Archives par étiquette : cuisine

Mes chemins de table, de JP Géné, réjouissant

2004. Sa chronique était au début du supplément Le Monde 2. Je commençais toujours par elle. Ca m’ouvrait l’appétit. Après je lisais le reste du magazine. Puis elle fut déplacée vers la fin. Je feuilletais dur pour la trouver. Et je lisais pas grand chose d’autre. Enfin, elle disparu. Et j’arrêtai de lire Le Monde Magazine ou je sais même plus comment ça s’appelle aujourd’hui. C’est glacé, glaçant, mieux vaut encore le Figaro Magazine plus franc du collier. Il y a 2, 3 semaines, j’ai appris qu’il était mort. Et qu’il avait publié un livre Mes chemins de table. Immédiatement acheté.

C’est un livre impossible. On s’arrête toutes les pages, toutes les deux pages. On a subitement envie d’aller préparer des madeleines, d’acheter de quoi se lancer dans une terrine de lapin, de s’équiper avec un nouvel emporte-pièce, de prendre un avion pour l’Asie ou l’Amérique du Sud. C’est un livre qui donne faim, qui ouvre l’esprit. Qui fait comprendre ce que manger bon, propre et juste veut dire. J’ai essayé les pommes de terre sautées en cocotte et qui attachent : délicieux. Ce n’est pas un livre de recettes, même s’il y en a beaucoup. C’est un livre de regards, d’impressions, de goûts, de visions et de partages. C’est aussi un livre autobiographique qui raconte les goûts de son enfance, de sa Lorraine, sa découverte de Paris, des chefs, du monde, sa description d’un journalisme influencé (pour ne pas dire acheté, pour ne pas dire vendu), sa défense de la Slow Food et sa critique des imprécateurs de la cause animale.

Au détour d’une page m’est venue l’envie de me remémorer des saveurs de mon enfance. Chez ma grand-mère paternelle, la cuisine n’était pas à l’honneur, ni à son étage, ni à celui d’en dessous. Trop d’angoisses étouffaient l’envie de partager sans doute. Me reste quand même le goût de ses tartes aux pommes à la pâte très fine, un peu cramées, un peu caramélisées. Du chocolat au lait pain beurre. Et aussi celui de ses cerises en bocal, 100% bio, d’un orange translucide un peu bizarre. Frère, soeur, cousines, cousins, tantes ou oncles, si vous lisez ces lignes et avez la recette, faites un heureux ! Du côté de ma mère, je pense surtout à la terrine de foie de lapin dont sa grand-mère Eugénie lui avait transmis une recette.

J’aurais bien aimé rencontrer Jean-Paul Généraux. Discuter avec lui dans sa cuisine, ou attablés à un restaurant. Je me sens un peu JP Géné. C’est sans doute pour ça que j’ai tant aimé le lire.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Un chemin de tables, de Maylis de Kerangal, le désir et le courage

unchemindetables

Maylis de Kerangal nous raconte une part du chemin de Mauro, qui découvre le plaisir, le désir et aussi la souffrance de cuisiner. Elle raconte comment ce désir commence à lui venir, enfant, et comment petit à petit les choses s’affirment, alors que parallèlement Mauro poursuit des études d’économies prenantes. Elle décrit ses expériences, ses rencontres, comment elles le transforment, lui permettent d’affirmer un caractère, une éthique, et orientent son chemin professionnel. Elle nous parle d’un milieu où il y a du travail, et où l’on travaille dur, très dur, de longues heures, jusqu’à ne plus trouver le temps de vivre. Elle évoque la violence morale et physique de certains chefs que Mauro va croiser. La cuisine, ce n’est pas l’univers de la téléréalité, c’est beaucoup plus intéressant. Nous quittons Mauro alors qu’il n’a pas la trentaine, avec toujours l’envie d’inventer de nouvelles choses, de nouvelles manières de partager, et toujours le désir de ne pas céder à la facilité. En fait, Mauro est un artiste.

Le livre commence dans la veine de livres précédents de Maylis de Kerangal, laquelle me donne parfois l’impression “d’écrire comme elle voit”. Et puis, après quelques pages, son style change. Ca devient plus documentaire, plus simple. Mais on n’est pas moins loin de Mauro, au contraire.

Un chemin de tables appartient à la collection Raconter la vie du Seuil, qui “veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective”. Je découvre la collection avec Un chemin de tables. Je vais aller y fouiner un peu, beaucoup peut-être. Un chemin de tables, à lire.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

Salé Sucré, d’Ang Lee, subtil et moderne

Sale_Sucre

Salé Sucré, d’Ang Lee, est sorti en 1994. Le film vient d’être remasterisé, c’est à dire transféré sur support numérique dans les meilleures conditions. Le Trianon à Sceaux l’a programmé. J’ai découvert le film.

L’histoire se passe à Taiwan, de nos jours, c’est à dire dans les années 90. Trois jeunes femmes vivent avec leur père, veuf depuis leur enfance, grand chef cuisinier dans une semi-retraite. Les trois filles ont quelques difficultés à élaborer des projets personnels ou amoureux qui les amèneraient à quitter le giron paternel. Lui n’a pas l’air très heureux non plus de cette situation quelque peu bloquée. Il a perdu le goût. Il en a perdu le goût ? Et puis, un mouvement en entraînant un autre, comme au taquin, la situation va se déstériliser. Non sans mal. Et avec des surprises.

J’ai beaucoup aimé ce film. D’abord, voir cuisiner le père, ça donne faim. Ensuite, j’adore les comédiennes du film. Un concours de grâce et de sensibilité. Et puis l’histoire est racontée subtilement. Tout le long nous restons au rythme des personnages, nous croyons ce qu’ils croient. Enfin, il se dégage du film une impression de modernité – plus de 20 après sa production -, d’élégance et de justesse. A voir.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather