Archives de l’auteur : Antoine

BLACKkKLANSMAN, de Spike Lee, sur ma faim

Années 70, Colorado Springs. La police invite les minorités à présenter leur candidature. Ca tombe bien, Ron Stallworth a envie d’être policier. Il est embauché. D’abord affecté aux archives, où il se frotte au racisme ordinaire de ses collègues, il est promu au service des renseignements (Intelligence), l’équivalent local de nos anciens renseignements généraux. Et là, un beau jour, il décide d’appeler le numéro local du Ku Klux Klan pour voir ce que l’organisation traficote dans le coin. Mais, comme il est noir, ce sera un de ses collègues – qui se trouve être juif – qui établira le contact physique, lui se réservant les échanges téléphoniques. Comme l’intelligence des deux compères est bien au-dessus de la moyenne (du moins de celle des membres du Klan), il(s) est(sont) vite promis à un bel avenir dans l’organisation dont certains membres confits de haine préparent semble-t-il un mauvais coup : massacrer des Noirs, le rêve de toute une vie !

Dans ce film, j’ai aimé les comédiens, leur beauté, leur charisme. J’ai même trouvé que John David Washington (lumineux d’intelligence et de charme) et Adam Driver (solid as a rock) étaient un peu grands pour leurs personnages.

Mais je me suis un peu ennuyé. C’est venu petit à petit. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il n’y a jamais vraiment de danger auquel on peut croire. Parce que les petits coups de pression apparaissent un peu artificiels, un peu fades. Parce que nos héros dominent en tout les méchants, écrasés chaque seconde par l’ironie dramatique de la situation. Parce que leurs conflits intérieurs sont un peu des tempêtes dans un verre d’eau. Parce qu’au final une certaine absence de nuance devient perceptible. Peut-être aussi parce que ce récit est d’abord pour l’auteur le moyen de nous faire passer un message : il y a une identité entre les thèmes de campagne de Donald Trump et la rhétorique du Ku Klux Klan. Par exemple, Make America great again équivaut à Make America white again. Bon, je me souviens que ça avait été dit avant l’élection américaine et que ça n’a pas empêché Trump d’être élu. On verra bien en novembre si, maintenant en toute connaissance de cause, les américains endossent la responsabilité de cette politique trumpienne désastreuse à tous égards. Tout ça pour dire que j’ai soif d’histoires surprenantes et bien cuisinées, pas de propagande, et que je préfère Inside man à Blackkkansman, Michael Moore au Spike Lee démonstratif.

On peut voir comme dit Le Canard.

PS : Je n’ai pas vu Naissance d’une nation. Je sais maintenant que c’est un film raciste.

Mission impossible : Fall out, de Christopher McQuarrie, parlotte

Ethan Hunt résout à nouveau de graves problèmes.

Au bout de combien de temps ce film m’a-t-il envoyé un signal négatif ?

Au bout de deux minutes. Ethan Hunt reçoit une nouvelle mission. De la parlotte à n’en plus finir. Ca se prend au sérieux. C’est mal parti, toutes ces paroles en lieu et place de scènes d’actions et de caractérisation convaincantes. De la parlotte, le film en est bourré. Pour faire avancer les choses, les débloquer, quand on n’a pas d’autres idées. Et on vous répète deux fois les mêmes choses pour être sûr que vous avez bien compris. Première déception.

Deuxième déception. Dans l’opus précédent, les auteurs avaient mis un soupçon d’autodérision présent dès le début. Ca donnait la note, c’était marrant. Là, même ingrédient, mais qui arrive à partir de la moitié du film. Trop tard. La mayonnaise ne prend pas, il me semble.

Troisième déception. Plus de 10 minutes de poursuite en voiture dans Paris. Un peu sans queue ni tête.  Pas aussi bien filmé que la poursuite de La mémoire dans la peau.

Quatrième déception. A force de vouloir faire compliqué, on ne comprend plus rien. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui double qui ? Qui descend qui ? Il y a des moments où être bon public, voire très bon public, ne suffit plus.

Un espoir. Il y a deux personnages forts que l’on retrouve : Ilsa Faust (espionne sur le fil du rasoir) et Solomon Lane (super méchant à message). Espérons que les scénaristes du prochain épisode sauront mieux les mettre en valeur. Prions pour que ce prochain épisode soit plus inspiré et inspirant.

Homeland, saison 7, failles

On avait laissé Carrie trahie par la nouvelle présidente et son chef de cabinet, Saul et Dar en prison,  Quinn au cimetière.

La saison 7, c’est la suite, qui dépeint une intervention russe dans la politique américaine visant à saboter la présidence qui démarre.

C’est tellement d’actualité que ça fait peur. On aurait du passer la série aux américains avant l’élection de Trump. L’avenir nous dira s’il est juste un idiot utile ou un véritable asset des russes comme beaucoup le disent. Quoi qu’il en soit, on a déjà beaucoup perdu.

Carrie Mathison va résoudre au moins un de ses déchirants problèmes : élever une enfant ou sauver son pays. Plus d’actions que dans la saison 6, plus de scènes d’espionnage, plus d’interrogatoires intéressants aussi. Des personnages qui s’approfondissent comme Max et l’horrible Bret O’Keefe. Un dénouement à message à l’attention des citoyens US mais qui peut nous intéresser aussi ici. Une série qui nous en dit long sur nos failles, et sur la facilité qu’il y a à les exploiter, à les agrandir, à y verser du fiel.

Vivement la saison 8 avec le retour, il faut l’espérer, de Dar qui ici ne fait qu’une apparition.

Mamma Mia ! 2, de OI Parker, à la gélatine de porc

Sophie prépare l’inauguration de l’hôtel qu’aurait voulu sa mère – Donna – disparue il y a un an. Parallèlement, nous revivons les évènements qui ont conduit Donna sur l’île 20 ans avant, et la rencontre avec les trois pères de Sophie.

J’y suis allé beaucoup pour Meryl Streep, un peu pour l’île grecque où avait été tourné le premier film, un peu aussi pour Abba.

Déception sur toute la ligne ! Les trois premiers quarts d’heure les plus poussifs de l’histoire du cinéma. Meryl Streep absente jusqu’à une des dernières scènes. Cher telle une momie avec deux apparitions qui sentent bon les clauses de son contrat. La musique, les chorégraphies, les décors, on s’en fiche. Andy Garcia, qu’est-il allé faire dans ce navet ? Pierce Brosnan n’a plus la ligne, Colin Firth l’a gardée. Lily James, quelque chose de dur dans la mâchoire et le regard à mille lieues de sa mère de comédie (Meryl). Du quasi mélo et des bons sentiments que les quelques transgressions verbales des amies de Donna n’arrivent pas à pimenter. Et le tournage a eu lieu en Croatie et pas à Skopellos m’a expliqué Eric R. (qui s’y connaît).

Quand tu te dis que dans un bonbon il y a de la gélatine de porc, tu le recraches ! A fuir.

Fleuve noir, d’Erick Zonca, noir de noir

Un ado, Danny, disparaît. Le commandant Visconti enquête. Un voisin l’intrigue. La mère de l’ado le fascine. Et son fils à lui deale du côté de Pigalle. Ca va pas être une enquête facile, et ce d’autant moins que Visconti est au bout du bout du rouleau de sa vie.

Vincent Cassel est stupéfiant, en flic usé, alcoolique, laid, quasi difforme, mais dans lequel la flamme humaine et l’instinct policier ne sont pas tout à fait éteints. Romain Duris ne l’est pas moins en prof apprenti écrivain introverti et allumé. Et Sandrine Kimberlain en mère éplorée, éteinte, qui survit, l’est tout autant. Ils sont tous les trois sortis de leurs sillons. Dans des compositions, des quasi contre emplois. Et le reste de la distribution ne connaît pas de faille.

L’histoire tourne bien. C’est fluide. Comme un fleuve. On sait où on est. Il n’y a rien de superflu, pas de coquetterie de style. Pas de facilité de récit. C’est maîtrisé. Et c’est noir, noir, noir de noir. Comblera les amateurs de polars.

 

Lost in space, saison 1, de Zack Estrin et Matt Sazama, enfance

En route pour Alpha du Centaure, le vaisseau spatial Résolution rencontre un problème aussi inexpliqué que violent. Des groupes de colons se réfugient – chacun avec leur navette spatiale familiale, les Jupiter – sur une planète proche. Dont la famille Robinson, la mère, le père et leurs trois enfants. C’est une famille de colons. Ils ont tous passé avec succès des tests d’aptitudes et de résistance au stress. Sur cette nouvelle planète, ils vont être mis à l’épreuve. Et plutôt plus que moins.

J’ai regardé cette saison en trois ou quatre jours, profitant de l’absence des unes et des autres.  J’ai eu l’impression de regarder un conte pour enfants, à la sauce science-fiction. Un conte bien raconté. Sans niaiserie. Avec une sorcière. Avec un ogre que l’on domestique. Et pleins de conflits internes et externes à résoudre. Des relations familiales à la fois modernes et originales. Des adolescents pas stéréotypés. Un conte spectaculaire, intéressant et plaisant. Et des comédiens crédibles.

La fonction du conte, c’est, parait-il , d’aider les enfants à surmonter leurs frayeurs et leurs angoisses. Et moi, ça m’a fait quoi ?

On ne perd pas son temps à le regarder en attendant la saison 2 annoncée par Netflix. (si une saison ne marche pas assez, pas de suite avec Netflix, voir Marco Polo).

PS : En creusant un peu, j’ai appris l’existence et la carrière de Brian Steele, comédien spécialisé en monstres, robots, et créatures diverses.

Extinction, de Ben Young, prisonnier

Un père de famille fait des cauchemars ce qui trouble le sommeil de sa femme. “Ca commence à bien faire” lui dit-elle, “tu devrais consulter”. “Oui, tu devrais”, renchérit son chef à l’usine. Mais lui, il est têtu, il ne veut pas consulter. La tension monte. Tout à coup, patatras, ses cauchemars deviennent réalité. Des aliens attaquent. Mais qui sont-ils ? En fait ?

Deux remarques :

Une. Il y a une idée intéressante dans l’histoire : les robots humanoïdes ayant évolué grâce à l’IA ont pris la place des hommes, mais ils n’en savent rien (comme le héros jusqu’aux deux tiers du film).  Malheureusement, ce qui est construit à partir de cette idée n’est pas très intéressant. Pas beaucoup de profondeur. Juste une histoire en passant.

Deux. Netflix me propose systématiquement des films aussi apocalyptiques qu’anxiogènes. Oblivion, why not, Extinction, non merci. Les comédies, j’aime aussi. La légèreté, j’ai rien contre. Mais il faut admettre que je suis prisonnier de l’algorithme de Netflix. Comment se faire la belle ? Dites-moi si vous savez.

How it ends, de David Rosenthal, navrant

Will est à Chicago. Sa fiancée, enceinte, est à Seattle. Il dîne avec ses beaux-parents et se dispute avec son beau-père, militaire retraité et intraitable, prénommé Tom, joué par le grand Forest Whitaker. Le lendemain matin, une mystérieuse catastrophe frappe la côte ouest. Tom décide d’aller secourir sa fille et Will se joint à lui. Début du voyage et des aventures des deux mâles.

Le seul moment où le film prend un peu de relief, c’est quand les deux hommes font la rencontre de Ricky, une jeune indienne mécanicienne auto. Mais comme les scénaristes ne savent pas quoi faire d’elle, elle finit par prendre son sac et se barrer (c’est ce qu’on nous dit, écrire et filmer la scène en question c’est sans doute trop prise de tête).

Le reste du temps c’est, au choix, d’une platitude de bois, totalement prévisible, abracadabrantesque, ou tout bonnement navrant. Palme d’or de la fin la plus débile que j’ai jamais vue.

A éviter. C’est pas parce que c’est du Netflix que c’est de l’or en barre.

Fortnite, d’Epic Games, anxiogène

N’est pas mainstream qui veut. Des semaines après sa sortie, je télécharge Fortnite sur un Ipad et je me lance. Je trouve je ne sais plus comment un fusil. Je me promène. J’arrive devant une maisonnette. J’ouvre la porte. Derrière, un type en tenue de cosmonaute attendait patiemment. Il me flingue instantanément. Saisissant.

Fortnite sous sa version Battle Royale c’est le pendant d’Hunger Games en jeu vidéo. 90 joueurs et joueuses sont parachutés sur une île. Elle est abandonnée, comme si ses habitants étaient partis précipitamment. Ici et là des lotissements, une fabrique de sanitaires, des décors bien fichus. On trouve des armes et de l’équipement un peu partout. Quand on rencontre un autre joueur, c’est lui ou soi. C’est presque toujours lui en ce qui me concerne. Une fois touché, on se retrouve à quatre pattes. On peut se déplacer ainsi lamentablement. Certains vous achèvent au fusil. D’autres préfèrent vous finir à la pioche. Oui, à la pioche. Par sadisme ? Non, par discrétion, les coups de feu pouvant attirer d’autres joueurs et donc du danger. Toutes les deux minutes, la zone de jeu se resserre. Et si on se retrouve hors jeu, on ne tient pas très longtemps.

Surtout par maladresse et un peu par dégoût, j’ai eu du mal à tuer d’autres joueurs. J’ai adopté une stratégie de survie très personnelle, sous les moqueries de mon fils, expert en tactiques de combat sur jeu vidéo. Je m’éloigne. Je me planque. Je me déplace  accroupi. J’observe. J’accompagne le rétrécissement de l’espace vital jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une poignée de joueurs. Bon, quand ils me repèrent, je survis 3 secondes. Ils bondissent, visent juste, et ont un armement à faire frémir Kim et Donald. Trois ou quatre fois j’ai fini deuxième. La stratégie du lapin de garenne.

Donc si je dis que c’est un jeu anxiogène, sadique, et métaphorique de la course du rat libérale, on va dire que c’est parce que je suis nul. On n’aura pas raison.

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The get down part II, de Baz Luhrmann, touchant

Bronx, 1978, suite et fin des aventures de Mylene et d’Ezekiel des Get down brothers.

J’avais regardé il y a quelques mois le début de la deuxième saison, à savoir un épisode et demi. J’avais raccroché, avec l’impression que ça tirait un peu à la ligne, et je ne voulais pas gâcher le plaisir de la première saison. Je m’y suis remis ce samedi, 5 épisodes d’affilée.

Pour tous les personnages, la saison 2 répond à une seule question : deviendront-ils eux-mêmes ? Se révèleront-ils à eux-mêmes ? Ou retomberont-ils au fond du panier ? Et sera le prix à payer, car on n’a rien sans rien ? Les uns après les autres, les unes après les autres, de Shao à Papa Fuerte, ils, elles y passent. Ils gagnent, ils perdent.

Finalement, cette interruption a eu du bon, car cette saison 2 ce n’était plus tout à fait la même histoire ce que je n’avais pas bien perçu.  Même le tissu cinématographique, fait d’images d’archives, a changé. Cette fois-ci il s’agit plus de faire la continuité entre les scènes, grâce à un savant travail de montage et d’étalonnage, que de nous parler du New-York, du  Bronx de ces années 70. The Get Down part II raconte le succès comme un sacrifice, qui advient lorsque vous vous êtes dépouillé de tout, quand vous êtes prêt à passer de l’autre côté. Enfin, il n’y a pas de chanson aussi marquante que le Set me free de la première saison, sauf peut-être la ballade finale, et le rôle toujours décisif de Jackie.

A la toute fin, la série nous dit que Rapper’s delight sortait quelques mois plus tard, chanson qui devait populariser le hip hop.

The get down, c’est la série avec laquelle Netflix m’a harponné. Depuis ils n’ont pas chômé. En France, combien de temps reste-t-il à la création télévisuelle et cinématographique pour se réveiller et passer au karcher ses modes de fonctionnement, de financement, de décision, de production, de diffusion ? Hélas, tout porte à croire que ce ne sera fait que trop tard, un peu comme les tribus de l’Île de Pâques. Too bad.

Faut d’abord regarder la saison une, of course.

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