Archives par étiquette : conseil film

The square, de Ruben Östlund, civilisation

Christian est le conservateur d’un important musée d’art contemporain en Suède. Il prépare une nouvelle et importante exposition intitulée “The square”. Dans une Suède hantée par la pauvreté, l’exposition traite de questions fondamentales comme ce qu’est l’humanité, la compassion, l’indifférence aux autres. Un couple de pickpocket va faire dérailler sa carrière.

Comme je l’ai compris, The square met en lumière les contradictions d’une élite cool et branchée, à savoir les organisateurs de la culture, la bourgeoisie fortunée qui finance ces activités et jouit des animations privilégiées dont elle bénéficie en retour, et aussi leurs serviteurs divers et variés comme le petit personnel, l’agence de com et ses créatifs, etc. Christian est le véhicule de ces contradictions. Quand le monde réel vient contredire ses déclarations d’intention, son égoïsme et son indifférence aux autres prennent le dessus sur les principes qu’il affiche.

C’est intéressant, drôle pendant une heure, ça s’essouffle doucement avec beaucoup de pistes inabouties. Le monde réel reste pas mal hors champ. Il m’a semblé qu’une Palme d’or devrait susciter plus d’émotion que ce film ne le fait. Mais peut-être que le jury cannois a été atteint du syndrome de “la confiture aux oreilles de truies confites” (voir Astérix chez les Helvètes). C’est à dire qu’ils en ont tellement vus, tellement entendus, qu’il leur faut un film iconoclaste pour obtenir d’eux un peu d’intérêt.

Bon, j’ai vu la Palme d’or.

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Le sens de la fête, de Toledano et Nakache, marrant

Max, la soixantaine, est dans l’évènementiel, les mariages. La journée commence mal avec des clients rapiats qu’il envoie sur les roses. Puis on le suit tout le long du mariage de Pierre et d’Héléna, qui va avoir lieu dans un château 17ème où ses équipes s’installent.

C’est très marrant. Bien observé. Un peu méchant mais pas trop. Les comédiens sont très bons. Jean-Pierre Bacri fascinant. Jean-Paul Rouve costaud. Eye Haidara que je découvre. L’histoire se déroule comme une mécanique bien huilée où tous les éléments prennent leur place au bon moment.

Alors pourquoi ce sentiment que c’est marrant sans plus ? Et moins touchant que Nos jours heureux pour comparer avec un film précédent des deux mêmes ?

Je ne sais pas trop. Trop bien huilé ? Pas assez profond ? Trop rapide ? Trop de péripéties et pas assez d’histoire ? Pas assez d’enjeux pour Max qui dit jouer sa vie, mais ça en fait on ne le voit pas vraiment tant il est désabusé ? Va savoir docteur.

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Otez-moi d’un doute, de Carine Tardieu, ADN

Erwan, dont la fille attend un enfant et refuse d’en rechercher le père, découvre un jour que son père – Bastien – n’est pas son père biologique. Une détective le retrouve. “Il est vivant, s’appelle Joseph, et habite à 20 kilomètres de là” lui explique-t-elle. Erwan prend sa voiture.

Ce qui est frappant dans ce film, très drôle, c’est la stature et la subtilité des comédiens, François Damiens en tête, dont j’avais à l’esprit une figure plutôt loufoque. On est loin de ça. André Wilms campe un Joseph étonnant. Guy Marchand un vieux singe émouvant. Et Cécile de France est d’une justesse et d’un charme à tomber.

J’ai trouvé quand même qu’il y avait une facilité de scénario, entre le lancement de la piste initiale, et son infléchissement au bout d’une heure et demi au détour d’une réplique. Autre facilité, la scène de la nacelle, sortie un peu de nulle part, histoire de faire avancer l’histoire. Dommage. On s’amusait bien de cet entrelacis générationnel.

La veille j’avais entendu Guillaume Canet indiquer qu’à son sens les scénarios des films français n’étaient pas assez travaillés. C’est peut-être ce qui manque à Otez-moi d’un doute pour monter quelques marches dans le panthéon du cinéma. Mais se regarde avec grand plaisir quand même !

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Barbara, de Mathieu Amalric, anti-biopic

Un réalisateur, Yves Zand, fasciné par son sujet, réalise un film sur Barbara.

Le film que nous voyons, nous spectateurs, entremêle images d’archives, images du tournage du film de Zand sur Barbara, un peu comme un making off, et images de ce même film, plus toutes sortes de situations vécues par la comédienne qui interprète Barbara, Brigitte dans le film et Jeanne Balibar comme comédienne.

On passe de l’un à l’autre continuellement. Donc, dans une même séquence, se succèdent une image d’archive, une image du film en cours de tournage, et une image du making-off. C’est clair ?

A l’image et aussi au son, Brigitte/Jeanne Balibar ou Barbara au piano et au chant. S’ajoutent à la bande son des extraits des séances de travail de Barbara enregistrées par elle-même.

Le résultat est assez troublant, réussi et pas seulement formellement. C’est une sorte d’anti-biopic. Une évocation rêvée et rêveuse qui rend sans doute encore plus hommage à Barbara.

Jeanne Balibar très convaincainte et émouvante, tant en Brigitte qu’en Barbara. Mathieu Amalric donne toujours envie de le suivre. Moitié allumé, moitié inspiré et inspirant.

Si vous attendez de ce film une collection de chansons interprétées par Barbara, vous risquez d’être déçus. Mais si vous n’en n’attendez rien, un peu comme moi, vous risquez d’être comblés, ou de vous ennuyer, ou un peu des deux. A voir.

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Une vie violente, de Thierry de Peretti, à la vie à la mort

Un jeune corse, Stéphane, revient sur l’île pour les funérailles d’un ami assassiné, Christophe. Il est lui-même menacé de mort. Le film raconte pourquoi. A la fin, va-t-il repartir ou rester et mourir ?

Le film commence comme une scène de Narcos, un assassinat sauvage, violent et cruel, à quelques mètres d’un champ de kiwis semble-t-il. Ca m’a fait penser à une phrase de John Crosby sur les tueurs de la mafia qui n’aiment tant leurs victimes que désarmées et impuissantes.

Puis rapidement vient un récit rétrospectif. Stéphane étudiant en sciences politiques un peu révolté. Dont les amis d’enfance de l’île sont un peu délinquants. Qui rend un service. Qui se retrouve en taule. Qui rencontre des militants. Qui se “radicalise” comme on dit aujourd’hui. Qui voit les logiques de la délinquance et de l’action politique se mélanger, sa cause déranger d’autres intérêts et mener au crime, ses camarades devenir des cibles.

Pas mal de scènes comme des impros dirigées il me semble. Elles donnent au film un réalisme terrible. Parfois glaçant. Avec la mort hors champ une fois sur deux.

Le film donne le sentiment d’une Corse où règne une certaine folie, où contentieux de business et prélèvement de l’impôt révolutionnaire se mélangent, où l’Etat se lave les mains des crimes  – ça en fait toujours en moins se dit-on peut-être en haut lieu -, où le crime organisé reste impuni, où tout le monde sait tout – ou prétend tout savoir -, et personne ne dit rien. Savez-vous combien de personnes ont été assassinées en Corse en 30 ans ? 700. C’era qualcosa.Très bon article à lire ici sur le sujet, pour les abonnés au Monde. Film à voir.

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120 battements par minute, de Robin Campillo, indifférence

C’est l’histoire de militants activistes, réunis dans Act Up Paris, qui dénoncent au cours d’actions spectaculaires et dérangeantes l’inaction criminelle des pouvoirs publics, et les stratégies commerciales des laboratoires pharmaceutiques, alors que l’épidémie de SIDA s’étend. Mais comme elle touche principalement des pédés, des putes, des toxicos et des taulards, l’Etat s’en fout, et la société ne répond pas ou peu. Nathan vient de rejoindre Act Up. Il rencontre Sean. Métier : séropositif comme il le dit lui même.

Très belle histoire d’amour. Très beau portrait d’un groupe de jeunes gens qui se battent, avec la déchéance, la souffrance et la mort comme horizon. Il y a une énergie et une beauté incroyable dans tous les personnages. Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel à couper le souffle.

On se demande ce qu’on faisait à l’époque. Ce qu’on en pensait. On aurait pu aider ? Aller à une manif ? Signer une pétition ? Jamais trop tard pour bien faire. Faudrait vraiment être bête de ne pas aller voir.

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Les proies, de Sofia Coppola, remake

Guerre de Sécession. Un soldat nordiste, blessé, est recueilli dans une pensionnat de jeunes filles, où demeurent la directrice, une professeur, et cinq élèves.
Doit-on le livrer ? Doit-on le soigner ? Cette présence masculine va semer le trouble, réveiller les désirs, exacerber les frustrations. Bientôt, le soldat qui n’a aucune envie de repartir au front entreprend de profiter de la situation. A ses risques et périls.

Je me suis un peu ennuyé et lassé..

De ces images désaturées, de ces plans fixes. Du manque de tension. Du flou dans la direction.

J’ai eu une vague réminiscence du film de Don Siegel, avec Clint Eastwood. N’était-il pas plus franchement salaud et sexuel que Colin Farrell ? Le film de 1971 n’était-il pas plus violent ? Plus cru ? Plus décidé ?

Bon, on peut voir ou ne pas voir ces proies. Pas matière à s’extasier selon moi. Ni à se scandaliser.

PS : J’ai appris depuis que le film était au cœur d’une polémique aux USA, situation résumée ici.

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Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh, tarif de groupe

Le Caire janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution égyptienne. Noureddine Mostafa est un officier de police à la mode cairote : c’est un ripoux qui rackette commerçants et trafiquants. Il est sombre, taciturne, atteint, en deuil. Une jeune femme est assassinée au Hilton. Son oncle, Kammal Mostafa, qui dirige le commissariat où travaille Noureddine, l’envoie sur l’affaire. Début de l’histoire. Alors que la révolte gronde, Noureddine va rencontrer bien plus ripoux que lui. Et quelque chose du sens du mot dignité.

J’ai beaucoup aimé cette histoire que l’on suit au plus près du héros. On n’en sait pas plus ou pas tellement plus que lui. On découvre les rapports de forces, la corruption, et la violence qui sont le quotidien de la police et de l’appareil sécuritaire. On découvre aussi la ville, violente, peuplée, sale. Je ne suis pas sûr d’en avoir bien compris l’intrigue mais on s’en fiche.

Fares Fares, Hania Amar et Mari Malek ont une grande profondeur, et une humanité à fleur de peau, interprétant des personnages chez qui la dissimulation est la condition de la survie. Au delà, pas un seul acteur qui soit en dessous, pas à la hauteur.

Le Caire confidentiel, un grand film. A voir, pour les amateurs de policiers ou de films noirs. Et pas seulement. Et aussi pour apprendre l’étymologie du mot flouze. Le flouze. Le flouze qui corrompt, qui gangrène, qui tue, là-bas, et ici aussi sans doute.

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La planète des singes • Suprématie, de Matt Reeves, Moïse

César et sa horde vivent dans la forêt. Ils sont pourchassés par des militaires fanatisés avec à leur tête un certain colonel. César voudrait la paix; il aura la haine. Mais qui règnera sur la planète ?

Le deuxième opus était médiocre, le troisième sauve la trilogie. Les singes sont définitivement de bien meilleurs acteurs que les humains, surtout quand on leur donne une histoire digne de ce nom dont ils sont les héros. C’est ça l’intérêt du film, avoir fait des singes les personnages centraux, et des humains des antiprotagonistes nécessaires mais de second plan.

J’ai trouvé Woody Harrelson peu crédible dans son rôle de méchant psychopathe. C’est pas faute d’essayer mais quand ça veut pas, ça veut pas. Dans le fond, Woody est bien trop gentil.

J’ai trouvé aussi que parler d’affrontement final, de suprématie planétaire, alors que les protagonistes sont de chaque côté quelques dizaines, ça manquait de crédibilité.

Voilà, c’est distrayant, il y a même un personnage qui est là pour faire rire la salle. Et à la fin, quelque chose de biblique. Qui fait écho aux séquences concentrationnaires ? Je ne sais pas, je ne suis pas critique.

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Memories of murder, de Joon-Ho Bong, biais cognitif

1986. La Corée du Sud est en voie de démocratisation. Elle vit encore et toujours sous la menace du Nord; les exercices d’alerte et les manifestations se succèdent. Dans une région rurale, où le temps ne s’écoule pas comme en ville, le corps d’une jeune femme assassinée est retrouvé. Se produit bientôt un autre meurtre, semblable au premier. Deux policiers locaux mènent l’enquête, avec des méthodes expéditives. Arrive envoyé par Séoul un jeune détective, aux méthodes plus sophistiquées, plus rationnelles, et plus respectueuses du droit. Il propose bientôt de nouvelles pistes.

Ce film, Memories of murder, est présenté comme le chef d’oeuvre de Joon-Ho Bong. Il ressort début juillet 2017 à Paris, sans doute pour accompagner la sortie d’Okja, et bénéficier du regain d’intérêt pour l’auteur. Le Trianon de Sceaux organise une séance spéciale le 15 août. Si vous êtes dans les parages, et si vous aimez les polars, je vous conseille d’y aller.

Ceci dit, je vais maintenant pas mal divulgâcher, alors ne lisez pas la suite si vous voulez garder intact le plaisir d’une première projection.

Quand un spectateur regarde un film, il n’a comme information sur l’histoire, à moins qu’il ne s’agisse d’Histoire, que ce que les auteurs du film, dont le scénariste, veulent bien lui donner, par l’image, par les dialogues, par le son. Autrement dit, le scénariste, s’il s’y prend bien, peut faire croire ce qu’il veut au spectateur, et l’amener où il veut.

Ici, au départ, on a deux inspecteurs aux méthodes brutales. On voit bien qu’ils font fausse route et qu’ils essayent d’extorquer des aveux à un pauvre type. Ils ne sont pas complètement antipathiques, mais si quelque chose venait les contrarier, le spectateur en serait satisfait. Ce quelque chose, c’est un jeune inspecteur venu de Séoul. Rapidement, il prouve que les deux flics ruraux se trompent. Et rapidement, il met en lumière des coïncidences : la pluie, les vêtements rouges, … il trouve même une troisième victime. Du coup, le spectateur épouse sa cause et sa thèse, tout du long, en dépit des éléments qui viennent petit à petit contredire l’hypothèse initiale.

Memories of murder, c’est en fait le récit de l’égarement et de l’entêtement d’une enquête, de l’ensemble des enquêteurs, et surtout de notre flic citadin qui sera à un doigt de tuer son dernier suspect, alors même qu’il a sous les yeux la preuve de son innocence. C’est aussi une histoire qui fonctionne sur l’égarement intentionnel du spectateur, amené à adopter le point de vue du nouvel enquêteur, et à ne pas le remettre en cause.

Pas étonnant que des scénaristes m’aient recommandé ce film. N’est-il pas dans sa construction emblématique de leur pouvoir professionnel ? Faire croire des choses. En dissimuler d’autres. Manipuler le spectateur. Tirer les ficelles de l’histoire. Jusqu’au bout des 2h30 du film qui passent sans que l’on s’ennuie.

Pour ma part, ayant trop tété de biais cognitifs ici et là, j’avais tiqué à plusieurs reprises au cours du film, entrevoyant le dispositif narratif, et le biais cognitif, ceci dit sans me vanter, ou alors juste un peu. Mais ça n’a pas gâché mon plaisir. Intact jusqu’au bout.

Memories of murder, c’est un très beau film policier, singulier, avec des personnages riches, attachants même dans l’antipathie. Beaux interprètes. Belle photo. Pas ennuyeux une seconde. C’est aussi la description d’une Corée où le corps social cherche ses marques après de longues années de dictature. A voir.

PS : si vous savez expliquer la formation des patronymes en coréen, vous avez le droit de l’indiquer en commentaire.

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