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Je danserai si je veux, de Maysaloun Hamoud, comme tu veux

Tel Aviv. Après le départ de leur amie Ratif qui se marie, Layla et Salma, 2 jeunes femmes palestiniennes, 2 jeunes arabes israéliennes, grandes fêtardes, sont rejointes par une nouvelle colocataire, Nour, étudiante en informatique, musulmane, pratiquante, voilée, fiancée. On a donc réunies trois filles en âge de se marier. Et quelques pressions familiales ou amoureuses à ce sujet. Mais le mariage, ça semble, au moins pour Layla et Salma, être la fin de la vie, l’obéissance aux conventions comme une punition de chaque instant. On passe quelques jours avec Layla, Salma et Nour.

C’est quoi une femme ? Un être qui vibre. C’est quoi une jeune femme ? Une être qui vibre beaucoup beaucoup. Et moi j’aime les vibrations, et particulièrement celles de cette histoire où excellent Mouna Hawa, Sana Jammelieh et Shaden Kanboura. C’est quoi un homme ? Dans ce film des êtres jouisseurs, hypocrites, conformistes, lâches ou résignés. Cochez les cases, au choix. A quelques exceptions près, dont celle du père de Nour mais là je spoile un peu peut-être. Pas mal d’éléments m’échappent faute de connaître la vie quotidienne en Israël où la question des transports et des déplacements semble cruciale à maints égards pour les Palestiniens.

Voilà, Je danserai si je veux, un film cousin de Mustang, dans un Proche-Orient où courage est un mot plutôt féminin. A voir. Un grand merci à Jules pour nous avoir proposé cette sortie.

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Le Nazi et le Barbier, d’Edgar Hilsenrath, saisissant

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A la lecture des débuts dans la vie de Max Schulz, bébé aryen aux cinq pères possibles et au beau-père pédéraste violeur, on se dit que concernant les perspectives d’une existence paisible et heureuse pour Max, né en Allemagne au début du 20ème siècle, c’est mal parti. Mauvaise époque, mauvais endroit, mauvais pays.

Max s’engage dans la SS, devient un SS génocidaire (des détails comme autant de claques dans la gueule tout au long du livre). Après-guerre, pour échapper à la justice, il se fait passer pour Itzig Finkelstein, son ami d’enfance assassiné car juif. Puis Max quitte Berlin pour la Palestine, y devient barbier – le métier que les Finkelstein lui ont appris –  et aussi terroriste pour chasser les anglais. Sera-t-il un jour jugé et puni pour ses crimes ?

Après Fuck America que j’ai beaucoup aimé, je me suis précipité sur d’autres oeuvres d’Edgar Hilsenrath. J’ai commencé par Le Nazi et le Barbier, resté impublié en Allemagne pendant des années alors que le livre faisait un tabac aux Etats-Unis. Toutes proportions gardées, c’est comme si un français vivant aux Etats-Unis écrivait en français un livre sur la guerre d’Algérie, que ce livre publié en anglais avait le Pulitzer, et qu’il ne se trouvait aucun éditeur pour le sortir en France.

J’ai eu du mal au début. C’est dur. C’est très dur. D’autant plus dur qu’il y a de la dérision, de l’humour noir, du sexe à tout va. Et que l’on a le point de vue du bourreau. Max Schulz / Itzig Finkelstein n’a pas d’empathie. Il ne pense qu’à s’en sortir, qu’à la suite. Toute sa vie se fait aux dépends des autres, et principalement aux dépends des Juifs. Et le récit se fait parfois aux dépends des Juifs – et de ceux que Max rencontre – en raison de l’ironie dramatique extrême de la situation. Mais, petit à petit, je suis rentré dans l’histoire. D’abord parce que c’est un résumé des événements, de la culture, de la vie d’avant-guerre, de la guerre, de l’après guerre en Allemagne, puis en Palestine qui devient Israël. Ca m’a intéressé. Et aussi parce qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de savoir ce qu’il allait advenir de Max Schulz. Allait-t-il se faire prendre, juger et punir ? Ou plutôt, comment allait-t-il se faire prendre, juger et punir ?

Comptez pas sur moi pour spoiler la fin.

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Palestine, de Joe Sacco, une bonne découverte, à lire

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Palestine, de Joe Sacco, est un livre de “BD-journalisme” à la première personne. Ce journaliste américain a passé deux mois et demi à l’hiver 1991 dans les Territoires occupés. Il a rencontré des palestiniens, recueilli nombre de témoignages, pris des notes et des photos, et transformé toute cette matière en un récit de bande dessinée avec une forme narrative et visuelle très intéressante.

Je savais, je croyais connaître, la dureté de la vie dans les territoires occupés. J’avais tort. J’ai découvert de nouveaux endroits intéressants sur terre comme Ansar III, et de chouettes concepts comme “la pression modérée”. Ce que Joe Sacco décrit dépasse tout ce que j’avais imaginé. Dans la dernière partie du livre, il témoigne aussi de la manière dont le caractère insupportable de la situation est refoulé par ses connaissances israéliennes. Tout ça les fatigue.

C’était en 1991. Est-ce que la situation s’est améliorée ? Je ne suis pas un fin connaisseur du Proche-Orient, mais tout porte à croire que non. Livre à lire et à recommander.