Archives de catégorie : Films

Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh, tarif de groupe

Le Caire janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution égyptienne. Noureddine Mostafa est un officier de police à la mode cairote : c’est un ripoux qui rackette commerçants et trafiquants. Il est sombre, taciturne, atteint, en deuil. Une jeune femme est assassinée au Hilton. Son oncle, Kammal Mostafa, qui dirige le commissariat où travaille Noureddine, l’envoie sur l’affaire. Début de l’histoire. Alors que la révolte gronde, Noureddine va rencontrer bien plus ripoux que lui. Et quelque chose du sens du mot dignité.

J’ai beaucoup aimé cette histoire que l’on suit au plus près du héros. On n’en sait pas plus ou pas tellement plus que lui. On découvre les rapports de forces, la corruption, et la violence qui sont le quotidien de la police et de l’appareil sécuritaire. On découvre aussi la ville, violente, peuplée, sale. Je ne suis pas sûr d’en avoir bien compris l’intrigue mais on s’en fiche.

Fares Fares, Hania Amar et Mari Malek ont une grande profondeur, et une humanité à fleur de peau, interprétant des personnages chez qui la dissimulation est la condition de la survie. Au delà, pas un seul acteur qui soit en dessous, pas à la hauteur.

Le Caire confidentiel, un grand film. A voir, pour les amateurs de policiers ou de films noirs. Et pas seulement. Et aussi pour apprendre l’étymologie du mot flouze. Le flouze. Le flouze qui corrompt, qui gangrène, qui tue, là-bas, et ici aussi sans doute.

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La planète des singes • Suprématie, de Matt Reeves, Moïse

César et sa horde vivent dans la forêt. Ils sont pourchassés par des militaires fanatisés avec à leur tête un certain colonel. César voudrait la paix; il aura la haine. Mais qui règnera sur la planète ?

Le deuxième opus était médiocre, le troisième sauve la trilogie. Les singes sont définitivement de bien meilleurs acteurs que les humains, surtout quand on leur donne une histoire digne de ce nom dont ils sont les héros. C’est ça l’intérêt du film, avoir fait des singes les personnages centraux, et des humains des antiprotagonistes nécessaires mais de second plan.

J’ai trouvé Woody Harrelson peu crédible dans son rôle de méchant psychopathe. C’est pas faute d’essayer mais quand ça veut pas, ça veut pas. Dans le fond, Woody est bien trop gentil.

J’ai trouvé aussi que parler d’affrontement final, de suprématie planétaire, alors que les protagonistes sont de chaque côté quelques dizaines, ça manquait de crédibilité.

Voilà, c’est distrayant, il y a même un personnage qui est là pour faire rire la salle. Et à la fin, quelque chose de biblique. Qui fait écho aux séquences concentrationnaires ? Je ne sais pas, je ne suis pas critique.

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Memories of murder, de Joon-Ho Bong, biais cognitif

1986. La Corée du Sud est en voie de démocratisation. Elle vit encore et toujours sous la menace du Nord; les exercices d’alerte et les manifestations se succèdent. Dans une région rurale, où le temps ne s’écoule pas comme en ville, le corps d’une jeune femme assassinée est retrouvé. Se produit bientôt un autre meurtre, semblable au premier. Deux policiers locaux mènent l’enquête, avec des méthodes expéditives. Arrive envoyé par Séoul un jeune détective, aux méthodes plus sophistiquées, plus rationnelles, et plus respectueuses du droit. Il propose bientôt de nouvelles pistes.

Ce film, Memories of murder, est présenté comme le chef d’oeuvre de Joon-Ho Bong. Il ressort début juillet 2017 à Paris, sans doute pour accompagner la sortie d’Okja, et bénéficier du regain d’intérêt pour l’auteur. Le Trianon de Sceaux organise une séance spéciale le 15 août. Si vous êtes dans les parages, et si vous aimez les polars, je vous conseille d’y aller.

Ceci dit, je vais maintenant pas mal divulgâcher, alors ne lisez pas la suite si vous voulez garder intact le plaisir d’une première projection.

Quand un spectateur regarde un film, il n’a comme information sur l’histoire, à moins qu’il ne s’agisse d’Histoire, que ce que les auteurs du film, dont le scénariste, veulent bien lui donner, par l’image, par les dialogues, par le son. Autrement dit, le scénariste, s’il s’y prend bien, peut faire croire ce qu’il veut au spectateur, et l’amener où il veut.

Ici, au départ, on a deux inspecteurs aux méthodes brutales. On voit bien qu’ils font fausse route et qu’ils essayent d’extorquer des aveux à un pauvre type. Ils ne sont pas complètement antipathiques, mais si quelque chose venait les contrarier, le spectateur en serait satisfait. Ce quelque chose, c’est un jeune inspecteur venu de Séoul. Rapidement, il prouve que les deux flics ruraux se trompent. Et rapidement, il met en lumière des coïncidences : la pluie, les vêtements rouges, … il trouve même une troisième victime. Du coup, le spectateur épouse sa cause et sa thèse, tout du long, en dépit des éléments qui viennent petit à petit contredire l’hypothèse initiale.

Memories of murder, c’est en fait le récit de l’égarement et de l’entêtement d’une enquête, de l’ensemble des enquêteurs, et surtout de notre flic citadin qui sera à un doigt de tuer son dernier suspect, alors même qu’il a sous les yeux la preuve de son innocence. C’est aussi une histoire qui fonctionne sur l’égarement intentionnel du spectateur, amené à adopter le point de vue du nouvel enquêteur, et à ne pas le remettre en cause.

Pas étonnant que des scénaristes m’aient recommandé ce film. N’est-il pas dans sa construction emblématique de leur pouvoir professionnel ? Faire croire des choses. En dissimuler d’autres. Manipuler le spectateur. Tirer les ficelles de l’histoire. Jusqu’au bout des 2h30 du film qui passent sans que l’on s’ennuie.

Pour ma part, ayant trop tété de biais cognitifs ici et là, j’avais tiqué à plusieurs reprises au cours du film, entrevoyant le dispositif narratif, et le biais cognitif, ceci dit sans me vanter, ou alors juste un peu. Mais ça n’a pas gâché mon plaisir. Intact jusqu’au bout.

Memories of murder, c’est un très beau film policier, singulier, avec des personnages riches, attachants même dans l’antipathie. Beaux interprètes. Belle photo. Pas ennuyeux une seconde. C’est aussi la description d’une Corée où le corps social cherche ses marques après de longues années de dictature. A voir.

PS : si vous savez expliquer la formation des patronymes en coréen, vous avez le droit de l’indiquer en commentaire.

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Dunkerque, de Christopher Nolan, prenant

Dans Dunkerque, le récit de l’évacuation des alliés encerclés à Dunkerque, on suit un, deux, trois soldats, qui cherchent à sauver leur peau, à embarquer, dans un bateau, n’importe lequel, n’importe comment. Et des aviateurs qui cherchent à abattre les bombardiers qui déciment les navres anglais, des civils qui viennent à la rescousse, et des officiers qui dirigent les opérations.

Dunkerque, c’est très prenant. D’abord à cause du montage en parallèle qui ne laisse pas un instant de répit, aussi parce que le film prend le parti du réalisme avec des soldats qui ne sont pas des super héros, et surtout à cause de la musique qui vient imiter les sons synchrones, vous enveloppe, et vous fait partager les émotions des protagonistes.

Petit bémol : Dunkerque, ce n’est pas aussi spectaculaire que Le jour le plus long, Un pont trop loin ou Il faut sauver le soldat Ryan. Par exemple, la flottille qui vient sauver les soldats m’a semblé un peu maigre. Pour embarquer 30.000 personnes le compte n’y est pas. Dans Good morning England !, où il est aussi question de sauvetage d’anglais dans l’eau, il y avait bien plus de bateaux à l’image, je crois bien.

Que m’en restera-t-il demain à mon réveil ? On verra.

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Okja, de Joon-Ho Bong, militant

Dans la montagne coréenne, Mija, 13 ou 14 ans, vit avec son grand-père, et avec Okja, dont le début du film nous dit qu’il s’agit d’un cochon génétiquement modifié, une femelle. Okja a la taille d’un hippopotame et l’agilité d’un gros chien. Mais un jour l’entreprise américaine qui l’a créée vient la reprendre. Mija part pour la retrouver. Elle n’est pas la seule à vouloir la récupérer….

Au début, le plus époustouflant, ce sont les effets spéciaux. On sait  évidemment qu’Okja est une créature de synthèse, mais les images qu’on voit – la lumière, les ombres, les interactions avec le décor et Mija – nous disent que la truie est réelle. Assez stupéfiant.

Puis c’est un film qui avance vers le réalisme. On quitte la forêt coréenne reculée, un monde enchanteur, pour finir dans le monde de la nourriture industrielle où tout n’est que viols, tortures et meurtres à grande échelle. Le fondement de notre civilisation alimentaire. C’est sans doute l’aspect le plus intéressant du film, ce message quasi-militant qui devrait détourner plus d’un jeune spectateur de la viande industrielle. Pour ma part, je ne savais pas que les anus de porc entraient dans la composition des saucisses de Francfort. Est-ce bien vrai d’ailleurs ?

Okja, c’est très bien fait. Ca ressemble à un bon Disney. Mais ça ne m’a pas complètement emporté. Ah, j’oubliais, c’est un film Netflix. Je l’ai vu sur mon plasma, pas sur l’écran d’un cinéma. Aurais-je été plus ému ? Je ne ne sais pas. Je me demande. Okja y aurait sa place sans nul doute.

PS (130717) : Pour les amateurs d’effets spéciaux, quelques informations.

PS2 (130717 et 010817): Eric R., scénariste, qui s’y connaît, et pas qu’un peu, recommande un autre film de Joon-Ho Bong, Memories of murder, que j’ai vu depuis, et qui vaut le détour comme on dit dans le Michelin.

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Le tunnel, de Kim Seong-hun, document

Jung-soo, jeune cadre de Kia Motors, rentre chez lui où l’attendent sa femme et sa fille dont c’est l’anniversaire. Il rentre dans un tunnel routier lequel s’effondre. Il arrive à prévenir les secours qui, suivis de la presse et des politiques, se mobilisent. Parvenir jusqu’à lui, le sauver, pas une mince affaire a priori.

Ca commence comme un film catastrophe. Puis quelques sarcasmes nous font penser à une comédie. Une autre scène à un drame psychologique.  Puis à une dénonciation de la corruption. Au bout d’un moment on ne se demande plus, on regarde le chef des secours se démener, Jung-soo survivre, et sa femme attendre comme elle peut.

C’est curieusement à la fois intéressant et un peu plat. Dépaysant et proche. Assez remonté contre les chaînes d’information en continu et les politiques. Passages incessants de la surface au sous-sol comme si il y avait une hésitation sur la personne du héros. Mais qui est le vrai héros de l’histoire ? Je ne sais pas. Ce que je sais maintenant c’est que les batteries des téléphones en Corée durent bien plus longtemps que les batteries des téléphones en France.

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War Machine, de David Michôd, pas mal

Après quelques succès en Irak, le général Glen McMahon est nommé en Afghanistan. Sa mission ? Officiellement, régler la situation au plus vite. Officieusement, ne pas faire de vagues. Il va en faire. Il va se faire virer.

Incarné par un Brad Pitt vieilli, raide, sportif et grimaçant, le général Glen McMahon – personnage fictif mais proche du vrai général Stanley McChrystal – se débat, sans jamais les surmonter, dans les contradictions de sa mission : gagner une guerre anti-insurrectionnelle dans un pays dont les habitants ne veulent ni la présence des soldats américains, ni les supposés bienfaits du nation building, ni les dollars qui vont avec. « Leave, leave » répètent-ils. Dans un pays où les subventions du congrès américain ne peuvent aller à la culture du coton car ça ferait concurrence à des états du Sud : conséquence, les paysans continuent à cultiver du pavot. Dans un pays où tuer un insurgé revient à en fabriquer 5 de plus. Dans un pays où les marines ne peuvent faire la différence entre un insurgé et un paisible autochtone. Où ils sont décorés quand ils décident de ne pas tirer, ce qui les plonge dans une certaine confusion. Alors même qu’ils sont de redoutables machines de guerre. Aujourd’hui, la guerre continue. Évidemment, sans but de guerre clair, pas de victoire possible.

Bon, c’est un film Netflix. C’est à dire un film tout court. Avec des comédiens peu connus et quelques vedettes internationales au casting. C’est assez drôle. Pas aussi percutant dans le cynisme que Lord of War. Pas aussi émouvant que Lions et agneaux. Ca dure deux heures et je ne me suis pas ennuyé à défaut d’être captivé. War Machine gagnerait-il à être vu en salle ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, cinéastes du monde entier, le niveau monte chez Netflix ! Les sentez-vous vos pieds mouillés ?

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Les gardiens de la galaxie 2, de James Gunn, transition

Ce volume 2 des Gardiens de la galaxie résout bon nombre de questions laissées en suspens par le premier opus, sans que cette suspension ne m’ait gêné en quoi que ce soit. Tout ça sur fond de chapardages interplanétaires inconséquents, les héros n’ayant pas foncièrement changé. Un certain renouvellement dans les personnages avec des méchants en moins, de nouveaux méchants, des méchants qui deviennent bons, et des bons qui rencontrent l’amour. A l’honneur les personnages de Drax (un vrai duo clownesque avec Mantis), de Groot-le-jeune et de Yondu. Très drôles. Beaucoup d’action et de baston, évidemment. Et toujours cette BO attendrissante.

Bon, je dirais que c’est un film de transition vers le volume 3 dont les auteurs vont devoir faire preuve de beaucoup d’imagination et de talent. Si vous avez aimé le un (et comment aurait-on pu ne pas l’aimer ?), allez voir le deux. N’allez pas voir le deux sans avoir vu le un.

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SCAM, soirée Tendances 2017, roboratif

A la SCAM, ce mercredi 10 mai, soirée Tendances 2017 des films institutionnels et muséographiques : quelques impressions.
11 films ont été sélectionnés. Sauf pour 3 d’entre eux, on n’en verra que des extraits. Donc, ce soir là, pas toujours facile de juger de la pertinence d’un propos, d’un scénario, d’une construction. Toutefois, …
J’ai beaucoup aimé :
Ensemble ! de Güldem Durmaz et Stéphane Malandrin (le programme détaillé dans le lien ci-dessous) Un film projeté dans un cube sur 5 des faces (10×10 mètres) . Ce soir, on a une image en croix, le cube étant déplié. C’est intéressant cette juxtaposition d’images carrées. « Effets miroir, inversions, compléments, ça nous a ouvert un champ d’expérimentations formelles » disent les auteurs. Aux spectateurs aussi je suppose.
J’ai été frappé par :
Eugène et Alexandre, l’un pour l’autre (Philippe Boig), Un temps pour danser (Alessandra Celesia) et par Habiter, Libres (Sébastien Jousse). Cinéma d’un réel qui demande du temps si on n’est pas rétif à l’imprégnation. Cinéma des fragilités et de la force d’âme.
J’aurais voulu voir en entier :
La mauvaise petite voix (Cédric Havenith) et A la lumière (Franck Littot) pour satisfaire ma curiosité et mon appétit.
J’ai apprécié :
Total anti-fraudulous campus (Aymeric Colletta, Mathieu Dupont et Pauline Rémond), la compliance par l’humour, assez décapant, en stop-motion.  Astuce :   45 plans tournés en 3 jours permettront de monter 4 films.
M’a laissé un peu perplexe :
Par où commencer  (de Justine Emard), compilation créative de fragments d’oeuvres des pensionnaires de la Villa Médicis, par une artiste plasticienne peu embarrassée de conventions cinématographiques, et dont la créativité a tapé dans l’oeil du jury, qui lui décernera le prix de L’oeuvre institutionnelle ou muséographique de l’année.
J’ai bien aimé aussi la bienveillance des membres du jury présentant les oeuvres.

A l’année prochaine ?

http://www.scam.fr/detail/ArticleId/4980/Soiree-Tendances-2017

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Django, d’Etienne Comar, requiem

Le film nous invite à suivre deux ans de la vie de Django Reinhardt dans la France occupée. La guerre, « c’est une affaire de gadjo » dit-il au début. Il donne des concerts. Il est invité à faire une tournée en Allemagne. Il refuse. Cela ne lui plaît pas qu’on lui force la main. Le film c’est le récit de sa lente prise de conscience de la menace mortelle qui pèse sur le peuple tsigane et sur lui. C’est aussi un film sur sa musique, sur son style unique, sur son goût des rythmes rapides, et sur la musique comme moyen de communion.

Qu’est ce qui tient l’attention du spectateur alors que le personnage principal est presque jusqu’au bout passif, plus intéressé par la pêche et le jeu que par les drames autour de lui ?

La musique de Django Reinhardt, la manière dont elle est filmée, sa force, son caractère envoutant. Et aussi le jeu de de Reda Kateb qui a quelque chose à fleur de peau, quelque chose dans le regard qui attire, accroche, retient.

Message personnel  : aux deux tiers du film, un visage connu, Hugues Jourdain, qui trace son chemin.

Que vais-je faire maintenant ? Ecouter du Django Reinhardt.

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