Archives mensuelles : décembre 2017

Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, plat

Paul Getty, le petit-fils du richissime fondateur de la Getty Oil, est enlevé à Rome. Le grand-père, par avarice et tactique de négociation, refuse de payer la rançon demandée. Il envoie son chef de la sécurité auprès de la mère de Paul pour suivre la situation et les négociations avec les ravisseurs.

Tu vois un film super bien joué, super bien filmé, et où rien n’est trop beau, trop grand ou trop bien reconstitué pour t’en donner pour le prix de ta place. Et pourtant tu t’ennuies un peu. Pourquoi ?

A mon avis parce que les auteurs se sont trompés d’histoire et de héros. La vraie histoire, celle qui pointe sans arrêt le bout de son nez, et qui chaque fois a réveillé mon attention, c’est celle de Cinquanta, le ravisseur qui a une conscience. Joué par un Romain Duris qui prend beaucoup de lumière avec ce personnage sombre, tourmenté, courageux, humain, qui prend des risques. Mais peut-être, dans cette reconstitution, est-il un personnage purement fictif ? Faudrait interroger les auteurs à ce sujet, une fois les tiroirs caisses de Sony refermés. On peut ne pas voir, on ne s’en portera pas plus mal.

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Santa & Cie, d’Alain Chabat, déçu

Trois jours avant Noël, Santa Klaus a un grave problème : ses lutins sont brusquement tombés malades. La production des jouets est arrêtée. Un vieux grimoire lui donne la solution, il doit aller sur terre trouver de la vitamine C. Il part avec ses rennes et son traineau.

Ayant entendu un concert de louanges formulées par Pierre Lescure lors de l’émission C à vous, je suis allé voir Santa & Cie espérant beaucoup rire. J’ai vu un film fait d’une succession de trouvailles, d’idées plus ou moins brillantes, cherchant à exploiter les possibilités de la situation. Et ça ne m’a pas fait beaucoup rire. Et à peine plus la salle. Ca ne m’a pas emporté comme je l’aurais aimé. Trop disparate ? Trop téléphoné ? Trop private joke ? Trop entre-soi spirituel ? Difficile à dire. Sans doute est-ce compliqué de jouer sur autant de tableaux comme le fait Chabat en étant à la fois le scénariste, le réalisateur, le personnage principal et l’ami de quelques comédiens célébres qui font au film l’honneur de leur présence. Est-ce que je voyais un personnage de Père Noël, ou alors Chabat jouant le Père Noël, ou alors Chabat tout court ayant un message sur l’enfance ?  Ca n’est pas passé. Tant pis.

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Bright, de David Ayer, plan B

Le film était annoncé à grand renfort de publicité par Netflix. L’histoire se passe à Los Angeles. Y cohabitent tant bien que mal des humains, des elfes et des orques, ces derniers peu aimés des policiers humains. Pour la première fois, un orque est devenu policier, c’est Jakoby. Il est l’équipier de Ward, joué par Will Smith. Partenariat difficile. Détestation des collègues. Lors d’une patrouille, Ward et Jakoby tombent sur un objet magique que tout le monde va se mettre à convoiter. C’est le début de graves problèmes pour eux.

Le film commence bien. La description de ce Los Angeles fantastique intéresse. On cherche le symbole, la métaphore, la correspondance  avec notre univers à nous. Mais tout ce qui brille n’est pas de l’or. Petit à petit, on se rend compte qu’aucune des promesses de ce début n’est tenue. On glisse insensiblement vers un film d’action plat, peu inventif, qui va de facilité en facilité. Le plus décevant ?  La relation Ward Jakoby qui au bout du film aura toujours l’épaisseur d’une feuille de papier. Sans parler du personnage de Tikka qui n’est qu’un rouage narratif sans couleur, sans saveur, sans odeur. Bright ? Moins bon qu’un bon Europacorp qui s’assume. Dommage. Ne tombez pas dans le panneau (publicitaire). Sur Netflix aussi on peut cultiver des navets. Ah, quand même, pas mal de bons acteurs méconnaissables.

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Les gardiennes, de Xavier Beauvois, devenir

1915. Campagne française. Les deux fils d’Hortense, Constant et Georges, sont à la guerre, son beau-fils Clovis aussi. Hortense fait tourner la ferme avec sa fille et la sœur de son gendre. Comme les bras manquent, Hortense embauche une jeune femme, Francine, pour la moisson. Georges revient en permission.

C’est un film lent et beau. Qui décrit une campagne qui est à l’orée de la mécanisation. Un monde où l’individualisme n’a pas encore pris le pas sur les solidarités.  J’ai été impressionné par le personnage de Francine, par Iris Bry, très belle, comédienne à fleur de peau, qui m’a fait penser à Meryl Streep. J’ai aimé la photo, surtout le très beau plan du départ de Constant dans la brume. Je me suis demandé tout du long si Nathalie Baye portait une perruque. J’ai recherché malgré moi le visage de son père dans les traits de Laura Smet.

Au bout d’un moment, j’ai regretté que le film n’aille pas plus loin, et ne traite pas plus le sujet qu’il avait mis deux heures à mettre en place : le choix d’Hortense entre l’intérêt de sa famille et le bonheur de son fils, le choix de Georges qui pour le coup n’a pas le choix. Ça arrive trop souvent, je trouve, les films qui se terminent là où ils auraient pu commencer. D’un autre côté, c’est peut-être deux films pour le prix d’un : celui qu’on vient de voir, et celui qu’on se fait dans sa tête pour imaginer la suite. Clair comme questionnement ?

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Star wars, The last jedi, de Rian Johnson, distrayant

Le dernier épisode de la série avait laissé Rey face à un Luke vieillissant sur son île. Ce nouvel épisode mène deux histoires en parallèle. Les vaisseaux de la résistance poursuivis par la flotte impériale d’un côté, laquelle se joue de l’hyperespace, et Rey de l’autre qui découvre petit à petit ce qu’est la force.

Pas mal de trouvailles scénaristiques comme la possibilité donnée à Kylo Ren et à Rey de communiquer à distance via la force. Et aussi la bagarre finale qui se joue des attentes du spectateur. Des trouvailles visuelles aussi comme les gardes rouges de Snoke, et la séquence où Rey visite le côté obscur de l’île. Des effets spéciaux impeccables aussi. Et dire adieu à Carrie Fischer.

Quelques messages de notre temps, avec une amirale aux commandes, Chewbacca qui comprend que son machin rôti est un cadavre, et des marchands d’armes qui s’empiffrent dans une ville qui pourrait faire penser à Monaco : casinos, bord de mer, circuit de course en pleine ville, police locale réactive, ….

C’est distrayant, l’attention ne se relâche pas une seconde. Mais pas aussi émouvant que d’autres épisodes. Il manque quelque chose de substantiel dans le rapport aux autres des personnages. Pour ne pas dire que les nouveaux personnages manquent parfois de profondeur et de charisme. Au premier rang desquels Poe Dameron (Oscar Isaac). Quelques facilités scénaristiques aussi comme l’excursion de Finn et de Rose qui démarre en sortant de nulle part. Une déception, le combat avec les gardes rouges, qu’un réalisateur de Hong-Kong n’aurait pas raté. Et toujours les bestioles craquantes pour peluches de Noël.

“Elle est bien la chanson du nouveau Disney ?”, nous demandait un jeune homme brillant et sarcastique. En fait, voir un Star Wars, c’est prendre la mesure de l’enfant de huit ans qui reste en soi. A voir.

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L’Arabe du futur, tome 1, de Riad Sattouf, chronique

Le livre était sur la table de Jules. Riad Sattouf raconte ses premières années d’enfance, entre Paris, Libye et Syrie.  A chaque pays sa couleur. Son père est syrien, sa mère bretonne et lui est blond comme les blés. On est en 1980.

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est :

+ la description du père, intellectuel syrien écorché vif, facilement sentencieux, affectueux mais pas trop, vivant dans l’idéalisation de ses racines, gérant, ou plutôt gérant mal ses contradictions et son complexe d’infériorité.

+ la découverte de la Libye de Kadhafi, où la propriété immobilière a été abolie et où chacun peut prendre possession d’un appartement selon ses besoins. Et la mère de Riad de rester toute la journée à la maison pour ne pas qu’on leur pique leur logis.

+ le cours sur les injures en Syrie, avec leur degré croissant d’offense, de “fils de chien” à “maudit soit ton dieu”, celle-là réservée aux non-musulmans évidemment (comprendre Juifs ou Chrétiens). Intéressant au passage la possibilité d’amplifier une insulte en remontant les générations : “Nique le père de la mère à ta mère à ton père”.

+ le style graphique, simple, qui m’a fait pensé à un mélange de Tintin et de Crumb.

+ quelque chose d’une ruralité universelle qui traverse le livre.

Ce qui m’a laissé un peu sur ma faim, c’est le fait que ce soit une chronique. Il y a une histoire, mais pas vraiment d’histoire. Alors si on ne s’identifie pas à 1000% à l’enfant, au bout d’un moment l’intérêt faiblit. C’est ce qui m’est arrivé je crois.

La description de la Libye, de la Syrie et de la France des années 80 est-elle juste ? Ou stéréotypée ? Je ne sais pas. J’imagine que si le livre se vend aussi bien ici et dans des pays arabes, c’est qu’il doit montrer les choses comme elles étaient aux yeux ou dans le souvenir de beaucoup. Mais c’est pas toujours flatteur pour les Syriens, les Libyens, et aussi pour les Français du passé.

Après le tome 1 ont été publiés 2 autres tomes d’une série prévue pour en compter 5.

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Manhunt Unabomber, de Discovery Channel, passionnant

1995. Aux USA sévit un mystérieux criminel qui envoie des bombes par la poste. Des blessés, des mutilés, des morts. Le FBI le recherche en vain depuis des années et a créé pour cela l’UTF, la Unabomber Task Force.

C’est justement à l’UTF qu’est affecté Jim Fitzgerald, ancien policier devenu profileur, et qui vient de recevoir son diplôme du FBI “avec les plus grands honneurs”. On lui demande d’établir un profil “propre et sans fautes de frappe” sur la base de l’évaluation en cours, profil destiné au Ministère de la Justice. Fitz, comme on l’appelle, se met au travail, et très vite il est amené à contredire la thèse qu’on lui demande de confirmer. Ca n’ira pas sans mal. Il ira de découvertes en découvertes.

Plein de choses intéressantes et séduisantes dans cette série en 8 épisodes, initialement produite par Discovery Channel, et actuellement diffusée sur Netflix. Je les liste.

1 • Le jeu des deux personnages principaux, Sam Worthington et Paul Bettany, en fragilité, en force d’âme, en déchirements intérieurs, en rigidité, en intelligence. Le Sam Worthington de cette série est à l’opposé de ce qu’il a pu faire dans Avatar. Il y a quelque chose dans sa gestuelle, dans sa démarche, dans son regard, qui traduit ses fêlures, son embarras. Autant de vulnérabilité sans affectation, un tour de force.

2• La construction du récit, en aller-retours temporels incessants qui vont s’espaçant plus on avance, qui créent de l’ironie dramatique et de la tension, et qui permettent d’introduire des causalités et du mystère.

3 • Le récit de l’invention d’une nouvelle science humaine : la linguistique criminelle où comment faire le portrait de quelqu’un à partir de ses écrits, de ce qu’il y met, et aussi de ce qu’il n’y met pas.

4 • L’idée que dans le fond l’enquêteur partage en grande partie les vues d’Unabomber, sans approuver ses crimes. Ses idées, sa critique  d’une société où l’homme est dominé par la technologie, la série nous les propose. Pourquoi s’arrêter à un feu rouge alors qu’il n’y a aucune autre voiture, ou que le feu ne protège aucune intersection et que la route est vide ? Le même jour, je lisais un article sur l’extension de la vidéoverbalisation à Bordeaux. On n’arrête pas l’antiprogrès.

Les épisodes sont assez courts, 42 minutes. Le casting est impeccable. La mise en scène inventive. La production à la hauteur. C’est passionnant. A voir.

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