Jodorowsky’s Dune, de Frank Pavich, se construire une âme

Dune

Début des années 70, le producteur français Michel Seydoux vient de distribuer en France le film d’Alejandro Jodorowsky, La montagne sacrée, lequel film connaît en Europe un succès inattendu et devient « culte ». Seydoux dit alors à Jodorowsky qu’il est prêt à produire son prochain film quel qu’en soit le sujet. « Dune » répond Jodorowsky, sans même avoir lu le roman de Frank Herbert.

Après avoir écrit le script, Jodorowsky s’entoure d’une équipe pour créer l’univers visuel du film. Ce sera d’abord Giraud-Moëbius qui story-bordera l’ensemble, rejoint par Dan O’Bannon, spécialiste des effets spéciaux – à l’époque Star Wars n’a pas été produit -, puis Chris Foss, illustrateur anglais, et enfin H. R. Giger, peintre suisse. Ils travaillent d’arrache-pied jusqu’à constituer un recueil de taille gigantesque décrivant le film plan par plan, et expliquant comment les effets spéciaux seront réalisés.

Parallèlement, Jodorowsky convainc les Pink Floyd de faire une partie de la BO, ainsi que le groupe français Magma (Wikipédia pour les plus jeunes !). Dali, Mick Jagger, Amanda Lear et Orson Wells rejoignent le casting. Ainsi que le fils de douze ans de Jodorowsky. Son père lui impose 6 heures de karaté par jour, sept jours sur sept, pour le préparer à son rôle.

Finalement, tous les producteurs américains sollicités refuseront d’entrer dans le film, tous séduits par le projet et tous rebutés par le réalisateur : Jodorowsky ! 5 millions de dollars – à l’époque pas une paille cinématographique – manqueront au budget et Michel Seydoux renoncera.

La thèse de ce documentaire, Jodorowsky’s Dune, est la suivante : Dune de Jodorowsky était un film génial qui, même en ne se faisant pas, à ensemencé le cinéma et est vivant au travers des nombreux emprunts ultérieurs qui lui furent faits : Alien, Blade runner, Star wars, ….

I am Dune, I am Dune, diraient encore aujourd’hui certains films.

A plus de 80 ans, Jodorowsky apparaît drôle, séduisant, plein d’intelligence et d’énergie. On imagine qu’à 45 ans, il devait être totalement fascinant. Mais on se dit quand même que Franck Pavich raconte bien son histoire, laisse quelques questions de côté, et que ce n’est pas parce qu’il est convaincant que l’on doit être convaincu.

Est-ce Dune qui a vraiment ensemencé le cinéma, ou est-ce le talent de Moëbius, O’Bannon, H. R. Giger et Foss qui a rayonné au delà de Dune ? Qu’en pensent les intéressés ? Jodorowsky est certainement un visionnaire, un créateur, un fédérateur, un inspirateur mais est-il un grand cinéaste ? Son casting faisait-il vraiment sens, ou relevait-il plutôt d’une galerie de trophées ? Les studios américains avaient-ils raison de se méfier d’un artiste pour qui par exemple la longueur du film devait être de sa seule décision : pourquoi pas 12 heures ou 20 heures ? Oui, pourquoi pas ?

Dune enterré, Jodorowsky mit avec Moëbius une partie du projet dans la série Incal. Qu’un jour je relirai avec encore plus de plaisir.

PS : Le 31/03/16. Dans Les mystères de l’Incal, un texte assez dense de Jororowsky sur Dune intitulé « Le film que vous ne verrez jamais ». Ce n’est pas tout à fait le même éclairage que le film, à me demander si je l’ai bien compris.

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