Archives par étiquette : conseil film

Star wars, The last jedi, de Rian Johnson, distrayant

Le dernier épisode de la série avait laissé Rey face à un Luke vieillissant sur son île. Ce nouvel épisode mène deux histoires en parallèle. Les vaisseaux de la résistance poursuivis par la flotte impériale d’un côté, laquelle se joue de l’hyperespace, et Rey de l’autre qui découvre petit à petit ce qu’est la force.

Pas mal de trouvailles scénaristiques comme la possibilité donnée à Kylo Ren et à Rey de communiquer à distance via la force. Et aussi la bagarre finale qui se joue des attentes du spectateur. Des trouvailles visuelles aussi comme les gardes rouges de Snoke, et la séquence où Rey visite le côté obscur de l’île. Des effets spéciaux impeccables aussi. Et dire adieu à Carrie Fischer.

Quelques messages de notre temps, avec une amirale aux commandes, Chewbacca qui comprend que son machin rôti est un cadavre, et des marchands d’armes qui s’empiffrent dans une ville qui pourrait faire penser à Monaco : casinos, bord de mer, circuit de course en pleine ville, police locale réactive, ….

C’est distrayant, l’attention ne se relâche pas une seconde. Mais pas aussi émouvant que d’autres épisodes. Il manque quelque chose de substantiel dans le rapport aux autres des personnages. Pour ne pas dire que les nouveaux personnages manquent parfois de profondeur et de charisme. Au premier rang desquels Poe Dameron (Oscar Isaac). Quelques facilités scénaristiques aussi comme l’excursion de Finn et de Rose qui démarre en sortant de nulle part. Une déception, le combat avec les gardes rouges, qu’un réalisateur de Hong-Kong n’aurait pas raté. Et toujours les bestioles craquantes pour peluches de Noël.

« Elle est bien la chanson du nouveau Disney ? », nous demandait un jeune homme brillant et sarcastique. En fait, voir un Star Wars, c’est prendre la mesure de l’enfant de huit ans qui reste en soi. A voir.

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Blade runner 2049, de Denis Villeneuve, kind of boring

L’histoire se passe 20 ou 30 ans après la première histoire nous apprend un texte introductif. Il y a eu une catastrophe éco-nucleo-planétaire. Il y a toujours des répliquants. Des anciens qui se sont rebellés et qui sont traqués. Et des nouveaux, dociles, dont les blade runners chargés de « retirer » les rebelles. Au cours d’une mission d’élimination d’un Nexus 8, un blade runner – notre héros, l’officier K – fait une découverte propre à bouleverser l’équilibre fragile de la société. Le film est lancé.

Qu’est ce que j’ai aimé ?
D’abord la bande son, assez extraordinaire, impressionnante, grinçante parfois, qui affirme le caractère oppressant de l’environnement dévasté.
Et aussi les décors, magnifiques, radicaux, sauf peut-être les locaux de la Wallace Corporation que j’ai trouvé quelque peu bon marché.
Les acteurs, solides, surtout Ryan Gosling et Ana de Armas.
Certaines des trouvailles du film et beaucoup de très jolies scènes : K et sa compagne avatar, les scènes entre ces deux là, les figures géantes publicitaires, la survie d’une célèbre marque française, ….
La question que le film travaille : Qu’est ce qui fait « âme » chez une créature ?

Pourquoi je me suis ennuyé au final ?
Je pense que c’est du à la lente accumulation d’invraisemblances et de facilités dans le récit. A toutes ces choses, petites ou grandes, qu’il faut admettre pour continuer à y croire. Chez moi ça fait hysteresis. C’est à dire que passé un certain point je décroche, et qu’il en faudrait alors des tonnes pour me faire raccrocher.
Et puis je suis sorti du Trianon avec l’impression que le sujet – que j’aurais du mal à définir – n’avait pas été traité, comme si les concepteurs du film avaient voulu en donner à tout le monde.

Dommage, dommage.

Bon, tout est réuni pour une suite. Non ?

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The square, de Ruben Östlund, civilisation

Christian est le conservateur d’un important musée d’art contemporain en Suède. Il prépare une nouvelle et importante exposition intitulée « The square ». Dans une Suède hantée par la pauvreté, l’exposition traite de questions fondamentales comme ce qu’est l’humanité, la compassion, l’indifférence aux autres. Un couple de pickpocket va faire dérailler sa carrière.

Comme je l’ai compris, The square met en lumière les contradictions d’une élite cool et branchée, à savoir les organisateurs de la culture, la bourgeoisie fortunée qui finance ces activités et jouit des animations privilégiées dont elle bénéficie en retour, et aussi leurs serviteurs divers et variés comme le petit personnel, l’agence de com et ses créatifs, etc. Christian est le véhicule de ces contradictions. Quand le monde réel vient contredire ses déclarations d’intention, son égoïsme et son indifférence aux autres prennent le dessus sur les principes qu’il affiche.

C’est intéressant, drôle pendant une heure, ça s’essouffle doucement avec beaucoup de pistes inabouties. Le monde réel reste pas mal hors champ. Il m’a semblé qu’une Palme d’or devrait susciter plus d’émotion que ce film ne le fait. Mais peut-être que le jury cannois a été atteint du syndrome de « la confiture aux oreilles de truies confites » (voir Astérix chez les Helvètes). C’est à dire qu’ils en ont tellement vus, tellement entendus, qu’il leur faut un film iconoclaste pour obtenir d’eux un peu d’intérêt.

Bon, j’ai vu la Palme d’or.

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Le sens de la fête, de Toledano et Nakache, marrant

Max, la soixantaine, est dans l’évènementiel, les mariages. La journée commence mal avec des clients rapiats qu’il envoie sur les roses. Puis on le suit tout le long du mariage de Pierre et d’Héléna, qui va avoir lieu dans un château 17ème où ses équipes s’installent.

C’est très marrant. Bien observé. Un peu méchant mais pas trop. Les comédiens sont très bons. Jean-Pierre Bacri fascinant. Jean-Paul Rouve costaud. Eye Haidara que je découvre. L’histoire se déroule comme une mécanique bien huilée où tous les éléments prennent leur place au bon moment.

Alors pourquoi ce sentiment que c’est marrant sans plus ? Et moins touchant que Nos jours heureux pour comparer avec un film précédent des deux mêmes ?

Je ne sais pas trop. Trop bien huilé ? Pas assez profond ? Trop rapide ? Trop de péripéties et pas assez d’histoire ? Pas assez d’enjeux pour Max qui dit jouer sa vie, mais ça en fait on ne le voit pas vraiment tant il est désabusé ? Va savoir docteur.

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Otez-moi d’un doute, de Carine Tardieu, ADN

Erwan, dont la fille attend un enfant et refuse d’en rechercher le père, découvre un jour que son père – Bastien – n’est pas son père biologique. Une détective le retrouve. « Il est vivant, s’appelle Joseph, et habite à 20 kilomètres de là » lui explique-t-elle. Erwan prend sa voiture.

Ce qui est frappant dans ce film, très drôle, c’est la stature et la subtilité des comédiens, François Damiens en tête, dont j’avais à l’esprit une figure plutôt loufoque. On est loin de ça. André Wilms campe un Joseph étonnant. Guy Marchand un vieux singe émouvant. Et Cécile de France est d’une justesse et d’un charme à tomber.

J’ai trouvé quand même qu’il y avait une facilité de scénario, entre le lancement de la piste initiale, et son infléchissement au bout d’une heure et demi au détour d’une réplique. Autre facilité, la scène de la nacelle, sortie un peu de nulle part, histoire de faire avancer l’histoire. Dommage. On s’amusait bien de cet entrelacis générationnel.

La veille j’avais entendu Guillaume Canet indiquer qu’à son sens les scénarios des films français n’étaient pas assez travaillés. C’est peut-être ce qui manque à Otez-moi d’un doute pour monter quelques marches dans le panthéon du cinéma. Mais se regarde avec grand plaisir quand même !

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Barbara, de Mathieu Amalric, anti-biopic

Un réalisateur, Yves Zand, fasciné par son sujet, réalise un film sur Barbara.

Le film que nous voyons, nous spectateurs, entremêle images d’archives, images du tournage du film de Zand sur Barbara, un peu comme un making off, et images de ce même film, plus toutes sortes de situations vécues par la comédienne qui interprète Barbara, Brigitte dans le film et Jeanne Balibar comme comédienne.

On passe de l’un à l’autre continuellement. Donc, dans une même séquence, se succèdent une image d’archive, une image du film en cours de tournage, et une image du making-off. C’est clair ?

A l’image et aussi au son, Brigitte/Jeanne Balibar ou Barbara au piano et au chant. S’ajoutent à la bande son des extraits des séances de travail de Barbara enregistrées par elle-même.

Le résultat est assez troublant, réussi et pas seulement formellement. C’est une sorte d’anti-biopic. Une évocation rêvée et rêveuse qui rend sans doute encore plus hommage à Barbara.

Jeanne Balibar très convaincainte et émouvante, tant en Brigitte qu’en Barbara. Mathieu Amalric donne toujours envie de le suivre. Moitié allumé, moitié inspiré et inspirant.

Si vous attendez de ce film une collection de chansons interprétées par Barbara, vous risquez d’être déçus. Mais si vous n’en n’attendez rien, un peu comme moi, vous risquez d’être comblés, ou de vous ennuyer, ou un peu des deux. A voir.

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Une vie violente, de Thierry de Peretti, à la vie à la mort

Un jeune corse, Stéphane, revient sur l’île pour les funérailles d’un ami assassiné, Christophe. Il est lui-même menacé de mort. Le film raconte pourquoi. A la fin, va-t-il repartir ou rester et mourir ?

Le film commence comme une scène de Narcos, un assassinat sauvage, violent et cruel, à quelques mètres d’un champ de kiwis semble-t-il. Ca m’a fait penser à une phrase de John Crosby sur les tueurs de la mafia qui n’aiment tant leurs victimes que désarmées et impuissantes.

Puis rapidement vient un récit rétrospectif. Stéphane étudiant en sciences politiques un peu révolté. Dont les amis d’enfance de l’île sont un peu délinquants. Qui rend un service. Qui se retrouve en taule. Qui rencontre des militants. Qui se « radicalise » comme on dit aujourd’hui. Qui voit les logiques de la délinquance et de l’action politique se mélanger, sa cause déranger d’autres intérêts et mener au crime, ses camarades devenir des cibles.

Pas mal de scènes comme des impros dirigées il me semble. Elles donnent au film un réalisme terrible. Parfois glaçant. Avec la mort hors champ une fois sur deux.

Le film donne le sentiment d’une Corse où règne une certaine folie, où contentieux de business et prélèvement de l’impôt révolutionnaire se mélangent, où l’Etat se lave les mains des crimes  – ça en fait toujours en moins se dit-on peut-être en haut lieu -, où le crime organisé reste impuni, où tout le monde sait tout – ou prétend tout savoir -, et personne ne dit rien. Savez-vous combien de personnes ont été assassinées en Corse en 30 ans ? 700. C’era qualcosa.Très bon article à lire ici sur le sujet, pour les abonnés au Monde. Film à voir.

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120 battements par minute, de Robin Campillo, indifférence

C’est l’histoire de militants activistes, réunis dans Act Up Paris, qui dénoncent au cours d’actions spectaculaires et dérangeantes l’inaction criminelle des pouvoirs publics, et les stratégies commerciales des laboratoires pharmaceutiques, alors que l’épidémie de SIDA s’étend. Mais comme elle touche principalement des pédés, des putes, des toxicos et des taulards, l’Etat s’en fout, et la société ne répond pas ou peu. Nathan vient de rejoindre Act Up. Il rencontre Sean. Métier : séropositif comme il le dit lui même.

Très belle histoire d’amour. Très beau portrait d’un groupe de jeunes gens qui se battent, avec la déchéance, la souffrance et la mort comme horizon. Il y a une énergie et une beauté incroyable dans tous les personnages. Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel à couper le souffle.

On se demande ce qu’on faisait à l’époque. Ce qu’on en pensait. On aurait pu aider ? Aller à une manif ? Signer une pétition ? Jamais trop tard pour bien faire. Faudrait vraiment être bête de ne pas aller voir.

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Les proies, de Sofia Coppola, remake

Guerre de Sécession. Un soldat nordiste, blessé, est recueilli dans une pensionnat de jeunes filles, où demeurent la directrice, une professeur, et cinq élèves.
Doit-on le livrer ? Doit-on le soigner ? Cette présence masculine va semer le trouble, réveiller les désirs, exacerber les frustrations. Bientôt, le soldat qui n’a aucune envie de repartir au front entreprend de profiter de la situation. A ses risques et périls.

Je me suis un peu ennuyé et lassé..

De ces images désaturées, de ces plans fixes. Du manque de tension. Du flou dans la direction.

J’ai eu une vague réminiscence du film de Don Siegel, avec Clint Eastwood. N’était-il pas plus franchement salaud et sexuel que Colin Farrell ? Le film de 1971 n’était-il pas plus violent ? Plus cru ? Plus décidé ?

Bon, on peut voir ou ne pas voir ces proies. Pas matière à s’extasier selon moi. Ni à se scandaliser.

PS : J’ai appris depuis que le film était au cœur d’une polémique aux USA, situation résumée ici.

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Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh, tarif de groupe

Le Caire janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution égyptienne. Noureddine Mostafa est un officier de police à la mode cairote : c’est un ripoux qui rackette commerçants et trafiquants. Il est sombre, taciturne, atteint, en deuil. Une jeune femme est assassinée au Hilton. Son oncle, Kammal Mostafa, qui dirige le commissariat où travaille Noureddine, l’envoie sur l’affaire. Début de l’histoire. Alors que la révolte gronde, Noureddine va rencontrer bien plus ripoux que lui. Et quelque chose du sens du mot dignité.

J’ai beaucoup aimé cette histoire que l’on suit au plus près du héros. On n’en sait pas plus ou pas tellement plus que lui. On découvre les rapports de forces, la corruption, et la violence qui sont le quotidien de la police et de l’appareil sécuritaire. On découvre aussi la ville, violente, peuplée, sale. Je ne suis pas sûr d’en avoir bien compris l’intrigue mais on s’en fiche.

Fares Fares, Hania Amar et Mari Malek ont une grande profondeur, et une humanité à fleur de peau, interprétant des personnages chez qui la dissimulation est la condition de la survie. Au delà, pas un seul acteur qui soit en dessous, pas à la hauteur.

Le Caire confidentiel, un grand film. A voir, pour les amateurs de policiers ou de films noirs. Et pas seulement. Et aussi pour apprendre l’étymologie du mot flouze. Le flouze. Le flouze qui corrompt, qui gangrène, qui tue, là-bas, et ici aussi sans doute.

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