Drone + robot + caméra = quelque chose m’a mordu

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Ca nous pendait au nez. Le 12 mai, deux jeunes californiens et leur équipe ont dévoilé le prototype d’un drone filmeur robotisé répondant au doux nom de Lily. Les performances de leur robot sont étonnantes. On lance le drone en l’air, il démarre automatiquement. Puis, grâce au bracelet que vous portez, il vous suit automatiquement tout en vous filmant. Il est étanche et son autonomie est de 20 minutes. A l’appui de la présentation, des images aériennes de randonneurs, skieurs, kayakeurs. Je n’aurais pu voir dans Lily qu’une forme plus aboutie d’action cam propre à satisfaire les désirs d’images de tous les « héros » du monde, mais quelque chose m’a mordu et me gratte depuis. Ces quelques lignes pour essayer d’y voir plus clair.

Suis-je réfractaire à l’innovation en matière de prises de vues ? Non, sans rentrer dans les détails, c’est tout le contraire. Que pourrait-on raconter avec ce nouveau truc ? That is plutôt the question.

Suis-je agacé par le plaisir qu’ont de jeunes sportifs à filmer leurs exploits ? Non, pas vraiment. La part de l’humanité qui vit en prenant la pose, je trouve ça débile, le président compris, mais je peux regarder avec plaisir des vidéos d’action cam.

Alors quoi ? Alors je vois dans mon domaine professionnel l’émergence d’un robot qui supplante largement le travail jusqu’alors réalisé par un humain : la prise de vues. Même si le champ d’application est encore limité, un robot a mis le pied dans la porte. Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ?

Combien de temps faudra t-il pour développer un robot caméraman obéissant au doigt, à l’œil et à l’oreille au réalisateur ? Un robot caméraman qui ne se fatiguerait pas ? Qui ne dirait pas après quelques heures de travail intensif : « faisons une pause, je ne suis pas un robot » ? Qui ne ferait jamais d’erreur de point, de diaph, de température de couleur ? Qui pourrait en même temps et tout seul faire un pano, changer la focale, le point et l’exposition ? (pour autant que ça serait souhaitable …). C’est sans doute pour après-demain.

Est-ce souhaitable ? Je ne crois pas. D’abord ce que j’aime dans mon travail c’est l’échange avec les autres dans la création. Et parmi ces autres il y a celui qui manœuvre la caméra. Quelle complicité vais-je établir avec un robot ?

Et puis, surtout, faire une photo, filmer quelque chose ou quelqu’un, c’est prendre une responsabilité, c’est prendre position. Dans mon métier de la communication d’entreprise par l’image, cette idée n’est pas du tout théorique. Mais un robot peut-il assumer une responsabilité morale ? Où en est l’éthique de la robotique ? Où en est le droit de la robotique ?

Il y a bien longtemps, je lisais avec délice les romans et nouvelles d’Asimov sur les robots. La robotique avait trois lois, avait inventé Asimov, la suivante ne pouvant contredire la précédente, et elles formaient un système implacable. L’écrivain construisait pourtant des situations le mettant en difficulté. Où en est la réflexion des concepteurs de robots à ce sujet ? Pas très loin à la lecture de la prose circulaire des concepteurs de Lily, par exemple :

« Cameras require an operator. Even today, whether shooting with a smartphone or an expensive DSLR, each shot has to be manually composed. This is limiting … (because) … the kind of shots one can create is bound to his/her own skills. »

Voilà, maintenant je sais ce qui m’a mordu. Ma création est en effet limitée par ma propre habileté. Je cherche à l’augmenter mais elle est limitée. Et c’est ça qui me caractérise en tant qu’humain. Et ça me va.

 

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