Archives par étiquette : film à voir absolument

120 battements par minute, de Robin Campillo, indifférence

C’est l’histoire de militants activistes, réunis dans Act Up Paris, qui dénoncent au cours d’actions spectaculaires et dérangeantes l’inaction criminelle des pouvoirs publics, et les stratégies commerciales des laboratoires pharmaceutiques, alors que l’épidémie de SIDA s’étend. Mais comme elle touche principalement des pédés, des putes, des toxicos et des taulards, l’Etat s’en fout, et la société ne répond pas ou peu. Nathan vient de rejoindre Act Up. Il rencontre Sean. Métier : séropositif comme il le dit lui même.

Très belle histoire d’amour. Très beau portrait d’un groupe de jeunes gens qui se battent, avec la déchéance, la souffrance et la mort comme horizon. Il y a une énergie et une beauté incroyable dans tous les personnages. Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel à couper le souffle.

On se demande ce qu’on faisait à l’époque. Ce qu’on en pensait. On aurait pu aider ? Aller à une manif ? Signer une pétition ? Jamais trop tard pour bien faire. Faudrait vraiment être bête de ne pas aller voir.

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Je danserai si je veux, de Maysaloun Hamoud, comme tu veux

Tel Aviv. Après le départ de leur amie Ratif qui se marie, Layla et Salma, 2 jeunes femmes palestiniennes, 2 jeunes arabes israéliennes, grandes fêtardes, sont rejointes par une nouvelle colocataire, Nour, étudiante en informatique, musulmane, pratiquante, voilée, fiancée. On a donc réunies trois filles en âge de se marier. Et quelques pressions familiales ou amoureuses à ce sujet. Mais le mariage, ça semble, au moins pour Layla et Salma, être la fin de la vie, l’obéissance aux conventions comme une punition de chaque instant. On passe quelques jours avec Layla, Salma et Nour.

C’est quoi une femme ? Un être qui vibre. C’est quoi une jeune femme ? Une être qui vibre beaucoup beaucoup. Et moi j’aime les vibrations, et particulièrement celles de cette histoire où excellent Mouna Hawa, Sana Jammelieh et Shaden Kanboura. C’est quoi un homme ? Dans ce film des êtres jouisseurs, hypocrites, conformistes, lâches ou résignés. Cochez les cases, au choix. A quelques exceptions près, dont celle du père de Nour mais là je spoile un peu peut-être. Pas mal d’éléments m’échappent faute de connaître la vie quotidienne en Israël où la question des transports et des déplacements semble cruciale à maints égards pour les Palestiniens.

Voilà, Je danserai si je veux, un film cousin de Mustang, dans un Proche-Orient où courage est un mot plutôt féminin. A voir. Un grand merci à Jules pour nous avoir proposé cette sortie.

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Captain Fantastic, de Matt Ross, inoubliable

captainfantastic

Vivent dans une forêt du nord-ouest américain un homme et ses 6 enfants. Ils chassent, ils s’entraînent à toutes sortes de choses, ils étudient, ils font de la musique. Ils ont un véhicule : un ancien bus scolaire dénommé Steve qui leur permet d’aller au besoin à la ville la plus proche. La mère n’est pas là et son absence qui est amenée à se prolonger va bouleverser la vie de la famille. Le père – un brin psychorigide – et surtout ses enfants vont devoir se frotter au monde extérieur. A moins que ce ne soit le monde extérieur qui se frotte à eux. Mise à l’épreuve générale.

C’est très tendre. C’est surprenant. C’est beau. C’est émouvant. C’est plein d’amour. Ca nous parle de nos absurdités civilisationnelles. Je sais que je vais y penser, y repenser, encore et encore. Chouette, un nouveau copain !

A voir absolument.

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Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, puissant et bouleversant

justelafindumonde

Après 12 ans d’absence, Louis, devenu écrivain, revient dans sa famille pour leur dire adieu. Il est malade, s’attend à mourir bientôt, mais eux ils ne le savent pas. Sa famille : sa mère, sa soeur (si jeune quand il est parti qu’elle ne se souvient qu’à peine de lui), son frère aîné et sa femme (qu’il ne connaît pas non plus). Son retour réveille les sentiments, l’amour, les douleurs, les ressentiments. Peut-il leur dire ce pourquoi il est venu ? Peuvent-ils traverser tout ça, mourir ou renaître ?

En sortant du cinéma, je me suis dit que j’avais vu l’oeuvre d’un génie créatif. Avec un parti pris de réalisation au moins aussi fort que celui de Mommy.

En se mettant au plus près de ses personnages, Dolan nous entraîne dans leur regard, dans leur respiration, dans leur rythme, dans leur sincérité absolue. Un seul regard fait basculer le film.

A ce jeu, j’ai trouvé Marion Cotillard sublime ( si je dis que ça m’a surpris, je passe pour un abruti ? ), Nathalie Baye d’une force incroyable, meilleure de film en film, Léa Seydoux bouleversante, Vincent Cassel plus juste tu meurs, Gaspard Ulliel  tout en vibrations ( Meryl Streep sors de ce corps !).

Go for it !

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Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, bouleversant

mustang

Film sorti mi-2015. Je l’avais loupé. Séance de rattrapage grâce à Télérama et au Trianon de Sceaux. Merci !

Turquie de nos jours. Une région reculée au bord de la mer. Fin de l’école, début de l’été. Comme d’autres camarades de classe, des garçons, cinq soeurs rentrent à la maison, située dans un petit village. A pied parce qu’il fait beau. Le chemin longe la mer. On s’éclabousse, on se pousse à l’eau, on joue. Arrivées à la maison de leur grand-mère (elles sont orphelines, élevées par leur grand-mère et leurs oncles et tantes), elles se voient vivement reprocher leur conduite supposément obscène, conduite intolérable au regard des conventions et des traditions. Elles tombent des nues. Mais brutalement, leur vie change. Radicalement.

Mustang, c’est le récit d’un combat entre la joie de vivre et l’arriération, entre la lumière et le mensonge. Et comme dans tout combat, il y a des victimes.

Mustang, c’est aussi la peinture d’une Turquie à deux vitesses, où la modernité de la pensée et des modes de vie cohabite avec le patriarcat le plus arriéré, le plus hypocrite, voire criminel.

Quelques adultes sont des alliés. La plupart sont veules, éteints, parfois violents. Les soeurs elles sont lumineuses, éclatantes, bouleversantes, craquantes. Je me souviendrai longtemps des jeux, des sourires, de la tendresse et des regards de ces cinq actrices, toutes débutantes sauf une. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Mustang est nommé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers. A voir.

PS : Pourquoi le titre de Mustang ? Je n’ai rien encore lu à ce sujet. Je suppose que le mustang du film, c’est la benjamine, celle qui raconte l’histoire, celle qui refuse « les robes informes couleur de merde », celle qui ne veut pas se laisser dompter, maîtriser, enfermer, domestiquer.

PS2 : 26 février, Césars du meilleur scénario et du meilleur premier film, un peu de bonheur aussi pour le spectateur qui a aimé

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Citizenfour, de Laura Poitras, Oscar du meilleur documentaire, wake up !

citizenfour

Avant, c’était comme dans les (vieux) films d’espionnage. Les gouvernements faisaient du renseignement ciblé avec des méthodes plus ou moins limites. C’était l’essence des choses.

Aujourd’hui, le gouvernement américain via la NSA (et d’autres) écoute, enregistre tout le monde et tout : les sites internets visités, les achats en ligne, les requêtes sur des moteurs de recherche, les likes, les posts, les partages sur les réseaux sociaux, …, partout dans le monde. Non seulement les métadonnées, c’est à dire qui tu appelles, combien de temps tu parles, où tu étais quand tu as téléphoné, … (et qui en disent très long sur ta vie), mais aussi de plus en plus le contenu des choses. Et puis, si d’aventures tu es impliqué dans une activité criminelle ou terroriste, on revient en arrière pour tout savoir tout de toi, et on te surveille en temps réel.

Avant, cet espionnage sans équivalent dans l’histoire humaine était fait au nom de la lutte contre le terrorisme post 11 septembre.

Aujourd’hui, c’est fait surtout pour la promotion des intérêts américains et la répression de tous ceux qui dénoncent ces abus de pouvoir gouvernementaux.

C’est le sujet de ce documentaire, centré autour des quelques jours où Edward Snowden fait ses révélations, grâce à des journalistes, et se met en pleine lumière. Passionnant. Terrifiant aussi. Vous ne regarderez plus vos appareils électroniques de la même façon. A voir. Et ce d’autant plus au moment où le gouvernement français, toujours au nom de la lutte contre le terrorisme, veut faire une chose semblable en France.

Le film pose plein de questions, j’en retiens deux :

Quand il n’y a plus de vie privée, il y a-t-il encore de la liberté et ne nous sommes pas déjà rentré dans un monde d’autocensure sourde, donc une sorte de dictature ?

Qui sont les vrais patriotes, ceux qui dénoncent les abus de pouvoir gouvernementaux, ou ceux qui gouvernent en violant les lois et la constitution ?

J’en rajoute une : si Hitler avait disposé d’un tel outil d’espionnage massif, combien de temps aurait-il mis à liquider tous les juifs d’Europe, et tous ceux qui auraient voulu les aider, et tous ceux qui leur devaient de l’argent, … une semaine, deux semaines ?

Allez voir ce film. Mais ne payez pas votre ticket avec votre carte bleue, n’en parlez ni sur internet ni au téléphone, et ne likez pas cet article !

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Le voleur de bicyclette, de Vittorio de Sica

voleur

Grand classique du cinéma, italien et mondial. Mais le découvrant 67 ans plus tard, qu’est ce qui fait chef d’oeuvre se demande Antoine. L’histoire sans gras, sans invraisemblance, toute tendue vers son dénouement. La justesse des comédiens, tous amateurs. La façon de filmer qui rend tout beau, clair et limpide. L’histoire, se déroulant dans une Italie d’après-guerre dévastée économiquement, facilement transposable à la France d’aujourd’hui : chômage massif, sentiment d’abandon et de déclassement, délinquance de territoire, indifférence et impuissance, bonne conscience des nantis, solidarité des plus démunis, …. Bon, j’arrête. A découvrir ou à revoir.