Archives de catégorie : Films

Thunder road, de et avec Jim Cummings (II), égocinéma

J’étais dans la file d’attente pour aller voir I feel good. Derrière moi, une dame voyant l’affiche de Thunder road dit à son compagnon : “Oh Thunder road, je l’ai vu à Deauville, c’est génial, si drôle, et si émouvant à la fois !”. Tenté, j’étais.

Jimmy Arnaud, officier de police dans une petite ville américaine, enterre sa mère, experte-comptable et professeur de danse. Il prend longuement la parole dans l’église. Pour rendre hommage à sa maman, chacun fait son deuil comme il peut, il esquisse quelques pas de danse.

On retrouve Jimmy dans sa vie de tous les jours. Jimmy a l’air quand même tout à la fois très émotif, assez tendu, un peu naïf, assez rigide, la tête près du bonnet. Et les ennuis commencent à s’accumuler, avec sa fille, sa femme qui veut divorcer, son chef, ses amis, etc.

Chère Madame qui allez au Festival du film américain de Deauville, je n’ai ni ri, ni pleuré, ni pleuré de rire. Les aspects comiques et mélodramatiques de l’histoire m’ont laissé de marbre, l’âge ou la fatigue de la journée peut-être. J’ai vu une œuvre tout à la fois écrite, réalisée et interprétée par Jim Cummings (II)  – je rajoute le (II), ça doit avoir son importance, je ne suis pas doué en prénoms américains -. Jim Cummings (II) braque la caméra sur lui et se filme dans de longs plans séquences où il soliloque. Ca fait des économies de montage me direz-vous. Régulièrement, il a une sorte de rictus quand l’émotion prend son personnage, le rictus qu’on a quand on fait semblant d’avoir envie de pleurer. De temps en temps, sans doute pour ne pas qu’on pense qu’il s’agit d’un spectacle de stand-up filmé, il nous montre les autres personnages qui attendaient patiemment d’y être. Définitivement sympas.

Quels sont les auteurs qui se sont abondamment filmés eux-mêmes ? Charlie Chaplin. Woody Allen. Jerry Lewis. Clint Eastwood. Jim Carrey. Je ne veux pas être désobligeant, mais Jim Cummings (II) ne me semble pas encore à la hauteur de ces grands hommes. Ca va peut-être venir. La MGM ne s’est pas faite en un jour.

Bon, en sortant, je me suis dit que j’avais vu de l’égocinéma. Et je n’étais pas mécontent de ma trouvaille linguistique que je partage ici. La soirée n’est pas fichue, c’est l’essentiel.

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I feel good, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, lassant

Après trois ans sans donner de nouvelles, Jacques débarque en peignoir dans la communauté d’Emmaüs dont sa sœur Monique est un des piliers. Le truc de Jacques c’est de monter un business, encore faut-il avoir une bonne idée. Et là, il croit l’avoir : rendre les pauvres beaux grâce à de la chirurgie esthétique super low-cost. Encore faut-il trouver des clients. Il tente de les recruter parmi les compagnons.

I feel good, c’est une histoire qui se déploie, et de temps en temps comme une série de sketchs façon Groland qui s’entremêlent. C’est le télescopage entre l’idéologie libérale incarnée et ridiculisée par Jacques à l’insu de son plein gré, et une communauté faite de partage, de bienveillance et de solidarités.  C’est la rencontre entre un Jean Dujardin vedette oscarisée au teint hâlé et une Yolande Moreau sans fards. C’est une image peu sophistiquée, assez brute, proche d’un reportage télé, un peu vilaine quand même. Il y avait peut-être autre chose à trouver pour raconter cette histoire.

En dépit de l’abattage de Dujardin qui ne se ménage pas (et qui est vraiment très bronzé on dirait Séguéla), de quelques trouvailles (la piscine du copain d’enfance, le bronzage de sa femme, le pédiatre, la fin, … ), et de toutes les bonnes volontés réunies, l’histoire finit par doucement patauger. On ne saura pas grand chose de toutes ces silhouettes Emmausiennes. On ne comprendra pas vraiment les motivations de Monique. Une certaine lassitude s’installe, en dépit d’une excursion en Bulgarie et en Roumanie qui relance un peu la machine sur le tard.

Bon, on peut aller voir par curiosité. Si on est un grand fan de Groland, on ne s’ennuiera sans doute pas. C’est pas mon cas.

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Les frères Sisters, de Jacques Audiard, North by Northwest

L’histoire commence dans l’Oregon du milieu du 19ème siècle : la conquête de l’ouest est finie, on est maintenant en pleine ruée vers l’or. Deux frères, Eli et Charlie Sisters, deux hommes de main, deux tueurs à gage, adroits, impitoyables, implacables, sont chargés par leur patron, le Commodore, de mettre la main sur Warm, un prospecteur aux trousses duquel a déjà été envoyé pour le ralentir Morris, un détective qui tient un journal, et qui laisse des messages à l’intention des deux frères sur sa route. Morris rattrape Warm. Les frères sont à deux jours de cheval. La suite dans la salle de cinéma la plus proche.

Ce que j’ai aimé :

+ Le personnage d’Eli, en tueur attendri  et attendrissant,  (par John C. Reilly candidat crédible à un Oscar selon moi)

+ Le personnage de Charlie, en petit frère teigneux qui en rajoute dans la dureté, sans que Joaquin Phoenix, le plus connu des 4 acteurs principaux, ne tire toute la couverture à lui

+ Le personnage de Warm, immédiatement sympathique et ouvert, incarné par Riz Ahmed, une énorme présence que je découvre (mais je ne sors pas assez certainement 😉 )

+ Le personnage de Morris, qui va devoir faire un choix ( Jake Gyllenhaal)

+ L’histoire, sans temps mort, sans invraisemblance, pleine de trouvailles

+ Les paysages de ce nord-ouest américain (reconstitué au Canada, en Roumanie ?)

+ La musique (Alexandre Desplat), aux sonorités peu usuelles, uniques, qui façonnent le caractère singulier du film

+ La réalisation qui se fait complètement oublier, signe d’élégance, de justesse et de maîtrise

+ La relation entre les deux frères, à la fois conflictuelle, violente, confiante et tendre

+ L’humour noir qui pointe le bout de son nez de temps en temps, comme un clin d’œil à Eastwood

Ce que j’ai pas aimé :

+ Rien

Dans le Jacques Audiard, tout est bon.

BLACKkKLANSMAN, de Spike Lee, sur ma faim

Années 70, Colorado Springs. La police invite les minorités à présenter leur candidature. Ca tombe bien, Ron Stallworth a envie d’être policier. Il est embauché. D’abord affecté aux archives, où il se frotte au racisme ordinaire de ses collègues, il est promu au service des renseignements (Intelligence), l’équivalent local de nos anciens renseignements généraux. Et là, un beau jour, il décide d’appeler le numéro local du Ku Klux Klan pour voir ce que l’organisation traficote dans le coin. Mais, comme il est noir, ce sera un de ses collègues – qui se trouve être juif – qui établira le contact physique, lui se réservant les échanges téléphoniques. Comme l’intelligence des deux compères est bien au-dessus de la moyenne (du moins de celle des membres du Klan), il(s) est(sont) vite promis à un bel avenir dans l’organisation dont certains membres confits de haine préparent semble-t-il un mauvais coup : massacrer des Noirs, le rêve de toute une vie !

Dans ce film, j’ai aimé les comédiens, leur beauté, leur charisme. J’ai même trouvé que John David Washington (lumineux d’intelligence et de charme) et Adam Driver (solid as a rock) étaient un peu grands pour leurs personnages.

Mais je me suis un peu ennuyé. C’est venu petit à petit. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il n’y a jamais vraiment de danger auquel on peut croire. Parce que les petits coups de pression apparaissent un peu artificiels, un peu fades. Parce que nos héros dominent en tout les méchants, écrasés chaque seconde par l’ironie dramatique de la situation. Parce que leurs conflits intérieurs sont un peu des tempêtes dans un verre d’eau. Parce qu’au final une certaine absence de nuance devient perceptible. Peut-être aussi parce que ce récit est d’abord pour l’auteur le moyen de nous faire passer un message : il y a une identité entre les thèmes de campagne de Donald Trump et la rhétorique du Ku Klux Klan. Par exemple, Make America great again équivaut à Make America white again. Bon, je me souviens que ça avait été dit avant l’élection américaine et que ça n’a pas empêché Trump d’être élu. On verra bien en novembre si, maintenant en toute connaissance de cause, les américains endossent la responsabilité de cette politique trumpienne désastreuse à tous égards. Tout ça pour dire que j’ai soif d’histoires surprenantes et bien cuisinées, pas de propagande, et que je préfère Inside man à Blackkkansman, Michael Moore au Spike Lee démonstratif.

On peut voir comme dit Le Canard.

PS : Je n’ai pas vu Naissance d’une nation. Je sais maintenant que c’est un film raciste.

Mission impossible : Fall out, de Christopher McQuarrie, parlotte

Ethan Hunt résout à nouveau de graves problèmes.

Au bout de combien de temps ce film m’a-t-il envoyé un signal négatif ?

Au bout de deux minutes. Ethan Hunt reçoit une nouvelle mission. De la parlotte à n’en plus finir. Ca se prend au sérieux. C’est mal parti, toutes ces paroles en lieu et place de scènes d’actions et de caractérisation convaincantes. De la parlotte, le film en est bourré. Pour faire avancer les choses, les débloquer, quand on n’a pas d’autres idées. Et on vous répète deux fois les mêmes choses pour être sûr que vous avez bien compris. Première déception.

Deuxième déception. Dans l’opus précédent, les auteurs avaient mis un soupçon d’autodérision présent dès le début. Ca donnait la note, c’était marrant. Là, même ingrédient, mais qui arrive à partir de la moitié du film. Trop tard. La mayonnaise ne prend pas, il me semble.

Troisième déception. Plus de 10 minutes de poursuite en voiture dans Paris. Un peu sans queue ni tête.  Pas aussi bien filmé que la poursuite de La mémoire dans la peau.

Quatrième déception. A force de vouloir faire compliqué, on ne comprend plus rien. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui double qui ? Qui descend qui ? Il y a des moments où être bon public, voire très bon public, ne suffit plus.

Un espoir. Il y a deux personnages forts que l’on retrouve : Ilsa Faust (espionne sur le fil du rasoir) et Solomon Lane (super méchant à message). Espérons que les scénaristes du prochain épisode sauront mieux les mettre en valeur. Prions pour que ce prochain épisode soit plus inspiré et inspirant.

Mamma Mia ! 2, de OI Parker, à la gélatine de porc

Sophie prépare l’inauguration de l’hôtel qu’aurait voulu sa mère – Donna – disparue il y a un an. Parallèlement, nous revivons les évènements qui ont conduit Donna sur l’île 20 ans avant, et la rencontre avec les trois pères de Sophie.

J’y suis allé beaucoup pour Meryl Streep, un peu pour l’île grecque où avait été tourné le premier film, un peu aussi pour Abba.

Déception sur toute la ligne ! Les trois premiers quarts d’heure les plus poussifs de l’histoire du cinéma. Meryl Streep absente jusqu’à une des dernières scènes. Cher telle une momie avec deux apparitions qui sentent bon les clauses de son contrat. La musique, les chorégraphies, les décors, on s’en fiche. Andy Garcia, qu’est-il allé faire dans ce navet ? Pierce Brosnan n’a plus la ligne, Colin Firth l’a gardée. Lily James, quelque chose de dur dans la mâchoire et le regard à mille lieues de sa mère de comédie (Meryl). Du quasi mélo et des bons sentiments que les quelques transgressions verbales des amies de Donna n’arrivent pas à pimenter. Et le tournage a eu lieu en Croatie et pas à Skopellos m’a expliqué Eric R. (qui s’y connaît).

Quand tu te dis que dans un bonbon il y a de la gélatine de porc, tu le recraches ! A fuir.

Fleuve noir, d’Erick Zonca, noir de noir

Un ado, Danny, disparaît. Le commandant Visconti enquête. Un voisin l’intrigue. La mère de l’ado le fascine. Et son fils à lui deale du côté de Pigalle. Ca va pas être une enquête facile, et ce d’autant moins que Visconti est au bout du bout du rouleau de sa vie.

Vincent Cassel est stupéfiant, en flic usé, alcoolique, laid, quasi difforme, mais dans lequel la flamme humaine et l’instinct policier ne sont pas tout à fait éteints. Romain Duris ne l’est pas moins en prof apprenti écrivain introverti et allumé. Et Sandrine Kimberlain en mère éplorée, éteinte, qui survit, l’est tout autant. Ils sont tous les trois sortis de leurs sillons. Dans des compositions, des quasi contre emplois. Et le reste de la distribution ne connaît pas de faille.

L’histoire tourne bien. C’est fluide. Comme un fleuve. On sait où on est. Il n’y a rien de superflu, pas de coquetterie de style. Pas de facilité de récit. C’est maîtrisé. Et c’est noir, noir, noir de noir. Comblera les amateurs de polars.

 

Extinction, de Ben Young, prisonnier

Un père de famille fait des cauchemars ce qui trouble le sommeil de sa femme. “Ca commence à bien faire” lui dit-elle, “tu devrais consulter”. “Oui, tu devrais”, renchérit son chef à l’usine. Mais lui, il est têtu, il ne veut pas consulter. La tension monte. Tout à coup, patatras, ses cauchemars deviennent réalité. Des aliens attaquent. Mais qui sont-ils ? En fait ?

Deux remarques :

Une. Il y a une idée intéressante dans l’histoire : les robots humanoïdes ayant évolué grâce à l’IA ont pris la place des hommes, mais ils n’en savent rien (comme le héros jusqu’aux deux tiers du film).  Malheureusement, ce qui est construit à partir de cette idée n’est pas très intéressant. Pas beaucoup de profondeur. Juste une histoire en passant.

Deux. Netflix me propose systématiquement des films aussi apocalyptiques qu’anxiogènes. Oblivion, why not, Extinction, non merci. Les comédies, j’aime aussi. La légèreté, j’ai rien contre. Mais il faut admettre que je suis prisonnier de l’algorithme de Netflix. Comment se faire la belle ? Dites-moi si vous savez.

How it ends, de David Rosenthal, navrant

Will est à Chicago. Sa fiancée, enceinte, est à Seattle. Il dîne avec ses beaux-parents et se dispute avec son beau-père, militaire retraité et intraitable, prénommé Tom, joué par le grand Forest Whitaker. Le lendemain matin, une mystérieuse catastrophe frappe la côte ouest. Tom décide d’aller secourir sa fille et Will se joint à lui. Début du voyage et des aventures des deux mâles.

Le seul moment où le film prend un peu de relief, c’est quand les deux hommes font la rencontre de Ricky, une jeune indienne mécanicienne auto. Mais comme les scénaristes ne savent pas quoi faire d’elle, elle finit par prendre son sac et se barrer (c’est ce qu’on nous dit, écrire et filmer la scène en question c’est sans doute trop prise de tête).

Le reste du temps c’est, au choix, d’une platitude de bois, totalement prévisible, abracadabrantesque, ou tout bonnement navrant. Palme d’or de la fin la plus débile que j’ai jamais vue.

A éviter. C’est pas parce que c’est du Netflix que c’est de l’or en barre.

Haramiste, de Antoine Desrosières, sororité

Je suis venu à Haramiste de la manière suivante.

J’ai commencé par parcourir une série de liens vagabonds de Méta Media intitulée “La guerre des télés contre Netflix est déclarée”.

https://www.meta-media.fr/2018/05/12/liens-vagabonds-la-guerre-des-teles-contre-netflix-est-declaree.html

“A quoi bon déclarer une guerre que l’on a déjà perdue ?” me demandai-je et m’est revenue une interview lue dans un blog qui donne des pistes pour comprendre pourquoi la création télévisuelle française est aussi peu fructueuse : impasse de la politique des auteurs, suprématie du réalisateur, mépris du travail du scénariste, étroitesse d’esprit, conformisme et aveuglement des décideurs, absence de confrontation des projets à la réalité, ….

Malaise chez les scénaristes de séries françaises

Continuons, en lisant cet article, tout à la fin, je tombe sur un lien vers un autre billet de blog que je suis :

« Haramiste » à l’épreuve des cultural studies : entretien avec Antoine Desrosières

Pour résumer, les cultural studies, c’est un moyen de s’assurer que son projet ne comporte pas de stéréotypes, de biais raciaux, d’esprit colonial, etc. Surtout utilisé aux USA. Et ici on gagnerait à se poser ce genre de questions au cinéma et à la télé, indique le scénariste interviewé dont il est question plus haut. Bref, continuons, je décide de visionner le moyen métrage Haramiste objet de la seconde interview. Je fais ça derechef (derechef, c’est désuet, j’adore). 40 minutes. J’en pense quoi ?

• La question culturello-islamo-sociétalo-jesaispasquoi m’est passé un peu au-dessus de la tête. J’ai surtout vu deux sœurs qui tchatchaient sur la sexualité, les interdits, leurs désirs. Autrement dit, je ne me suis pas dit : “Oh là là , des jeunes musulmanes qui parlent de cul, quelle audace !”

• Paradoxalement, ce sont les morceaux de conversation non “explicites” qui sont le plus intéressants, comme quand la grande force à la soumission la petite par chantage, c’est vraiment juste et drôle.

• J’ai préféré la plus jeune sœur, pleine d’une énergie comique qui ne demande qu’à sortir.

• J’ai pas été subjugué, juste intéressé et par moments séduit.

Combien ça coûte de faire un film comme celui ci ?  Le tournage ( 3 décors : un banc devant le centre commercial, au pied de barres d’immeubles, dans la chambre des sœurs, 0 machinerie, rien qui a l’air très compliqué à faire… ) La postprod. Et avant tout cela, l’écriture. A combien la valoriser ?  Tout ça pour dire que le sujet c’est pas le budget mais l’histoire qu’on a à raconter. On en a une, ou on en n’a pas.

Après Haramiste, où nous emmènera le prochain Desrosières ? Sur Netflix ?

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