurrence, et que l’on puisse tranquillement remonter ses prix ou imposer ses conditions, est-ce une pratique acceptable ? Quelles limites donner à une telle manière de faire ? Le dumping n’est-il pas interdit de manière universelle ? L’existence de monopoles de fait qui rachètent toute concurrence pour la faire disparaître avant qu’elle ne leur fasse de l’ombre sera-t-elle longtemps acceptée ? De plus, jusqu’où les rendements seront-ils croissants ? A quel niveau les coûts de gestion viendront-ils obérer les profits ? Moi qui année après année voit le Nobel d’économie décerné à d’autres 😉 !, je ne pense pas que le numérique ait fait disparaître la gravité universelle.

+ La réponse à la question « La fin de la propriété ? » m’a laissé un peu sur ma faim en n’explorant pas la question de la propriété littéraire et artistique. Mutualiser des habitations, des véhicules, des objets, des services, … grâce à des plateformes de mise en relation, c’est assez différent de la copie, recopie et diffusion sans autorisation de photos, de chansons, de films, …. Dans le premier cas, de Airbnb à E-loue, il y a consentement de la part de propriétaires qui cherchent à tirer de leurs investissements des revenus complémentaires ou des revenus tout court. Dans le second cas, c’est simplement du vol, qui a lieu parce qu’il est physiquement possible, sans grand risque, ni conséquence tangible, ni sanction dont on peut se souvenir. Que se passera-t-il le jour où Youtube investira des centaines de millions dans la production de films ou de musique ? La promotion de la mutualisation, sorte de « communisme numérique », est-elle vraiment incompatible avec la propriété littéraire et artistique ? On verra bien.

+ Enfin, les auteurs appellent à la création de nouvelles institutions propres à gérer l’économique numérique. Par institutions, ils entendent de nouvelles règles économiques et sociales. Idée très intéressante. Plusieurs fois répétée. Mais pas vraiment développée. Dommage. J’aurais aimé quelques pistes concrètes ou exemples. Sûrement dans leur prochain ouvrage !

Livre mis en avant par Meta Media. Enrichissant.

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Le misanthrope, par Clément Hervieu-Léger, lent

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Je m’y étais pris un peu tard pour les places. Corbeille paire. 202-902. Mauvaise pioche. Surtout pour Jules dont le strapontin penchait nettement vers la gauche et qui avait l’angle d’un mur pour adossement. Cette salle Richelieu est pleine de mauvaises surprises quand on n’y met pas le prix fort. A quoi ça rime une salle où le spectacle est à peine visible de tant de places ? Assez honteux. Et puis, le problème, c’est que quand on n’est pas bien installé, et si le spectacle n’est pas prenant, ses défauts vous parviennent vite avec plus de netteté que ses qualités.

Bon, je n’avais jamais vu Le Misanthrope. J’ai trouvé le spectacle lent, très lent. Lent dans une série d’actions complémentaires. Lent dans la façon de parler avec des pauses, un hachage des phrases. Parfois ni le son ni le sens ne me parvenaient. Rares rires. Dommage. Très beau décor mais au bout d’un moment je ne voyais plus que les aller-retours, les explorations, faut bien aller quelque part où on n’a pas encore été. Ambiance quasi-dépressive de bout en bout. Pas joyeux Noël La Comédie française.

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Premier contact, de Denis Villeneuve, non linéaire

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Une femme nous parle de sa mémoire, on voit ce qui semble être un souvenir. Elle se rend à son travail. Elle enseigne la linguistique. On apprend alors que des vaisseaux spatiaux viennent d’arriver sur terre. Elle n’est pas n’importe quelle linguiste. Elle est le Dr Louise Banks, la meilleure linguiste du pays. Le gouvernement fait appel à elle pour tenter d’entrer en contact avec les occupants du vaisseau arrivé dans le Montana. C’est le tout début du film.

Premier contact est un film dont la construction narrative coïncide avec le fond de l’histoire. Assez étonnant. Il faudrait sans doute le revoir pour le vérifier et pouvoir réécrire la phrase précédente en étant totalement sûr de soi !

C’est très beau. Ca se démarque de la quasi totalité des représentations du genre et ça n’est pas le moindre de ses attraits. C’est doux même quand c’est inquiétant. C’est très intéressant. C’est quand même un peu plus intellectuel que sensuel ou émouvant. A voir.

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Rogue one, de Gareth Edwards, on peut ne pas voir

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Je suis allé voir Rogue one plein d’espoir et de curiosité.

J’ai bien aimé les deux premières minutes. Puis le film n’a été pour moi qu’une longue et lente marche décevante. Sans doute en partie inhérente au challenge narratif du film : faire rentrer une histoire dans l’histoire Star Wars, en minimisant les incohérences et les contradictions.

Un inconvénient majeur : l’obligation de liquider presque tous les protagonistes (si tu es important et que tu n’es pas dans l’épisode 4, tu meurs). Une curiosité : les personnages des épisodes anciens recréés en 3D, avec peu de bonheur en ce qui concerne le dernier plan du film (shame on Gareth Edwards ou Disney). Une mention passable : les scènes de combat (aux Maldives ? aux Seychelles ?). Une surprise : Vador prend un bain. Un bref moment de bonheur : Vador joue du sabre laser et liquide des rebelles. Fan, tu ne seras pas comblé !

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Sully, de Clint Eastwood, 208 secondes

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Le fait divers. Le 15 janvier 2009, un Airbus A320 décolle de La Guardia à New-York avec 155 passagers. Peu après, à 3200 pieds, l’avion traverse un vol d’oies sauvages. Perte des deux réacteurs. Le commandant de bord, Chesley Sullenberger dit « Sully », réussit un amerrissage forcé sur les eaux glacées de l’Hudson. Les passagers et l’équipage sont saufs. Sully devient un héros célébré en boucle dans les médias.

Le film. Après l’accident, comme c’est la règle, une enquête est lancée par les autorités américaines. Les premiers éléments sèment le doute sur la pertinence des décisions de Sully. Est-il un héros ? Ou au contraire est-il un commandant de bord qui aurait pu poser son avion sur un aéroport voisin en toute sécurité mais qui a pris la mauvaise décision d’amerrir, faisant courir un grand risque aux passagers – tant la manœuvre est réputée difficile -, et entraînant la perte de l’avion ? Dans ce second cas, sa carrière est finie; c’est retraite sans pension.

Sully, c’est un film sur ce doute, sur la bataille contre ce doute. Pourquoi est-ce si réussi ?

Parce que le film nous tient en haleine. En commençant par nous faire adopter le point de vue de Sully. Puis il l’ébranle. Fissure son récit. Et au passage nos convictions, notre sympathie. On a envie d’avoir le fin mot de l’histoire, alors même qu’on le connaît avant même d’entrer dans la salle de cinéma. Très fort. L’histoire nous est livrée petit à petit. Au fur et à mesure que l’enquête progresse et met la pression sur Sully. Au fur et à mesure que lui reviennent instants de l’accident et souvenirs plus anciens. Tout ça sur une poignée de jours.

Le scénario, sans faille, captivant, est écrit par Todd Komarnicki, à qui devrait revenir une bonne part des lauriers du film. C’est d’ailleurs un point constant de l’œuvre de Clint Eastwood. Il réalise le plus souvent des films dont le scénario est écrit par d’autres. A chacun son métier ! On est bien loin du « cinéaste-auteur » – lequel a prospéré dans le cinéma français – , scénariste et réalisateur, juge et partie, parfois incapable de détecter, ou pire s’accommodant, des faiblesses, lacunes et incohérences de son scénario. Pour le plus grand déplaisir du spectateur. A contrario, j’imagine que si un scénario présente une faiblesse, Clint Eastwood n’a pas d’état d’âme à exiger qu’on y remédie !

Voilà, Sully m’a rappelé Apollo 13, où Tom Hanks doit aussi ramener son équipage à la maison, mais dans des conditions assez différentes ! Il m’a fait penser à L’homme qui tua Liberty Valence, où il est question de légende et de réalité. On imprime quoi ?

A voir les yeux fermés.

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PS : Vu au Gaumont Alésia, flambant neuf, et qui a quelque chose d’un aéroport….

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Designated survivor, ABC sur Netflix, fuyez !

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Lors d’un discours du Président américain au Capitole, boum, tout saute, 1 000 morts, tout l’exécutif et le législatif américain anéanti. Sauf Tom Kirkman – Kiefer Sutherland -, Secrétaire d’Etat peu charismatique et de peu de poids politique, jamais élu, sur le point de se faire virer, et qui avait été choisi avant la réunion du Congrès américain comme « Designated survivor », c’est à dire celui qui devrait prendre la relève en cas de catastrophe. Laquelle se produit. Il devient président. Début de l’histoire.

Le problème, c’est que la suite, vous pouvez vous même l’imaginer, tellement elle est attendue. Les scénaristes piochent sans vergogne dans Homeland et sans doute dans House of cards. Mais sans leur arriver à la cheville. Mention passable pour le personnage de Maggie Q, peu convaincant. Claire Danes, c’est quand même autre chose.

Et puis, tous ces lieux communs sur les USA, son président, sa mystique du sacrifice, sa bonne conscience, aucune ambiguïté de quiconque, … très lassant, très vite très lassant. ABC et Netflix, peuvent mieux faire. Passez votre chemin les amis.

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La fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot, instructif

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La fille de Brest raconte l’histoire vraie du Docteur Irène Frachon, qui découvrit et dénonça les effets toxiques du Mediator, et se heurta à l’indifférence, à l’incurie du système de sécurité sanitaire français de l’époque.

C’est un film qui est une quasi-reconstitution de l’histoire. Ce qui en fait l’intérêt c’est surtout son aspect documentaire. Et de rendre crédible la motivation d’Irène Frachon, jouée par Sidse Babett Knudsen.

Voilà, 5 ans après la dénonciation du scandale, 4 ans après l’interdiction du Mediator des laboratoires Servier, la justice n’a pas encore rendu de jugement au pénal conclut le film. Et c’est quoi déjà l’estimation du nombre de morts ? 500 ? 1 000 ? Plus ?

Benoît Magimel très bon avec un personnage complexe, et sans doute celui qui dans l’histoire perdit le plus. Si vous avez l’indignation facile, si l’injustice et le cynisme vous révoltent, si vous ne supportez pas quand les méchants ne sont pas punis très fort, n’allez pas voir le film, vous allez vous faire du mal.

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Les damnés, adaptation et mise en scène d’Ivo van Howe, nourrissant

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Je ne sais pas trop quoi dire de ces damnés vus dimanche dernier. Très heureux d’y être, je n’étais pas très bien placé et la pièce ne me parvenait que par fragments. Que m’en reste-t-il une semaine plus tard ?

+ le jeu vénéneux de Christophe Montenez, comédien tout à fait impressionnant dans le rôle de Martin von Essenbeck,

+ le dispositif scénique où scène et coulisses se fondent,

+ la caméra sur le plateau pour que scène et écran se complètent, s’enrichissent, même si l’image m’a semblé parfois un peu en retard sur le son,

+ ce grand sol orange, comme du métal en fusion,

+ les micros dont sont équipés les comédiens et qui, me semble-t-il, ne supportent pas bien les cris, le son devient plat, les propos indistincts, à moins que ce ne soit moi qui soit un client potentiel d’Audika ( si concordance des temps bafouée, merci de me l’indiquer, je corrigerai, 😉 ),

+ la caméra dans les cercueils, l’agonie des uns et des autres, insoutenable,

+ et puis, il y a dans cette histoire de dévoration familiale et politique quelque chose qui m’a impressionné, sans même que je m’en rende compte, et qui doucement murit en moi. Peut être une phrase au début sur la nécessité de parler et d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Voilà, un grand merci à qui se reconnaîtra peut-être de m’avoir offert une place et cette chance de voir ce spectacle.

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