Archives par étiquette : Netflix

Annihilation, d’Alex Garland, anxiogène

Sur la côte est des Etats-Unis, une zone entourée d’une frontière transparente sur laquelle se forment des effets d’irisation et de miroitement s’étend lentement. Les autorités ont fait le vide dans la région. Rien n’en est jamais ressorti : animal, drone, humain …  sauf Kane, membre des forces spéciales, qui y avait été envoyé avec quelques hommes, et qui en ressort gravement malade, sans que son mal puisse être bien défini.

Sa femme Lena, biologiste et militaire, désireuse de tout faire pour sauver son mari, se joint à quatre autres femmes, toutes scientifiques. Leur mission : se rendre au phare où tout a commencé.

Le film est construit comme un retour en arrière, et dans ce retour en arrière il y aura d’autres retours en arrière. Les décorateurs et les spécialistes d’effets spéciaux ont fait un très beau travail pour créer une nature perturbée, et parfois dangereusement perturbée. Le rythme est assez lent, et s’accélère brusquement chaque fois que l’équipe s’enfonce un peu plus dans le cauchemar. Comme on sait par avance que Lena va en ressortir, et pas les autres, ça crée beaucoup d’ironie dramatique à leurs dépends. Ironie qui finira par aller beaucoup plus loin.

J’ai lu après avoir vu le film qu’il reflétait admirablement la vision de la dépression vu de l’intérieur. Je l’ai trouvé angoissant, anxiogène, comme beaucoup de programmes sur Netflix d’ailleurs. Une précision, Annihilation n’est pas une production originale de Netflix. C’est un film que la Paramount n’a pas voulu distribuer tel quel, et dont le producteur a préféré faire affaire avec Netflix pour sa sortie.

Si vous êtes à la recherche de légèreté, passez votre chemin. Si vous voulez pouvoir dire dans les dîners en ville que “Décidément, Netflix bouscule le cinéma !”, regardez-le. Curiosité, goût pour le fantastique, appétit pour toute forme de narration, … plein d’autres raisons de voir ce film.

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La casa de papel, d’Álex Pina, prenant

8 braqueurs investissent la Maison Royale de la Monnaie à Madrid. Ils y prennent 67 otages et, masque de Dali sur le visage, attendent l’arrivée des forces de l’ordre. Ils sont pilotés de l’extérieur par “le Professeur”, lequel a tout prévu, y compris de manipuler la police. Mais quel est le but réel du braquage, et comment comptent-ils s’échapper ?

Au début, ça fait penser à Inside Man, avec le même jeu de confusion vestimentaire, une dissimulation des objectifs réels du braquage, la manipulation de la police, …. Mais, comme c’est une série, on a le temps d’aller beaucoup plus loin, et c’est tant mieux, on ne perd pas son temps.

Grande réussite, le personnage du Professeur qui a conçu le braquage et le dirige à distance. Quand événements et imprévus le mettent sous pression, c’est vraiment jouissif. Qui est-il ? D’où vient-il ? De quoi est-il fait ? Entre filiation et résistance, les deux derniers épisodes de la première saison, et le générique du 13ème épisode nous donnent quelques indices. Mais c’est peut-être trompeur.

Autre réussite, la solidité des personnages et tout le casting qui les incarne : braqueurs, otages, policiers. Il se dégage de ces personnages que l’histoire construit petit à petit une sorte de sensualité troublante.

Grand plaisir : entendre de l’espagnol, ça change de l’anglais ! D’où la sensualité peut-être aussi.

Enfin, j’ai beaucoup aimé aussi la manière narrative, mêlant voix-off rétrospective, flash-backs, création de tonnes d’ironie dramatique, etc.

Petit bémol, de temps en temps on se demande quand même qui garde les otages !

Enfin, sentiment très personnel : je retrouve dans Miguel Herràn quelque chose de Jean-Michel, et c’est assez troublant.

Bon, à la fin de la saison 1, le Professeur est en mauvaise posture, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il avait prévu cette possibilité ….

A voir en ces derniers jours de l’hiver où le temps est revenu ici à la pluie, et à la neige aussi annonce-t-on.

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Peaky Blinders, saison 3, goût russe

Deux ans ont à nouveau passé. Les affaires de la famille Shelby ont prospéré. Elles sont de plus en plus légales. Thomas se marie. Mais une dispute avec des italiens de Birmingham, et surtout une affaire en cours avec des russes blancs, en lutte contre les bolcheviques, affaire à laquelle est mêlée une sombre organisation politique, et aussi le gouvernement anglais, vont lui compliquer la vie. Un peu, beaucoup, tragiquement.

Le pardon, le compromis, les excuses, tout cela a-t-il une place dans nos vies .? En général oui. Ce qu’il y a de bien avec les Shelby, c’est qu’ils rejettent en bloc ces notions, en bloc ou pas tout à fait ce qui ouvre la porte à quelques conflits intrafamiliaux croustillants.

Les russes blancs de cette saison sont bien décadents, pour ne pas dire dégénérés. Les italiens trop arrogants. Les méchants sont encore plus méchants, puissants et brutaux. Les personnages devenus un peu faiblards sont éliminés sans pitié (scénariste, c’est comme jardinier, il faut savoir tailler dans l’histoire ). Ici pas de place pour la niaiserie ou même pour l’idée de quiétude.  A l’inverse, les personnages les plus forts montent en puissance, comme celui d’Alfie Salomon, gangster juif philosophe et caractériel. Polly, de plus en plus magnifique.

Ce que j’ai le moins aimé ? La fin. Ça se fait pas.

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David Letterman, Mon prochain invité n’est plus à présenter, chouette

Un type barbu que je ne connais pas parle au téléphone. Puis on le retrouve sur la scène d’un théâtre, en chemise. Il explique qu’il est là grâce à Netflix. Il joue un peu le type dépassé par l’époque. Le public rit. Il demande si quelqu’un a deviné qui va être son prochain invité. Quelqu’un lance “William Clinton” ! En coulisse un homme rit. C’est Barack Obama. Il fait son entrée en souriant sous les applaudissements. Le barbu remet sa veste. C’est David Letterman, animateur très connu aux Etats-Unis, et pas connu des humains dans un rayon d’un mètre autour de mon clavier. C’est parti pour près d’une heure d’une discussion détendue et intéressante.

Obama dit des choses sur sa mère, son éducation, la manière dont sa mère lui a parlé de son père, son père absent. Sur les inégalités économiques qui se creusent, et leurs conséquences négatives, sur la très faible participation électorale aux États-Unis, sur la question raciale aussi. Rien sur le changement climatique. Rien directement sur Trump. Des choses aussi sur les bulles créées par les réseaux sociaux, qui confortent chacun dans ses croyances. Il cite un sénateur américain, de mémoire : “chacun est libre de choisir ses opinions, mais pas de choisir les faits”. Ils parlent aussi de la chance qu’il faut avoir et que tout le monde n’a pas.

L’entretien est ponctué par des mini-reportages qui viennent compléter, approfondir le propos. Au bout d’une petite heure de programme, sans doute moins dans la réalité, quelqu’un glisse dans l’oreillette de Letterman qu’il faut libérer Obama lequel, en sortant, montre l’homme d’images qu’il est aussi.

A voir par les Netflixiens et pas que.

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Bright, de David Ayer, plan B

Le film était annoncé à grand renfort de publicité par Netflix. L’histoire se passe à Los Angeles. Y cohabitent tant bien que mal des humains, des elfes et des orques, ces derniers peu aimés des policiers humains. Pour la première fois, un orque est devenu policier, c’est Jakoby. Il est l’équipier de Ward, joué par Will Smith. Partenariat difficile. Détestation des collègues. Lors d’une patrouille, Ward et Jakoby tombent sur un objet magique que tout le monde va se mettre à convoiter. C’est le début de graves problèmes pour eux.

Le film commence bien. La description de ce Los Angeles fantastique intéresse. On cherche le symbole, la métaphore, la correspondance  avec notre univers à nous. Mais tout ce qui brille n’est pas de l’or. Petit à petit, on se rend compte qu’aucune des promesses de ce début n’est tenue. On glisse insensiblement vers un film d’action plat, peu inventif, qui va de facilité en facilité. Le plus décevant ?  La relation Ward Jakoby qui au bout du film aura toujours l’épaisseur d’une feuille de papier. Sans parler du personnage de Tikka qui n’est qu’un rouage narratif sans couleur, sans saveur, sans odeur. Bright ? Moins bon qu’un bon Europacorp qui s’assume. Dommage. Ne tombez pas dans le panneau (publicitaire). Sur Netflix aussi on peut cultiver des navets. Ah, quand même, pas mal de bons acteurs méconnaissables.

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Manhunt Unabomber, de Discovery Channel, passionnant

1995. Aux USA sévit un mystérieux criminel qui envoie des bombes par la poste. Des blessés, des mutilés, des morts. Le FBI le recherche en vain depuis des années et a créé pour cela l’UTF, la Unabomber Task Force.

C’est justement à l’UTF qu’est affecté Jim Fitzgerald, ancien policier devenu profileur, et qui vient de recevoir son diplôme du FBI “avec les plus grands honneurs”. On lui demande d’établir un profil “propre et sans fautes de frappe” sur la base de l’évaluation en cours, profil destiné au Ministère de la Justice. Fitz, comme on l’appelle, se met au travail, et très vite il est amené à contredire la thèse qu’on lui demande de confirmer. Ca n’ira pas sans mal. Il ira de découvertes en découvertes.

Plein de choses intéressantes et séduisantes dans cette série en 8 épisodes, initialement produite par Discovery Channel, et actuellement diffusée sur Netflix. Je les liste.

1 • Le jeu des deux personnages principaux, Sam Worthington et Paul Bettany, en fragilité, en force d’âme, en déchirements intérieurs, en rigidité, en intelligence. Le Sam Worthington de cette série est à l’opposé de ce qu’il a pu faire dans Avatar. Il y a quelque chose dans sa gestuelle, dans sa démarche, dans son regard, qui traduit ses fêlures, son embarras. Autant de vulnérabilité sans affectation, un tour de force.

2• La construction du récit, en aller-retours temporels incessants qui vont s’espaçant plus on avance, qui créent de l’ironie dramatique et de la tension, et qui permettent d’introduire des causalités et du mystère.

3 • Le récit de l’invention d’une nouvelle science humaine : la linguistique criminelle où comment faire le portrait de quelqu’un à partir de ses écrits, de ce qu’il y met, et aussi de ce qu’il n’y met pas.

4 • L’idée que dans le fond l’enquêteur partage en grande partie les vues d’Unabomber, sans approuver ses crimes. Ses idées, sa critique  d’une société où l’homme est dominé par la technologie, la série nous les propose. Pourquoi s’arrêter à un feu rouge alors qu’il n’y a aucune autre voiture, ou que le feu ne protège aucune intersection et que la route est vide ? Le même jour, je lisais un article sur l’extension de la vidéoverbalisation à Bordeaux. On n’arrête pas l’antiprogrès.

Les épisodes sont assez courts, 42 minutes. Le casting est impeccable. La mise en scène inventive. La production à la hauteur. C’est passionnant. A voir.

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Mindhunter, de David Fincher, intéressant

Fin des années 70 aux Etats-Unis. Un jeune agent du FBI, Holden Ford, est amené à s’intéresser à la psychologie de certains criminels. Il fait bientôt équipe avec un agent plus expérimenté, Bill Tench, et l’entraîne dans cette nouvelle direction. A l’insu de leur hiérarchie, ils vont interviewer un homme condamné pour plusieurs crimes à caractère sexuel. “Comment attraper les fous si on ne sait pas comment pensent les fous ?” diront-ils pour leur défense. Ils seront rejoints par le Dr Carr, universitaire criminologue, rigoureuse et pénétrante.

Ce qui est très intéressant dans cette série c’est de voir se construire de manière pratique, et parfois douloureuse, une nouvelle approche en matière de criminologie. A l’époque, le concept de tueurs en série n’existait pas, et ils vont l’inventer.

L’histoire avance sur un rythme assez lent. S’y mêlent leur apprentissage, forcément lent, leurs difficultés, leurs découvertes conceptuelles et pratiques, les quelques enquêtes auxquelles ils participent. Les couleurs sont sombres, un peu grisâtres, un peu beige. Les crimes sexuels, c’est pas la joie nous rappelle ainsi le réalisateur alors que le rôle de là mère dans l’apparition des déviances meurtrières hante les premiers épisodes.

Jonathan Groff un peu doucereux je trouve, Holt McCallany apporte une maturité virile en contrepoint, et Anna Torv ne se laisse pas marcher sur les pieds.

A voir sur Netflix.

PS : Je n’aime pas du tout le générique dont le montage façon “images subliminales” m’agresse.

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Narcos saison 3, de Netflix, corruption

La saison 3 raconte le combat d’un agent de la DEA, Xavier Péna, celui–là même qui avait eu la peau de Pablo Escobar dans les saisons 1 et 2, contre le cartel de Cali, dirigé par 4 frères.

Du plomb, de l’argent, de la coke et du sang. Pas mal de nouveaux psychopathes. Et de nouveaux personnages.  Le plus intéressant est celui de Jorge Salcedo, dont je ne dirai pas s’il traverse toute la saison vivant pour ne pas divulgâcher : évidemment, le narco trafic est une activité où la vie peut s’arrêter brutalement et douloureusement.

La série se concentre sur le fonctionnement du cartel et dévoile l’ampleur de la corruption en Colombie, laquelle ne laisse pas de surprendre. Qu’en est-il ici ?

Je préférais le générique des deux premières saisons. C’est pas mal, on peut voir.

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Okja, de Joon-Ho Bong, militant

Dans la montagne coréenne, Mija, 13 ou 14 ans, vit avec son grand-père, et avec Okja, dont le début du film nous dit qu’il s’agit d’un cochon génétiquement modifié, une femelle. Okja a la taille d’un hippopotame et l’agilité d’un gros chien. Mais un jour l’entreprise américaine qui l’a créée vient la reprendre. Mija part pour la retrouver. Elle n’est pas la seule à vouloir la récupérer….

Au début, le plus époustouflant, ce sont les effets spéciaux. On sait  évidemment qu’Okja est une créature de synthèse, mais les images qu’on voit – la lumière, les ombres, les interactions avec le décor et Mija – nous disent que la truie est réelle. Assez stupéfiant.

Puis c’est un film qui avance vers le réalisme. On quitte la forêt coréenne reculée, un monde enchanteur, pour finir dans le monde de la nourriture industrielle où tout n’est que viols, tortures et meurtres à grande échelle. Le fondement de notre civilisation alimentaire. C’est sans doute l’aspect le plus intéressant du film, ce message quasi-militant qui devrait détourner plus d’un jeune spectateur de la viande industrielle. Pour ma part, je ne savais pas que les anus de porc entraient dans la composition des saucisses de Francfort. Est-ce bien vrai d’ailleurs ?

Okja, c’est très bien fait. Ca ressemble à un bon Disney. Mais ça ne m’a pas complètement emporté. Ah, j’oubliais, c’est un film Netflix. Je l’ai vu sur mon plasma, pas sur l’écran d’un cinéma. Aurais-je été plus ému ? Je ne ne sais pas. Je me demande. Okja y aurait sa place sans nul doute.

PS (130717) : Pour les amateurs d’effets spéciaux, quelques informations.

PS2 (130717 et 010817): Eric R., scénariste, qui s’y connaît, et pas qu’un peu, recommande un autre film de Joon-Ho Bong, Memories of murder, que j’ai vu depuis, et qui vaut le détour comme on dit dans le Michelin.

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War Machine, de David Michôd, pas mal

Après quelques succès en Irak, le général Glen McMahon est nommé en Afghanistan. Sa mission ? Officiellement, régler la situation au plus vite. Officieusement, ne pas faire de vagues. Il va en faire. Il va se faire virer.

Incarné par un Brad Pitt vieilli, raide, sportif et grimaçant, le général Glen McMahon – personnage fictif mais proche du vrai général Stanley McChrystal – se débat, sans jamais les surmonter, dans les contradictions de sa mission : gagner une guerre anti-insurrectionnelle dans un pays dont les habitants ne veulent ni la présence des soldats américains, ni les supposés bienfaits du nation building, ni les dollars qui vont avec. “Leave, leave” répètent-ils. Dans un pays où les subventions du congrès américain ne peuvent aller à la culture du coton car ça ferait concurrence à des états du Sud : conséquence, les paysans continuent à cultiver du pavot. Dans un pays où tuer un insurgé revient à en fabriquer 5 de plus. Dans un pays où les marines ne peuvent faire la différence entre un insurgé et un paisible autochtone. Où ils sont décorés quand ils décident de ne pas tirer, ce qui les plonge dans une certaine confusion. Alors même qu’ils sont de redoutables machines de guerre. Aujourd’hui, la guerre continue. Évidemment, sans but de guerre clair, pas de victoire possible.

Bon, c’est un film Netflix. C’est à dire un film tout court. Avec des comédiens peu connus et quelques vedettes internationales au casting. C’est assez drôle. Pas aussi percutant dans le cynisme que Lord of War. Pas aussi émouvant que Lions et agneaux. Ca dure deux heures et je ne me suis pas ennuyé à défaut d’être captivé. War Machine gagnerait-il à être vu en salle ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, cinéastes du monde entier, le niveau monte chez Netflix ! Les sentez-vous vos pieds mouillés ?

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