Archives par étiquette : film français

Le sens de la fête, de Toledano et Nakache, marrant

Max, la soixantaine, est dans l’évènementiel, les mariages. La journée commence mal avec des clients rapiats qu’il envoie sur les roses. Puis on le suit tout le long du mariage de Pierre et d’Héléna, qui va avoir lieu dans un château 17ème où ses équipes s’installent.

C’est très marrant. Bien observé. Un peu méchant mais pas trop. Les comédiens sont très bons. Jean-Pierre Bacri fascinant. Jean-Paul Rouve costaud. Eye Haidara que je découvre. L’histoire se déroule comme une mécanique bien huilée où tous les éléments prennent leur place au bon moment.

Alors pourquoi ce sentiment que c’est marrant sans plus ? Et moins touchant que Nos jours heureux pour comparer avec un film précédent des deux mêmes ?

Je ne sais pas trop. Trop bien huilé ? Pas assez profond ? Trop rapide ? Trop de péripéties et pas assez d’histoire ? Pas assez d’enjeux pour Max qui dit jouer sa vie, mais ça en fait on ne le voit pas vraiment tant il est désabusé ? Va savoir docteur.

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Otez-moi d’un doute, de Carine Tardieu, ADN

Erwan, dont la fille attend un enfant et refuse d’en rechercher le père, découvre un jour que son père – Bastien – n’est pas son père biologique. Une détective le retrouve. « Il est vivant, s’appelle Joseph, et habite à 20 kilomètres de là » lui explique-t-elle. Erwan prend sa voiture.

Ce qui est frappant dans ce film, très drôle, c’est la stature et la subtilité des comédiens, François Damiens en tête, dont j’avais à l’esprit une figure plutôt loufoque. On est loin de ça. André Wilms campe un Joseph étonnant. Guy Marchand un vieux singe émouvant. Et Cécile de France est d’une justesse et d’un charme à tomber.

J’ai trouvé quand même qu’il y avait une facilité de scénario, entre le lancement de la piste initiale, et son infléchissement au bout d’une heure et demi au détour d’une réplique. Autre facilité, la scène de la nacelle, sortie un peu de nulle part, histoire de faire avancer l’histoire. Dommage. On s’amusait bien de cet entrelacis générationnel.

La veille j’avais entendu Guillaume Canet indiquer qu’à son sens les scénarios des films français n’étaient pas assez travaillés. C’est peut-être ce qui manque à Otez-moi d’un doute pour monter quelques marches dans le panthéon du cinéma. Mais se regarde avec grand plaisir quand même !

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Barbara, de Mathieu Amalric, anti-biopic

Un réalisateur, Yves Zand, fasciné par son sujet, réalise un film sur Barbara.

Le film que nous voyons, nous spectateurs, entremêle images d’archives, images du tournage du film de Zand sur Barbara, un peu comme un making off, et images de ce même film, plus toutes sortes de situations vécues par la comédienne qui interprète Barbara, Brigitte dans le film et Jeanne Balibar comme comédienne.

On passe de l’un à l’autre continuellement. Donc, dans une même séquence, se succèdent une image d’archive, une image du film en cours de tournage, et une image du making-off. C’est clair ?

A l’image et aussi au son, Brigitte/Jeanne Balibar ou Barbara au piano et au chant. S’ajoutent à la bande son des extraits des séances de travail de Barbara enregistrées par elle-même.

Le résultat est assez troublant, réussi et pas seulement formellement. C’est une sorte d’anti-biopic. Une évocation rêvée et rêveuse qui rend sans doute encore plus hommage à Barbara.

Jeanne Balibar très convaincainte et émouvante, tant en Brigitte qu’en Barbara. Mathieu Amalric donne toujours envie de le suivre. Moitié allumé, moitié inspiré et inspirant.

Si vous attendez de ce film une collection de chansons interprétées par Barbara, vous risquez d’être déçus. Mais si vous n’en n’attendez rien, un peu comme moi, vous risquez d’être comblés, ou de vous ennuyer, ou un peu des deux. A voir.

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Django, d’Etienne Comar, requiem

Le film nous invite à suivre deux ans de la vie de Django Reinhardt dans la France occupée. La guerre, « c’est une affaire de gadjo » dit-il au début. Il donne des concerts. Il est invité à faire une tournée en Allemagne. Il refuse. Cela ne lui plaît pas qu’on lui force la main. Le film c’est le récit de sa lente prise de conscience de la menace mortelle qui pèse sur le peuple tsigane et sur lui. C’est aussi un film sur sa musique, sur son style unique, sur son goût des rythmes rapides, et sur la musique comme moyen de communion.

Qu’est ce qui tient l’attention du spectateur alors que le personnage principal est presque jusqu’au bout passif, plus intéressé par la pêche et le jeu que par les drames autour de lui ?

La musique de Django Reinhardt, la manière dont elle est filmée, sa force, son caractère envoutant. Et aussi le jeu de de Reda Kateb qui a quelque chose à fleur de peau, quelque chose dans le regard qui attire, accroche, retient.

Message personnel  : aux deux tiers du film, un visage connu, Hugues Jourdain, qui trace son chemin.

Que vais-je faire maintenant ? Ecouter du Django Reinhardt.

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Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, résilience

Patients raconte la rééducation de Ben, jeune homme qu’un accident a rendu tétraplégique. Ben dépend a 100% des autres. Ben réapprend a bouger une main, un bras , …. Ben attend. Ben patiente.

Patients, c’est la chronique de la vie de Ben dans son centre de rééducation. La patience du spectateur n’est pas mise à l’épreuve. Ça va vite, ça a l’air tellement vrai, c’est mordant, ça vanne, c’est drôle, c’est jamais misérabiliste. Patients, ça pince le cœur aussi, pour un tas de raisons. En contrepartie, pas mal d’implicite et de sujets sur lesquels on glisse, un peu trop à mon goût. Par exemple, la relation avec le kiné (François), l’histoire avec Samia, le renoncement, le destin, les réflexions de Steeve qui se demande pourquoi il n’y a que des pauvres dans le centre de rééducation, etc.

Pablo Pauly, Nalia Harzoune, Soufiane Guerrab, Franck Falise, Moussa Mansaly, des noms à retenir pour l’intensité et la profondeur qu’ils apportent.

Bon, à noter que le film est produit par Marc Ladreit de Lacharrière, fidèle je suppose à ses engagements déjà anciens. Va-t-il construire une œuvre de producteur ? Et Grand Corps Malade, et Mehdi Idir, que vont-ils construire au cinéma ? Attendons. Patiemment ?

A voir.

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La fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot, instructif

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La fille de Brest raconte l’histoire vraie du Docteur Irène Frachon, qui découvrit et dénonça les effets toxiques du Mediator, et se heurta à l’indifférence, à l’incurie du système de sécurité sanitaire français de l’époque.

C’est un film qui est une quasi-reconstitution de l’histoire. Ce qui en fait l’intérêt c’est surtout son aspect documentaire. Et de rendre crédible la motivation d’Irène Frachon, jouée par Sidse Babett Knudsen.

Voilà, 5 ans après la dénonciation du scandale, 4 ans après l’interdiction du Mediator des laboratoires Servier, la justice n’a pas encore rendu de jugement au pénal conclut le film. Et c’est quoi déjà l’estimation du nombre de morts ? 500 ? 1 000 ? Plus ?

Benoît Magimel très bon avec un personnage complexe, et sans doute celui qui dans l’histoire perdit le plus. Si vous avez l’indignation facile, si l’injustice et le cynisme vous révoltent, si vous ne supportez pas quand les méchants ne sont pas punis très fort, n’allez pas voir le film, vous allez vous faire du mal.

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I, Daniel Blake, de Ken Loach, it’s not enough !

danielblake

Daniel Blake, charpentier, la soixantaine, a eu une crise cardiaque au boulot. Ses médecins lui demandent de ne pas travailler le temps qu’il se remette complètement, l’affaire d’une poignée de mois. En attendant de reprendre son travail, il demande à bénéficier d’une pension d’invalidité. Laquelle lui est refusée par le Ministère du travail. Il fait appel, mais dans l’intervalle, il doit s’inscrire au chômage et rencontre Katie – Hayley Squires -, jeune mère célibataire fraîchement arrivée en ville avec ses deux enfants, et qui elle aussi va se confronter à la cruauté du « pôle emploi » anglais.

I, Daniel Blake, c’est une histoire d’entraide. Entraide, à ne pas confondre avec charité. C’est une histoire où ce qui est donné ne s’achète pas. Où ce qui est vendu ne devrait pas l’être. C’est la dénonciation simple, sans emphase, factuelle, implacable de l’idéologie libérale où les chômeurs sont a priori considérés comme des parasites qu’il convient de décourager à tout prix de se satisfaire de leur état. Comme si c’était possible de s’en satisfaire. C’est la simplicité du film qui fait sa beauté, sa valeur. Difficile de ne pas être hanté par le personnage campé par Dave Johns.

Enfin, le film de Ken Loach m’a permis de peaufiner ma classification du personnel politique. Je place plus que jamais ceux et celles qui font leur miel de la dénonciation de « l’assistanat », âmes fangeuses, boueuses, ignobles, tout en bas de l’échelle. Les amis, faites comme moi SVP.

A voir, bien sûr.

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L’Odyssée, de Jérôme Salle, distrayant

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L’Odyssée fait le récit de la vie de Jacques-Yves Cousteau, en commençant juste avant l’acquisition de la Calypso, et en finissant juste après la mort de son fils Philippe en 1979.

Le film montre un Jacques-Yves Cousteau très sympathique, plein d’énergie, d’idées, de charme, de conviction. Et égrène quelques défauts : infidélité, égoïsme, égocentrisme, tendances histrioniques, indifférence, …. Il montre comment – après avoir été financé pendant des années par l’industrie du pétrole – Cousteau se convertit à l’écologie, sous l’influence de son fils Philippe (Pierre Niney), montré comme une sorte de décalque du père, avec un soupçon d’idéalisme.

C’est ça qui a sans doute le plus intéressé Jérôme Salle. Faire l’éloge de l’écologie. Et de Cousteau un de ses champions. Et de conclure son film là-dessus. Et Lambert Wilson, immense, musclé, bronzé, élégant, charmant arrive à rendre Cousteau pas totalement antipathique même quand il l’est franchement.

Donc L’Odyssée c’est un biopic distrayant, avec de très belles images et des trouvailles de photographie sous-marine. Mais à la fin on se demande de quelle étoffe était faite l’histoire qu’on nous a racontée. Moins d’admiration. Un peu de méchanceté. Ca aurait été peut-être mieux.

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Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, puissant et bouleversant

justelafindumonde

Après 12 ans d’absence, Louis, devenu écrivain, revient dans sa famille pour leur dire adieu. Il est malade, s’attend à mourir bientôt, mais eux ils ne le savent pas. Sa famille : sa mère, sa soeur (si jeune quand il est parti qu’elle ne se souvient qu’à peine de lui), son frère aîné et sa femme (qu’il ne connaît pas non plus). Son retour réveille les sentiments, l’amour, les douleurs, les ressentiments. Peut-il leur dire ce pourquoi il est venu ? Peuvent-ils traverser tout ça, mourir ou renaître ?

En sortant du cinéma, je me suis dit que j’avais vu l’oeuvre d’un génie créatif. Avec un parti pris de réalisation au moins aussi fort que celui de Mommy.

En se mettant au plus près de ses personnages, Dolan nous entraîne dans leur regard, dans leur respiration, dans leur rythme, dans leur sincérité absolue. Un seul regard fait basculer le film.

A ce jeu, j’ai trouvé Marion Cotillard sublime ( si je dis que ça m’a surpris, je passe pour un abruti ? ), Nathalie Baye d’une force incroyable, meilleure de film en film, Léa Seydoux bouleversante, Vincent Cassel plus juste tu meurs, Gaspard Ulliel  tout en vibrations ( Meryl Streep sors de ce corps !).

Go for it !

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Victoria, de Justine Triet, en surface

victoria

Victoria est avocate. Elle a deux filles. Très occupée. Vie sexuelle via des sites de rencontres. Elle cède à l’insistance d’un ami qui lui demande de le défendre : il est accusé d’avoir porté un coup de couteau à sa compagne lors d’un mariage. Dans le même temps, pour remplacer son baby sitter démissionnaire, elle accepte les services, gratuits, d’un jeune et sympathique ancien client qui veut devenir juriste, tournant le dos à son passé de dealer. On sait que la situation va tourner au vinaigre, c’est l’introduction du film, mais quoi, comment, pourquoi … ça va nous être raconté.

Victoria ça démarre comme une comédie. Au début, je me suis délecté de l’enchaînement des malheurs de l’héroïne. Mais petit à petit, j’ai perdu pied. Je me suis surpris avec du temps de cerveau disponible pour m’interroger sur la nature du film. Comédie psychologique ? Comédie sentimentale ? Chronique de nos années bobos, modernes et égocentriques ? Je ne sais toujours pas et mon enthousiasme du début est peu à peu retombé, en dépit de l’engagement de Virginie Efira, du charme de Vincent Lacoste dont il me semble bien qu’il a un potentiel vénéneux en tant qu’acteur, et de quelques situations très drôles.

On peut ne pas voir comme on dit dans le Canard.

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