Archives mensuelles : avril 2017

Légende(s), de Pascal Fellous, surprenant

« Corto », © Pascal Fellous

Pascal nous a donné rendez-vous au sous-sol de la Maison de la Tunisie de la Cité Universitaire. On franchit de lourds rideaux, téléphone à la main, torche allumée. C’est comme ça qu’il faut découvrir ses photos de la série Légende(s). Des photos ? Ces visuels au format carré 20 centimètres sur 20 ? Difficile à croire au premier abord. On croirait plutôt de la gravure. Ou alors un système inédit d’impression à partir d’un travail à l’encre de Chine. Ou encore du papier photo qu’il aurait torturé dans un bain de révélateur avec tout ce qu’il aurait trouvé dans sa cuisine. « C’est des photos, pas de Photoshop » répète Pascal aux visiteurs. Bon, il a pris des plaques de verre sur lesquelles il a travaillé de l’encre au pochoir et au pinceau , puis il les a photographiées ? Non.

Quoi qu’il en soit, l’essentiel n’est pas là. C’est très beau. C’est surprenant. Ce sont des paysages, des visages, des corps, des aurores boréales, des nuits d’hiver, des créatures, …. Ca ouvre des horizons, des univers, c’est intriguant avec un goût de vertige. Ca me plaît beaucoup.

A voir jusqu’au 30 avril. En attendant une autre exposition ou que Pascal Fellous, réalisateur et photographe, inspiré et inspirant, trouve un éditeur avec du flair; ce serait mérité.

Ah, je sais ce que c’est. Je le dis pas. Un indice. Les Légende(s) ont commencé un matin en bas de chez lui. Un salon de coiffure venait de fermer, et ….

Station de tramway Montsouris

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Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, utile, très utile ?

Après avoir entendu 5 minutes l’un des auteurs sur France-Inter, j’ai commandé le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens.

Le livre montre comment il est possible d’influencer une personne pour l’amener à prendre une décision, laquelle n’aurait pas, parfois, peut-être, sans doute, été son premier choix. Les explications sont pratiques, illustrées de nombreux exemples, et enrichies d’apports théoriques pas trop complexes  (il m’a semblé mais ne m’interrogez pas trop 😉 ). Une manipulation repose principalement sur un phénomène simple : la difficulté que chacun éprouve à revenir sur une décision. Phénomène renforcé par le sentiment que l’on a pris cette décision en toute liberté. Le manipulateur engage le manipulé dans une série d’actions, de réactions et de décisions prises librement, sans contrainte, jusqu’à obtenir le résultat recherché. Qu’est ce qu’une manipulation donc : la réalisation d’une soumission librement consentie.

Grand intérêt du livre, permettre de comprendre et de repérer ces techniques et phénomènes d’influence que sont, par exemple, l’effet de gel, l’escalade d’engagement, le pied-dans-la-porte, le porte-au-nez, le vous-êtes-libre-de, l’étiquetage, le pied-dans-la-bouche, et aussi l’amorçage, laquelle pratique est à mon sens celle qui frise vraiment avec la malhonnêteté la plus franche. Il s’agit de dissimuler un défaut, ou le fait que l’avantage proposé n’est pas vraiment disponible, jusqu’au moment où le client a pris, implicitement ou explicitement, sa décision d’achat. Une fois le défaut ou l’absence d’avantage révélés, la plupart des gens ne reviennent pas sur leur décision, en dépit de. Prenez les transports en commun, naviguez sur internet, affiches et ads sont un véritable musée de l’amorçage : Paris-Istambul à 39 euros (*), Votre expert comptable à partir de 79 euros par mois bilan compris, Votre vidéo d’entreprise pour 149 euros TTC(**), etc, etc, etc.

Qui manipule qui ? Tout le monde. Toute le monde a envie d’influencer les autres. Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens montre comment la pédagogie, l’éducation des enfants, le management, les relations sociales, le marketing, le webmarketing, le digital marketing, etc, etc, font appel à ces techniques, parfois sans le savoir. Au lendemain du premier tour de notre élection présidentielle, j’ai envie d’ajouter la politique à la liste. Exemple de « porte-au-nez » politique : annoncer une mesure extravagante (comme l’abandon de l’euro), puis la laisser tomber (en prétendant ne jamais l’avoir défendue), histoire de rendre acceptable par contrecoup le reste du programme. Toute ressemblance avec une candidate est intentionnelle.

Ce qui m’a semblé le plus étonnant ? D’apprendre qu’un léger contact corporel, un bref toucher du bras, pouvait augmenter de manière considérable vos gains quand vous faites la manche. Et aussi que les faibles récompenses ou punitions étaient plus engageantes que les fortes.

A quoi va me servir cette lecture ? A changer d’avis plus facilement. A détecter des tentatives de manipulations. A mieux gérer mes achats en magasin. A briefer mes proches. A me jouer des ficelles grosses ou fines des démarcheurs téléphoniques ou encore des cybermilitants. Etc, etc.

Petite contribution théorique toute modestie mise à part. Les auteurs indiquent que si l’efficacité du porte-au-nez a été maintes fois vérifiée expérimentalement, son mécanisme psychologique n’a pas été pour l’heure complétement élucidé. Et si le refus initial venait en quelque sorte abîmer l’image de soi de la personne sollicitée ? Et si l’acceptation de la deuxième ( ou troisième ) proposition était une manière de se racheter de l’image positive, de se racheter de l’estime, au regard des normes sociales ou personnelles ? Fin de la contribution.

Dernière réflexion, sauf lecture un peu hâtive, l’utilisation du sentiment de culpabilité pour obtenir une soumission librement consentie n’est pas traitée. Il me semble avoir pourtant déjà utilisé et subi moi-même cet instrument redoutable. Tout ça pour dire que le livre n’épuise sans doute pas le sujet des techniques d’influence ou de manipulation. A lire. Pour le fun et l’utilité.

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Je danserai si je veux, de Maysaloun Hamoud, comme tu veux

Tel Aviv. Après le départ de leur amie Ratif qui se marie, Layla et Salma, 2 jeunes femmes palestiniennes, 2 jeunes arabes israéliennes, grandes fêtardes, sont rejointes par une nouvelle colocataire, Nour, étudiante en informatique, musulmane, pratiquante, voilée, fiancée. On a donc réunies trois filles en âge de se marier. Et quelques pressions familiales ou amoureuses à ce sujet. Mais le mariage, ça semble, au moins pour Layla et Salma, être la fin de la vie, l’obéissance aux conventions comme une punition de chaque instant. On passe quelques jours avec Layla, Salma et Nour.

C’est quoi une femme ? Un être qui vibre. C’est quoi une jeune femme ? Une être qui vibre beaucoup beaucoup. Et moi j’aime les vibrations, et particulièrement celles de cette histoire où excellent Mouna Hawa, Sana Jammelieh et Shaden Kanboura. C’est quoi un homme ? Dans ce film des êtres jouisseurs, hypocrites, conformistes, lâches ou résignés. Cochez les cases, au choix. A quelques exceptions près, dont celle du père de Nour mais là je spoile un peu peut-être. Pas mal d’éléments m’échappent faute de connaître la vie quotidienne en Israël où la question des transports et des déplacements semble cruciale à maints égards pour les Palestiniens.

Voilà, Je danserai si je veux, un film cousin de Mustang, dans un Proche-Orient où courage est un mot plutôt féminin. A voir. Un grand merci à Jules pour nous avoir proposé cette sortie.

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Mes chemins de table, de JP Géné, réjouissant

2004. Sa chronique était au début du supplément Le Monde 2. Je commençais toujours par elle. Ca m’ouvrait l’appétit. Après je lisais le reste du magazine. Puis elle fut déplacée vers la fin. Je feuilletais dur pour la trouver. Et je lisais pas grand chose d’autre. Enfin, elle disparu. Et j’arrêtai de lire Le Monde Magazine ou je sais même plus comment ça s’appelle aujourd’hui. C’est glacé, glaçant, mieux vaut encore le Figaro Magazine plus franc du collier. Il y a 2, 3 semaines, j’ai appris qu’il était mort. Et qu’il avait publié un livre Mes chemins de table. Immédiatement acheté.

C’est un livre impossible. On s’arrête toutes les pages, toutes les deux pages. On a subitement envie d’aller préparer des madeleines, d’acheter de quoi se lancer dans une terrine de lapin, de s’équiper avec un nouvel emporte-pièce, de prendre un avion pour l’Asie ou l’Amérique du Sud. C’est un livre qui donne faim, qui ouvre l’esprit. Qui fait comprendre ce que manger bon, propre et juste veut dire. J’ai essayé les pommes de terre sautées en cocotte et qui attachent : délicieux. Ce n’est pas un livre de recettes, même s’il y en a beaucoup. C’est un livre de regards, d’impressions, de goûts, de visions et de partages. C’est aussi un livre autobiographique qui raconte les goûts de son enfance, de sa Lorraine, sa découverte de Paris, des chefs, du monde, sa description d’un journalisme influencé (pour ne pas dire acheté, pour ne pas dire vendu), sa défense de la Slow Food et sa critique des imprécateurs de la cause animale.

Au détour d’une page m’est venue l’envie de me remémorer des saveurs de mon enfance. Chez ma grand-mère paternelle, la cuisine n’était pas à l’honneur, ni à son étage, ni à celui d’en dessous. Trop d’angoisses étouffaient l’envie de partager sans doute. Me reste quand même le goût de ses tartes aux pommes à la pâte très fine, un peu cramées, un peu caramélisées. Du chocolat au lait pain beurre. Et aussi celui de ses cerises en bocal, 100% bio, d’un orange translucide un peu bizarre. Frère, soeur, cousines, cousins, tantes ou oncles, si vous lisez ces lignes et avez la recette, faites un heureux ! Du côté de ma mère, je pense surtout à la terrine de foie de lapin dont sa grand-mère Eugénie lui avait transmis une recette.

J’aurais bien aimé rencontrer Jean-Paul Généraux. Discuter avec lui dans sa cuisine, ou attablés à un restaurant. Je me sens un peu JP Géné. C’est sans doute pour ça que j’ai tant aimé le lire.

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Les figures de l’ombre, de Theodore Melfi, biopic

Début des années 60. USA. Présidence Kennedy. Katherine, Dorothy et Mary travaillent comme « calculatrices » à la Nasa laquelle est sous pression en raison des succès spatiaux russes. Leurs talents vont être sollicités pour le programme Mercury, chacune dans un domaine particulier. Dans une Amérique ségrégationniste, difficultés et humiliations s’enchaînent. Le pire étant l’indifférence condescendante de leurs collègues blancs. D’après un livre de Margot Lee Shetterly.

Le plus réussi je crois sont les moments de comédie qui réunissent les trois femmes. Le contraste entre un mode de vie assez conventionnel (début des années 60) et une sorte de bouillonnement interne intellectuel et passionnel est assez jouissif. Réussie aussi la peinture de cette ambiance ségrégationniste pesante, absurde, où la bonne conscience tient lieu d’éthique, où chaque fois les lignes sont poussées plus loin pour freiner la promotion des noirs.

Très impressionné par les trois comédiennes : Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monáe. A noter Kirsten Dunst qui réussit à être antipathique sans biaiser (ce qui la rend d’autant plus aimable) ce que n’accomplit pas Kevin Costner, bien trop mou, bien trop tiède dans ce rôle. Intéressant aussi la description de l’arrivée des ordinateurs – des IBM – à la Nasa. Voilà, c’est quoi la reconnaissance ? Se faire appeler par son prénom ou par son nom, c’est selon. Distrayant, instructif et émouvant. A voir.

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The lost city of Z, de James Gray, jungle

Début du 20ème siècle. Percival Fawcett, officier anglais dont la carrière est quelque peu engluée, est envoyé en Amazonie par la Royal Geographic Society pour tracer la frontière entre le Brésil et la Bolivie, et ce dans le but de prévenir un conflit entre les deux pays. Parvenu au terme de son voyage, il découvre des vestiges archéologiques; signe selon lui qu’il a existé là une civilisation ancienne. A son retour en Angleterre, il montera une nouvelle expédition. Puis plus tard encore une autre. Il a le talent de partir à peine sa femme tombée enceinte ….

Ce qu’il y a de plus curieux dans ce film, c’est la manière dont la violence est contenue, des flèches des indiens aux rigidités sociales anglaises. The lost city of Z, c’est un peu l’anti Aguirre la colère de Dieu. On en ressort dépaysé. Mais pas sûr que le film m’ait imprégné de quoi que ce soit. On peut voir.

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Westworld, de J.J. Abrams et Jonathan Nolan, compliqué

Série inspirée de Mondwest (livre puis film). Sur HBO. Quelque part dans l’ouest américain un parc d’attraction ramène les visiteurs au temps du far-west. Ils y croisent des hôtes, des robots humanoïdes, qui animent les lieux. Ils peuvent vivre toutes sortes d’aventures et laisser libre cours à leurs instincts. Jouissances et violence débridée au programme. Les hôtes blessés ou tués sont réparés avant d’être remis en service pour un nouveau cycle touristique. Le parc est dirigé par l’un de ses deux fondateurs. Il y a le département du « comportement des hôtes », celui des « scénarios », celui de la sécurité, etc. Quand on rentre dans l’histoire, il y a pas mal de tension entre les différents services. Et une récente mise à jour du système d’exploitation des hôtes induit chez eux des rêveries. Des rêveries, ou des souvenirs, voire un début de conscience ? Ca commence comme ça et l’histoire se développe en 10 épisodes de 52 minutes pour la saison 1.

Les 3 premiers épisodes sont brillants, prenants. Ensuite il y a comme un faux plat avec une sensation de répétition et de complications un peu inutiles au plaisir du spectateur. Puis la conclusion prend forme dans les 3 derniers épisodes. Autrement dit, ça tire un peu à la ligne. Mais ça reste brillant, intéressant, et pas du tout fait à l’économie. Attention aux différents niveaux temporels de narration, faut comprendre et suivre. Ou l’inverse. Pas du tout sûr d’y être arrivé ! Casting de choix. Dolores (la photo ci-dessus), Maeve et Bernard impressionnent. Qu’est ce qu’un être vivant ? Qu’est ce qui définit la conscience ? Donc des locomotives à vapeur, des robots, de la métaphysique, de la baston. A voir.

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