Archives par étiquette : polar

Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh, tarif de groupe

Le Caire janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution égyptienne. Noureddine Mostafa est un officier de police à la mode cairote : c’est un ripoux qui rackette commerçants et trafiquants. Il est sombre, taciturne, atteint, en deuil. Une jeune femme est assassinée au Hilton. Son oncle, Kammal Mostafa, qui dirige le commissariat où travaille Noureddine, l’envoie sur l’affaire. Début de l’histoire. Alors que la révolte gronde, Noureddine va rencontrer bien plus ripoux que lui. Et quelque chose du sens du mot dignité.

J’ai beaucoup aimé cette histoire que l’on suit au plus près du héros. On n’en sait pas plus ou pas tellement plus que lui. On découvre les rapports de forces, la corruption, et la violence qui sont le quotidien de la police et de l’appareil sécuritaire. On découvre aussi la ville, violente, peuplée, sale. Je ne suis pas sûr d’en avoir bien compris l’intrigue mais on s’en fiche.

Fares Fares, Hania Amar et Mari Malek ont une grande profondeur, et une humanité à fleur de peau, interprétant des personnages chez qui la dissimulation est la condition de la survie. Au delà, pas un seul acteur qui soit en dessous, pas à la hauteur.

Le Caire confidentiel, un grand film. A voir, pour les amateurs de policiers ou de films noirs. Et pas seulement. Et aussi pour apprendre l’étymologie du mot flouze. Le flouze. Le flouze qui corrompt, qui gangrène, qui tue, là-bas, et ici aussi sans doute.

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Memories of murder, de Joon-Ho Bong, biais cognitif

1986. La Corée du Sud est en voie de démocratisation. Elle vit encore et toujours sous la menace du Nord; les exercices d’alerte et les manifestations se succèdent. Dans une région rurale, où le temps ne s’écoule pas comme en ville, le corps d’une jeune femme assassinée est retrouvé. Se produit bientôt un autre meurtre, semblable au premier. Deux policiers locaux mènent l’enquête, avec des méthodes expéditives. Arrive envoyé par Séoul un jeune détective, aux méthodes plus sophistiquées, plus rationnelles, et plus respectueuses du droit. Il propose bientôt de nouvelles pistes.

Ce film, Memories of murder, est présenté comme le chef d’oeuvre de Joon-Ho Bong. Il ressort début juillet 2017 à Paris, sans doute pour accompagner la sortie d’Okja, et bénéficier du regain d’intérêt pour l’auteur. Le Trianon de Sceaux organise une séance spéciale le 15 août. Si vous êtes dans les parages, et si vous aimez les polars, je vous conseille d’y aller.

Ceci dit, je vais maintenant pas mal divulgâcher, alors ne lisez pas la suite si vous voulez garder intact le plaisir d’une première projection.

Quand un spectateur regarde un film, il n’a comme information sur l’histoire, à moins qu’il ne s’agisse d’Histoire, que ce que les auteurs du film, dont le scénariste, veulent bien lui donner, par l’image, par les dialogues, par le son. Autrement dit, le scénariste, s’il s’y prend bien, peut faire croire ce qu’il veut au spectateur, et l’amener où il veut.

Ici, au départ, on a deux inspecteurs aux méthodes brutales. On voit bien qu’ils font fausse route et qu’ils essayent d’extorquer des aveux à un pauvre type. Ils ne sont pas complètement antipathiques, mais si quelque chose venait les contrarier, le spectateur en serait satisfait. Ce quelque chose, c’est un jeune inspecteur venu de Séoul. Rapidement, il prouve que les deux flics ruraux se trompent. Et rapidement, il met en lumière des coïncidences : la pluie, les vêtements rouges, … il trouve même une troisième victime. Du coup, le spectateur épouse sa cause et sa thèse, tout du long, en dépit des éléments qui viennent petit à petit contredire l’hypothèse initiale.

Memories of murder, c’est en fait le récit de l’égarement et de l’entêtement d’une enquête, de l’ensemble des enquêteurs, et surtout de notre flic citadin qui sera à un doigt de tuer son dernier suspect, alors même qu’il a sous les yeux la preuve de son innocence. C’est aussi une histoire qui fonctionne sur l’égarement intentionnel du spectateur, amené à adopter le point de vue du nouvel enquêteur, et à ne pas le remettre en cause.

Pas étonnant que des scénaristes m’aient recommandé ce film. N’est-il pas dans sa construction emblématique de leur pouvoir professionnel ? Faire croire des choses. En dissimuler d’autres. Manipuler le spectateur. Tirer les ficelles de l’histoire. Jusqu’au bout des 2h30 du film qui passent sans que l’on s’ennuie.

Pour ma part, ayant trop tété de biais cognitifs ici et là, j’avais tiqué à plusieurs reprises au cours du film, entrevoyant le dispositif narratif, et le biais cognitif, ceci dit sans me vanter, ou alors juste un peu. Mais ça n’a pas gâché mon plaisir. Intact jusqu’au bout.

Memories of murder, c’est un très beau film policier, singulier, avec des personnages riches, attachants même dans l’antipathie. Beaux interprètes. Belle photo. Pas ennuyeux une seconde. C’est aussi la description d’une Corée où le corps social cherche ses marques après de longues années de dictature. A voir.

PS : si vous savez expliquer la formation des patronymes en coréen, vous avez le droit de l’indiquer en commentaire.

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Quand sort la recluse, de Fred Vargas, associations

Le commissaire Adamsberg confond un meurtrier, démasque un violeur, voit sur l’écran de l’ordinateur de l’un des membres de sa brigade l’image d’une araignée recluse. Ca commence à le gratter. Et ce d’autant plus que trois personnes âgées viennent de mourir à la suite d’une morsure de cette araignée, dont le venin cette année aurait des effets nécrotiques démultipliés, en raison de la chaleur disent les uns, à cause de mutations induites par les pesticides disent les autres. Sans en référer à sa hiérarchie, et en dehors de toute procédure, Adamsberg commence à enquêter, en dépit du scepticisme de ses troupes.

Livre après livre, histoire après histoire, finit par se poser la question de l’existence d’ingrédients pour les polars de Fred Vargas, si singuliers, si intéressants. Plusieurs semblent émerger de la brume. Les meurtres viennent de loin, traversent le temps. Adamsberg se retrouve confronté à sa propre histoire personnelle, parfois enfouie. La théorie des 6 degrés de séparation est mise en pratique, avec bien moins de 6 degrés. Des pratiques archéologiques sont convoquées.

Dans Quand sort la recluse les fulgurances d’Adamsberg sont rationalisées.  Ses proto-idées – j’adore ce mot – , ses bulles d’idées, tout cela fonctionne selon le principe des associations d’idées, en mode quasi psychanalytique, pour aider à la résolution. Autre ligne de force, la dénonciation des violences sexuelles. Tout à coup une phrase très simple, citant les chiffres noirs en France : une femme violée toutes les 7 minutes, 1 à 2 % des auteurs condamnés.

Mort aux blaps ? On se pose la question. Me lasserais-je un jour de lire Fred Vargas ? Je ne crois pas. Je n’espère pas

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Comancheria, de David MacKenzie, polar

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Au milieu d’un Texas frappé par la crise économique, où les cowboys, livrés à eux-mêmes, sont une espèce en voie de disparition, où presque tout le monde est armé, où banques et compagnies pétrolières sont des prédateurs redoutables, deux frères entament une série de braquages de banques. Pourquoi ? Quel est leur plan ? Le film va l’expliquer. Un ranger proche de la retraite, aussi perspicace que sarcastique, et son équipier se mettent sur l’affaire. Les duos vont-ils se rencontrer ? Il y a-t-il une morale à cette histoire ?

Polar où la tension et la violence montent lentement, inexorablement. Peinture d’un Texas sinistré où les gens parlent « de ceux qui ont volé la banque qui les vole depuis 30 ans ». Peinture croisée d’une fratrie et d’une amitié professionnelle. Si vous aimez les polars bien faits, dépaysants et originaux, ce film est pour vous.

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