Archives de l’auteur : Antoine

David Letterman, Mon prochain invité n’est plus à présenter, chouette

Un type barbu que je ne connais pas parle au téléphone. Puis on le retrouve sur la scène d’un théâtre, en chemise. Il explique qu’il est là grâce à Netflix. Il joue un peu le type dépassé par l’époque. Le public rit. Il demande si quelqu’un a deviné qui va être son prochain invité. Quelqu’un lance “William Clinton” ! En coulisse un homme rit. C’est Barack Obama. Il fait son entrée en souriant sous les applaudissements. Le barbu remet sa veste. C’est David Letterman, animateur très connu aux Etats-Unis, et pas connu des humains dans un rayon d’un mètre autour de mon clavier. C’est parti pour près d’une heure d’une discussion détendue et intéressante.

Obama dit des choses sur sa mère, son éducation, la manière dont sa mère lui a parlé de son père, son père absent. Sur les inégalités économiques qui se creusent, et leurs conséquences négatives, sur la très faible participation électorale aux États-Unis, sur la question raciale aussi. Rien sur le changement climatique. Rien directement sur Trump. Des choses aussi sur les bulles créées par les réseaux sociaux, qui confortent chacun dans ses croyances. Il cite un sénateur américain, de mémoire : “chacun est libre de choisir ses opinions, mais pas de choisir les faits”. Ils parlent aussi de la chance qu’il faut avoir et que tout le monde n’a pas.

L’entretien est ponctué par des mini-reportages qui viennent compléter, approfondir le propos. Au bout d’une petite heure de programme, sans doute moins dans la réalité, quelqu’un glisse dans l’oreillette de Letterman qu’il faut libérer Obama lequel, en sortant, montre l’homme d’images qu’il est aussi.

A voir par les Netflixiens et pas que.

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Le brio, d’Yvan Attal, pas tant que ça

Premier cours de sa première année à Assas pour Neïla Salah. Elle arrive 5 minutes en retard. Le prof, Pierre Mazars, l’humilie devant l’amphi et ses centaines d’étudiants. Mais ses propos, provocateurs, limites, finissent en ligne. Scandale. Le président d’Assas, ami de Mazars, a une idée. Que Mazars coache Neïla pour le concours annuel d’éloquence, et le conseil de discipline qui le convoque s’en trouvera amadoué. Mais que va-t-il se passer ?

Ce que j’ai aimé :

  • Les deux personnages, leur affrontement.
  • Le naturel de Camélia Jordana. Le cynisme de Mazars (Daniel Auteuil).
  • Les vannes et les provocations de Mazars.
  • Les réparties de Neïla.
  • La famille et les amis de Neïla.
  • D’en apprendre un petit peu sur les stratagèmes de l’éloquence.
  • La dénonciation d’une forme de victimisation.

Ce que j’ai moins aimé :

  • La superficialité de l’ensemble. Ca pourrait aller beaucoup plus loin il me semble. J’ai eu sans arrêt l’impression que le film ouvrait des portes, les laissait ouvertes, restait  à leur seuil, sans explorer, sans aller plus avant, avec beaucoup d’implicite du genre “vous comprenez ce qu’on veut vous dire, hein ?”. Moi, j’aime bien quand ça va au bout des choses. Chacun sa cuisine.
  • L’ellipse sur les progrès de Neïla.
  • Le démarrage foudroyant de l’histoire, un peu capillotracté, qui atténue le conflit intérieur de Mazars. C’est l’acte un le plus rapide que j’ai jamais vu.
  • Les dernières scènes qui laissent penser que les auteurs ne savaient pas très bien en fait où ils voulaient nous emmener avec leur film et ce qu’ils avaient à nous dire sur la transmission, les immigrés, la culture, les banlieues, la bêtise du monde, etc.

Dommage. On serait passé de bon à très bon, voire captivant ! On peut voir. Ou pas.

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Downsizing, d’Alexander Payne, fun et mélancolie

Alors que la crise écologique mondiale s’accentue, mais on n’en voit pas les effets dans le film, des savants norvégiens mettent au point une technique permettant de rétrécir les organismes vivants. On y voit bientôt une solution à la surpopulation : l’empreinte écologique d’un humain rétréci est divisée par 100 ou plus. A l’inverse, son pouvoir d’achat est multiplié par 1000 ! C’est à vrai dire ce qui attire Paul et Audrey Safranek, américains moyens coincés dans une vie un peu étriquée, avec leurs soucis financiers et la frustration latente de voir leurs projets repoussés. Mais, dans le bus qui les emmène vers leur nouvelle vie de petits humains, Audrey a l’impression d’avoir oublié quelque chose….

C’est un film un peu inclassable, qui démarre comme une comédie d’anticipation, et qui prend un tour plus social, grave, voire apocalyptique, teinté de mélancolie.

Quel regard porte-t-on sur sa vie ? C’est la question amenée par ce film. A quel moment les humains réagiront-ils pour sauver la planète ? Jamais sous-entend le film, parce qu’il n’y a que quand la mort est proche que l’on voit les choses avec suffisamment d’acuité. Autrement dit, ce n’est que quand les gens n’ont plus le choix qu’ils renoncent à leur connerie. Donc trop tard. Enfin, la plupart du temps ( rien ne m’afflige plus que de voir des gens immobiles dans leur douleur, dont souvent ils jouissent par ailleurs, mais ça ils refusent de l’admettre ).

Matt Damon touchant dans son personnage de semi-looser indécis. Kristen Wiig parfaite. Christoph Walz gentiment sardonique. Hong Chau prend la lumière. Film à voir. C’est fun et mélancolique.

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Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, plat

Paul Getty, le petit-fils du richissime fondateur de la Getty Oil, est enlevé à Rome. Le grand-père, par avarice et tactique de négociation, refuse de payer la rançon demandée. Il envoie son chef de la sécurité auprès de la mère de Paul pour suivre la situation et les négociations avec les ravisseurs.

Tu vois un film super bien joué, super bien filmé, et où rien n’est trop beau, trop grand ou trop bien reconstitué pour t’en donner pour le prix de ta place. Et pourtant tu t’ennuies un peu. Pourquoi ?

A mon avis parce que les auteurs se sont trompés d’histoire et de héros. La vraie histoire, celle qui pointe sans arrêt le bout de son nez, et qui chaque fois a réveillé mon attention, c’est celle de Cinquanta, le ravisseur qui a une conscience. Joué par un Romain Duris qui prend beaucoup de lumière avec ce personnage sombre, tourmenté, courageux, humain, qui prend des risques. Mais peut-être, dans cette reconstitution, est-il un personnage purement fictif ? Faudrait interroger les auteurs à ce sujet, une fois les tiroirs caisses de Sony refermés. On peut ne pas voir, on ne s’en portera pas plus mal.

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Santa & Cie, d’Alain Chabat, déçu

Trois jours avant Noël, Santa Klaus a un grave problème : ses lutins sont brusquement tombés malades. La production des jouets est arrêtée. Un vieux grimoire lui donne la solution, il doit aller sur terre trouver de la vitamine C. Il part avec ses rennes et son traineau.

Ayant entendu un concert de louanges formulées par Pierre Lescure lors de l’émission C à vous, je suis allé voir Santa & Cie espérant beaucoup rire. J’ai vu un film fait d’une succession de trouvailles, d’idées plus ou moins brillantes, cherchant à exploiter les possibilités de la situation. Et ça ne m’a pas fait beaucoup rire. Et à peine plus la salle. Ca ne m’a pas emporté comme je l’aurais aimé. Trop disparate ? Trop téléphoné ? Trop private joke ? Trop entre-soi spirituel ? Difficile à dire. Sans doute est-ce compliqué de jouer sur autant de tableaux comme le fait Chabat en étant à la fois le scénariste, le réalisateur, le personnage principal et l’ami de quelques comédiens célébres qui font au film l’honneur de leur présence. Est-ce que je voyais un personnage de Père Noël, ou alors Chabat jouant le Père Noël, ou alors Chabat tout court ayant un message sur l’enfance ?  Ca n’est pas passé. Tant pis.

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Bright, de David Ayer, plan B

Le film était annoncé à grand renfort de publicité par Netflix. L’histoire se passe à Los Angeles. Y cohabitent tant bien que mal des humains, des elfes et des orques, ces derniers peu aimés des policiers humains. Pour la première fois, un orque est devenu policier, c’est Jakoby. Il est l’équipier de Ward, joué par Will Smith. Partenariat difficile. Détestation des collègues. Lors d’une patrouille, Ward et Jakoby tombent sur un objet magique que tout le monde va se mettre à convoiter. C’est le début de graves problèmes pour eux.

Le film commence bien. La description de ce Los Angeles fantastique intéresse. On cherche le symbole, la métaphore, la correspondance  avec notre univers à nous. Mais tout ce qui brille n’est pas de l’or. Petit à petit, on se rend compte qu’aucune des promesses de ce début n’est tenue. On glisse insensiblement vers un film d’action plat, peu inventif, qui va de facilité en facilité. Le plus décevant ?  La relation Ward Jakoby qui au bout du film aura toujours l’épaisseur d’une feuille de papier. Sans parler du personnage de Tikka qui n’est qu’un rouage narratif sans couleur, sans saveur, sans odeur. Bright ? Moins bon qu’un bon Europacorp qui s’assume. Dommage. Ne tombez pas dans le panneau (publicitaire). Sur Netflix aussi on peut cultiver des navets. Ah, quand même, pas mal de bons acteurs méconnaissables.

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Les gardiennes, de Xavier Beauvois, devenir

1915. Campagne française. Les deux fils d’Hortense, Constant et Georges, sont à la guerre, son beau-fils Clovis aussi. Hortense fait tourner la ferme avec sa fille et la sœur de son gendre. Comme les bras manquent, Hortense embauche une jeune femme, Francine, pour la moisson. Georges revient en permission.

C’est un film lent et beau. Qui décrit une campagne qui est à l’orée de la mécanisation. Un monde où l’individualisme n’a pas encore pris le pas sur les solidarités.  J’ai été impressionné par le personnage de Francine, par Iris Bry, très belle, comédienne à fleur de peau, qui m’a fait penser à Meryl Streep. J’ai aimé la photo, surtout le très beau plan du départ de Constant dans la brume. Je me suis demandé tout du long si Nathalie Baye portait une perruque. J’ai recherché malgré moi le visage de son père dans les traits de Laura Smet.

Au bout d’un moment, j’ai regretté que le film n’aille pas plus loin, et ne traite pas plus le sujet qu’il avait mis deux heures à mettre en place : le choix d’Hortense entre l’intérêt de sa famille et le bonheur de son fils, le choix de Georges qui pour le coup n’a pas le choix. Ça arrive trop souvent, je trouve, les films qui se terminent là où ils auraient pu commencer. D’un autre côté, c’est peut-être deux films pour le prix d’un : celui qu’on vient de voir, et celui qu’on se fait dans sa tête pour imaginer la suite. Clair comme questionnement ?

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Star wars, The last jedi, de Rian Johnson, distrayant

Le dernier épisode de la série avait laissé Rey face à un Luke vieillissant sur son île. Ce nouvel épisode mène deux histoires en parallèle. Les vaisseaux de la résistance poursuivis par la flotte impériale d’un côté, laquelle se joue de l’hyperespace, et Rey de l’autre qui découvre petit à petit ce qu’est la force.

Pas mal de trouvailles scénaristiques comme la possibilité donnée à Kylo Ren et à Rey de communiquer à distance via la force. Et aussi la bagarre finale qui se joue des attentes du spectateur. Des trouvailles visuelles aussi comme les gardes rouges de Snoke, et la séquence où Rey visite le côté obscur de l’île. Des effets spéciaux impeccables aussi. Et dire adieu à Carrie Fischer.

Quelques messages de notre temps, avec une amirale aux commandes, Chewbacca qui comprend que son machin rôti est un cadavre, et des marchands d’armes qui s’empiffrent dans une ville qui pourrait faire penser à Monaco : casinos, bord de mer, circuit de course en pleine ville, police locale réactive, ….

C’est distrayant, l’attention ne se relâche pas une seconde. Mais pas aussi émouvant que d’autres épisodes. Il manque quelque chose de substantiel dans le rapport aux autres des personnages. Pour ne pas dire que les nouveaux personnages manquent parfois de profondeur et de charisme. Au premier rang desquels Poe Dameron (Oscar Isaac). Quelques facilités scénaristiques aussi comme l’excursion de Finn et de Rose qui démarre en sortant de nulle part. Une déception, le combat avec les gardes rouges, qu’un réalisateur de Hong-Kong n’aurait pas raté. Et toujours les bestioles craquantes pour peluches de Noël.

“Elle est bien la chanson du nouveau Disney ?”, nous demandait un jeune homme brillant et sarcastique. En fait, voir un Star Wars, c’est prendre la mesure de l’enfant de huit ans qui reste en soi. A voir.

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L’Arabe du futur, tome 1, de Riad Sattouf, chronique

Le livre était sur la table de Jules. Riad Sattouf raconte ses premières années d’enfance, entre Paris, Libye et Syrie.  A chaque pays sa couleur. Son père est syrien, sa mère bretonne et lui est blond comme les blés. On est en 1980.

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est :

+ la description du père, intellectuel syrien écorché vif, facilement sentencieux, affectueux mais pas trop, vivant dans l’idéalisation de ses racines, gérant, ou plutôt gérant mal ses contradictions et son complexe d’infériorité.

+ la découverte de la Libye de Kadhafi, où la propriété immobilière a été abolie et où chacun peut prendre possession d’un appartement selon ses besoins. Et la mère de Riad de rester toute la journée à la maison pour ne pas qu’on leur pique leur logis.

+ le cours sur les injures en Syrie, avec leur degré croissant d’offense, de “fils de chien” à “maudit soit ton dieu”, celle-là réservée aux non-musulmans évidemment (comprendre Juifs ou Chrétiens). Intéressant au passage la possibilité d’amplifier une insulte en remontant les générations : “Nique le père de la mère à ta mère à ton père”.

+ le style graphique, simple, qui m’a fait pensé à un mélange de Tintin et de Crumb.

+ quelque chose d’une ruralité universelle qui traverse le livre.

Ce qui m’a laissé un peu sur ma faim, c’est le fait que ce soit une chronique. Il y a une histoire, mais pas vraiment d’histoire. Alors si on ne s’identifie pas à 1000% à l’enfant, au bout d’un moment l’intérêt faiblit. C’est ce qui m’est arrivé je crois.

La description de la Libye, de la Syrie et de la France des années 80 est-elle juste ? Ou stéréotypée ? Je ne sais pas. J’imagine que si le livre se vend aussi bien ici et dans des pays arabes, c’est qu’il doit montrer les choses comme elles étaient aux yeux ou dans le souvenir de beaucoup. Mais c’est pas toujours flatteur pour les Syriens, les Libyens, et aussi pour les Français du passé.

Après le tome 1 ont été publiés 2 autres tomes d’une série prévue pour en compter 5.

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Manhunt Unabomber, de Discovery Channel, passionnant

1995. Aux USA sévit un mystérieux criminel qui envoie des bombes par la poste. Des blessés, des mutilés, des morts. Le FBI le recherche en vain depuis des années et a créé pour cela l’UTF, la Unabomber Task Force.

C’est justement à l’UTF qu’est affecté Jim Fitzgerald, ancien policier devenu profileur, et qui vient de recevoir son diplôme du FBI “avec les plus grands honneurs”. On lui demande d’établir un profil “propre et sans fautes de frappe” sur la base de l’évaluation en cours, profil destiné au Ministère de la Justice. Fitz, comme on l’appelle, se met au travail, et très vite il est amené à contredire la thèse qu’on lui demande de confirmer. Ca n’ira pas sans mal. Il ira de découvertes en découvertes.

Plein de choses intéressantes et séduisantes dans cette série en 8 épisodes, initialement produite par Discovery Channel, et actuellement diffusée sur Netflix. Je les liste.

1 • Le jeu des deux personnages principaux, Sam Worthington et Paul Bettany, en fragilité, en force d’âme, en déchirements intérieurs, en rigidité, en intelligence. Le Sam Worthington de cette série est à l’opposé de ce qu’il a pu faire dans Avatar. Il y a quelque chose dans sa gestuelle, dans sa démarche, dans son regard, qui traduit ses fêlures, son embarras. Autant de vulnérabilité sans affectation, un tour de force.

2• La construction du récit, en aller-retours temporels incessants qui vont s’espaçant plus on avance, qui créent de l’ironie dramatique et de la tension, et qui permettent d’introduire des causalités et du mystère.

3 • Le récit de l’invention d’une nouvelle science humaine : la linguistique criminelle où comment faire le portrait de quelqu’un à partir de ses écrits, de ce qu’il y met, et aussi de ce qu’il n’y met pas.

4 • L’idée que dans le fond l’enquêteur partage en grande partie les vues d’Unabomber, sans approuver ses crimes. Ses idées, sa critique  d’une société où l’homme est dominé par la technologie, la série nous les propose. Pourquoi s’arrêter à un feu rouge alors qu’il n’y a aucune autre voiture, ou que le feu ne protège aucune intersection et que la route est vide ? Le même jour, je lisais un article sur l’extension de la vidéoverbalisation à Bordeaux. On n’arrête pas l’antiprogrès.

Les épisodes sont assez courts, 42 minutes. Le casting est impeccable. La mise en scène inventive. La production à la hauteur. C’est passionnant. A voir.

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