Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non

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Nicolas Colin et Laetitia Vitaud explorent de manière concise 25 thèmes liés au numérique, de la fin de la privée aux pertes d’emplois, en passant par un questionnement sur le primat de l’innovation. Leur approche, très documentée, est le plus souvent économique, mais pas toujours. Leur objectif : faire la chasse aux idées reçues et dissiper les malentendus.

C’est très intéressant. Par exemple sur le constat de la fragmentation, de la segmentation accrue des populations, de l’enfermement des individus dans des bulles générées par les réseaux sociaux et leurs algorithmes.

Je me pose quand même quelques questions.

+ Ce qui caractérise l’économie numérique, disent-ils, c’est la fin des classiques rendements décroissants et l’apparition de rendements croissants. En d’autres termes, plus tu es gros, plus tu es rentable. C’est pour cette raison, expliquent-ils, que les entreprises numériques cherchent d’abord à étendre leur part de marché, sans se soucier de rentabilité, laquelle sera au rendez-vous quand une taille suffisante sera obtenue. Mais « brûler du cash » jusqu’à ce qu’on ait ruiné toute concurrence, et que l’on puisse tranquillement remonter ses prix ou imposer ses conditions, est-ce une pratique acceptable ? Quelles limites donner à une telle manière de faire ? Le dumping n’est-il pas interdit de manière universelle ? L’existence de monopoles de fait qui rachètent toute concurrence pour la faire disparaître avant qu’elle ne leur fasse de l’ombre sera-t-elle longtemps acceptée ? De plus, jusqu’où les rendements seront-ils croissants ? A quel niveau les coûts de gestion viendront-ils obérer les profits ? Moi qui année après année voit le Nobel d’économie décerné à d’autres 😉 !, je ne pense pas que le numérique ait fait disparaître la gravité universelle.

+ La réponse à la question « La fin de la propriété ? » m’a laissé un peu sur ma faim en n’explorant pas la question de la propriété littéraire et artistique. Mutualiser des habitations, des véhicules, des objets, des services, … grâce à des plateformes de mise en relation, c’est assez différent de la copie, recopie et diffusion sans autorisation de photos, de chansons, de films, …. Dans le premier cas, de Airbnb à E-loue, il y a consentement de la part de propriétaires qui cherchent à tirer de leurs investissements des revenus complémentaires ou des revenus tout court. Dans le second cas, c’est simplement du vol, qui a lieu parce qu’il est physiquement possible, sans grand risque, ni conséquence tangible, ni sanction dont on peut se souvenir. Que se passera-t-il le jour où Youtube investira des centaines de millions dans la production de films ou de musique ? La promotion de la mutualisation, sorte de « communisme numérique », est-elle vraiment incompatible avec la propriété littéraire et artistique ? On verra bien.

+ Enfin, les auteurs appellent à la création de nouvelles institutions propres à gérer l’économique numérique. Par institutions, ils entendent de nouvelles règles économiques et sociales. Idée très intéressante. Plusieurs fois répétée. Mais pas vraiment développée. Dommage. J’aurais aimé quelques pistes concrètes ou exemples. Sûrement dans leur prochain ouvrage !

Livre mis en avant par Meta Media. Enrichissant.

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Une réflexion au sujet de « Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non »

  1. AI

    J’ai lu ce livre également. Je suis comme vous, un peu sur ma faim concernant les nouvelles règles à mettre en place pour réguler un peu toutes ces nouvelles technologies. Et il va falloir le faire aux vues des avancées de l’intelligence artiificielle….

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