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L’éveil de la permaculture, de Adrien Bellay, perspectives

Soirée-débat au Trianon de Sceaux. Je suis arrivé au dernier moment. La salle était pleine. Un documentaire pour expliquer ce qu’est la permaculture et faire le point sur son développement en France.

Permaculture. Je connaissais le nom. J’avais entendu parler de la ferme du Bec Hellouin en Normandie. Je croyais que la permaculture c’était l’art d’associer des plantes pour plus d’efficacité dans un jardin. On m’aurait demandé, j’aurais dit que mes beaux-parents étaient des permaculteurs qui s’ignoraient et que, vu la tête de nos jardinières sur notre mini-terrasse, nous aussi étions nous aussi à notre échelle microscopique des genres de permaculteurs. Bon, trêve de plaisanterie.

Donc, après quelques minutes de film, mes préjugés volent en éclats et mon ignorance est révélée. La permaculture, c’est une science et un art. Née de l’observation de la nature. La permaculture, c’est surtout le fruit d’un processus de design, c’est à dire d’analyse de l’existant, du terrain, de son évolution dans le temps, des besoins d’une communauté, de son organisation, etc.

Le chiffre le plus frappant est celui de la comparaison avec l’agriculture intensive : elle consomme 14 calories pour en produire une, contre une calorie en générant 25 pour la permaculture.

En sortant, on se dit quoi ?

Que c’est un peu le même sujet qu’Infinity war, sans effets spéciaux.

Que ça provoque un mélange de révolte, de mélancolie et d’espoir.

Qu’on a envie, non pas d’en savoir plus, mais d’essayer.

Que s’intéressent au sujet non pas (non plus) des bobos new age mais des gens de tous horizons, et de plus en plus des CSP + (médecins, ingénieurs, …), et des professionnels de l’agriculture ( ces derniers ont déjà la terre, l’expérience, et la possibilité de mettre en œuvre rapidement des choses ).

Qu’il faut envoyer un message incitatif à l’agriculture industrielle intensive en soutenant celles et ceux qui produisent la nourriture autrement.

Qu’il ne faut rien attendre, ou pas grand chose, de l’Etat ou des collectivités locales rendues largement impuissantes, par exemple sur des sujets comme les déchets traités par des technostructures hors d’atteinte des citoyens, mais qu’il faut agir à son niveau. Et tout de suite.

Qu’il faut refuser de se trouver en permanence défié par l’égoïsme, la cupidité et la duplicité, devenus des valeurs exemplaires : tu mens, tu trompes, tu voles, tu empoisonnes, tu dissimules, tu manipules, tu épuises, tu fabriques des produits qu’on ne peut pas réparer, tu ruines l’eau, les sols, l’air ? Tes pubs font rêver ? Tes marges explosent ? Tu optimises ta fiscalité pour ne pas participer au financement des infrastructures, des hôpitaux, de la protection de l’environnement, etc. Tu es un héros des temps modernes. Tu questionnes ce comportement ? Tu es au mieux un rêveur, mais plus certainement un ringard. Qui ne veut pas jouer le game, tant pis pour toi. Tu sens la loose. Tu portes malheur.

Voilà, on attend avec impatience en France l’annonce de mise en œuvre de permaculture sur de grandes surfaces agricoles.

A suivre. A voir.

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Ni juge, ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant, dignité

A Bruxelles, dans le bureau de la juge d’instruction Anne Gruwez, prévenus, témoins, collaboratrices et policiers se succèdent. Incarcération, remise en liberté, la juge doit prendre des décisions. Parallèlement, une affaire de viols et de meurtres est réactivée après 20 ans.

Aux commandes du film, les deux auteurs de l’émission Striptease. C’est à dire que c’est un documentaire, filmé sans interviews, au naturel, les caméras se faisant oublier.

Au début, j’ai ri. Du naturel de la juge. De l’embarras des prévenus, pas très sympas, bien fait pour eux. J’ai pensé à Jos Houben qui explique lors de ses conférences d’où provient le rire : d’une perte de dignité par rapport à un référentiel commun. Et là, les sarcasmes de la juge font perdre leur dignité à beaucoup, sarcasmes teintés parfois d’une touche d’autodérision et, aussi, d’histrionisme (je viens d’inventer le mot, débrouillez-vous).

Progressivement, je commençais à saisir la psychologie de la juge : indulgente avec ceux qui semblaient avoir conscience de la gravité de leurs actes, au moins un peu, impitoyable avec d’autres chez qui transparaissait de la toute-puissance.

Mais, petit à petit, j’ai moins ri, alors qu’au Trianon une grande partie de la salle continuait à se gondoler. Cette misère humaine qui défile devant la juge, c’est vraiment drôle ? C’est vraiment un spectacle de les voir à nu ces types, de les voir, des connards pour la plupart, patauger, s’enfoncer encore plus ? Et quasiment pour seuls plans d’interséquence ces plans de militaires, de gens d’ordre lourdement armés, ça voulait dire quoi ? Qu’il y a un lien entre des délinquants belges d’origine étrangère, allez, majoritairement proche-orientaux ou maghrébins, et ces casques, ces fusils d’assaut, ces gilets pare-balles ?  Va savoir ce que Jean Libon et Yves Hinant veulent dire, ou pas.

Bon, à la fin, on ne rit plus du tout. Mais alors plus du tout. Cette mère de famille musulmane qui a vu Satan dans son fils de 8 ans, qui l’étrangle, le poignarde, et l’enterre sous un arbre en ville. Et qui raconte ça doucement à la juge. Sans s’énerver. Sans regrets. Glaçant. Et la juge qui la fait venir auprès d’elle, elle qui refuse au début du film de serrer la main d’un malfrat. Ça dit quoi cette proximité avec la super givrée infanticide ? Que la juge est une super pro qui garde son sang-froid en toute circonstance ? Ou qu’elle est elle aussi, à sa manière, dans la toute puissance ? Je ne sais pas.

Bon, à la fin, on ne sait toujours pas qui a tué ces deux prostituées il y a 20 ans, et c’est un peu frustrant.

On peut voir et se faire son avis.

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Amy, d’Asif Kapadia, love is a loosing game ou le récit d’une mise à mort

AMY-Affiche-France

Amy d’Asif Kapadia, très beau documentaire sur la naissance d’Amy Winehouse en tant qu’artiste, et sur sa marche vers la mort.

Presque totalement composé d’images d’archives, dont beaucoup sorties des caméras/téléphones d’Amy et de son entourage, le film fait le récit de la vie d’Amy Winehouse, raconté par ceux qui l’ont accompagnée. Les interviews rétrospectifs sont tous off. Quelques images par drone d’aujourd’hui nous restituent les décors.

Qu’est ce qui m’a touché dans ce film ?

La fenêtre ouverte sur l’art d’Amy Winehouse que je ne connaissais pas très bien, et sur son âme. Le film montre qu’elle arrivait à mettre dans ses chansons quelque chose – beaucoup –  de ce qu’elle venait de vivre. Et plus c’était douloureux, plus l’inspiration était étonnante.

Le récit de sa marche vers la mort. Ceux qui auraient pu l’entraver n’ont rien fait ou ont même aggravé les choses, par indifférence, par intérêt, par orgueil, par addiction. De ce point de vue, le film fait presque le récit d’une mise à mort.

La personnalité d’Amy Winehouse, en fragilités, et en force. Le film, parce que c’est un film, montre qu’elle n’était pas qu’une voix, mais aussi un regard. Un regard que j’ai trouvé fascinant, d’une profondeur vertigineuse. A voir. Le film et le regard.

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