Archives de catégorie : Lectures

Libérez votre cerveau !, d’Idriss Aberkane, enrichissant

liberezvotrecerveau

Dans Libérez votre cerveau !, Idriss Aberkane explique comment notre cerveau fonctionne. Convenablement utilisé et entraîné, il peut nous permettre de réaliser des prodiges de mémorisation, de calcul, de développement de compétences artistiques, manuelles, techniques, …. Idriss Aberkane explique que, comme la main, le cerveau a un empan (la distance de l’extrémité du pouce à celle du petit doigt) lui permettant de bien saisir – ou pas, ou moins – les idées, les sentiments,…. Il montre aussi que notre cerveau a aussi besoin d’hygiène, d’entretien, de repos, d’exercice. Cette approche du cerveau, c’est ce qu’il appelle la neuroergonomie.

Le contre-exemple parfait et majeur pour lui, c’est l’école en France. Qui fait tout le contraire de ce qui serait bon pour notre cerveau, et donc bon pour l’apprentissage, l’acquisition des connaissances, le développement des idées et des techniques, etc. C’est un réquisitoire accablant. L’analogie entre l’école et un restaurant infernal où l’addition serait basée sur ce qu’on n’a pas mangé est édifiante. Ce constat de la faillite des méthodes de l’école industrielle en France n’est pas nouveau, mais il est d’autant plus cruel qu’il se base sur l’étude du moteur et du lieu d’élaboration des idées, du savoir, de la connaissance : le cerveau.

C’est ce qui m’a le plus frappé dans ce ce livre. L’école. Qui n’a pas été marqué par l’école ? Qui ne connaît pas autour de soi quelqu’un dont les souvenirs d’école lui font monter les larmes aux yeux, même devenu adulte, père, mère ? Autant de témoignages de cerveaux maltraités, bousculés, méprisés, rabaissés, gâchés. Liberté, égalité, fraternité au fronton. Abus de pouvoir, mépris, ennui dans les faits.

Ce n’est pas le premier ouvrage qui décrit les carences de notre système scolaire. Mais en en s’intéressant au rapport du système avec le cerveau, Idriss Aberkane va au fond des choses. Ses arguments ne sont ni sociologiques, ni politiques, ni idéologiques, ni économiques. Ils sont scientifiques.

Bon, pourquoi les choses ne bougent-elles pas ? Pourquoi notre société accepte-t-elle encore et toujours d’avoir une école qui manque autant à sa mission ? Une école centrifugeuse qui éjecte les plus faiblement accrochés, une école qui conforte les inégalités sociales, qui manque à l’apprentissage des compétences de base, qui chaque année laisse des enfants sur le carreau par milliers, qui gave au lieu de donner envie. Une école où les enfants de profs réussissent beaucoup mieux que les autres, et où certains profs arrondissent leurs fins de mois avec des cours particuliers. Moi, quand je fais une erreur dans mon boulot, je ne demande pas à mon client de me payer pour la réparer ! Certains profs oui. Trop chouette ! Parfois, j’aimerais bien pouvoir faire pareil. Ce serait tout bénéf.

Ne pas être capables d’imaginer et de mettre en œuvre des solutions, c’est ce qui arrive à notre cerveau après des années “d’impuissance apprise”, un autre concept expliqué dans le livre. La solution est sans doute en partie là, ou commence là. Sortir de cette impuissance apprise. Et parallèlement aider le cerveau de nos enfants à résister au gavage de l’école. Ne jamais encourager le conformisme : “à force de vouloir rentrer dans le moule, tu finiras par ressembler à une tarte”. Les aider à renverser le rapport de situation entre l’école et eux. Les soutenir quand l’école veut leur donner double dose de ses plats indigestes. Leur dire qu’ils finiront par rencontrer des diamants, ces profs passionnés et passionnants qui leur ouvriront des univers, en dépit du contexte. Leur faire voir Le cercle des poètes disparus. Voilà, l’école en ce moment ça me rend un peu véner. Ah bon, Antoine ?

Il n’y a pas que l’école dans le livre. Vous y trouverez bien d’autres réflexions enrichissantes sur les relations entre notre monde, nos activités, et le fonctionnement de notre cerveau.

Qu’ai-je fait concrètement après avoir refermé Libérez votre cerveau ! ? J’ai acheté à mon fils la console qu’il demandait. Je ne considère plus que jeux vidéos et performances scolaires sont antinomiques.

Que vais-je faire maintenant grâce à cette lecture ? Je vais, un m’intéresser aux relations entre géopolitique et neuroergonomie, deux apprendre des techniques de mémorisation spatiale qui me seront bien utiles pour le théâtre, trois essayer d’apprendre à méditer : la méditation c’est très bon pour notre cerveau dit Idriss. Bonne lecture.

PS : Le 2 mars 2018. Je fais une expérience. Si vous avez envie d’acheter ce livre, je vous propose de l’acquérir sur Amazon en suivant ce lien :

Libérez votre cerveau !

C’est un programme d’affiliation.  Je touche une mini commission sous forme de chèque cadeau, laquelle me permettra d’acheter d’autres livres, et de faire de nouveaux articles 😉 !

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

 

L’ère du complotisme, la maladie d’une société fracturée, de Marie Peltier, très intéressant

complotisme

Marie Peltier, historienne, chercheuse et enseignante, se penche dans ce court livre sur le complotisme.

Elle en retrace rapidement l’histoire même si elle place le point de départ du complotisme contemporain au 11 septembre 2001. Elle en analyse les mécanismes. Elle étudie les relations entre propagande et complotisme, et aussi les liens entre djihadisme et complotisme qui ne sont pas ceux que je croyais ( les djihadistes n’aiment pas que l’on attribue au Mossad ou à la CIA leurs actions ! ).

Elle se penche enfin sur les moyens de combattre le complotisme lequel se nourrit de nos contradictions et de nos paradoxes. Conclusion : qu’il nous faut, c’est plus de cohérence et plus de sens. Vaste programme !

Un livre, précis, clair, documenté, très intéressant. De l’intelligence productive. De l’intelligence qui aide. De l’intelligence roborative. A lire.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Un parfum de vérité, d’Eric Rondeaux, envoûtant !

UNPARFUMDEVERITE

Journaliste de radio, la quarantaine, Guillaume Pondichéry et son émission de radio Le Moment de Vérité sont en perte de vitesse. Jusqu’au jour où, pour une raison que seuls les lecteurs puis Guillaume saisiront, ses invités, les uns après les autres, abandonnent toute langue de bois et disent ce qu’ils ont vraiment sur le cœur, provoquant surprises, sensations, scandales, …. L’étoile de Guillaume monte au firmament des médias proportionnellement à l’audimat de l’émission.  Mais toute médaille a son revers et Guillaume devra faire des choix. (j’ai essayé de ne pas divulgâcher…)

Las d’attendre des réponses d’éditeurs, Eric Rondeaux a publié via Kindle son livre Un parfum de vérité. Il a très bien fait. C’est drôle, c’est doux même quand ça grince, c’est bien observé, c’est même méchamment bien observé (Eric aurait-il travaillé dans la pub ? A la télé ? Dans les médias ?). C’est intéressant, c’est fluide. Et Eric, garçon pudique, nous entraîne l’air de rien dans certaines profondeurs de l’âme et du cœur. Une seule insatisfaction : j’accepte le principe magique qui fait le roman, mais Eric aurait pu un peu mieux m’y faire croire. Envoûtant quand même.

Voilà, lisez sur vos tablettes, vos téléphones ou vos ordis Un parfum de vérité, disponible à :

https://www.amazon.fr/Un-parfum-v%C3%A9rit%C3%A9-%C3%89ric-Rondeaux-ebook/dp/B01L44069A/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1472477581&sr=8-1&keywords=un+parfum+de+v%C3%A9rit%C3%A9

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Let’s talk about love, pourquoi les autres ont-ils si mauvais goût, de Carl Wilson, éclairant

LTAL

Carl Wilson, critique musical canadien, n’aime pas les chansons de Céline Dion. Sentimentales. Pour le plus grand nombre. Pas cool. Dans Let’s talk about love, pourquoi les autres ont-ils si mauvais goût, il essaye de cerner, de comprendre, d’étudier ce qui le fait rejeter Céline Dion et sa musique. Ce faisant il s’interroge sur la notion même de goût et sur l’activité de critique musical. Pas si facile que ça à lire, mais éclairant. Et à la fin l’amour triomphe.

Ce qui m’a le plus intéressé dans cette lecture ? La franchise de Wilson. Son honnêteté intellectuelle. Son érudition musicale. Et l’appel – mesuré – aux analyses de Bourdieu sur la formation du goût comme marqueur social. Chose que j’avais rencontrée personnellement et professionnellement, mais de manière confuse.

Avant cette lecture, je n’étais pas fan de Céline Dion, mais sans la rejeter. A la fin, rien n’avait changé.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

 

Les planificateurs, de Kim Un-Su, dépaysant

Les_planificateurs

Signalé par Luc, Les planificateurs, c’est l’histoire de Laesaeng, enfant abandonné, recueilli par père Raton-Laveur, lequel dirige un groupe de tueurs à gages, à partir de son quartier général, La bibliothèque. Chaque assassinat est soigneusement préparé par un planificateur, qui reste dans l’ombre. Au tueur de suivre à la lettre les instructions du planificateur, sinon c’est là où les problèmes peuvent commencer. Laesaeng va se heurter à Hanja, recueilli comme lui par père Raton-Laveur, et qui a fondé une entreprise concurrente. Laesaeng croise plusieurs fois Poilu, qui incinère les corps contre quelques billets. Laesaeng rencontre aussi Mitto, et son destin par la même occasion.

Le livre commence comme un film de Tarantino. Avec des conversations tranquilles et la mort comme unique issue. D’ailleurs, c’est ça le sujet du livre, quelle issue pour Laesaeng ? Quelle sorte d’issue ? Quel sens à l’issue ? J’ai aimé l’histoire, les personnages, et les bribes de vie coréenne que le récit distille. J’ai aimé le courage et la force de vie du héros. Dépaysant et sanglant. Et des planificateurs, il y en a-t-il ici ?

Deux autres polars de Kim Un-Su – grand écrivain coréen – à paraître prochainement.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

La carte et le territoire, de Michel Houellebecq, pas désagréable

michel-houellebecq-la-carte-et-le-territoire-titre

Le livre était depuis 2010 dans une pile proche de ma table de nuit, comme me l’a rappelé la facture de Décitre qui s’en est échappée à l’ouverture. La carte et le territoire raconte l’histoire de Jed Martin, qui sort des Beaux-Arts, photographie des cartes Michelin, séduit Olga – une des “plus belles femmes de Paris” et responsable de la Communication de Michelin – , est lancé par une première exposition à succès, est quitté par Olga, se lance dans la peinture, rencontre Michel Houellebecq à qui il demande d’écrire le catalogue de sa nouvelle exposition, connaît un succès démentiel, devient très riche, retrouve et laisse passer Olga, abandonne la peinture, permet l’élucidation du meurtre barbare de Houellebecq, perd son père, se remet aux superpositions photographiques (et au fil du récit il aura croisé une poignée de personnalités des lettres et des médias, mais pas Pépita Bourguignon du Monde que visiblement il n’intéresse pas, elle).

Ce qui caractérise Jed Martin, tout au long du récit, c’est sa solitude. Et ce qui résume le plus l’expérience de lire ce livre c’est une phrase du père de Jed Martin à propos de Houellebecq : “C’est agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société”. “C’est agréable à lire”, je confirme. “Il a une vision assez juste de la société”, il a surtout un humour très particulier.

Que lire d’autre de Houellebecq ?

 

 

Un chemin de tables, de Maylis de Kerangal, le désir et le courage

unchemindetables

Maylis de Kerangal nous raconte une part du chemin de Mauro, qui découvre le plaisir, le désir et aussi la souffrance de cuisiner. Elle raconte comment ce désir commence à lui venir, enfant, et comment petit à petit les choses s’affirment, alors que parallèlement Mauro poursuit des études d’économies prenantes. Elle décrit ses expériences, ses rencontres, comment elles le transforment, lui permettent d’affirmer un caractère, une éthique, et orientent son chemin professionnel. Elle nous parle d’un milieu où il y a du travail, et où l’on travaille dur, très dur, de longues heures, jusqu’à ne plus trouver le temps de vivre. Elle évoque la violence morale et physique de certains chefs que Mauro va croiser. La cuisine, ce n’est pas l’univers de la téléréalité, c’est beaucoup plus intéressant. Nous quittons Mauro alors qu’il n’a pas la trentaine, avec toujours l’envie d’inventer de nouvelles choses, de nouvelles manières de partager, et toujours le désir de ne pas céder à la facilité. En fait, Mauro est un artiste.

Le livre commence dans la veine de livres précédents de Maylis de Kerangal, laquelle me donne parfois l’impression “d’écrire comme elle voit”. Et puis, après quelques pages, son style change. Ca devient plus documentaire, plus simple. Mais on n’est pas moins loin de Mauro, au contraire.

Un chemin de tables appartient à la collection Raconter la vie du Seuil, qui “veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective”. Je découvre la collection avec Un chemin de tables. Je vais aller y fouiner un peu, beaucoup peut-être. Un chemin de tables, à lire.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Ellis Island, de Georges Perec, souvenirs, tropisme

ellis_island_Perec

Je me souviens de ma grand-mère maternelle me racontant que ses parents avaient voulu émigrer aux Etats-Unis. Qu’ils étaient allés à New-York. Qu’ils ne s’y étaient pas bien trouvés, et qu’ils étaient rentrés en France.
“J’avais deux ans et on m’a dit plus tard que j’étais tombée malade et que les médecins avaient recommandé un retour au pays”.
Ma grand-mère maternelle est née en 1898.
Donc elle est passée par Ellis Island en 1900.
Si elle n’était pas rentrée, je ne serais pas là pour m’en souvenir.
Aujourd’hui, je m’en souviens.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Les bûchers de la liberté, d’Anastasia Colosimo, l’ange et la bête

les_buchers_de_la_liberte

Vous avez dans votre ville une rue du Chevalier de la Barre ? Vous avez étudié Voltaire au lycée ? Et vous croyez que le blasphème n’est plus un délit en France, et ce depuis fort longtemps, notamment grâce à la loi sur la liberté de la presse (1881) ? Vous pensez aussi que la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 vous met à l’abri, vous et vos enfants, de ces fadaises ? Vous pensez vivre dans un pays où la liberté d’expression est vivante et vivace ? Vous pensez même vivre dans le pays des droits de l’homme, de la laïcité et de la liberté d’expression ?

Bon, dans les faits, vous ne vous en rendez pas bien compte, mais vos convictions ont du plomb dans l’aile. Et ça ne va pas s’arrangeant.  Anastasia Colosimo le démontre dans son essai sur le blasphème Les bûchers de la liberté.

La faute à qui ? La faute à la modification en 1972 de la loi sur la liberté de la presse. Voulant lutter comme jamais avant contre le racisme, on crée le délit  “d’incitation à la haine raciale” (la haine un sentiment pas un acte), ce qui, en raison de la formulation du texte de loi, va ouvrir la voie à la réintroduction de facto du délit de blasphème par tout groupe se sentant offensé. Anastasia Colosimo analyse les premiers procès qui ont lieu – contre Houellebecq, contre un film, contre une marque de vêtements, contre Charlie Hebdo, – et les jugements rendus. Elle explique que les décisions judiciaires diverses vont fragiliser la liberté d’expression, et vont contribuer à créer et à alimenter l’idée d’un “deux poids, deux mesures” entre l’islam et les autres religions.

Elle montre également que les lois mémorielles, qui sacralisent l’histoire, font de la négation de certains faits historiques des délits en tous points comparables à des blasphèmes. Lois qui alimentent également la concurrence victimaire, certains groupes se sentant moins “réparés mémoriellement” que d’autres, si j’ose dire. Ce qui alimente aussi le “deux poids, deux mesures”.

En comparaison, elle cite un jugement de la Cour suprême américaine sur la liberté d’expression, c’est assez cruel pour les français.

Elle analyse les conséquences terriblement ironiques de la loi Cazeneuze de novembre 2014 sur l’apologie du terrorisme. Pour faire simple, et par exemple, pour avoir tweeté ou Facebooké “bien fait” à propos du meurtre de l’équipe de Charlie Hebdo, des gens ont été condamnés lourdement au terme d’une procédure pénale très rapide. Ce n’était pas le but de la loi Cazeneuve qui était une loi de surveillance. Mais à nouveau on peut se demander où est passée la liberté d’expression.

Elle conclut : “C’est un grand malheur que nous ne sachions plus que la protection systématique des sentiments des uns et des autres est l’assurance de la guerre de tous contre tous.” Et là, tu penses à un autre livre : Identité et violence d’Amartya Sen.

Bon, rassurons-nous, nos dirigeants et la classe politique ont conscience du problème et agissent pour y remédier. Ouf ! Non ? Ah, non ? Pas du tout ? Bêtes au lieu d’anges, ils font même tout ce qu’il faut pour aggraver la situation ? En témoignent discours et propos d’Hollande et de Valls, par exemple ? Zut alors. Alors, alors, alors, … que faire ?

Corriger les errements de la loi de 1972 ? Abolir les lois mémorielles ? Publier des billets de blog ? Emigrer ? Je vais trouver. En attendant, Anastasia Colosimo, pourquoi ne passez-vous pas à la télé ?

PS, quelque temps plus tard : En fait Anastasia Colosimo est déjà, et de nombreuses fois, passée à la télé.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

Le Nazi et le Barbier, d’Edgar Hilsenrath, saisissant

edgar-hilsenrath-nazi-barbier

A la lecture des débuts dans la vie de Max Schulz, bébé aryen aux cinq pères possibles et au beau-père pédéraste violeur, on se dit que concernant les perspectives d’une existence paisible et heureuse pour Max, né en Allemagne au début du 20ème siècle, c’est mal parti. Mauvaise époque, mauvais endroit, mauvais pays.

Max s’engage dans la SS, devient un SS génocidaire (des détails comme autant de claques dans la gueule tout au long du livre). Après-guerre, pour échapper à la justice, il se fait passer pour Itzig Finkelstein, son ami d’enfance assassiné car juif. Puis Max quitte Berlin pour la Palestine, y devient barbier – le métier que les Finkelstein lui ont appris –  et aussi terroriste pour chasser les anglais. Sera-t-il un jour jugé et puni pour ses crimes ?

Après Fuck America que j’ai beaucoup aimé, je me suis précipité sur d’autres oeuvres d’Edgar Hilsenrath. J’ai commencé par Le Nazi et le Barbier, resté impublié en Allemagne pendant des années alors que le livre faisait un tabac aux Etats-Unis. Toutes proportions gardées, c’est comme si un français vivant aux Etats-Unis écrivait en français un livre sur la guerre d’Algérie, que ce livre publié en anglais avait le Pulitzer, et qu’il ne se trouvait aucun éditeur pour le sortir en France.

J’ai eu du mal au début. C’est dur. C’est très dur. D’autant plus dur qu’il y a de la dérision, de l’humour noir, du sexe à tout va. Et que l’on a le point de vue du bourreau. Max Schulz / Itzig Finkelstein n’a pas d’empathie. Il ne pense qu’à s’en sortir, qu’à la suite. Toute sa vie se fait aux dépends des autres, et principalement aux dépends des Juifs. Et le récit se fait parfois aux dépends des Juifs – et de ceux que Max rencontre – en raison de l’ironie dramatique extrême de la situation. Mais, petit à petit, je suis rentré dans l’histoire. D’abord parce que c’est un résumé des événements, de la culture, de la vie d’avant-guerre, de la guerre, de l’après guerre en Allemagne, puis en Palestine qui devient Israël. Ca m’a intéressé. Et aussi parce qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de savoir ce qu’il allait advenir de Max Schulz. Allait-t-il se faire prendre, juger et punir ? Ou plutôt, comment allait-t-il se faire prendre, juger et punir ?

Comptez pas sur moi pour spoiler la fin.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather