Archives par étiquette : livre à lire

Libres !, d’Ovidie et Diglee, tenir pépère par la bite

Le sous-titre du livre, découvert en écoutant Pop pop pop d’Antoine de Caunes sur France Inter, c’est « Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels ».
En 15 chapitres, Ovidie examine quinze comportements sexuels auxquels les femmes sont invitées à se soumettre : épilation intégrale, fellation, sodomie, … Ce qu’elle dénonce, ce ne sont pas les comportements sexuels en tant que tels, c’est qu’ils soient aujourd’hui devenus des diktats, des injonctions, des pratiques obligatoires pour être une femme, une amante performante. Et elle invite les femmes à se poser la question de leur consentement, de leur désir, et de leur soumission.
J’ai aimé l’écriture simple, argumentée, directe, drôle, vivante.
J’ai bien aimé aussi les planches de BD et les illustrations de Diglee, légères et marrantes.
J’appris ce qu’est le S.I.F., dont aucune profession libérale rencontrée jusqu’à présent ne m’avait parlé.
Mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est l’esprit d’ouverture d’Ovidie, sa simplicité, sa tolérance, sa révolte.
J’ai laissé traîner le livre sur la table basse du salon.

 

Quand sort la recluse, de Fred Vargas, associations

Le commissaire Adamsberg confond un meurtrier, démasque un violeur, voit sur l’écran de l’ordinateur de l’un des membres de sa brigade l’image d’une araignée recluse. Ca commence à le gratter. Et ce d’autant plus que trois personnes âgées viennent de mourir à la suite d’une morsure de cette araignée, dont le venin cette année aurait des effets nécrotiques démultipliés, en raison de la chaleur disent les uns, à cause de mutations induites par les pesticides disent les autres. Sans en référer à sa hiérarchie, et en dehors de toute procédure, Adamsberg commence à enquêter, en dépit du scepticisme de ses troupes.

Livre après livre, histoire après histoire, finit par se poser la question de l’existence d’ingrédients pour les polars de Fred Vargas, si singuliers, si intéressants. Plusieurs semblent émerger de la brume. Les meurtres viennent de loin, traversent le temps. Adamsberg se retrouve confronté à sa propre histoire personnelle, parfois enfouie. La théorie des 6 degrés de séparation est mise en pratique, avec bien moins de 6 degrés. Des pratiques archéologiques sont convoquées.

Dans Quand sort la recluse les fulgurances d’Adamsberg sont rationalisées.  Ses proto-idées – j’adore ce mot – , ses bulles d’idées, tout cela fonctionne selon le principe des associations d’idées, en mode quasi psychanalytique, pour aider à la résolution. Autre ligne de force, la dénonciation des violences sexuelles. Tout à coup une phrase très simple, citant les chiffres noirs en France : une femme violée toutes les 7 minutes, 1 à 2 % des auteurs condamnés.

Mort aux blaps ? On se pose la question. Me lasserais-je un jour de lire Fred Vargas ? Je ne crois pas. Je n’espère pas

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Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, utile, très utile ?

Après avoir entendu 5 minutes l’un des auteurs sur France-Inter, j’ai commandé le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens.

Le livre montre comment il est possible d’influencer une personne pour l’amener à prendre une décision, laquelle n’aurait pas, parfois, peut-être, sans doute, été son premier choix. Les explications sont pratiques, illustrées de nombreux exemples, et enrichies d’apports théoriques pas trop complexes  (il m’a semblé mais ne m’interrogez pas trop 😉 ). Une manipulation repose principalement sur un phénomène simple : la difficulté que chacun éprouve à revenir sur une décision. Phénomène renforcé par le sentiment que l’on a pris cette décision en toute liberté. Le manipulateur engage le manipulé dans une série d’actions, de réactions et de décisions prises librement, sans contrainte, jusqu’à obtenir le résultat recherché. Qu’est ce qu’une manipulation donc : la réalisation d’une soumission librement consentie.

Grand intérêt du livre, permettre de comprendre et de repérer ces techniques et phénomènes d’influence que sont, par exemple, l’effet de gel, l’escalade d’engagement, le pied-dans-la-porte, le porte-au-nez, le vous-êtes-libre-de, l’étiquetage, le pied-dans-la-bouche, et aussi l’amorçage, laquelle pratique est à mon sens celle qui frise vraiment avec la malhonnêteté la plus franche. Il s’agit de dissimuler un défaut, ou le fait que l’avantage proposé n’est pas vraiment disponible, jusqu’au moment où le client a pris, implicitement ou explicitement, sa décision d’achat. Une fois le défaut ou l’absence d’avantage révélés, la plupart des gens ne reviennent pas sur leur décision, en dépit de. Prenez les transports en commun, naviguez sur internet, affiches et ads sont un véritable musée de l’amorçage : Paris-Istambul à 39 euros (*), Votre expert comptable à partir de 79 euros par mois bilan compris, Votre vidéo d’entreprise pour 149 euros TTC(**), etc, etc, etc.

Qui manipule qui ? Tout le monde. Toute le monde a envie d’influencer les autres. Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens montre comment la pédagogie, l’éducation des enfants, le management, les relations sociales, le marketing, le webmarketing, le digital marketing, etc, etc, font appel à ces techniques, parfois sans le savoir. Au lendemain du premier tour de notre élection présidentielle, j’ai envie d’ajouter la politique à la liste. Exemple de « porte-au-nez » politique : annoncer une mesure extravagante (comme l’abandon de l’euro), puis la laisser tomber (en prétendant ne jamais l’avoir défendue), histoire de rendre acceptable par contrecoup le reste du programme. Toute ressemblance avec une candidate est intentionnelle.

Ce qui m’a semblé le plus étonnant ? D’apprendre qu’un léger contact corporel, un bref toucher du bras, pouvait augmenter de manière considérable vos gains quand vous faites la manche. Et aussi que les faibles récompenses ou punitions étaient plus engageantes que les fortes.

A quoi va me servir cette lecture ? A changer d’avis plus facilement. A détecter des tentatives de manipulations. A mieux gérer mes achats en magasin. A briefer mes proches. A me jouer des ficelles grosses ou fines des démarcheurs téléphoniques ou encore des cybermilitants. Etc, etc.

Petite contribution théorique toute modestie mise à part. Les auteurs indiquent que si l’efficacité du porte-au-nez a été maintes fois vérifiée expérimentalement, son mécanisme psychologique n’a pas été pour l’heure complétement élucidé. Et si le refus initial venait en quelque sorte abîmer l’image de soi de la personne sollicitée ? Et si l’acceptation de la deuxième ( ou troisième ) proposition était une manière de se racheter de l’image positive, de se racheter de l’estime, au regard des normes sociales ou personnelles ? Fin de la contribution.

Dernière réflexion, sauf lecture un peu hâtive, l’utilisation du sentiment de culpabilité pour obtenir une soumission librement consentie n’est pas traitée. Il me semble avoir pourtant déjà utilisé et subi moi-même cet instrument redoutable. Tout ça pour dire que le livre n’épuise sans doute pas le sujet des techniques d’influence ou de manipulation. A lire. Pour le fun et l’utilité.

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Mes chemins de table, de JP Géné, réjouissant

2004. Sa chronique était au début du supplément Le Monde 2. Je commençais toujours par elle. Ca m’ouvrait l’appétit. Après je lisais le reste du magazine. Puis elle fut déplacée vers la fin. Je feuilletais dur pour la trouver. Et je lisais pas grand chose d’autre. Enfin, elle disparu. Et j’arrêtai de lire Le Monde Magazine ou je sais même plus comment ça s’appelle aujourd’hui. C’est glacé, glaçant, mieux vaut encore le Figaro Magazine plus franc du collier. Il y a 2, 3 semaines, j’ai appris qu’il était mort. Et qu’il avait publié un livre Mes chemins de table. Immédiatement acheté.

C’est un livre impossible. On s’arrête toutes les pages, toutes les deux pages. On a subitement envie d’aller préparer des madeleines, d’acheter de quoi se lancer dans une terrine de lapin, de s’équiper avec un nouvel emporte-pièce, de prendre un avion pour l’Asie ou l’Amérique du Sud. C’est un livre qui donne faim, qui ouvre l’esprit. Qui fait comprendre ce que manger bon, propre et juste veut dire. J’ai essayé les pommes de terre sautées en cocotte et qui attachent : délicieux. Ce n’est pas un livre de recettes, même s’il y en a beaucoup. C’est un livre de regards, d’impressions, de goûts, de visions et de partages. C’est aussi un livre autobiographique qui raconte les goûts de son enfance, de sa Lorraine, sa découverte de Paris, des chefs, du monde, sa description d’un journalisme influencé (pour ne pas dire acheté, pour ne pas dire vendu), sa défense de la Slow Food et sa critique des imprécateurs de la cause animale.

Au détour d’une page m’est venue l’envie de me remémorer des saveurs de mon enfance. Chez ma grand-mère paternelle, la cuisine n’était pas à l’honneur, ni à son étage, ni à celui d’en dessous. Trop d’angoisses étouffaient l’envie de partager sans doute. Me reste quand même le goût de ses tartes aux pommes à la pâte très fine, un peu cramées, un peu caramélisées. Du chocolat au lait pain beurre. Et aussi celui de ses cerises en bocal, 100% bio, d’un orange translucide un peu bizarre. Frère, soeur, cousines, cousins, tantes ou oncles, si vous lisez ces lignes et avez la recette, faites un heureux ! Du côté de ma mère, je pense surtout à la terrine de foie de lapin dont sa grand-mère Eugénie lui avait transmis une recette.

J’aurais bien aimé rencontrer Jean-Paul Généraux. Discuter avec lui dans sa cuisine, ou attablés à un restaurant. Je me sens un peu JP Géné. C’est sans doute pour ça que j’ai tant aimé le lire.

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Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, de Florence Arnaud et Francine Mykita, perspectives vues de haut

domainecerfvolant

Chaque jour, pendant des années, Florence Arnaud – institutrice retraitée, aimée et estimée – se rend au Parc de Sceaux avec son appareil photo. Elle veut lui faire prendre de la hauteur. Un escabeau. Une perche de onze mètres. Puis un cerf-volant, technique photographique inventée au 19ème siècle. Les photos se multiplient. Le matin, le soir, en toutes saisons, tous les jours. Des curieux l’interrogent. Des contrôleurs aériens d’Orly venus courir dans le parc lui lancent en passant : « attention à respecter les plafonds ! ». Elle connaît bien Francine Mykita, historienne de l’art, qui vient flâner dans le parc ou s’y dépenser. De conversation en conversation naît l’idée d’un livre. C’est Sceaux, le Domaine au gré d’un cerf-volant, ouvrage dont les deux amies sont les auteures, et auto-édité.

Pour un promeneur du Parc comme moi, les photos de Florence Arnaud sont un cadeau. Elles sont naturelles, évidentes, fluides, parfois surprenantes. Elles magnifient les perspectives et la nature du Parc. Elles permettent de mieux comprendre l’art de Le Nôtre qui dessina le Parc. Les textes de Francine Mykita, agréables à lire, disent l’essentiel.

Pour savoir où se procurer ce beau livre : https://www.facebook.com/sceauxcerfvolant/

Pas que pour les usagers du Parc de Sceaux !

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Faut-il avoir peur du numérique ?, de Nicolas Colin et Laetitia Vitaud, non

peurdunumerique

Nicolas Colin et Laetitia Vitaud explorent de manière concise 25 thèmes liés au numérique, de la fin de la privée aux pertes d’emplois, en passant par un questionnement sur le primat de l’innovation. Leur approche, très documentée, est le plus souvent économique, mais pas toujours. Leur objectif : faire la chasse aux idées reçues et dissiper les malentendus.

C’est très intéressant. Par exemple sur le constat de la fragmentation, de la segmentation accrue des populations, de l’enfermement des individus dans des bulles générées par les réseaux sociaux et leurs algorithmes.

Je me pose quand même quelques questions.

+ Ce qui caractérise l’économie numérique, disent-ils, c’est la fin des classiques rendements décroissants et l’apparition de rendements croissants. En d’autres termes, plus tu es gros, plus tu es rentable. C’est pour cette raison, expliquent-ils, que les entreprises numériques cherchent d’abord à étendre leur part de marché, sans se soucier de rentabilité, laquelle sera au rendez-vous quand une taille suffisante sera obtenue. Mais « brûler du cash » jusqu’à ce qu’on ait ruiné toute concurrence, et que l’on puisse tranquillement remonter ses prix ou imposer ses conditions, est-ce une pratique acceptable ? Quelles limites donner à une telle manière de faire ? Le dumping n’est-il pas interdit de manière universelle ? L’existence de monopoles de fait qui rachètent toute concurrence pour la faire disparaître avant qu’elle ne leur fasse de l’ombre sera-t-elle longtemps acceptée ? De plus, jusqu’où les rendements seront-ils croissants ? A quel niveau les coûts de gestion viendront-ils obérer les profits ? Moi qui année après année voit le Nobel d’économie décerné à d’autres 😉 !, je ne pense pas que le numérique ait fait disparaître la gravité universelle.

+ La réponse à la question « La fin de la propriété ? » m’a laissé un peu sur ma faim en n’explorant pas la question de la propriété littéraire et artistique. Mutualiser des habitations, des véhicules, des objets, des services, … grâce à des plateformes de mise en relation, c’est assez différent de la copie, recopie et diffusion sans autorisation de photos, de chansons, de films, …. Dans le premier cas, de Airbnb à E-loue, il y a consentement de la part de propriétaires qui cherchent à tirer de leurs investissements des revenus complémentaires ou des revenus tout court. Dans le second cas, c’est simplement du vol, qui a lieu parce qu’il est physiquement possible, sans grand risque, ni conséquence tangible, ni sanction dont on peut se souvenir. Que se passera-t-il le jour où Youtube investira des centaines de millions dans la production de films ou de musique ? La promotion de la mutualisation, sorte de « communisme numérique », est-elle vraiment incompatible avec la propriété littéraire et artistique ? On verra bien.

+ Enfin, les auteurs appellent à la création de nouvelles institutions propres à gérer l’économique numérique. Par institutions, ils entendent de nouvelles règles économiques et sociales. Idée très intéressante. Plusieurs fois répétée. Mais pas vraiment développée. Dommage. J’aurais aimé quelques pistes concrètes ou exemples. Sûrement dans leur prochain ouvrage !

Livre mis en avant par Meta Media. Enrichissant.

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Libérez votre cerveau !, d’Idriss Aberkane, enrichissant

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Dans Libérez votre cerveau !, Idriss Aberkane explique comment notre cerveau fonctionne. Convenablement utilisé et entraîné, il peut nous permettre de réaliser des prodiges de mémorisation, de calcul, de développement de compétences artistiques, manuelles, techniques, …. Idriss Aberkane explique que, comme la main, le cerveau a un empan (la distance de l’extrémité du pouce à celle du petit doigt) lui permettant de bien saisir – ou pas, ou moins – les idées, les sentiments,…. Il montre aussi que notre cerveau a aussi besoin d’hygiène, d’entretien, de repos, d’exercice. Cette approche du cerveau, c’est ce qu’il appelle la neuroergonomie.

Le contre-exemple parfait et majeur pour lui, c’est l’école en France. Qui fait tout le contraire de ce qui serait bon pour notre cerveau, et donc bon pour l’apprentissage, l’acquisition des connaissances, le développement des idées et des techniques, etc. C’est un réquisitoire accablant. L’analogie entre l’école et un restaurant infernal où l’addition serait basée sur ce qu’on n’a pas mangé est édifiante. Ce constat de la faillite des méthodes de l’école industrielle en France n’est pas nouveau, mais il est d’autant plus cruel qu’il se base sur l’étude du moteur et du lieu d’élaboration des idées, du savoir, de la connaissance : le cerveau.

C’est ce qui m’a le plus frappé dans ce ce livre. L’école. Qui n’a pas été marqué par l’école ? Qui ne connaît pas autour de soi quelqu’un dont les souvenirs d’école lui font monter les larmes aux yeux, même devenu adulte, père, mère ? Autant de témoignages de cerveaux maltraités, bousculés, méprisés, rabaissés, gâchés. Liberté, égalité, fraternité au fronton. Abus de pouvoir, mépris, ennui dans les faits.

Ce n’est pas le premier ouvrage qui décrit les carences de notre système scolaire. Mais en en s’intéressant au rapport du système avec le cerveau, Idriss Aberkane va au fond des choses. Ses arguments ne sont ni sociologiques, ni politiques, ni idéologiques, ni économiques. Ils sont scientifiques.

Bon, pourquoi les choses ne bougent-elles pas ? Pourquoi notre société accepte-t-elle encore et toujours d’avoir une école qui manque autant à sa mission ? Une école centrifugeuse qui éjecte les plus faiblement accrochés, une école qui conforte les inégalités sociales, qui manque à l’apprentissage des compétences de base, qui chaque année laisse des enfants sur le carreau par milliers, qui gave au lieu de donner envie. Une école où les enfants de profs réussissent beaucoup mieux que les autres, et où certains profs arrondissent leurs fins de mois avec des cours particuliers. Moi, quand je fais une erreur dans mon boulot, je ne demande pas à mon client de me payer pour la réparer ! Certains profs oui. Trop chouette ! Parfois, j’aimerais bien pouvoir faire pareil. Ce serait tout bénéf.

Ne pas être capables d’imaginer et de mettre en œuvre des solutions, c’est ce qui arrive à notre cerveau après des années « d’impuissance apprise », un autre concept expliqué dans le livre. La solution est sans doute en partie là, ou commence là. Sortir de cette impuissance apprise. Et parallèlement aider le cerveau de nos enfants à résister au gavage de l’école. Ne jamais encourager le conformisme : « à force de vouloir rentrer dans le moule, tu finiras par ressembler à une tarte ». Les aider à renverser le rapport de situation entre l’école et eux. Les soutenir quand l’école veut leur donner double dose de ses plats indigestes. Leur dire qu’ils finiront par rencontrer des diamants, ces profs passionnés et passionnants qui leur ouvriront des univers, en dépit du contexte. Leur faire voir Le cercle des poètes disparus. Voilà, l’école en ce moment ça me rend un peu véner. Ah bon, Antoine ?

Il n’y a pas que l’école dans le livre. Vous y trouverez bien d’autres réflexions enrichissantes sur les relations entre notre monde, nos activités, et le fonctionnement de notre cerveau.

Qu’ai-je fait concrètement après avoir refermé Libérez votre cerveau ! ? J’ai acheté à mon fils la console qu’il demandait. Je ne considère plus que jeux vidéos et performances scolaires sont antinomiques.

Que vais-je faire maintenant grâce à cette lecture ? Je vais, un m’intéresser aux relations entre géopolitique et neuroergonomie, deux apprendre des techniques de mémorisation spatiale qui me seront bien utiles pour le théâtre, trois essayer d’apprendre à méditer : la méditation c’est très bon pour notre cerveau dit Idriss. Bonne lecture.

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L’ère du complotisme, la maladie d’une société fracturée, de Marie Peltier, très intéressant

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Marie Peltier, historienne, chercheuse et enseignante, se penche dans ce court livre sur le complotisme.

Elle en retrace rapidement l’histoire même si elle place le point de départ du complotisme contemporain au 11 septembre 2001. Elle en analyse les mécanismes. Elle étudie les relations entre propagande et complotisme, et aussi les liens entre djihadisme et complotisme qui ne sont pas ceux que je croyais ( les djihadistes n’aiment pas que l’on attribue au Mossad ou à la CIA leurs actions ! ).

Elle se penche enfin sur les moyens de combattre le complotisme lequel se nourrit de nos contradictions et de nos paradoxes. Conclusion : qu’il nous faut, c’est plus de cohérence et plus de sens. Vaste programme !

Un livre, précis, clair, documenté, très intéressant. De l’intelligence productive. De l’intelligence qui aide. De l’intelligence roborative. A lire.

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Un chemin de tables, de Maylis de Kerangal, le désir et le courage

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Maylis de Kerangal nous raconte une part du chemin de Mauro, qui découvre le plaisir, le désir et aussi la souffrance de cuisiner. Elle raconte comment ce désir commence à lui venir, enfant, et comment petit à petit les choses s’affirment, alors que parallèlement Mauro poursuit des études d’économies prenantes. Elle décrit ses expériences, ses rencontres, comment elles le transforment, lui permettent d’affirmer un caractère, une éthique, et orientent son chemin professionnel. Elle nous parle d’un milieu où il y a du travail, et où l’on travaille dur, très dur, de longues heures, jusqu’à ne plus trouver le temps de vivre. Elle évoque la violence morale et physique de certains chefs que Mauro va croiser. La cuisine, ce n’est pas l’univers de la téléréalité, c’est beaucoup plus intéressant. Nous quittons Mauro alors qu’il n’a pas la trentaine, avec toujours l’envie d’inventer de nouvelles choses, de nouvelles manières de partager, et toujours le désir de ne pas céder à la facilité. En fait, Mauro est un artiste.

Le livre commence dans la veine de livres précédents de Maylis de Kerangal, laquelle me donne parfois l’impression « d’écrire comme elle voit ». Et puis, après quelques pages, son style change. Ca devient plus documentaire, plus simple. Mais on n’est pas moins loin de Mauro, au contraire.

Un chemin de tables appartient à la collection Raconter la vie du Seuil, qui « veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective ». Je découvre la collection avec Un chemin de tables. Je vais aller y fouiner un peu, beaucoup peut-être. Un chemin de tables, à lire.

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Les bûchers de la liberté, d’Anastasia Colosimo, l’ange et la bête

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Vous avez dans votre ville une rue du Chevalier de la Barre ? Vous avez étudié Voltaire au lycée ? Et vous croyez que le blasphème n’est plus un délit en France, et ce depuis fort longtemps, notamment grâce à la loi sur la liberté de la presse (1881) ? Vous pensez aussi que la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 vous met à l’abri, vous et vos enfants, de ces fadaises ? Vous pensez vivre dans un pays où la liberté d’expression est vivante et vivace ? Vous pensez même vivre dans le pays des droits de l’homme, de la laïcité et de la liberté d’expression ?

Bon, dans les faits, vous ne vous en rendez pas bien compte, mais vos convictions ont du plomb dans l’aile. Et ça ne va pas s’arrangeant.  Anastasia Colosimo le démontre dans son essai sur le blasphème Les bûchers de la liberté.

La faute à qui ? La faute à la modification en 1972 de la loi sur la liberté de la presse. Voulant lutter comme jamais avant contre le racisme, on crée le délit  « d’incitation à la haine raciale » (la haine un sentiment pas un acte), ce qui, en raison de la formulation du texte de loi, va ouvrir la voie à la réintroduction de facto du délit de blasphème par tout groupe se sentant offensé. Anastasia Colosimo analyse les premiers procès qui ont lieu – contre Houellebecq, contre un film, contre une marque de vêtements, contre Charlie Hebdo, – et les jugements rendus. Elle explique que les décisions judiciaires diverses vont fragiliser la liberté d’expression, et vont contribuer à créer et à alimenter l’idée d’un « deux poids, deux mesures » entre l’islam et les autres religions.

Elle montre également que les lois mémorielles, qui sacralisent l’histoire, font de la négation de certains faits historiques des délits en tous points comparables à des blasphèmes. Lois qui alimentent également la concurrence victimaire, certains groupes se sentant moins « réparés mémoriellement » que d’autres, si j’ose dire. Ce qui alimente aussi le « deux poids, deux mesures ».

En comparaison, elle cite un jugement de la Cour suprême américaine sur la liberté d’expression, c’est assez cruel pour les français.

Elle analyse les conséquences terriblement ironiques de la loi Cazeneuze de novembre 2014 sur l’apologie du terrorisme. Pour faire simple, et par exemple, pour avoir tweeté ou Facebooké « bien fait » à propos du meurtre de l’équipe de Charlie Hebdo, des gens ont été condamnés lourdement au terme d’une procédure pénale très rapide. Ce n’était pas le but de la loi Cazeneuve qui était une loi de surveillance. Mais à nouveau on peut se demander où est passée la liberté d’expression.

Elle conclut : « C’est un grand malheur que nous ne sachions plus que la protection systématique des sentiments des uns et des autres est l’assurance de la guerre de tous contre tous. » Et là, tu penses à un autre livre : Identité et violence d’Amartya Sen.

Bon, rassurons-nous, nos dirigeants et la classe politique ont conscience du problème et agissent pour y remédier. Ouf ! Non ? Ah, non ? Pas du tout ? Bêtes au lieu d’anges, ils font même tout ce qu’il faut pour aggraver la situation ? En témoignent discours et propos d’Hollande et de Valls, par exemple ? Zut alors. Alors, alors, alors, … que faire ?

Corriger les errements de la loi de 1972 ? Abolir les lois mémorielles ? Publier des billets de blog ? Emigrer ? Je vais trouver. En attendant, Anastasia Colosimo, pourquoi ne passez-vous pas à la télé ?

PS, quelque temps plus tard : En fait Anastasia Colosimo est déjà, et de nombreuses fois, passée à la télé.

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