Archives par étiquette : film français

La fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot, instructif

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La fille de Brest raconte l’histoire vraie du Docteur Irène Frachon, qui découvrit et dénonça les effets toxiques du Mediator, et se heurta à l’indifférence, à l’incurie du système de sécurité sanitaire français de l’époque.

C’est un film qui est une quasi-reconstitution de l’histoire. Ce qui en fait l’intérêt c’est surtout son aspect documentaire. Et de rendre crédible la motivation d’Irène Frachon, jouée par Sidse Babett Knudsen.

Voilà, 5 ans après la dénonciation du scandale, 4 ans après l’interdiction du Mediator des laboratoires Servier, la justice n’a pas encore rendu de jugement au pénal conclut le film. Et c’est quoi déjà l’estimation du nombre de morts ? 500 ? 1 000 ? Plus ?

Benoît Magimel très bon avec un personnage complexe, et sans doute celui qui dans l’histoire perdit le plus. Si vous avez l’indignation facile, si l’injustice et le cynisme vous révoltent, si vous ne supportez pas quand les méchants ne sont pas punis très fort, n’allez pas voir le film, vous allez vous faire du mal.

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I, Daniel Blake, de Ken Loach, it’s not enough !

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Daniel Blake, charpentier, la soixantaine, a eu une crise cardiaque au boulot. Ses médecins lui demandent de ne pas travailler le temps qu’il se remette complètement, l’affaire d’une poignée de mois. En attendant de reprendre son travail, il demande à bénéficier d’une pension d’invalidité. Laquelle lui est refusée par le Ministère du travail. Il fait appel, mais dans l’intervalle, il doit s’inscrire au chômage et rencontre Katie – Hayley Squires -, jeune mère célibataire fraîchement arrivée en ville avec ses deux enfants, et qui elle aussi va se confronter à la cruauté du “pôle emploi” anglais.

I, Daniel Blake, c’est une histoire d’entraide. Entraide, à ne pas confondre avec charité. C’est une histoire où ce qui est donné ne s’achète pas. Où ce qui est vendu ne devrait pas l’être. C’est la dénonciation simple, sans emphase, factuelle, implacable de l’idéologie libérale où les chômeurs sont a priori considérés comme des parasites qu’il convient de décourager à tout prix de se satisfaire de leur état. Comme si c’était possible de s’en satisfaire. C’est la simplicité du film qui fait sa beauté, sa valeur. Difficile de ne pas être hanté par le personnage campé par Dave Johns.

Enfin, le film de Ken Loach m’a permis de peaufiner ma classification du personnel politique. Je place plus que jamais ceux et celles qui font leur miel de la dénonciation de “l’assistanat”, âmes fangeuses, boueuses, ignobles, tout en bas de l’échelle. Les amis, faites comme moi SVP.

A voir, bien sûr.

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L’Odyssée, de Jérôme Salle, distrayant

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L’Odyssée fait le récit de la vie de Jacques-Yves Cousteau, en commençant juste avant l’acquisition de la Calypso, et en finissant juste après la mort de son fils Philippe en 1979.

Le film montre un Jacques-Yves Cousteau très sympathique, plein d’énergie, d’idées, de charme, de conviction. Et égrène quelques défauts : infidélité, égoïsme, égocentrisme, tendances histrioniques, indifférence, …. Il montre comment – après avoir été financé pendant des années par l’industrie du pétrole – Cousteau se convertit à l’écologie, sous l’influence de son fils Philippe (Pierre Niney), montré comme une sorte de décalque du père, avec un soupçon d’idéalisme.

C’est ça qui a sans doute le plus intéressé Jérôme Salle. Faire l’éloge de l’écologie. Et de Cousteau un de ses champions. Et de conclure son film là-dessus. Et Lambert Wilson, immense, musclé, bronzé, élégant, charmant arrive à rendre Cousteau pas totalement antipathique même quand il l’est franchement.

Donc L’Odyssée c’est un biopic distrayant, avec de très belles images et des trouvailles de photographie sous-marine. Mais à la fin on se demande de quelle étoffe était faite l’histoire qu’on nous a racontée. Moins d’admiration. Un peu de méchanceté. Ca aurait été peut-être mieux.

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Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, puissant et bouleversant

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Après 12 ans d’absence, Louis, devenu écrivain, revient dans sa famille pour leur dire adieu. Il est malade, s’attend à mourir bientôt, mais eux ils ne le savent pas. Sa famille : sa mère, sa soeur (si jeune quand il est parti qu’elle ne se souvient qu’à peine de lui), son frère aîné et sa femme (qu’il ne connaît pas non plus). Son retour réveille les sentiments, l’amour, les douleurs, les ressentiments. Peut-il leur dire ce pourquoi il est venu ? Peuvent-ils traverser tout ça, mourir ou renaître ?

En sortant du cinéma, je me suis dit que j’avais vu l’oeuvre d’un génie créatif. Avec un parti pris de réalisation au moins aussi fort que celui de Mommy.

En se mettant au plus près de ses personnages, Dolan nous entraîne dans leur regard, dans leur respiration, dans leur rythme, dans leur sincérité absolue. Un seul regard fait basculer le film.

A ce jeu, j’ai trouvé Marion Cotillard sublime ( si je dis que ça m’a surpris, je passe pour un abruti ? ), Nathalie Baye d’une force incroyable, meilleure de film en film, Léa Seydoux bouleversante, Vincent Cassel plus juste tu meurs, Gaspard Ulliel  tout en vibrations ( Meryl Streep sors de ce corps !).

Go for it !

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Victoria, de Justine Triet, en surface

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Victoria est avocate. Elle a deux filles. Très occupée. Vie sexuelle via des sites de rencontres. Elle cède à l’insistance d’un ami qui lui demande de le défendre : il est accusé d’avoir porté un coup de couteau à sa compagne lors d’un mariage. Dans le même temps, pour remplacer son baby sitter démissionnaire, elle accepte les services, gratuits, d’un jeune et sympathique ancien client qui veut devenir juriste, tournant le dos à son passé de dealer. On sait que la situation va tourner au vinaigre, c’est l’introduction du film, mais quoi, comment, pourquoi … ça va nous être raconté.

Victoria ça démarre comme une comédie. Au début, je me suis délecté de l’enchaînement des malheurs de l’héroïne. Mais petit à petit, j’ai perdu pied. Je me suis surpris avec du temps de cerveau disponible pour m’interroger sur la nature du film. Comédie psychologique ? Comédie sentimentale ? Chronique de nos années bobos, modernes et égocentriques ? Je ne sais toujours pas et mon enthousiasme du début est peu à peu retombé, en dépit de l’engagement de Virginie Efira, du charme de Vincent Lacoste dont il me semble bien qu’il a un potentiel vénéneux en tant qu’acteur, et de quelques situations très drôles.

On peut ne pas voir comme on dit dans le Canard.

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Un petit boulot, de Pascal Chaumeil, mortel

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Jacques (Romain Duris) , ouvrier, perd son boulot en usine, puis en fin d’allocs sa femme le quitte. Saisie d’huissier. Dettes de jeu. Vie de merde. Gardot (Michel Blanc), partenaire de poker, lui propose alors un petit boulot : tuer sa femme qui l’a trompé, quelque chose qu’il ne peut pas se permettre dans son métier. La suite ? Mortellement drôle.

C’est irracontable. Hyper bien écrit, dialogué, joué, filmé et mis en scène. Hilarant. A voir !

PS : Le film bien meilleur que la bande annonce qui en fait ne fait pas le boulot je trouve après-coup.

PS 2 : Vous verrez le vrai visage de Catherine

La tortue rouge, de Michaël Dudok De Wit, bouleversant

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Un naufragé s’échoue sur une île déserte sous les tropiques. Pas de Robinson, mais des crabes, des mouettes, des otaries, des petites tortues, des prairies d’herbes hautes et une forêt de bambous grâce auxquels l’homme construit un premier radeau. A peine le récif corallien passé, une force sous-marine mystérieuse détruit le radeau. Une deuxième, puis une troisième tentative échouent de la même manière. Bientôt l’homme est confronté à la créature qui contrecarre ses projets d’évasion.

C’est un film sans langage parlé, mais pas sans dialogue. C’est un film très beau visuellement, comme en témoigne les deux affiches jointes; je préfère la japonaise. C’est un film qui raconte une histoire simple et poétique. Évidemment, c’est truffé de symboles mais il vaut mieux ne pas les voir et se laisser bercer par l’histoire. En sortant, je suis submergé par l’émotion, comme par une vague qui me rattrape. Pleurer à la sortie, c’est une option. Je suis tombé dans le film ou c’est le film qui est tombé en moi ? Vivement recommandé.

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Irréprochable, de Sébastien Marnier, captivant

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Agent immobilier en rupture de banc, la quarantaine, Constance revient s’occuper de sa mère dans sa ville natale où un poste dans son ancienne agence immobilière vient de se libérer. Elle n’y est pas accueillie à bras ouverts. C’est une jeune et jolie débutante payée à la commission qui a le job. Constance se met à la suivre, ….

A la fin du film, je me demandais toujours à quel moment du récit le personnage campé par Marina Foïs était devenu barge, où si cette folie pré-existait au récit. Je me demandais aussi comment un personnage aussi antipathique (menteuse, manipulatrice, harceleuse, et pire) pouvait ne pas susciter le rejet et celui du film par la même occasion. Peut-être parce que les protagonistes sont en fait encore moins sympathiques qu’elle, sous leurs abords normaux, policés, civilisés. Peut-être aussi parce que le jeu des comédiens – Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay -, et en particulier celui de Marina Foïs, est tellement juste qu’il fait oublier l’idée même de jeu. Un directeur d’acteurs aux commandes. Peut-être enfin parce que c’est bien raconté, sans facilités.

Un seul regret, la dernière image du film que j’ai trouvée démonstrative.

Voilà, découverte de Marina Foïs, actrice irréprochable et musclée. Où l’ai-je déjà vue ? Je ne sais pas.

PS : 2 ans plus tard, je trouve, dans Papa ou maman

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Elle, de Paul Verhoeven, antipathies

Elle

Michèle dirige avec une amie un éditeur de jeux vidéos, société qu’elles ont reprise ensemble. Un jour, un homme la viole chez elle. Elle n’en parle pas à la police; mais lors d’un dîner à son ex-mari, à son associée et à son mari qui est aussi son amant. Bientôt le violeur se manifeste à nouveau alors qu’il semble bien qu’il pourrait faire partie du personnel de l’entreprise. Que va faire Michèle ? Ses voisins pourront-ils l’aider ?

Le sujet du film, c’est le contrôle et la manipulation. Tous les personnages sont globalement antipathiques. Rien ne compte sauf leur jouissance. Rien ne compte sauf le contrôle d’eux-mêmes et des autres, qu’il faut bien manipuler pour que durent la jouissance et le contrôle. Indifférence, mensonge, bêtise, égoïsme, rideaux de fumée à chaque instant. Et les pires dans le genre ne sont pas ceux ou celles qu’on croit.

Comment une telle galerie de personnages détestables peut-elle faire un film intéressant ? Et bien, même après quelques jours de réflexion, je ne saurais l’écrire. Je suppose que c’est du au talent du réalisateur et à la maîtrise d’Isabelle Huppert. A réfléchir.

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Nous trois ou rien, de Kheiron, histoire d’histoires

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Les parents de Kheiron (l’auteur du film) lui ont raconté leur histoire. Son père – Tabib – militant révolutionnaire iranien luttant contre le Shah est emprisonné plus de 7 ans. C’est un homme de parole(s), de conviction et de courage. Il sera brutalisé pendant des mois pour avoir refusé de manger un gâteau le jour de l’anniversaire du Shah. Il est libéré. Il rencontre celle qui va devenir sa femme, Fereshteh. Au Shah succède Khomeini et une dictature qui fait reculer les limites de la férocité sanguinaire. Tabib est recherché, menacé de mort. Tabib, Fereshteh et leur fils Nouchi (Kheiron c’est son nom d’artiste) finissent par quitter l’Iran pour la Turquie, puis pour la France. Là, à Pierrefitte sur Seine et à Stains, ils refont leur vie. Tabib et Fereshteh deviennent travailleurs sociaux. Autres lieux, autres problèmes, autres conflits.

Nous trois ou rien n’est pas une reconstitution de la vie des parents de l’auteur, mais un film sur le récit de cette vie où cohabitent faits historiques, imaginaire, burlesque, comédie, drame. Ce récit, c’est celui qu’on a fait à Kheiron, et qu’il a sans doute complété, interprété, imaginé, … Ca introduit continuellement une sorte de décalage.  C’est drôle. C’est émouvant. C’est très réussi. Kheiron m’a pris par la main et ne m’a pas lâché une seconde, de Téhéran à Pierrefitte sur Seine.

J’ai beaucoup aimé tous les acteurs. Kheiron d’abord qui joue le rôle de son père Tabib. Gérard Darmon père et beau-père, comédien à fleur de peau, Leïla Bekhti lumineuse et décidée,  Zabou Breitman, tendre et franche, Camélia Jordana, Khereddine Ennasr, Michel Vuillermoz, Alexandre Astier, ….

Vers la fin du film, Tabib donne sa définition de l’intégration. Si j’ai bonne mémoire : “Vous avez votre histoire, nous avons la nôtre, écrivons ensemble une nouvelle histoire”. C’est ce que fait le film de Kheiron. A voir.

 

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