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Une affaire de famille, d’Hirokazu Kore-eda, désincarcération

Une famille japonaise, – mais quels sont les liens qui unissent vraiment ses membres ? – vit dans une petite maison coincée dans la ville. Le père et le fils – mais est-ce son fils ? – chapardent dans les magasins selon des techniques bien éprouvées. Il fait froid. Une petite fille est recueillie dans la rue. On se rend compte qu’elle est maltraitée, on ne la ramène pas chez elle.  Personne ne la cherche, … jusqu’à ce qu’on la cherche. Lent glissement de la famille pour qui “ce qui est dans un magasin n’appartient encore à personne”.

Quand je me suis glissé dans le fauteuil du Gaumont Convention, j’ai eu l’impression que quelqu’un me prenait dans ses bras. J’étais épuisé. Il faisait bon. J’ai perdu de vue quelques minutes du film. Pas assez pour ne pas suivre cette famille à rebours de l’imagerie sociale traditionnelle sur le Japon et les japonais. Des japonais voyous, oui les Yakuzas tout le monde connaît. Des politiciens corrompus : “Des valises de billets apportées par mon chauffeur ? Je n’en ai aucun souvenir”, j’en avais entendu parler par Takako. Mais je restais persuadé de l’honnêteté foncière des japonais, tenus par un pacte social d’acier, au prix de leur vie au besoin (le suicide d’un conducteur de train quelques jours après un déraillement imputé à son ivresse à Kobe au printemps 84 m’avait particulièrement frappé). Dans cette Affaire de famille, point de contrat social,  mais des petites gens, des pauvres, une exploitée consommable, des chapardeurs aussi astucieux qu’affectueux. Et aussi, surtout, des gens clairvoyants, capables de distinguer instinctivement, immédiatement, le mal du bien, et de prendre leurs responsabilités. Ce dont la société est incapable, comme l’indique le film dans sa dernière partie.

Le rythme est lent. On est au plus près des personnages. Qui mangent et remangent leurs nouilles à grands coups de slurps appuyés et prolongés. J’ai aimé sans être particulièrement ému. Je n’ai pas tout compris notamment ce qui se passe entre Osamu et Shota à la fin. Je vous recommande le film, vous m’expliquerez, SVP.

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Silence, de Martin Scorsese, épreuves

Silence-poster

XVIIème siècle. Deux jeunes jésuites portugais décident de se rendre au Japon pour retrouver le père Ferreira, un missionnaire qui les a formés et dont on reçoit des nouvelles inquiétantes et troublantes. Mais, au Japon, les chrétiens sont persécutés et, dans le meilleur des cas, passés au fil de l’épée s’ils refusent d’abjurer leur foi. Un matin,  guidés par Kichijiro un pêcheur pour le moins tourmenté, les pères Rogrigues et Garupe débarquent sur une petite plage. La vraie mise à l’épreuve de leur foi va bientôt commencer.

J’ai beaucoup aimé l’élégance constante du récit, la manière dont les choses vous arrivent, avec une sorte de tact et de justesse, même quand c’est violent.

J’ai trouvé les paysages japonais envoutants.

Je me suis intéressé aux débats entre la subtile, patiente et sadique inquisition japonaise et les prêtres.

J’ai aimé comment la prise au pied de la lettre des évangiles par les paysans japonais semble parfois bousculer les prêtres, et j’aurais aimé que ça aille plus loin.

J’ai scruté les visages des acteurs japonais, que j’ai trouvés plus intéressants que les occidentaux.

Je n’ai pas tellement ressenti le silence et la souffrance du silence dont il est question.

J’ai été un peu gêné par l’utilisation de l’anglais par tous les personnages.

J’ai pensé qu’il faudrait partir à la recherche d’entretiens avec Scorsese pour bien apprécier son propos, et ça c’était pas bon signe.

En sortant, je me suis souvenu de La controverse de Valladolid, et aussi du Nom de la rose. Il me semble que j’avais bien plus été pris.

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