Archives par étiquette : film à voir absolument

Avant que de tout perdre, de Xavier Legrand, souffle coupé

Caché sous un pont, un garçonnet sèche l’école. Sa mère passe le prendre en voiture. Ils vont chercher la grande sœur. Les trois se rendent au supermarché où la mère travaille. Ils fuient. Mais quoi ?

Le film m’a coupé le souffle. Je venais d’avoir une conversation avec Julie sur Jusqu’à la garde, du même Xavier Legrand. J’ai eu envie de voir ce film fait avant l’autre. Plus court, il préfigure le long-métrage, comme une répétition générale, mais une répétition totalement aboutie, et qui a sa propre vie, sa singularité, sa propre histoire.

La tension monte petit à petit. D’un côté l’urgence de la mère et de ses enfants, de l’autre les collègues, qui comprennent ou pas, qui prennent la pleine mesure de la situation ou pas, qui se fendent d’un conseil lénifiant ou pas, qui aident ou pas, qui rejettent cette irruption dans leur confort ou pas. Déjà, une poignée de plans fixes remarquables, comme cette attente devant la porte fermée et là, Xavier Legrand ne se dégonfle pas, il ne bouge pas d’un poil, et nous on est avec eux !

Vers la fin, arrivée du geôlier, du monstre, de la menace, du tyrannosaure. Il s’appelle Antoine (tous les Antoine ne sont pas des mecs biens 😉 ! ).

Avant que de tout perdre, c’est plus qu’une fuite, c’est une évasion. C’est très fort. Vu sur iTunes pour 2 euros 49. A voir séance tenante.

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Three billboards outside Ebbing, Missouri, de Martin McDonagh, réjouissant

Près d’un an après le viol et le meurtre de sa fille Angela, crime non élucidé, Mildred Hayes interpelle le shériff et ses concitoyens en mobilisant 3 panneaux d’affichage publicitaire le long d’une petite route. Ce n’est pas le shériff qui sera le plus dérangé de cette initiative tonitruante.

En rentrant du cinéma, j’ai tout d’abord voulu situer Ebbing et le Missouri. Le Missouri existe, je le confirme, au milieu des Etats-Unis un peu à l’est (mais c’est à l’ouest du Mississippi donc il fait partie du Midwest). Mais pas Ebbing, fruit de l’imagination de Martin McDonagh. Ebbing, c’est une ville proprette, typique je ne sais pas, dans un très joli environnement boisé, vallonné et verdoyant. (en vrai le film a été tourné à Salva Caroline du Nord merci Wikipédia).

3 billboards, c’est d’abord une histoire solide, non prévisible, cohérente. Une histoire bien ficelée, sans facilités. Même si je ne suis pas sûr d’avoir clairement compris le dénouement. Ca fait du bien anyway. Une histoire avec son mystère, une histoire qui vous emmène en haut, en bas, une histoire qui vous fait croire des choses, une histoire avec de l’ironie dramatique, tout en finesse. Une histoire qui vous branche sur l’âme des personnages.

3 billboards, c’est aussi des personnages forts, mais pas monolithiques, pas stéréotypés. Des personnages complexes, avec leurs faiblesses, leurs mensonges, leur courage, leurs désirs. Mildred Hayes en a assez de ce qu’elle vit comme un second et lent enterrement de sa fille, avec une enquête à l’arrêt. Elle n’a pas froid aux yeux et le montrera à maintes reprises. Le shériff William Willoughby n’est pas tout à fait l’homme qu’on croit. Et son adjoint, le brutal, raciste, et apparemment semi-simplet Dixon non plus. Pleins de seconds rôles subtils : Peter Dinklage, Caleb Landry Jones, John Hawkes, ….

3 billboards, c’est un film sur le combat du courage contre la lâcheté, de la force d’âme contre la résignation, de la révolte contre l’indifférence, de l’amour contre l’abus de pouvoir, de la colère contre la bienpensance.

Frances McDormand ( Mildred ) a été oscarisée. Sam Rockwell ( Dixon ) aussi. Woody Harrelson ( le shériff ) y est mille fois plus intéressant que dans les Hungergames ou dans Le retour de la revanche du commencement de la bataille finale de la planète des singes.

Ah ! Le titre français est trompeur, il ne reflète pas l’histoire, car il n’y a pas de vengeance dans ce film. J’ai pas pris comme image l’affiche française. Shame on celles et ceux qui ont choisi ce titre.

Vous voulez aller au cinéma ? C’est le bon choix. C’est LE choix pour un film qui va m’accompagner un bout de temps.

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L’insulte, de Ziad Doueiri, blessures

Des travaux de voirie ont lieu dans une rue de Beyrouth. Le chef de travaux veut faire réparer une gouttière comme c’est la loi. Le propriétaire s’y oppose violemment. “Sale con”, lance le contremaître. C’est un réfugié palestinien. L’autre un libanais chrétien. Il porte plainte. Début de l’histoire.

Très beau film, inattendu et prenant. A la fois une comédie, un drame, un film psychologique et aussi politique. Le sujet : la fierté, l’orgueil, les blessures qui ne passent pas, qui passent mal, qui se rouvrent. Jolie réflexion aussi sur les victimes oubliées. Sur les victimes qui deviennent des bourreaux et vice et versa. Sujet libanais, et aussi universel. Jolie trouvaille dans l’opposition des deux avocats.

Tous les comédiens sont lumineux, beaux, avec des regards exceptionnels. L’histoire, très bien construite, m’a emporté, avec ses surprises, ses contrepieds, sa profondeur. En fait, quand j’y pense, les films proche-orientaux ont souvent plus de goût que bien d’autres.

Une question irrésolue pour moi. Au début du film, la femme du personnage chrétien, enceinte, lui indique qu’elle aimerait bien s’installer dans la région d’origine de son mari, le village de Damour. Il refuse catégoriquement. Pour un libanais, ou pour un connaisseur de l’histoire du Liban, ça fait sens : Damour est le lieu d’un des pires massacres commis en janvier 1976 par des milices palestiniennes. D’où sans doute sa haine des palestiniens qui ressurgit lors de sa rencontre avec le contremaître. Mais pour moi, au moment où je vois le film, cette information ne fait pas sens. Je ne la comprends que bien plus tard dans le film. Ma question c’est, qu’est ce que ça aurait changé pour moi spectateur d’intégrer la profondeur de cette information pour comprendre les personnages ? Aurais-je perçu le film, aurais-je compris le film différemment ? Pour trouver une réponse, il faudrait aller le revoir.

Anyway, je guetterai le prochain film de Ziad Doueiri.

A voir sans hésiter.

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Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand, frissons

Dans le bureau d’une juge aux affaires matrimoniales ( c’est comme ça qu’on dit ? ), un couple vient régler la question de la garde des enfants. On écoute la juge lire le témoignage du fils de 11 ans. On écoute l’avocate de la femme. On pense que c’est cuit pour le mari. Son avocate prend la parole. Peut-être pas si cuit.

C’est un film sur la menace. Qui ne cesse de grandir. C’est aussi un film sur le jugement que l’on peut porter sur les choses, sur la difficulté qu’il y a à juger les choses. C’est un film sur le courage. Et aussi une description de ce qu’est un pervers narcissique, et de comment il se conduit quand il est blessé de voir sa proie lui échapper.

Ce film est très beau, très intéressant, très construit, très maîtrisé. De longues scènes. Des scènes géniales comme l’audience du début,  la visite de l’appartement, le concert vu par la fille, le test de grossesse, … Des plans fixes envoutants. Oui, on peut faire des plans fixes qui racontent mille choses. Le bruit comme moteur de la situation, comme signe du dérèglement et de l’oppression : l’alarme de ceinture de sécurité, le bruit de l’ascenseur, …. C’est aussi un premier long métrage, mais pas un premier film puisqu’avec un court-métrage sur le même thème, et la même distribution, Avant que de tout perdre, Xavier Nicolas avait récolté de nombreux prix.

J’ai aimé toute la distribution : Léa Drucker, Denis Ménochet (massif, terrifiant, fragile) et Thomas Giora, le fils de onze ans qui affronte son père pour protéger sa mère, et les autres.

C’est assez universel comme histoire me semble-t-il. On attend maintenant avec envie le prochain film de Xavier Legrand qui lui sait raconter une histoire, et où placer sa caméra pour la raconter. Mais, comme par hasard, c’est aussi un acteur. A voir.

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120 battements par minute, de Robin Campillo, indifférence

C’est l’histoire de militants activistes, réunis dans Act Up Paris, qui dénoncent au cours d’actions spectaculaires et dérangeantes l’inaction criminelle des pouvoirs publics, et les stratégies commerciales des laboratoires pharmaceutiques, alors que l’épidémie de SIDA s’étend. Mais comme elle touche principalement des pédés, des putes, des toxicos et des taulards, l’Etat s’en fout, et la société ne répond pas ou peu. Nathan vient de rejoindre Act Up. Il rencontre Sean. Métier : séropositif comme il le dit lui même.

Très belle histoire d’amour. Très beau portrait d’un groupe de jeunes gens qui se battent, avec la déchéance, la souffrance et la mort comme horizon. Il y a une énergie et une beauté incroyable dans tous les personnages. Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel à couper le souffle.

On se demande ce qu’on faisait à l’époque. Ce qu’on en pensait. On aurait pu aider ? Aller à une manif ? Signer une pétition ? Jamais trop tard pour bien faire. Faudrait vraiment être bête de ne pas aller voir.

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Je danserai si je veux, de Maysaloun Hamoud, comme tu veux

Tel Aviv. Après le départ de leur amie Ratif qui se marie, Layla et Salma, 2 jeunes femmes palestiniennes, 2 jeunes arabes israéliennes, grandes fêtardes, sont rejointes par une nouvelle colocataire, Nour, étudiante en informatique, musulmane, pratiquante, voilée, fiancée. On a donc réunies trois filles en âge de se marier. Et quelques pressions familiales ou amoureuses à ce sujet. Mais le mariage, ça semble, au moins pour Layla et Salma, être la fin de la vie, l’obéissance aux conventions comme une punition de chaque instant. On passe quelques jours avec Layla, Salma et Nour.

C’est quoi une femme ? Un être qui vibre. C’est quoi une jeune femme ? Une être qui vibre beaucoup beaucoup. Et moi j’aime les vibrations, et particulièrement celles de cette histoire où excellent Mouna Hawa, Sana Jammelieh et Shaden Kanboura. C’est quoi un homme ? Dans ce film des êtres jouisseurs, hypocrites, conformistes, lâches ou résignés. Cochez les cases, au choix. A quelques exceptions près, dont celle du père de Nour mais là je spoile un peu peut-être. Pas mal d’éléments m’échappent faute de connaître la vie quotidienne en Israël où la question des transports et des déplacements semble cruciale à maints égards pour les Palestiniens.

Voilà, Je danserai si je veux, un film cousin de Mustang, dans un Proche-Orient où courage est un mot plutôt féminin. A voir. Un grand merci à Jules pour nous avoir proposé cette sortie.

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Captain Fantastic, de Matt Ross, inoubliable

captainfantastic

Vivent dans une forêt du nord-ouest américain un homme et ses 6 enfants. Ils chassent, ils s’entraînent à toutes sortes de choses, ils étudient, ils font de la musique. Ils ont un véhicule : un ancien bus scolaire dénommé Steve qui leur permet d’aller au besoin à la ville la plus proche. La mère n’est pas là et son absence qui est amenée à se prolonger va bouleverser la vie de la famille. Le père – un brin psychorigide – et surtout ses enfants vont devoir se frotter au monde extérieur. A moins que ce ne soit le monde extérieur qui se frotte à eux. Mise à l’épreuve générale.

C’est très tendre. C’est surprenant. C’est beau. C’est émouvant. C’est plein d’amour. Ca nous parle de nos absurdités civilisationnelles. Je sais que je vais y penser, y repenser, encore et encore. Chouette, un nouveau copain !

A voir absolument.

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Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, puissant et bouleversant

justelafindumonde

Après 12 ans d’absence, Louis, devenu écrivain, revient dans sa famille pour leur dire adieu. Il est malade, s’attend à mourir bientôt, mais eux ils ne le savent pas. Sa famille : sa mère, sa soeur (si jeune quand il est parti qu’elle ne se souvient qu’à peine de lui), son frère aîné et sa femme (qu’il ne connaît pas non plus). Son retour réveille les sentiments, l’amour, les douleurs, les ressentiments. Peut-il leur dire ce pourquoi il est venu ? Peuvent-ils traverser tout ça, mourir ou renaître ?

En sortant du cinéma, je me suis dit que j’avais vu l’oeuvre d’un génie créatif. Avec un parti pris de réalisation au moins aussi fort que celui de Mommy.

En se mettant au plus près de ses personnages, Dolan nous entraîne dans leur regard, dans leur respiration, dans leur rythme, dans leur sincérité absolue. Un seul regard fait basculer le film.

A ce jeu, j’ai trouvé Marion Cotillard sublime ( si je dis que ça m’a surpris, je passe pour un abruti ? ), Nathalie Baye d’une force incroyable, meilleure de film en film, Léa Seydoux bouleversante, Vincent Cassel plus juste tu meurs, Gaspard Ulliel  tout en vibrations ( Meryl Streep sors de ce corps !).

Go for it !

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Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, bouleversant

mustang

Film sorti mi-2015. Je l’avais loupé. Séance de rattrapage grâce à Télérama et au Trianon de Sceaux. Merci !

Turquie de nos jours. Une région reculée au bord de la mer. Fin de l’école, début de l’été. Comme d’autres camarades de classe, des garçons, cinq soeurs rentrent à la maison, située dans un petit village. A pied parce qu’il fait beau. Le chemin longe la mer. On s’éclabousse, on se pousse à l’eau, on joue. Arrivées à la maison de leur grand-mère (elles sont orphelines, élevées par leur grand-mère et leurs oncles et tantes), elles se voient vivement reprocher leur conduite supposément obscène, conduite intolérable au regard des conventions et des traditions. Elles tombent des nues. Mais brutalement, leur vie change. Radicalement.

Mustang, c’est le récit d’un combat entre la joie de vivre et l’arriération, entre la lumière et le mensonge. Et comme dans tout combat, il y a des victimes.

Mustang, c’est aussi la peinture d’une Turquie à deux vitesses, où la modernité de la pensée et des modes de vie cohabite avec le patriarcat le plus arriéré, le plus hypocrite, voire criminel.

Quelques adultes sont des alliés. La plupart sont veules, éteints, parfois violents. Les soeurs elles sont lumineuses, éclatantes, bouleversantes, craquantes. Je me souviendrai longtemps des jeux, des sourires, de la tendresse et des regards de ces cinq actrices, toutes débutantes sauf une. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Mustang est nommé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers. A voir.

PS : Pourquoi le titre de Mustang ? Je n’ai rien encore lu à ce sujet. Je suppose que le mustang du film, c’est la benjamine, celle qui raconte l’histoire, celle qui refuse “les robes informes couleur de merde”, celle qui ne veut pas se laisser dompter, maîtriser, enfermer, domestiquer.

PS2 : 26 février, Césars du meilleur scénario et du meilleur premier film, un peu de bonheur aussi pour le spectateur qui a aimé

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