Archives par étiquette : film français

Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand, frissons

Dans le bureau d’une juge aux affaires matrimoniales ( c’est comme ça qu’on dit ? ), un couple vient régler la question de la garde des enfants. On écoute la juge lire le témoignage du fils de 11 ans. On écoute l’avocate de la femme. On pense que c’est cuit pour le mari. Son avocate prend la parole. Peut-être pas si cuit.

C’est un film sur la menace. Qui ne cesse de grandir. C’est aussi un film sur le jugement que l’on peut porter sur les choses, sur la difficulté qu’il y a à juger les choses. C’est un film sur le courage. Et aussi une description de ce qu’est un pervers narcissique, et de comment il se conduit quand il est blessé de voir sa proie lui échapper.

Ce film est très beau, très intéressant, très construit, très maîtrisé. De longues scènes. Des scènes géniales comme l’audience du début,  la visite de l’appartement, le concert vu par la fille, le test de grossesse, … Des plans fixes envoutants. Oui, on peut faire des plans fixes qui racontent mille choses. Le bruit comme moteur de la situation, comme signe du dérèglement et de l’oppression : l’alarme de ceinture de sécurité, le bruit de l’ascenseur, …. C’est aussi un premier long métrage, mais pas un premier film puisqu’avec un court-métrage sur le même thème, et la même distribution, Avant que de tout perdre, Xavier Nicolas avait récolté de nombreux prix.

J’ai aimé toute la distribution : Léa Drucker, Denis Ménochet (massif, terrifiant, fragile) et Thomas Giora, le fils de onze ans qui affronte son père pour protéger sa mère, et les autres.

C’est assez universel comme histoire me semble-t-il. On attend maintenant avec envie le prochain film de Xavier Legrand qui lui sait raconter une histoire, et où placer sa caméra pour la raconter. Mais, comme par hasard, c’est aussi un acteur. A voir.

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Le retour du héros, de Laurent Tirard, marrant et vite oublié

1812. Pour guérir sa jeune sœur qui dépérit d’être sans nouvelles du capitaine Neuville, lequel est parti à la guerre le jour même où il a demandé sa main mais ne lui a jamais écrit comme promis, Elisabeth Beaugrand se lance dans une fausse correspondance décrivant les aventures extraordinaires du capitaine. Elle finit par le faire passer de vie à trépas dans une dernière lettre. Deux ans plus tard, alors que sa sœur s’est finalement consolée et mariée, Elisabeth tombe sur un Neuville clochardisé, de retour au pays. Gros problème.

C’est très marrant. On se demande comment les acteurs ont réussi à garder leur sérieux au tournage. Mais, le lendemain, j’avais presque complètement oublié le film. Pourquoi ? Quelques hypothèses :

+ il y a beaucoup de facilités dans le récit comme, par exemple, la rencontre des deux protagonistes. Pourquoi Elisabeth (Mélanie Laurent) déballe-t-elle tout si ce n’est pour arranger les billes des deux scénaristes ? Moi, spectateur lambda, ça m’a échappé. Et, ce genre de gêne,  n’y a-t-il personne pour la ressentir, pour leur en parler avant même la production ? Question de finalités peut-être. Donc, on a un film avec une bonne histoire, mais pas une super histoire qui impressionne, qui imprime.

+ les imperfections du récit sont massivement gommées par le jeu des acteurs, mais ils sont tellement bons que paradoxalement, ils révèlent les pistes inabouties de l’histoire comme, autre exemple, l’érotomanie de la petite sœur. Au delà des rôles principaux, il faut regarder l’extraordinaire travail d’Evelyne Buyle et aussi celui de Fabienne Galula qui dit des choses avec des petits mouvements de ses doigts.

+ je suis bien en peine de dire ce qu’il aurait fallu faire, mais il m’a semblé que la mise en scène, la façon de filmer, tout cela était un peu plat, ne faisait pas tant d’effet que cela.

+ dans Neuville (Jean Dujardin), je me demandais parfois si je ne voyais ou n’entendais pas Hubert (les afficionados ont compris), et à quelques instants, FX ! (il se reconnaîtra 😉 ) Ca trouble un peu ce sentiment au beau milieu d’une scène se déroulant du début du 19ème siècle.

Pour résumer, Le retour du héros, c’est marrant, ça aurait pu être un chef d’œuvre, un nouveau film culte, et puis en fait non. Dommage.

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Le brio, d’Yvan Attal, pas tant que ça

Premier cours de sa première année à Assas pour Neïla Salah. Elle arrive 5 minutes en retard. Le prof, Pierre Mazars, l’humilie devant l’amphi et ses centaines d’étudiants. Mais ses propos, provocateurs, limites, finissent en ligne. Scandale. Le président d’Assas, ami de Mazars, a une idée. Que Mazars coache Neïla pour le concours annuel d’éloquence, et le conseil de discipline qui le convoque s’en trouvera amadoué. Mais que va-t-il se passer ?

Ce que j’ai aimé :

  • Les deux personnages, leur affrontement.
  • Le naturel de Camélia Jordana. Le cynisme de Mazars (Daniel Auteuil).
  • Les vannes et les provocations de Mazars.
  • Les réparties de Neïla.
  • La famille et les amis de Neïla.
  • D’en apprendre un petit peu sur les stratagèmes de l’éloquence.
  • La dénonciation d’une forme de victimisation.

Ce que j’ai moins aimé :

  • La superficialité de l’ensemble. Ca pourrait aller beaucoup plus loin il me semble. J’ai eu sans arrêt l’impression que le film ouvrait des portes, les laissait ouvertes, restait  à leur seuil, sans explorer, sans aller plus avant, avec beaucoup d’implicite du genre “vous comprenez ce qu’on veut vous dire, hein ?”. Moi, j’aime bien quand ça va au bout des choses. Chacun sa cuisine.
  • L’ellipse sur les progrès de Neïla.
  • Le démarrage foudroyant de l’histoire, un peu capillotracté, qui atténue le conflit intérieur de Mazars. C’est l’acte un le plus rapide que j’ai jamais vu.
  • Les dernières scènes qui laissent penser que les auteurs ne savaient pas très bien en fait où ils voulaient nous emmener avec leur film et ce qu’ils avaient à nous dire sur la transmission, les immigrés, la culture, les banlieues, la bêtise du monde, etc.

Dommage. On serait passé de bon à très bon, voire captivant ! On peut voir. Ou pas.

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Santa & Cie, d’Alain Chabat, déçu

Trois jours avant Noël, Santa Klaus a un grave problème : ses lutins sont brusquement tombés malades. La production des jouets est arrêtée. Un vieux grimoire lui donne la solution, il doit aller sur terre trouver de la vitamine C. Il part avec ses rennes et son traineau.

Ayant entendu un concert de louanges formulées par Pierre Lescure lors de l’émission C à vous, je suis allé voir Santa & Cie espérant beaucoup rire. J’ai vu un film fait d’une succession de trouvailles, d’idées plus ou moins brillantes, cherchant à exploiter les possibilités de la situation. Et ça ne m’a pas fait beaucoup rire. Et à peine plus la salle. Ca ne m’a pas emporté comme je l’aurais aimé. Trop disparate ? Trop téléphoné ? Trop private joke ? Trop entre-soi spirituel ? Difficile à dire. Sans doute est-ce compliqué de jouer sur autant de tableaux comme le fait Chabat en étant à la fois le scénariste, le réalisateur, le personnage principal et l’ami de quelques comédiens célébres qui font au film l’honneur de leur présence. Est-ce que je voyais un personnage de Père Noël, ou alors Chabat jouant le Père Noël, ou alors Chabat tout court ayant un message sur l’enfance ?  Ca n’est pas passé. Tant pis.

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Les gardiennes, de Xavier Beauvois, devenir

1915. Campagne française. Les deux fils d’Hortense, Constant et Georges, sont à la guerre, son beau-fils Clovis aussi. Hortense fait tourner la ferme avec sa fille et la sœur de son gendre. Comme les bras manquent, Hortense embauche une jeune femme, Francine, pour la moisson. Georges revient en permission.

C’est un film lent et beau. Qui décrit une campagne qui est à l’orée de la mécanisation. Un monde où l’individualisme n’a pas encore pris le pas sur les solidarités.  J’ai été impressionné par le personnage de Francine, par Iris Bry, très belle, comédienne à fleur de peau, qui m’a fait penser à Meryl Streep. J’ai aimé la photo, surtout le très beau plan du départ de Constant dans la brume. Je me suis demandé tout du long si Nathalie Baye portait une perruque. J’ai recherché malgré moi le visage de son père dans les traits de Laura Smet.

Au bout d’un moment, j’ai regretté que le film n’aille pas plus loin, et ne traite pas plus le sujet qu’il avait mis deux heures à mettre en place : le choix d’Hortense entre l’intérêt de sa famille et le bonheur de son fils, le choix de Georges qui pour le coup n’a pas le choix. Ça arrive trop souvent, je trouve, les films qui se terminent là où ils auraient pu commencer. D’un autre côté, c’est peut-être deux films pour le prix d’un : celui qu’on vient de voir, et celui qu’on se fait dans sa tête pour imaginer la suite. Clair comme questionnement ?

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Le sens de la fête, de Toledano et Nakache, marrant

Max, la soixantaine, est dans l’évènementiel, les mariages. La journée commence mal avec des clients rapiats qu’il envoie sur les roses. Puis on le suit tout le long du mariage de Pierre et d’Héléna, qui va avoir lieu dans un château 17ème où ses équipes s’installent.

C’est très marrant. Bien observé. Un peu méchant mais pas trop. Les comédiens sont très bons. Jean-Pierre Bacri fascinant. Jean-Paul Rouve costaud. Eye Haidara que je découvre. L’histoire se déroule comme une mécanique bien huilée où tous les éléments prennent leur place au bon moment.

Alors pourquoi ce sentiment que c’est marrant sans plus ? Et moins touchant que Nos jours heureux pour comparer avec un film précédent des deux mêmes ?

Je ne sais pas trop. Trop bien huilé ? Pas assez profond ? Trop rapide ? Trop de péripéties et pas assez d’histoire ? Pas assez d’enjeux pour Max qui dit jouer sa vie, mais ça en fait on ne le voit pas vraiment tant il est désabusé ? Va savoir docteur.

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Otez-moi d’un doute, de Carine Tardieu, ADN

Erwan, dont la fille attend un enfant et refuse d’en rechercher le père, découvre un jour que son père – Bastien – n’est pas son père biologique. Une détective le retrouve. “Il est vivant, s’appelle Joseph, et habite à 20 kilomètres de là” lui explique-t-elle. Erwan prend sa voiture.

Ce qui est frappant dans ce film, très drôle, c’est la stature et la subtilité des comédiens, François Damiens en tête, dont j’avais à l’esprit une figure plutôt loufoque. On est loin de ça. André Wilms campe un Joseph étonnant. Guy Marchand un vieux singe émouvant. Et Cécile de France est d’une justesse et d’un charme à tomber.

J’ai trouvé quand même qu’il y avait une facilité de scénario, entre le lancement de la piste initiale, et son infléchissement au bout d’une heure et demi au détour d’une réplique. Autre facilité, la scène de la nacelle, sortie un peu de nulle part, histoire de faire avancer l’histoire. Dommage. On s’amusait bien de cet entrelacis générationnel.

La veille j’avais entendu Guillaume Canet indiquer qu’à son sens les scénarios des films français n’étaient pas assez travaillés. C’est peut-être ce qui manque à Otez-moi d’un doute pour monter quelques marches dans le panthéon du cinéma. Mais se regarde avec grand plaisir quand même !

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Barbara, de Mathieu Amalric, anti-biopic

Un réalisateur, Yves Zand, fasciné par son sujet, réalise un film sur Barbara.

Le film que nous voyons, nous spectateurs, entremêle images d’archives, images du tournage du film de Zand sur Barbara, un peu comme un making off, et images de ce même film, plus toutes sortes de situations vécues par la comédienne qui interprète Barbara, Brigitte dans le film et Jeanne Balibar comme comédienne.

On passe de l’un à l’autre continuellement. Donc, dans une même séquence, se succèdent une image d’archive, une image du film en cours de tournage, et une image du making-off. C’est clair ?

A l’image et aussi au son, Brigitte/Jeanne Balibar ou Barbara au piano et au chant. S’ajoutent à la bande son des extraits des séances de travail de Barbara enregistrées par elle-même.

Le résultat est assez troublant, réussi et pas seulement formellement. C’est une sorte d’anti-biopic. Une évocation rêvée et rêveuse qui rend sans doute encore plus hommage à Barbara.

Jeanne Balibar très convaincainte et émouvante, tant en Brigitte qu’en Barbara. Mathieu Amalric donne toujours envie de le suivre. Moitié allumé, moitié inspiré et inspirant.

Si vous attendez de ce film une collection de chansons interprétées par Barbara, vous risquez d’être déçus. Mais si vous n’en n’attendez rien, un peu comme moi, vous risquez d’être comblés, ou de vous ennuyer, ou un peu des deux. A voir.

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Django, d’Etienne Comar, requiem

Le film nous invite à suivre deux ans de la vie de Django Reinhardt dans la France occupée. La guerre, “c’est une affaire de gadjo” dit-il au début. Il donne des concerts. Il est invité à faire une tournée en Allemagne. Il refuse. Cela ne lui plaît pas qu’on lui force la main. Le film c’est le récit de sa lente prise de conscience de la menace mortelle qui pèse sur le peuple tsigane et sur lui. C’est aussi un film sur sa musique, sur son style unique, sur son goût des rythmes rapides, et sur la musique comme moyen de communion.

Qu’est ce qui tient l’attention du spectateur alors que le personnage principal est presque jusqu’au bout passif, plus intéressé par la pêche et le jeu que par les drames autour de lui ?

La musique de Django Reinhardt, la manière dont elle est filmée, sa force, son caractère envoutant. Et aussi le jeu de de Reda Kateb qui a quelque chose à fleur de peau, quelque chose dans le regard qui attire, accroche, retient.

Message personnel  : aux deux tiers du film, un visage connu, Hugues Jourdain, qui trace son chemin.

Que vais-je faire maintenant ? Ecouter du Django Reinhardt.

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Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, résilience

Patients raconte la rééducation de Ben, jeune homme qu’un accident a rendu tétraplégique. Ben dépend a 100% des autres. Ben réapprend a bouger une main, un bras , …. Ben attend. Ben patiente.

Patients, c’est la chronique de la vie de Ben dans son centre de rééducation. La patience du spectateur n’est pas mise à l’épreuve. Ça va vite, ça a l’air tellement vrai, c’est mordant, ça vanne, c’est drôle, c’est jamais misérabiliste. Patients, ça pince le cœur aussi, pour un tas de raisons. En contrepartie, pas mal d’implicite et de sujets sur lesquels on glisse, un peu trop à mon goût. Par exemple, la relation avec le kiné (François), l’histoire avec Samia, le renoncement, le destin, les réflexions de Steeve qui se demande pourquoi il n’y a que des pauvres dans le centre de rééducation, etc.

Pablo Pauly, Nalia Harzoune, Soufiane Guerrab, Franck Falise, Moussa Mansaly, des noms à retenir pour l’intensité et la profondeur qu’ils apportent.

Bon, à noter que le film est produit par Marc Ladreit de Lacharrière, fidèle je suppose à ses engagements déjà anciens. Va-t-il construire une œuvre de producteur ? Et Grand Corps Malade, et Mehdi Idir, que vont-ils construire au cinéma ? Attendons. Patiemment ?

A voir.

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