Archives mensuelles : avril 2018

Bob, de Stéphane Crouzet, message

BOB, c’est une allégorie. Une allégorie qui ne se laisse pas faire. Mais sur qui tapons-nous, tous les jours, jusqu’à blesser, gravement, sans s’en rendre compte, avec bonne conscience ? Sur BOB, born in the USA. Sur des groupes, sur des minorités, sur nous-mêmes ? Stéphane Crouzet a des choses à dire, et c’est à nous de les découvrir, de les imaginer. Nous voilà transformés en chassoeuf. Vraie piste, fausse piste, un extrait du discours de Kennedy sur les droits civils de 1963 se glisse dans le film.

BOB, c’est beau et ça parle, c’est donc de l’art. Un art mystérieux, et j’aime suivre le chemin proposé, s’éloignant de la narration explicative, chemin sur lequel Stéphane Crouzet s’est bien entouré : de Louis (that I know) qui propose des choses fortes, de 31dB (that I do not know) qui aime audiblement le travail bien fait, d’une très jolie voix aussi.

Voilà, dans Lipstick, il y avait un personnage. Dans BOB, il y en a deux. Je parie que dans le prochain Crouzet, il y en aura plus. Can’t wait. Bravo.

220418

Player one, d’Ernest Kline, comparatif

Je suis d’abord allé voir le film de Spielberg. J’ai posté un lien vers mon billet de blog sur FB, et Eric S. m’a recommandé la lecture du livre.

Petites réflexions en pagaille.

Roman, film, ce n’est pas tout à fait la même histoire. Celle du livre est plus sombre, plus pessimiste, plus dure. Elle est centrée sur Wade, pas sur l’équipe. Lequel Wade vit et parle de choses qui sont parfois très éloignées de l’univers enfantino-adolesco-aseptisé du film.

Le déroulé de la chasse est différent. La mécanique de résolution est différente, beaucoup plus attachée à la connaissance de la culture Pop, et Wade n’est pas forcément leader en la matière. C’est plus intéressant psychiquement, culturellement, que spectaculaire comme dans le film.

Bon, je ne me sens ni la capacité ni l’envie de faire une étude comparée des deux œuvres. J’ai trouvé le livre intéressant, et le film distrayant. Reste que ni l’une ni l’autre ne voient dans la réalité virtuelle un moyen de remédier à la crise écologique, mais juste un moyen de s’y soustraire psychiquement, comme on ferait avec un psychotrope.

Ah, IOI, c’est l’anagramme du nom des méchants. Dans 2001, il fallait voir dans HAL le reflet d’IBM (par un simple décalage ordinal). Dans IOI, il y a-t-il quelque chose à voir ? Please tell me.

220418

 

La casa de papel, saison 2, miam !

Eric R., érudit des séries et de bien d’autres choses, m’a expliqué qu’en fait il n’y avait qu’une saison à l’origine et que c’est Netflix qui en avait fait deux saisons, et remonté des choses au passage.

Anyway, j’attendais avec impatience la suite et de savoir comment ce braquage allait tourner. La question étant, vont-ils se faire capturer/tuer ou pas ? Cameroun ou Brésil ?

Cette deuxième saison se concentre sur l’affrontement entre Raquel et Salva, entre l’inspectrice et le professeur. La tension n’est pas la même que dans la première saison. Il y a quelque chose de plus humain, de plus personnel. Ca se regarde, ça se déguste, comme une bonne bouteille d’un vin léger dont on redemande.

Trois petites critiques :

+ les scènes d’affrontement sont quand même peu réalistes,

+ je suis resté un peu sur ma faim, j’attendais plus de profondeur dans la piste donnée par le Bella Ciao final de la première saison. Résistants, résistants, un peu vite dit.

+ la fin sent l’écurie – je veux dire le désir d’en finir avec l’histoire -. Le montage est quelque peu mensonger, le destin de Raquel n’est pas très clair et les retrouvailles sortent un peu de nulle part. Un peu dommage ces dernières minutes pas complètement abouties.

A voir quand même, amigos.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Annihilation, d’Alex Garland, anxiogène

Sur la côte est des Etats-Unis, une zone entourée d’une frontière transparente sur laquelle se forment des effets d’irisation et de miroitement s’étend lentement. Les autorités ont fait le vide dans la région. Rien n’en est jamais ressorti : animal, drone, humain …  sauf Kane, membre des forces spéciales, qui y avait été envoyé avec quelques hommes, et qui en ressort gravement malade, sans que son mal puisse être bien défini.

Sa femme Lena, biologiste et militaire, désireuse de tout faire pour sauver son mari, se joint à quatre autres femmes, toutes scientifiques. Leur mission : se rendre au phare où tout a commencé.

Le film est construit comme un retour en arrière, et dans ce retour en arrière il y aura d’autres retours en arrière. Les décorateurs et les spécialistes d’effets spéciaux ont fait un très beau travail pour créer une nature perturbée, et parfois dangereusement perturbée. Le rythme est assez lent, et s’accélère brusquement chaque fois que l’équipe s’enfonce un peu plus dans le cauchemar. Comme on sait par avance que Lena va en ressortir, et pas les autres, ça crée beaucoup d’ironie dramatique à leurs dépends. Ironie qui finira par aller beaucoup plus loin.

J’ai lu après avoir vu le film qu’il reflétait admirablement la vision de la dépression vu de l’intérieur. Je l’ai trouvé angoissant, anxiogène, comme beaucoup de programmes sur Netflix d’ailleurs. Une précision, Annihilation n’est pas une production originale de Netflix. C’est un film que la Paramount n’a pas voulu distribuer tel quel, et dont le producteur a préféré faire affaire avec Netflix pour sa sortie.

Si vous êtes à la recherche de légèreté, passez votre chemin. Si vous voulez pouvoir dire dans les dîners en ville que “Décidément, Netflix bouscule le cinéma !”, regardez-le. Curiosité, goût pour le fantastique, appétit pour toute forme de narration, … plein d’autres raisons de voir ce film.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Chappie, de Neill Blomkamp, variation

Dans un futur proche en Afrique du Sud, la police est débordée. Elle s’équipe d’auxiliaires robots très efficaces pour lutter contre les gangs qui redoublent de violence. Parmi ces robots, le scout #22 qui se prend pain sur pain et qui, DU COUP, est un habitué de la maintenance. Dans l’usine, l’ingénieur Deon, le créateur des scouts, aimerait bien passer à la vitesse supérieure et tester un programme d’intelligence artificielle. Sa patronne s’y refuse. Et un de ses collègues, adepte d’une manière encore plus forte, voudrait lancer un nouveau modèle de robot de combat, terrifiant de puissance. Tout est sous contrôle. Pas pour longtemps.

Chappie, sorti en 2015, et que je découvre sur Netflix, c’est une variation sur le thème de l’intelligence qui vient à la machine. Ici, c’est plus que l’intelligence, c’est la conscience. Plutôt séduisant de voir Chappie – c’est le nom qui sera donné au scout 22 AI-upgraded – tiraillé entre ses différents éducateurs.

Petit à petit, quelque chose de familier est venu me chatouiller. Oui, je reconnaissais quelque chose de la patte d’un réalisateur. Celui de District 9 ? Gagné ! Vérification faite, c’était bien lui. Alors, cette patte, sa patte, de quoi est-elle faite ? Un goût pour l’action violente, pour les effets spéciaux très aboutis, pour les personnages de laissés pour compte qui se reprennent, pour les méchants qui abusent de leur pouvoir, pour le sens du sacrifice des héros. Et aussi pour un style visuel que je ne pourrais définir qu’au prix d’une observation plus attentive.

Dans la distribution, des vedettes : Sigourney Weaver (avec un petit rôle), Hugh Jackman qui pour une fois fait le méchant, et Dev Patel qui fait le héros. Et aussi l’acteur fétiche de Neill Blomkamp : Sharlto Copley qu’on ne voit pas mais qui anime Chappie.

Pas aussi réjouissant que District 9, mais solidement intéressant.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather