Archives par étiquette : photographie

Légende(s), de Pascal Fellous, surprenant

“Corto”, © Pascal Fellous

Pascal nous a donné rendez-vous au sous-sol de la Maison de la Tunisie de la Cité Universitaire. On franchit de lourds rideaux, téléphone à la main, torche allumée. C’est comme ça qu’il faut découvrir ses photos de la série Légende(s). Des photos ? Ces visuels au format carré 20 centimètres sur 20 ? Difficile à croire au premier abord. On croirait plutôt de la gravure. Ou alors un système inédit d’impression à partir d’un travail à l’encre de Chine. Ou encore du papier photo qu’il aurait torturé dans un bain de révélateur avec tout ce qu’il aurait trouvé dans sa cuisine. “C’est des photos, pas de Photoshop” répète Pascal aux visiteurs. Bon, il a pris des plaques de verre sur lesquelles il a travaillé de l’encre au pochoir et au pinceau , puis il les a photographiées ? Non.

Quoi qu’il en soit, l’essentiel n’est pas là. C’est très beau. C’est surprenant. Ce sont des paysages, des visages, des corps, des aurores boréales, des nuits d’hiver, des créatures, …. Ca ouvre des horizons, des univers, c’est intriguant avec un goût de vertige. Ca me plaît beaucoup.

A voir jusqu’au 30 avril. En attendant une autre exposition ou que Pascal Fellous, réalisateur et photographe, inspiré et inspirant, trouve un éditeur avec du flair; ce serait mérité.

Ah, je sais ce que c’est. Je le dis pas. Un indice. Les Légende(s) ont commencé un matin en bas de chez lui. Un salon de coiffure venait de fermer, et ….

Station de tramway Montsouris

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Pascal Kobeh, abstractions, fascinantes

kobeh

Mycedium, 2012 © Pascal Kobeh

A Mac Paris ( Manifestation d’Art Contemporain, jusqu’au 27/11/16 à l’Espace Champerret ), je redécouvre les œuvres abstraites de Pascal Kobeh. Ce sont des photos du vivant sous-marin mais en si gros plan, ou en de telles couleurs, qu’elles deviennent autre chose : des peintures, des tissus, des signes, des symboles, des vues aériennes de contrées lointaines … ou un détail de la jupe d’une cougar qui passe. Vraiment très beau. Très singulier. Parfois vertigineux.

Ces images me fascinent. Vous les retrouverez en ligne à :

http://www.pascalkobeh.com/portfolio/abstractions

Photographe, spécialisé dans la photo sous-marine, Pascal Kobeh est aussi, d’abord et surtout un artiste, c’est à dire quelqu’un dont la création vous parle, vous taquine, vous intrigue, vous illumine. A voir, en ligne ou sur place.

© Pascal Kobeh

© Pascal Kobeh

Ci-dessous, les mots de Pascal sur cette partie de son travail.

Pourquoi cette série ?

De prime abord, cette série montre des photographies abstraites, or comme les extrêmes se rejoignent, elles peuvent également se revendiquer de l’hyperréalisme.

A l’instar du peintre abstrait qui se lance dans une composition, se laisse porter par son imagination, sa sensibilité, son œuvre, lorsque je passe la tête de l’autre côté de la surface, je suis porté au sens propre d’abord par les éléments puis au figuré ensuite. L’élément liquide, « un », m’entoure, me submerge, s’ouvre pour que je m’y enfonce, pour que je m’y engloutisse. Je ne sais pas alors ce que je vais voir, découvrir. J’ignore ce qu’il va advenir. Cet « un » forme le tout. Et se multiplie, ou plutôt se démultiplie. Il donne naissance à la « multitude ». Ces abstractions sont comme une gélatine passée au révélateur chimique, sauf qu’ici il ne s’agit que de restituer, de rapporter leurs couleurs originelles à la lumière du jour.

Faune, flore, minéraux, c’est un monde entier qui se donne à voir. Une vie réelle, intense. Des « figures » font leur apparition. Chacune possède son propre caractère, présente ses couleurs, ses livrées. Il faut souvent un regard attentif et patient, un deuxième passage, un « arrêt sur image » pour les repérer, les comprendre et les capter. Sous l’eau les couleurs s’estompent : dès cinq mètres, le rouge disparaît, suivi de l’orange et du jaune vers vingt-cinq mètres, puis c’est au tour du vert à quarante-cinq mètres. Au-delà ne subsiste plus que le bleu, qui devient noir dans les grandes profondeurs. Je ne suis que le témoin d’un instant, le spectateur d’une représentation fugace. C’est ce qui me permet de saisir et retransmettre cette « œuvre éphémère », montrant des détails que l’on ne remarque pas forcément au premier abord : elles nous dévoilent un plaisir d’initiés.

Suis-je victime de l’ivresse des profondeurs ? Mon imagination ne se laisse-t-elle pas submerger par un monde inconnu ? Ces couleurs, ces livrées, ces formes sont-elles réelles ? Les restituer en un plan très rapproché, n’est-ce pas se raccrocher à quelque chose de connu, à quelque création accessible ? A une œuvre humaine ou un paysage familier ?

Ces photographies se rattachent-elles à un mouvement artistique ?

« Les choses visibles sont éphémères, les invisibles sont éternelles », Saint Paul. Je ne peux pas dire qu’il s’agit d’art éphémère, encore moins de « land art » qui aurait lieu sous l’eau. J’en suis même aux antipodes. Il y a une forme d’éternité dans ses images. Certaines formes, couleurs étaient là bien avant nous. Elles seront encore là quand nous aurons disparu. A mon échelle, c’est ce que je reproduis. Mon temps sous la surface est compté. L’éternité est pour elles, ces formes, ces couleurs. Je ne fais que passer jusqu’à ce que l’air me manque. Un raccourci de l’humanité.

Finalement, que voir ?

Nous avons tous tendance à rationaliser ce qui se présente à nous. Le relier à quelque chose de connu, de rassurant. Ici, on est ailleurs. Dans tous les sens du terme. Depuis notre naissance, l’eau n’est plus notre élément. Confronté à une image abstraite, le spectateur va chercher à la rattacher à quelque chose de plus familier, une image qu’il a déjà vue, ne serait-ce qu’en levant la tête. Je suis frappé par les remarques qui identifient mes images abstraites au domaine de l’aérien. Une vue du ciel, alors que c’est des confins des abysses qu’elles remontent.

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Lucien Clergue, les premiers albums, au Grand Palais, lumineux

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Dimanche il faisait beau. La lumière appelant la lumière, nous sommes allés voir l’exposition Clergue au Grand Palais, sur le conseil de Luc. Elle retrace la naissance de Lucien Clergue en tant qu’artiste avec des tirages extraits de ses premiers albums, ses premières séries, son travail sur la “Camargue secrète”, les taureaux, les gitans, le “Langage des sables”,…. Son film Le drame du taureau est présenté, ainsi qu’une très intéressante interview de son ami  Jean-Maurice Rouquette, conservateur du Musée Réattu en Arles.

Je ne connaissais Lucien Clergue que de nom, surtout en relation avec les Rencontres photographiques d’Arles, et très mal voire pas du tout son travail. J’ai été saisi par l’alignement des photos camarguaises dont ont ne sait plus s’il s’agit de photos, de dessins, d’estampes ou de peintures. J’ai été fasciné par les photos extraites de Langage des sables, où dans un détail s’ouvrent un univers, un portrait, un paysage. J’ai aimé entendre définir ce qui fait la différence entre un photographe et un artiste : la série. J’en suis sorti plein d’espoir, plein d’envies créatrices.

A voir, jusqu’au 15 février, dépêchez-vous !

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