Ni juge, ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant, dignité

A Bruxelles, dans le bureau de la juge d’instruction Anne Gruwez, prévenus, témoins, collaboratrices et policiers se succèdent. Incarcération, remise en liberté, la juge doit prendre des décisions. Parallèlement, une affaire de viols et de meurtres est réactivée après 20 ans.

Aux commandes du film, les deux auteurs de l’émission Striptease. C’est à dire que c’est un documentaire, filmé sans interviews, au naturel, les caméras se faisant oublier.

Au début, j’ai ri. Du naturel de la juge. De l’embarras des prévenus, pas très sympas, bien fait pour eux. J’ai pensé à Jos Houben qui explique lors de ses conférences d’où provient le rire : d’une perte de dignité par rapport à un référentiel commun. Et là, les sarcasmes de la juge font perdre leur dignité à beaucoup, sarcasmes teintés parfois d’une touche d’autodérision et, aussi, d’histrionisme (je viens d’inventer le mot, débrouillez-vous).

Progressivement, je commençais à saisir la psychologie de la juge : indulgente avec ceux qui semblaient avoir conscience de la gravité de leurs actes, au moins un peu, impitoyable avec d’autres chez qui transparaissait de la toute-puissance.

Mais, petit à petit, j’ai moins ri, alors qu’au Trianon une grande partie de la salle continuait à se gondoler. Cette misère humaine qui défile devant la juge, c’est vraiment drôle ? C’est vraiment un spectacle de les voir à nu ces types, de les voir, des connards pour la plupart, patauger, s’enfoncer encore plus ? Et quasiment pour seuls plans d’interséquence ces plans de militaires, de gens d’ordre lourdement armés, ça voulait dire quoi ? Qu’il y a un lien entre des délinquants belges d’origine étrangère, allez, majoritairement proche-orientaux ou maghrébins, et ces casques, ces fusils d’assaut, ces gilets pare-balles ?  Va savoir ce que Jean Libon et Yves Hinant veulent dire, ou pas.

Bon, à la fin, on ne rit plus du tout. Mais alors plus du tout. Cette mère de famille musulmane qui a vu Satan dans son fils de 8 ans, qui l’étrangle, le poignarde, et l’enterre sous un arbre en ville. Et qui raconte ça doucement à la juge. Sans s’énerver. Sans regrets. Glaçant. Et la juge qui la fait venir auprès d’elle, elle qui refuse au début du film de serrer la main d’un malfrat. Ça dit quoi cette proximité avec la super givrée infanticide ? Que la juge est une super pro qui garde son sang-froid en toute circonstance ? Ou qu’elle est elle aussi, à sa manière, dans la toute puissance ? Je ne sais pas.

Bon, à la fin, on ne sait toujours pas qui a tué ces deux prostituées il y a 20 ans, et c’est un peu frustrant.

On peut voir et se faire son avis.

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