Archives de l’auteur : Antoine

Star wars, The last jedi, de Rian Johnson, distrayant

Le dernier épisode de la série avait laissé Rey face à un Luke vieillissant sur son île. Ce nouvel épisode mène deux histoires en parallèle. Les vaisseaux de la résistance poursuivis par la flotte impériale d’un côté, laquelle se joue de l’hyperespace, et Rey de l’autre qui découvre petit à petit ce qu’est la force.

Pas mal de trouvailles scénaristiques comme la possibilité donnée à Kylo Ren et à Rey de communiquer à distance via la force. Et aussi la bagarre finale qui se joue des attentes du spectateur. Des trouvailles visuelles aussi comme les gardes rouges de Snoke, et la séquence où Rey visite le côté obscur de l’île. Des effets spéciaux impeccables aussi. Et dire adieu à Carrie Fischer.

Quelques messages de notre temps, avec une amirale aux commandes, Chewbacca qui comprend que son machin rôti est un cadavre, et des marchands d’armes qui s’empiffrent dans une ville qui pourrait faire penser à Monaco : casinos, bord de mer, circuit de course en pleine ville, police locale réactive, ….

C’est distrayant, l’attention ne se relâche pas une seconde. Mais pas aussi émouvant que d’autres épisodes. Il manque quelque chose de substantiel dans le rapport aux autres des personnages. Pour ne pas dire que les nouveaux personnages manquent parfois de profondeur et de charisme. Au premier rang desquels Poe Dameron (Oscar Isaac). Quelques facilités scénaristiques aussi comme l’excursion de Finn et de Rose qui démarre en sortant de nulle part. Une déception, le combat avec les gardes rouges, qu’un réalisateur de Hong-Kong n’aurait pas raté. Et toujours les bestioles craquantes pour peluches de Noël.

« Elle est bien la chanson du nouveau Disney ? », nous demandait un jeune homme brillant et sarcastique. En fait, voir un Star Wars, c’est prendre la mesure de l’enfant de huit ans qui reste en soi. A voir.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

 

 

 

L’Arabe du futur, tome 1, de Riad Sattouf, chronique

Le livre était sur la table de Jules. Riad Sattouf raconte ses premières années d’enfance, entre Paris, Libye et Syrie.  A chaque pays sa couleur. Son père est syrien, sa mère bretonne et lui est blond comme les blés. On est en 1980.

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est :

+ la description du père, intellectuel syrien écorché vif, facilement sentencieux, affectueux mais pas trop, vivant dans l’idéalisation de ses racines, gérant, ou plutôt gérant mal ses contradictions et son complexe d’infériorité.

+ la découverte de la Libye de Kadhafi, où la propriété immobilière a été abolie et où chacun peut prendre possession d’un appartement selon ses besoins. Et la mère de Riad de rester toute la journée à la maison pour ne pas qu’on leur pique leur logis.

+ le cours sur les injures en Syrie, avec leur degré croissant d’offense, de « fils de chien » à « maudit soit ton dieu », celle-là réservée aux non-musulmans évidemment (comprendre Juifs ou Chrétiens). Intéressant au passage la possibilité d’amplifier une insulte en remontant les générations : « Nique le père de la mère à ta mère à ton père ».

+ le style graphique, simple, qui m’a fait pensé à un mélange de Tintin et de Crumb.

+ quelque chose d’une ruralité universelle qui traverse le livre.

Ce qui m’a laissé un peu sur ma faim, c’est le fait que ce soit une chronique. Il y a une histoire, mais pas vraiment d’histoire. Alors si on ne s’identifie pas à 1000% à l’enfant, au bout d’un moment l’intérêt faiblit. C’est ce qui m’est arrivé je crois.

La description de la Libye, de la Syrie et de la France des années 80 est-elle juste ? Ou stéréotypée ? Je ne sais pas. J’imagine que si le livre se vend aussi bien ici et dans des pays arabes, c’est qu’il doit montrer les choses comme elles étaient aux yeux ou dans le souvenir de beaucoup. Mais c’est pas toujours flatteur pour les Syriens, les Libyens, et aussi pour les Français du passé.

Après le tome 1 ont été publiés 2 autres tomes d’une série prévue pour en compter 5.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

 

 

 

 

 

Manhunt Unabomber, de Discovery Channel, passionnant

1995. Aux USA sévit un mystérieux criminel qui envoie des bombes par la poste. Des blessés, des mutilés, des morts. Le FBI le recherche en vain depuis des années et a créé pour cela l’UTF, la Unabomber Task Force.

C’est justement à l’UTF qu’est affecté Jim Fitzgerald, ancien policier devenu profileur, et qui vient de recevoir son diplôme du FBI « avec les plus grands honneurs ». On lui demande d’établir un profil « propre et sans fautes de frappe » sur la base de l’évaluation en cours, profil destiné au Ministère de la Justice. Fitz, comme on l’appelle, se met au travail, et très vite il est amené à contredire la thèse qu’on lui demande de confirmer. Ca n’ira pas sans mal. Il ira de découvertes en découvertes.

Plein de choses intéressantes et séduisantes dans cette série en 8 épisodes, initialement produite par Discovery Channel, et actuellement diffusée sur Netflix. Je les liste.

1 • Le jeu des deux personnages principaux, Sam Worthington et Paul Bettany, en fragilité, en force d’âme, en déchirements intérieurs, en rigidité, en intelligence. Le Sam Worthington de cette série est à l’opposé de ce qu’il a pu faire dans Avatar. Il y a quelque chose dans sa gestuelle, dans sa démarche, dans son regard, qui traduit ses fêlures, son embarras. Autant de vulnérabilité sans affectation, un tour de force.

2• La construction du récit, en aller-retours temporels incessants qui vont s’espaçant plus on avance, qui créent de l’ironie dramatique et de la tension, et qui permettent d’introduire des causalités et du mystère.

3 • Le récit de l’invention d’une nouvelle science humaine : la linguistique criminelle où comment faire le portrait de quelqu’un à partir de ses écrits, de ce qu’il y met, et aussi de ce qu’il n’y met pas.

4 • L’idée que dans le fond l’enquêteur partage en grande partie les vues d’Unabomber, sans approuver ses crimes. Ses idées, sa critique  d’une société où l’homme est dominé par la technologie, la série nous les propose. Pourquoi s’arrêter à un feu rouge alors qu’il n’y a aucune autre voiture, ou que le feu ne protège aucune intersection et que la route est vide ? Le même jour, je lisais un article sur l’extension de la vidéoverbalisation à Bordeaux. On n’arrête pas l’antiprogrès.

Les épisodes sont assez courts, 42 minutes. Le casting est impeccable. La mise en scène inventive. La production à la hauteur. C’est passionnant. A voir.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

 

Libres !, d’Ovidie et Diglee, tenir pépère par la bite

Le sous-titre du livre, découvert en écoutant Pop pop pop d’Antoine de Caunes sur France Inter, c’est « Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels ».
En 15 chapitres, Ovidie examine quinze comportements sexuels auxquels les femmes sont invitées à se soumettre : épilation intégrale, fellation, sodomie, … Ce qu’elle dénonce, ce ne sont pas les comportements sexuels en tant que tels, c’est qu’ils soient aujourd’hui devenus des diktats, des injonctions, des pratiques obligatoires pour être une femme, une amante performante. Et elle invite les femmes à se poser la question de leur consentement, de leur désir, et de leur soumission.
J’ai aimé l’écriture simple, argumentée, directe, drôle, vivante.
J’ai bien aimé aussi les planches de BD et les illustrations de Diglee, légères et marrantes.
J’appris ce qu’est le S.I.F., dont aucune profession libérale rencontrée jusqu’à présent ne m’avait parlé.
Mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est l’esprit d’ouverture d’Ovidie, sa simplicité, sa tolérance, sa révolte.
J’ai laissé traîner le livre sur la table basse du salon.

 

Blade runner 2049, de Denis Villeneuve, kind of boring

L’histoire se passe 20 ou 30 ans après la première histoire nous apprend un texte introductif. Il y a eu une catastrophe éco-nucleo-planétaire. Il y a toujours des répliquants. Des anciens qui se sont rebellés et qui sont traqués. Et des nouveaux, dociles, dont les blade runners chargés de « retirer » les rebelles. Au cours d’une mission d’élimination d’un Nexus 8, un blade runner – notre héros, l’officier K – fait une découverte propre à bouleverser l’équilibre fragile de la société. Le film est lancé.

Qu’est ce que j’ai aimé ?
D’abord la bande son, assez extraordinaire, impressionnante, grinçante parfois, qui affirme le caractère oppressant de l’environnement dévasté.
Et aussi les décors, magnifiques, radicaux, sauf peut-être les locaux de la Wallace Corporation que j’ai trouvé quelque peu bon marché.
Les acteurs, solides, surtout Ryan Gosling et Ana de Armas.
Certaines des trouvailles du film et beaucoup de très jolies scènes : K et sa compagne avatar, les scènes entre ces deux là, les figures géantes publicitaires, la survie d’une célèbre marque française, ….
La question que le film travaille : Qu’est ce qui fait « âme » chez une créature ?

Pourquoi je me suis ennuyé au final ?
Je pense que c’est du à la lente accumulation d’invraisemblances et de facilités dans le récit. A toutes ces choses, petites ou grandes, qu’il faut admettre pour continuer à y croire. Chez moi ça fait hysteresis. C’est à dire que passé un certain point je décroche, et qu’il en faudrait alors des tonnes pour me faire raccrocher.
Et puis je suis sorti du Trianon avec l’impression que le sujet – que j’aurais du mal à définir – n’avait pas été traité, comme si les concepteurs du film avaient voulu en donner à tout le monde.

Dommage, dommage.

Bon, tout est réuni pour une suite. Non ?

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

A ne pas regarder si vous êtes seul chez vous ou si avez peur du noir

Voici un premier film saisissant :

Et un autre encore plus saisissant :

 

C’est fou ce qu’on peut faire peur avec un film quand on est doué (et qu’on a aussi un fond de sadisme pour le spectateur)  !

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Je vous salue, de Sarah Valente, c’était dans l’air

En regardant le travail d’un chef-opérateur – Nicolas Blusson -, je tombe sur ce court métrage mis en ligne il y a un an à peu près. Il y a un an !

C’est bien raconté, bien filmé, bien joué. C’est pile poil dans l’air du temps si on peut résumer ça à ça. Mais on ne le peut pas. « agression sexuelle » fait maintenant partie de mes tags. Sarah Valente, à suivre.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

The square, de Ruben Östlund, civilisation

Christian est le conservateur d’un important musée d’art contemporain en Suède. Il prépare une nouvelle et importante exposition intitulée « The square ». Dans une Suède hantée par la pauvreté, l’exposition traite de questions fondamentales comme ce qu’est l’humanité, la compassion, l’indifférence aux autres. Un couple de pickpocket va faire dérailler sa carrière.

Comme je l’ai compris, The square met en lumière les contradictions d’une élite cool et branchée, à savoir les organisateurs de la culture, la bourgeoisie fortunée qui finance ces activités et jouit des animations privilégiées dont elle bénéficie en retour, et aussi leurs serviteurs divers et variés comme le petit personnel, l’agence de com et ses créatifs, etc. Christian est le véhicule de ces contradictions. Quand le monde réel vient contredire ses déclarations d’intention, son égoïsme et son indifférence aux autres prennent le dessus sur les principes qu’il affiche.

C’est intéressant, drôle pendant une heure, ça s’essouffle doucement avec beaucoup de pistes inabouties. Le monde réel reste pas mal hors champ. Il m’a semblé qu’une Palme d’or devrait susciter plus d’émotion que ce film ne le fait. Mais peut-être que le jury cannois a été atteint du syndrome de « la confiture aux oreilles de truies confites » (voir Astérix chez les Helvètes). C’est à dire qu’ils en ont tellement vus, tellement entendus, qu’il leur faut un film iconoclaste pour obtenir d’eux un peu d’intérêt.

Bon, j’ai vu la Palme d’or.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Mindhunter, de David Fincher, intéressant

Fin des années 70 aux Etats-Unis. Un jeune agent du FBI, Holden Ford, est amené à s’intéresser à la psychologie de certains criminels. Il fait bientôt équipe avec un agent plus expérimenté, Bill Tench, et l’entraîne dans cette nouvelle direction. A l’insu de leur hiérarchie, ils vont interviewer un homme condamné pour plusieurs crimes à caractère sexuel. « Comment attraper les fous si on ne sait pas comment pensent les fous ? » diront-ils pour leur défense. Ils seront rejoints par le Dr Carr, universitaire criminologue, rigoureuse et pénétrante.

Ce qui est très intéressant dans cette série c’est de voir se construire de manière pratique, et parfois douloureuse, une nouvelle approche en matière de criminologie. A l’époque, le concept de tueurs en série n’existait pas, et ils vont l’inventer.

L’histoire avance sur un rythme assez lent. S’y mêlent leur apprentissage, forcément lent, leurs difficultés, leurs découvertes conceptuelles et pratiques, les quelques enquêtes auxquelles ils participent. Les couleurs sont sombres, un peu grisâtres, un peu beige. Les crimes sexuels, c’est pas la joie nous rappelle ainsi le réalisateur alors que le rôle de là mère dans l’apparition des déviances meurtrières hante les premiers épisodes.

Jonathan Groff un peu doucereux je trouve, Holt McCallany apporte une maturité virile en contrepoint, et Anna Torv ne se laisse pas marcher sur les pieds.

A voir sur Netflix.

PS : Je n’aime pas du tout le générique dont le montage façon « images subliminales » m’agresse.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

La frontière introuvable, d’Olivier Ravoire principalement, vue de haut

© CG92/Olivier Ravoire

Dans le parc de Sceaux, l’allée qui va de l’Orangerie à l’esplanade du château accueille régulièrement des expositions photos, sous l’égide du département des Hauts de Seine, le parc relevant du département et non de la ville.

En ce moment s’y trouve une exposition intitulée Hauts de Seine/Yvelines, la frontière introuvable. Une vingtaine de photos explorent la manière dont les deux départements se jouxtent, s’entremêlent, se prolongent, se confondent.

Pour la plupart, il s’agit de vues aériennes, piquées ou plus rasantes. C’est à la fois informatif, saisissant et très beau. On a immédiatement envie de prendre sa voiture pour aller explorer quelques boucles de la Seine dont on ne savait rien. On est surpris de découvrir autant de champs cultivés à vol d’oiseau des tours de La Défense. Et on découvre que certaines photos tiennent par un détail infime : la silhouette d’un oiseau par exemple.

J’aurais bien aimé faire la visite avec Olivier Ravoire qui signe la quasi totalité des photos. Pour avoir des explications. Pour lui demander à quelle hauteur il travaille. Pour connaître l’heure des prises de vues, comprendre pourquoi il se met en contre jour, etc. Bref dire mon admiration au photographe et prendre un cours de photo aérienne au sol.

A voir jusqu’au 14 décembre 2017.

PS : Cher responsable de tout ceci au département, si tu lis ce billet, et si un jour un vernissage est organisé, peux-tu m’inviter s’il te plaît ? Mille mercis.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather