Archives de catégorie : Lectures

Player one, d’Ernest Kline, comparatif

Je suis d’abord allé voir le film de Spielberg. J’ai posté un lien vers mon billet de blog sur FB, et Eric S. m’a recommandé la lecture du livre.

Petites réflexions en pagaille.

Roman, film, ce n’est pas tout à fait la même histoire. Celle du livre est plus sombre, plus pessimiste, plus dure. Elle est centrée sur Wade, pas sur l’équipe. Lequel Wade vit et parle de choses qui sont parfois très éloignées de l’univers enfantino-adolesco-aseptisé du film.

Le déroulé de la chasse est différent. La mécanique de résolution est différente, beaucoup plus attachée à la connaissance de la culture Pop, et Wade n’est pas forcément leader en la matière. C’est plus intéressant psychiquement, culturellement, que spectaculaire comme dans le film.

Bon, je ne me sens ni la capacité ni l’envie de faire une étude comparée des deux œuvres. J’ai trouvé le livre intéressant, et le film distrayant. Reste que ni l’une ni l’autre ne voient dans la réalité virtuelle un moyen de remédier à la crise écologique, mais juste un moyen de s’y soustraire psychiquement, comme on ferait avec un psychotrope.

Ah, IOI, c’est l’anagramme du nom des méchants. Dans 2001, il fallait voir dans HAL le reflet d’IBM (par un simple décalage ordinal). Dans IOI, il y a-t-il quelque chose à voir ? Please tell me.

220418

 

L’Arabe du futur, tome 1, de Riad Sattouf, chronique

Le livre était sur la table de Jules. Riad Sattouf raconte ses premières années d’enfance, entre Paris, Libye et Syrie.  A chaque pays sa couleur. Son père est syrien, sa mère bretonne et lui est blond comme les blés. On est en 1980.

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est :

+ la description du père, intellectuel syrien écorché vif, facilement sentencieux, affectueux mais pas trop, vivant dans l’idéalisation de ses racines, gérant, ou plutôt gérant mal ses contradictions et son complexe d’infériorité.

+ la découverte de la Libye de Kadhafi, où la propriété immobilière a été abolie et où chacun peut prendre possession d’un appartement selon ses besoins. Et la mère de Riad de rester toute la journée à la maison pour ne pas qu’on leur pique leur logis.

+ le cours sur les injures en Syrie, avec leur degré croissant d’offense, de “fils de chien” à “maudit soit ton dieu”, celle-là réservée aux non-musulmans évidemment (comprendre Juifs ou Chrétiens). Intéressant au passage la possibilité d’amplifier une insulte en remontant les générations : “Nique le père de la mère à ta mère à ton père”.

+ le style graphique, simple, qui m’a fait pensé à un mélange de Tintin et de Crumb.

+ quelque chose d’une ruralité universelle qui traverse le livre.

Ce qui m’a laissé un peu sur ma faim, c’est le fait que ce soit une chronique. Il y a une histoire, mais pas vraiment d’histoire. Alors si on ne s’identifie pas à 1000% à l’enfant, au bout d’un moment l’intérêt faiblit. C’est ce qui m’est arrivé je crois.

La description de la Libye, de la Syrie et de la France des années 80 est-elle juste ? Ou stéréotypée ? Je ne sais pas. J’imagine que si le livre se vend aussi bien ici et dans des pays arabes, c’est qu’il doit montrer les choses comme elles étaient aux yeux ou dans le souvenir de beaucoup. Mais c’est pas toujours flatteur pour les Syriens, les Libyens, et aussi pour les Français du passé.

Après le tome 1 ont été publiés 2 autres tomes d’une série prévue pour en compter 5.

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Libres !, d’Ovidie et Diglee, tenir pépère par la bite

Le sous-titre du livre, découvert en écoutant Popopop d’Antoine de Caunes sur France Inter, c’est “Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels”.
En 15 chapitres, Ovidie examine quinze comportements sexuels auxquels les femmes sont invitées à se soumettre : épilation intégrale, fellation, sodomie, … Ce qu’elle dénonce, ce ne sont pas les comportements sexuels en tant que tels, c’est qu’ils soient aujourd’hui devenus des diktats, des injonctions, des pratiques obligatoires pour être une femme, une amante performante. Et elle invite les femmes à se poser la question de leur consentement, de leur désir, et de leur soumission.
J’ai aimé l’écriture simple, argumentée, directe, drôle, vivante.
J’ai bien aimé aussi les planches de BD et les illustrations de Diglee, légères et marrantes.
J’appris ce qu’est le S.I.F., dont aucune profession libérale rencontrée jusqu’à présent ne m’avait parlé.
Mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est l’esprit d’ouverture d’Ovidie, sa simplicité, sa tolérance, sa révolte.
J’ai laissé traîner le livre sur la table basse du salon.

Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad, civilisation

Recueil de 2 nouvelles récupéré chez ma mère et que j’ai emporté en vacances.

Au coeur des ténèbres

Un marin anglais, Marlow, raconte en attendant la marée sur la Tamise sa remontée d’un fleuve africain en quête d’un certain Kurtz, agent de la Compagnie. Chaque boucle du fleuve éloigne Marlow de la civilisation et le plonge dans les ténèbres de l’âme humaine. Je devais avoir vraiment besoin de vacances car j’ai trouvé cette brève histoire difficile à lire. Bon, maintenant, je pourrais dire que je l’ai lue la nouvelle qui a inspiré Apocalypse now.

Un avant-poste du progrès

Deux européens, considérés par leur patron comme des incapables, prennent la direction d’un poste le long d’un fleuve africain. Ils vont devenir dingues. Dénonciation du colonialisme et des guerres tribales. La lecture m’a ramené à l’ambiance du film de Tavernier, Coup de torchon. Bien plus facile à lire que la nouvelle précédente. Bon, maintenant que je suis reposé, je peux m’attaquer à plus gros.

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Hugo et les secrets de la mémoire, d’Anne-Marie Gaignard, utile et facile

J’ai découvert le livre en animant un stage de formation. L’histoire d’Hugo est le prétexte à faire découvrir quelques techniques simples pour facilement apprendre une récitation, mémoriser une leçon, une carte ou un schéma, résumer un texte, etc.

J’essaye depuis de mettre le livre dans les mains de mes enfants. Mais avec délicatesse. Car attention, ce qui serait perçu comme une “survente” rendrait ma démarche contreproductive : leur refus depuis 15 ans de visionner The party de Blake Edwards en témoigne !

Que nous dit Anne-Marie Gaignard ? Que si l’on s’appuie sur ce que notre cerveau aime faire (faire des petites pauses, aller dans le sens des aiguilles d’une montre, associer aux concepts des images que l’on dessine soi-même, ne pas manipuler trop d’informations à la fois, …), on rend nos processus de mémorisation plus efficaces, plus rapides, plus durables.

Il y a là comme l’écho du Libérez votre cerveau ! d’idriss Aberkane, dans une déclinaison pratique, adaptée aux apprentissages des enfants dès le CE2. Des enfants ? Pas seulement me semble-t-il.

Bon, évidemment, aujourd’hui, dès le CE2, en quelques heures, ces pratiques hyper simples sont expliquées aux enfants. Les leçons sont ainsi plus facilement apprises, par toutes et tous, en autonomie, les résultats s’améliorent, les décrocheurs potentiels ne décrochent pas, les inégalités scolaires issues des inégalités sociales ont tendance à se gommer.

Non ?

C’est pas comme ça que l’école industrielle républicaine marche en France ? Elle ne s’intéresse pas à la manière dont fonctionne le cerveau des enfants ? Elle aggrave les inégalités au lieu de soutenir ceux qui en ont le plus besoin ? Ah, pardon, j’avais oublié comment ça marche. On a le droit de rêver ! Bon, j’arrête, je vais finir par radoter, si ce n’est pas déjà le cas.

PS : Le 2 mars 2018. Je fais une expérience. Si vous avez envie d’acheter ce livre, je vous propose de l’acquérir sur Amazon en suivant ce lien :

hugo et les secrets de la mémoire

C’est un programme d’affiliation.  Je touche une mini commission sous forme de chèque cadeau, lequel me permettra d’acheter d’autres livres, et de faire de nouveaux articles 😉 !

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Quand sort la recluse, de Fred Vargas, associations

Le commissaire Adamsberg confond un meurtrier, démasque un violeur, voit sur l’écran de l’ordinateur de l’un des membres de sa brigade l’image d’une araignée recluse. Ca commence à le gratter. Et ce d’autant plus que trois personnes âgées viennent de mourir à la suite d’une morsure de cette araignée, dont le venin cette année aurait des effets nécrotiques démultipliés, en raison de la chaleur disent les uns, à cause de mutations induites par les pesticides disent les autres. Sans en référer à sa hiérarchie, et en dehors de toute procédure, Adamsberg commence à enquêter, en dépit du scepticisme de ses troupes.

Livre après livre, histoire après histoire, finit par se poser la question de l’existence d’ingrédients pour les polars de Fred Vargas, si singuliers, si intéressants. Plusieurs semblent émerger de la brume. Les meurtres viennent de loin, traversent le temps. Adamsberg se retrouve confronté à sa propre histoire personnelle, parfois enfouie. La théorie des 6 degrés de séparation est mise en pratique, avec bien moins de 6 degrés. Des pratiques archéologiques sont convoquées.

Dans Quand sort la recluse les fulgurances d’Adamsberg sont rationalisées.  Ses proto-idées – j’adore ce mot – , ses bulles d’idées, tout cela fonctionne selon le principe des associations d’idées, en mode quasi psychanalytique, pour aider à la résolution. Autre ligne de force, la dénonciation des violences sexuelles. Tout à coup une phrase très simple, citant les chiffres noirs en France : une femme violée toutes les 7 minutes, 1 à 2 % des auteurs condamnés.

Mort aux blaps ? On se pose la question. Me lasserais-je un jour de lire Fred Vargas ? Je ne crois pas. Je n’espère pas

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Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, utile, très utile ?

Après avoir entendu 5 minutes l’un des auteurs sur France-Inter, j’ai commandé le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens.

Le livre montre comment il est possible d’influencer une personne pour l’amener à prendre une décision, laquelle n’aurait pas, parfois, peut-être, sans doute, été son premier choix. Les explications sont pratiques, illustrées de nombreux exemples, et enrichies d’apports théoriques pas trop complexes  (il m’a semblé mais ne m’interrogez pas trop 😉 ). Une manipulation repose principalement sur un phénomène simple : la difficulté que chacun éprouve à revenir sur une décision. Phénomène renforcé par le sentiment que l’on a pris cette décision en toute liberté. Le manipulateur engage le manipulé dans une série d’actions, de réactions et de décisions prises librement, sans contrainte, jusqu’à obtenir le résultat recherché. Qu’est ce qu’une manipulation donc : la réalisation d’une soumission librement consentie.

Grand intérêt du livre, permettre de comprendre et de repérer ces techniques et phénomènes d’influence que sont, par exemple, l’effet de gel, l’escalade d’engagement, le pied-dans-la-porte, le porte-au-nez, le vous-êtes-libre-de, l’étiquetage, le pied-dans-la-bouche, et aussi l’amorçage, laquelle pratique est à mon sens celle qui frise vraiment avec la malhonnêteté la plus franche. Il s’agit de dissimuler un défaut, ou le fait que l’avantage proposé n’est pas vraiment disponible, jusqu’au moment où le client a pris, implicitement ou explicitement, sa décision d’achat. Une fois le défaut ou l’absence d’avantage révélés, la plupart des gens ne reviennent pas sur leur décision, en dépit de. Prenez les transports en commun, naviguez sur internet, affiches et ads sont un véritable musée de l’amorçage : Paris-Istambul à 39 euros (*), Votre expert comptable à partir de 79 euros par mois bilan compris, Votre vidéo d’entreprise pour 149 euros TTC(**), etc, etc, etc.

Qui manipule qui ? Tout le monde. Toute le monde a envie d’influencer les autres. Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens montre comment la pédagogie, l’éducation des enfants, le management, les relations sociales, le marketing, le webmarketing, le digital marketing, etc, etc, font appel à ces techniques, parfois sans le savoir. Au lendemain du premier tour de notre élection présidentielle, j’ai envie d’ajouter la politique à la liste. Exemple de “porte-au-nez” politique : annoncer une mesure extravagante (comme l’abandon de l’euro), puis la laisser tomber (en prétendant ne jamais l’avoir défendue), histoire de rendre acceptable par contrecoup le reste du programme. Toute ressemblance avec une candidate est intentionnelle.

Ce qui m’a semblé le plus étonnant ? D’apprendre qu’un léger contact corporel, un bref toucher du bras, pouvait augmenter de manière considérable vos gains quand vous faites la manche. Et aussi que les faibles récompenses ou punitions étaient plus engageantes que les fortes.

A quoi va me servir cette lecture ? A changer d’avis plus facilement. A détecter des tentatives de manipulations. A mieux gérer mes achats en magasin. A briefer mes proches. A me jouer des ficelles grosses ou fines des démarcheurs téléphoniques ou encore des cybermilitants. Etc, etc.

Petite contribution théorique toute modestie mise à part. Les auteurs indiquent que si l’efficacité du porte-au-nez a été maintes fois vérifiée expérimentalement, son mécanisme psychologique n’a pas été pour l’heure complétement élucidé. Et si le refus initial venait en quelque sorte abîmer l’image de soi de la personne sollicitée ? Et si l’acceptation de la deuxième ( ou troisième ) proposition était une manière de se racheter de l’image positive, de se racheter de l’estime, au regard des normes sociales ou personnelles ? Fin de la contribution.

Dernière réflexion, sauf lecture un peu hâtive, l’utilisation du sentiment de culpabilité pour obtenir une soumission librement consentie n’est pas traitée. Il me semble avoir pourtant déjà utilisé et subi moi-même cet instrument redoutable. Tout ça pour dire que le livre n’épuise sans doute pas le sujet des techniques d’influence ou de manipulation. A lire. Pour le fun et l’utilité.

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Mes chemins de table, de JP Géné, réjouissant

2004. Sa chronique était au début du supplément Le Monde 2. Je commençais toujours par elle. Ca m’ouvrait l’appétit. Après je lisais le reste du magazine. Puis elle fut déplacée vers la fin. Je feuilletais dur pour la trouver. Et je lisais pas grand chose d’autre. Enfin, elle disparu. Et j’arrêtai de lire Le Monde Magazine ou je sais même plus comment ça s’appelle aujourd’hui. C’est glacé, glaçant, mieux vaut encore le Figaro Magazine plus franc du collier. Il y a 2, 3 semaines, j’ai appris qu’il était mort. Et qu’il avait publié un livre Mes chemins de table. Immédiatement acheté.

C’est un livre impossible. On s’arrête toutes les pages, toutes les deux pages. On a subitement envie d’aller préparer des madeleines, d’acheter de quoi se lancer dans une terrine de lapin, de s’équiper avec un nouvel emporte-pièce, de prendre un avion pour l’Asie ou l’Amérique du Sud. C’est un livre qui donne faim, qui ouvre l’esprit. Qui fait comprendre ce que manger bon, propre et juste veut dire. J’ai essayé les pommes de terre sautées en cocotte et qui attachent : délicieux. Ce n’est pas un livre de recettes, même s’il y en a beaucoup. C’est un livre de regards, d’impressions, de goûts, de visions et de partages. C’est aussi un livre autobiographique qui raconte les goûts de son enfance, de sa Lorraine, sa découverte de Paris, des chefs, du monde, sa description d’un journalisme influencé (pour ne pas dire acheté, pour ne pas dire vendu), sa défense de la Slow Food et sa critique des imprécateurs de la cause animale.

Au détour d’une page m’est venue l’envie de me remémorer des saveurs de mon enfance. Chez ma grand-mère paternelle, la cuisine n’était pas à l’honneur, ni à son étage, ni à celui d’en dessous. Trop d’angoisses étouffaient l’envie de partager sans doute. Me reste quand même le goût de ses tartes aux pommes à la pâte très fine, un peu cramées, un peu caramélisées. Du chocolat au lait pain beurre. Et aussi celui de ses cerises en bocal, 100% bio, d’un orange translucide un peu bizarre. Frère, soeur, cousines, cousins, tantes ou oncles, si vous lisez ces lignes et avez la recette, faites un heureux ! Du côté de ma mère, je pense surtout à la terrine de foie de lapin dont sa grand-mère Eugénie lui avait transmis une recette.

J’aurais bien aimé rencontrer Jean-Paul Généraux. Discuter avec lui dans sa cuisine, ou attablés à un restaurant. Je me sens un peu JP Géné. C’est sans doute pour ça que j’ai tant aimé le lire.

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Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, de Florence Arnaud et Francine Mykita, perspectives vues de haut

domainecerfvolant

Chaque jour, pendant des années, Florence Arnaud – institutrice retraitée, aimée et estimée – se rend au Parc de Sceaux avec son appareil photo. Elle veut lui faire prendre de la hauteur. Un escabeau. Une perche de onze mètres. Puis un cerf-volant, technique photographique inventée au 19ème siècle. Les photos se multiplient. Le matin, le soir, en toutes saisons, tous les jours. Des curieux l’interrogent. Des contrôleurs aériens d’Orly venus courir dans le parc lui lancent en passant : “attention à respecter les plafonds !”. Elle connaît bien Francine Mykita, historienne de l’art, qui vient flâner dans le parc ou s’y dépenser. De conversation en conversation naît l’idée d’un livre. C’est Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, ouvrage dont les deux amies sont les auteures, et auto-édité.

Pour un promeneur du Parc comme moi, les photos de Florence Arnaud sont un cadeau. Elles sont naturelles, évidentes, fluides, parfois surprenantes. Elles magnifient les perspectives et la nature du Parc. Elles permettent de mieux comprendre l’art de Le Nôtre qui dessina le Parc. Les textes de Francine Mykita, agréables à lire, disent l’essentiel.

Pour savoir où se procurer ce beau livre : https://www.facebook.com/sceauxcerfvolant/

Pas que pour les usagers du Parc de Sceaux !

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Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non

peurdunumerique

Nicolas Colin et Laetitia Vitaud explorent de manière concise 25 thèmes liés au numérique, de la fin de la privée aux pertes d’emplois, en passant par un questionnement sur le primat de l’innovation. Leur approche, très documentée, est le plus souvent économique, mais pas toujours. Leur objectif : faire la chasse aux idées reçues et dissiper les malentendus.

C’est très intéressant. Par exemple sur le constat de la fragmentation, de la segmentation accrue des populations, de l’enfermement des individus dans des bulles générées par les réseaux sociaux et leurs algorithmes.

Je me pose quand même quelques questions.

+ Ce qui caractérise l’économie numérique, disent-ils, c’est la fin des classiques rendements décroissants et l’apparition de rendements croissants. En d’autres termes, plus tu es gros, plus tu es rentable. C’est pour cette raison, expliquent-ils, que les entreprises numériques cherchent d’abord à étendre leur part de marché, sans se soucier de rentabilité, laquelle sera au rendez-vous quand une taille suffisante sera obtenue. Mais “brûler du cash” jusqu’à ce qu’on ait ruiné toute concurrence, et que l’on puisse tranquillement remonter ses prix ou imposer ses conditions, est-ce une pratique acceptable ? Quelles limites donner à une telle manière de faire ? Le dumping n’est-il pas interdit de manière universelle ? L’existence de monopoles de fait qui rachètent toute concurrence pour la faire disparaître avant qu’elle ne leur fasse de l’ombre sera-t-elle longtemps acceptée ? De plus, jusqu’où les rendements seront-ils croissants ? A quel niveau les coûts de gestion viendront-ils obérer les profits ? Moi qui année après année voit le Nobel d’économie décerné à d’autres 😉 !, je ne pense pas que le numérique ait fait disparaître la gravité universelle.

+ La réponse à la question “La fin de la propriété ?” m’a laissé un peu sur ma faim en n’explorant pas la question de la propriété littéraire et artistique. Mutualiser des habitations, des véhicules, des objets, des services, … grâce à des plateformes de mise en relation, c’est assez différent de la copie, recopie et diffusion sans autorisation de photos, de chansons, de films, …. Dans le premier cas, de Airbnb à E-loue, il y a consentement de la part de propriétaires qui cherchent à tirer de leurs investissements des revenus complémentaires ou des revenus tout court. Dans le second cas, c’est simplement du vol, qui a lieu parce qu’il est physiquement possible, sans grand risque, ni conséquence tangible, ni sanction dont on peut se souvenir. Que se passera-t-il le jour où Youtube investira des centaines de millions dans la production de films ou de musique ? La promotion de la mutualisation, sorte de “communisme numérique”, est-elle vraiment incompatible avec la propriété littéraire et artistique ? On verra bien.

+ Enfin, les auteurs appellent à la création de nouvelles institutions propres à gérer l’économique numérique. Par institutions, ils entendent de nouvelles règles économiques et sociales. Idée très intéressante. Plusieurs fois répétée. Mais pas vraiment développée. Dommage. J’aurais aimé quelques pistes concrètes ou exemples. Sûrement dans leur prochain ouvrage !

Livre mis en avant par Meta Media. Enrichissant.

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