Les bûchers de la liberté, d’Anastasia Colosimo, l’ange et la bête

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Vous avez dans votre ville une rue du Chevalier de la Barre ? Vous avez étudié Voltaire au lycée ? Et vous croyez que le blasphème n’est plus un délit en France, et ce depuis fort longtemps, notamment grâce à la loi sur la liberté de la presse (1881) ? Vous pensez aussi que la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 vous met à l’abri, vous et vos enfants, de ces fadaises ? Vous pensez vivre dans un pays où la liberté d’expression est vivante et vivace ? Vous pensez même vivre dans le pays des droits de l’homme, de la laïcité et de la liberté d’expression ?

Bon, dans les faits, vous ne vous en rendez pas bien compte, mais vos convictions ont du plomb dans l’aile. Et ça ne va pas s’arrangeant.  Anastasia Colosimo le démontre dans son essai sur le blasphème Les bûchers de la liberté.

La faute à qui ? La faute à la modification en 1972 de la loi sur la liberté de la presse. Voulant lutter comme jamais avant contre le racisme, on crée le délit  « d’incitation à la haine raciale » (la haine un sentiment pas un acte), ce qui, en raison de la formulation du texte de loi, va ouvrir la voie à la réintroduction de facto du délit de blasphème par tout groupe se sentant offensé. Anastasia Colosimo analyse les premiers procès qui ont lieu – contre Houellebecq, contre un film, contre une marque de vêtements, contre Charlie Hebdo, – et les jugements rendus. Elle explique que les décisions judiciaires diverses vont fragiliser la liberté d’expression, et vont contribuer à créer et à alimenter l’idée d’un « deux poids, deux mesures » entre l’islam et les autres religions.

Elle montre également que les lois mémorielles, qui sacralisent l’histoire, font de la négation de certains faits historiques des délits en tous points comparables à des blasphèmes. Lois qui alimentent également la concurrence victimaire, certains groupes se sentant moins « réparés mémoriellement » que d’autres, si j’ose dire. Ce qui alimente aussi le « deux poids, deux mesures ».

En comparaison, elle cite un jugement de la Cour suprême américaine sur la liberté d’expression, c’est assez cruel pour les français.

Elle analyse les conséquences terriblement ironiques de la loi Cazeneuze de novembre 2014 sur l’apologie du terrorisme. Pour faire simple, et par exemple, pour avoir tweeté ou Facebooké « bien fait » à propos du meurtre de l’équipe de Charlie Hebdo, des gens ont été condamnés lourdement au terme d’une procédure pénale très rapide. Ce n’était pas le but de la loi Cazeneuve qui était une loi de surveillance. Mais à nouveau on peut se demander où est passée la liberté d’expression.

Elle conclut : « C’est un grand malheur que nous ne sachions plus que la protection systématique des sentiments des uns et des autres est l’assurance de la guerre de tous contre tous. » Et là, tu penses à un autre livre : Identité et violence d’Amartya Sen.

Bon, rassurons-nous, nos dirigeants et la classe politique ont conscience du problème et agissent pour y remédier. Ouf ! Non ? Ah, non ? Pas du tout ? Bêtes au lieu d’anges, ils font même tout ce qu’il faut pour aggraver la situation ? En témoignent discours et propos d’Hollande et de Valls, par exemple ? Zut alors. Alors, alors, alors, … que faire ?

Corriger les errements de la loi de 1972 ? Abolir les lois mémorielles ? Publier des billets de blog ? Emigrer ? Je vais trouver. En attendant, Anastasia Colosimo, pourquoi ne passez-vous pas à la télé ?

PS, quelque temps plus tard : En fait Anastasia Colosimo est déjà, et de nombreuses fois, passée à la télé.

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