Archives par étiquette : série à voir

Happy !, de Patrick McManus, décapant

Nick Sax. Un ex-flic au bout du rouleau. New-York. Des idées suicidaires. Et tout de suite une fantaisie pour vous dire que ce qui suit va sortir de l’ordinaire. Une petite fille qui se fait enlever par un Père Noël de cauchemar. Une petite licorne bleue qui s’adresse à Nick : il est le seul à la voir et l’entendre. Des méchants qu’on dessoude salement. Nick est devenu tueur à gages à la suite d’un trauma particulièrement dégueulasse. J’ai vu les 8 épisodes de la saison 1 sur Netflix.

C’est assez sanglant. Loufoque. La résilience de Nick dépasse les bornes. C’est bien fichu. Il y a une vraie chaîne alimentaire des méchants avec au-dessus des principaux méchants, un autre méchant encore plus méchant, plus un autre, etc.

Il me semble que les auteurs ont lu, vu et aimé les mêmes livres, bédés et films que Tarantino. Même goût pour la musique, pour la violence, pour le sadisme, pour le kitch. Même fascination pour la sodomie placée au sommet des tourments que Nick, vivant qui revient des morts, peut endurer.

C’est assez marrant. C’est même très marrant. Et je ne nie pas la fonction cathartique de ce personnage assailli de toutes parts et qui s’en sort, forcément. C’est une série emblématique de ce que Netflix propose : un vent de liberté créative, pas forcément, pas toujours époustouflante, mais assez souvent surprenante et réussie comme ici. Bravo aux auteurs.

Christopher Meloni : puissant, iconoclaste, un air de folie dans l’œil.

Patrick Fischler : maître tortionnaire d’anthologie

Bryce Lorenzo : l’incarnation du courage

A voir.

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La casa de papel, saison 2, miam !

Eric R., érudit des séries et de bien d’autres choses, m’a expliqué qu’en fait il n’y avait qu’une saison à l’origine et que c’est Netflix qui en avait fait deux saisons, et remonté des choses au passage.

Anyway, j’attendais avec impatience la suite et de savoir comment ce braquage allait tourner. La question étant, vont-ils se faire capturer/tuer ou pas ? Cameroun ou Brésil ?

Cette deuxième saison se concentre sur l’affrontement entre Raquel et Salva, entre l’inspectrice et le professeur. La tension n’est pas la même que dans la première saison. Il y a quelque chose de plus humain, de plus personnel. Ca se regarde, ça se déguste, comme une bonne bouteille d’un vin léger dont on redemande.

Trois petites critiques :

+ les scènes d’affrontement sont quand même peu réalistes,

+ je suis resté un peu sur ma faim, j’attendais plus de profondeur dans la piste donnée par le Bella Ciao final de la première saison. Résistants, résistants, un peu vite dit.

+ la fin sent l’écurie – je veux dire le désir d’en finir avec l’histoire -. Le montage est quelque peu mensonger, le destin de Raquel n’est pas très clair et les retrouvailles sortent un peu de nulle part. Un peu dommage ces dernières minutes pas complètement abouties.

A voir quand même, amigos.

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La casa de papel, d’Álex Pina, prenant

8 braqueurs investissent la Maison Royale de la Monnaie à Madrid. Ils y prennent 67 otages et, masque de Dali sur le visage, attendent l’arrivée des forces de l’ordre. Ils sont pilotés de l’extérieur par “le Professeur”, lequel a tout prévu, y compris de manipuler la police. Mais quel est le but réel du braquage, et comment comptent-ils s’échapper ?

Au début, ça fait penser à Inside Man, avec le même jeu de confusion vestimentaire, une dissimulation des objectifs réels du braquage, la manipulation de la police, …. Mais, comme c’est une série, on a le temps d’aller beaucoup plus loin, et c’est tant mieux, on ne perd pas son temps.

Grande réussite, le personnage du Professeur qui a conçu le braquage et le dirige à distance. Quand événements et imprévus le mettent sous pression, c’est vraiment jouissif. Qui est-il ? D’où vient-il ? De quoi est-il fait ? Entre filiation et résistance, les deux derniers épisodes de la première saison, et le générique du 13ème épisode nous donnent quelques indices. Mais c’est peut-être trompeur.

Autre réussite, la solidité des personnages et tout le casting qui les incarne : braqueurs, otages, policiers. Il se dégage de ces personnages que l’histoire construit petit à petit une sorte de sensualité troublante.

Grand plaisir : entendre de l’espagnol, ça change de l’anglais ! D’où la sensualité peut-être aussi.

Enfin, j’ai beaucoup aimé aussi la manière narrative, mêlant voix-off rétrospective, flash-backs, création de tonnes d’ironie dramatique, etc.

Petit bémol, de temps en temps on se demande quand même qui garde les otages !

Enfin, sentiment très personnel : je retrouve dans Miguel Herràn quelque chose de Jean-Michel, et c’est assez troublant.

Bon, à la fin de la saison 1, le Professeur est en mauvaise posture, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il avait prévu cette possibilité ….

A voir en ces derniers jours de l’hiver où le temps est revenu ici à la pluie, et à la neige aussi annonce-t-on.

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Occupied, saison 2, page turner

Occupied de retour sur Arte ! J’ai découvert ça fortuitement en zappant comme un zombie ! La diffusion en était à l’épisode 5 ! Arghhh ! Mais là, merveilleuse surprise, on peut regarder tous les épisodes de la saison 2 sur le site d’Arte, disponibles jusqu’à la mi mars (2018). Arte, chaîne merveilleuse.

Donc, deux ans après la prise de contrôle de l’industrie du Oil & Gas norvégienne par les russes, avec la bénédiction et même commanditée par une Union Européenne affamée d’énergie, les russes sont toujours en Norvège où ils n’auraient du rester que 6 mois. Et la plupart des Norvégiens n’aiment pas ça.

Alors que Jesper Berg (Henrik Mestad), l’ancien premier ministre norvégien réfugié en Suède est sur le point de reprendre le pouvoir, le Parlement nomme au poste son ancienne chef de cabinet et amante, l’encore jeune Anita Rygg (Janne Heltberg). Une priorité pour elle, que le sang ne coule pas, alors que sa principale interlocutrice est la redoutable ambassadrice russe, Irina Sidorova (Ingeborga Dapknaite), et que si la sécurité intérieure collabore, d’autres aident la résistance.

C’est vraiment passionnant et réussi. Réussi surtout parce que c’est subtil, et absolument pas manichéen. C’est très fort parce que toutes les scènes ou presque sont des duels. Parce que le comportement de tous les personnages est questionnable. Parce qu’ils se salissent les mains, ou trahissent leur idéal, ou sont fidèles à eux mêmes en dépit de tout, ou font semblant de l’être. Trois beaux personnages : l’ambassadrice russe, Bente (Ane Dahl Torp) qui a vendu son restaurant pour acheter un hôtel de luxe fréquenté par des Russes et aussi le commissaire européen ( Hippolyte Girardot) qui se dévoilera en nous parlant de Marius Trésor. D’autres personnages très présents, les pays : la Russie, la Norvège, la Finlande, la Pologne et même la France.

Une petite interrogation. On passe sans arrêt d’un lieu à un un autre, d’un pays à l’autre, et chaque fois un court titre nous  l’indique. Il me semble que l’intensité de ce découpage est juste à la limite de ce que moi je pouvais supporter, avant de réclamer de pouvoir suivre plus longtemps tel ou tel personnage.

A la fin de la saison 2, qui semble bien dénouer l’histoire, je me suis demandé si j’étais plutôt une Anita Rygg ou un Jesper Berg. Bonne question. Vous qui me connaissez, vous en pensez quoi ? Et vous, de quel côté auriez-vous été ? Quoi qu’il en soit, merci aux créateurs de la série et aux scénaristes de nous interroger. A voir, à voir.

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Peaky Blinders, saison 4, goût italien

Peaky Blinders saison 4. Le principe reste le même. Deux ans ont encore passé et la famille Shelby va devoir affronter un ennemi encore plus puissant, encore plus cruel, encore plus déterminé, puisqu’il s’agit là de vengeance, de vendetta venue d’outre-atlantique.

Les italo-américains de la saison nous rapprochent encore un peu plus du Parrain. Mais c’est dans la philosophie d’un gangster juif que Thomas Shelby trouvera son salut.

Toujours aussi crédible, menaçant et beau. Même si bien sûr les méchants parlent toujours trop au lieu d’agir, et sinon il n’y aurait pas de série, ça ne finirait tout de suite. La fin ouvre de nouvelles perspectives, vers des prédateurs toujours plus gros.

A voir sans l’ombre d’une hésitation. Plus qu’un an à attendre pour la saison 5, annoncée comme la dernière.

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Peaky Blinders, saison 3, goût russe

Deux ans ont à nouveau passé. Les affaires de la famille Shelby ont prospéré. Elles sont de plus en plus légales. Thomas se marie. Mais une dispute avec des italiens de Birmingham, et surtout une affaire en cours avec des russes blancs, en lutte contre les bolcheviques, affaire à laquelle est mêlée une sombre organisation politique, et aussi le gouvernement anglais, vont lui compliquer la vie. Un peu, beaucoup, tragiquement.

Le pardon, le compromis, les excuses, tout cela a-t-il une place dans nos vies .? En général oui. Ce qu’il y a de bien avec les Shelby, c’est qu’ils rejettent en bloc ces notions, en bloc ou pas tout à fait ce qui ouvre la porte à quelques conflits intrafamiliaux croustillants.

Les russes blancs de cette saison sont bien décadents, pour ne pas dire dégénérés. Les italiens trop arrogants. Les méchants sont encore plus méchants, puissants et brutaux. Les personnages devenus un peu faiblards sont éliminés sans pitié (scénariste, c’est comme jardinier, il faut savoir tailler dans l’histoire ). Ici pas de place pour la niaiserie ou même pour l’idée de quiétude.  A l’inverse, les personnages les plus forts montent en puissance, comme celui d’Alfie Salomon, gangster juif philosophe et caractériel. Polly, de plus en plus magnifique.

Ce que j’ai le moins aimé ? La fin. Ça se fait pas.

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Homeland, saison 6, very prenant

Carrie Mathison travaille dans une ONG à New-York. Tous les jours, elle rend visite à Quinn en rééducation après son AVC de Berlin. Une nouvelle présidente vient d’être élue. Son projet politique, notamment concernant les interventions militaires extérieures et le rôle des services de renseignement, déplaît fortement à certains, dont le redoutable Dar Adal. C’est parti pour 12 épisodes.

“Si tu ne supportes pas que tes amis te mentent, tu t’es trompé de métier” lance Saul Berenson. La série ne faiblit pas. S’enrichit même de la complexité accrue des personnages, dont celui de Dar Adal qui prend une place centrale dans cette saison 6. D’autres personnages inquiétants font leur apparition, comme le terrible Brett O’Keeffe, prédicateur télévisuel d’extrême droite, prêt à toutes les manipulations, tous les faits alternatifs, et qui est certainement inspiré de personnages réels, que je ne cite pas ici par méconnaissance de la scène politique américaine. De jolies scènes entre Saul et sa sœur, colon israélien fanatisée. La fin, un peu inattendue, et c’est tant mieux.

Pas mal de réflexions sur la situation au Proche-Orient, sur le détournement des réseaux sociaux, sur les dérives de l’état d’exception ( là-bas ils ont le Patriot Act, ici nous avons par exemple l’article 421-2-5-2, créé par la loi du 3 juin 2016 ), sur la fragilité de la démocratie, sur la brutalité de la parole et de l’affrontement politique américain.

La série est prenante, sans temps mort, sans facilité. Vue sur Netflix. Vivement la saison 7 ! Une raison de s’abonner à la concurrence quand elle sortira.

A voir. C’est sûr.

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Manhunt Unabomber, de Discovery Channel, passionnant

1995. Aux USA sévit un mystérieux criminel qui envoie des bombes par la poste. Des blessés, des mutilés, des morts. Le FBI le recherche en vain depuis des années et a créé pour cela l’UTF, la Unabomber Task Force.

C’est justement à l’UTF qu’est affecté Jim Fitzgerald, ancien policier devenu profileur, et qui vient de recevoir son diplôme du FBI “avec les plus grands honneurs”. On lui demande d’établir un profil “propre et sans fautes de frappe” sur la base de l’évaluation en cours, profil destiné au Ministère de la Justice. Fitz, comme on l’appelle, se met au travail, et très vite il est amené à contredire la thèse qu’on lui demande de confirmer. Ca n’ira pas sans mal. Il ira de découvertes en découvertes.

Plein de choses intéressantes et séduisantes dans cette série en 8 épisodes, initialement produite par Discovery Channel, et actuellement diffusée sur Netflix. Je les liste.

1 • Le jeu des deux personnages principaux, Sam Worthington et Paul Bettany, en fragilité, en force d’âme, en déchirements intérieurs, en rigidité, en intelligence. Le Sam Worthington de cette série est à l’opposé de ce qu’il a pu faire dans Avatar. Il y a quelque chose dans sa gestuelle, dans sa démarche, dans son regard, qui traduit ses fêlures, son embarras. Autant de vulnérabilité sans affectation, un tour de force.

2• La construction du récit, en aller-retours temporels incessants qui vont s’espaçant plus on avance, qui créent de l’ironie dramatique et de la tension, et qui permettent d’introduire des causalités et du mystère.

3 • Le récit de l’invention d’une nouvelle science humaine : la linguistique criminelle où comment faire le portrait de quelqu’un à partir de ses écrits, de ce qu’il y met, et aussi de ce qu’il n’y met pas.

4 • L’idée que dans le fond l’enquêteur partage en grande partie les vues d’Unabomber, sans approuver ses crimes. Ses idées, sa critique  d’une société où l’homme est dominé par la technologie, la série nous les propose. Pourquoi s’arrêter à un feu rouge alors qu’il n’y a aucune autre voiture, ou que le feu ne protège aucune intersection et que la route est vide ? Le même jour, je lisais un article sur l’extension de la vidéoverbalisation à Bordeaux. On n’arrête pas l’antiprogrès.

Les épisodes sont assez courts, 42 minutes. Le casting est impeccable. La mise en scène inventive. La production à la hauteur. C’est passionnant. A voir.

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Mindhunter, de David Fincher, intéressant

Fin des années 70 aux Etats-Unis. Un jeune agent du FBI, Holden Ford, est amené à s’intéresser à la psychologie de certains criminels. Il fait bientôt équipe avec un agent plus expérimenté, Bill Tench, et l’entraîne dans cette nouvelle direction. A l’insu de leur hiérarchie, ils vont interviewer un homme condamné pour plusieurs crimes à caractère sexuel. “Comment attraper les fous si on ne sait pas comment pensent les fous ?” diront-ils pour leur défense. Ils seront rejoints par le Dr Carr, universitaire criminologue, rigoureuse et pénétrante.

Ce qui est très intéressant dans cette série c’est de voir se construire de manière pratique, et parfois douloureuse, une nouvelle approche en matière de criminologie. A l’époque, le concept de tueurs en série n’existait pas, et ils vont l’inventer.

L’histoire avance sur un rythme assez lent. S’y mêlent leur apprentissage, forcément lent, leurs difficultés, leurs découvertes conceptuelles et pratiques, les quelques enquêtes auxquelles ils participent. Les couleurs sont sombres, un peu grisâtres, un peu beige. Les crimes sexuels, c’est pas la joie nous rappelle ainsi le réalisateur alors que le rôle de là mère dans l’apparition des déviances meurtrières hante les premiers épisodes.

Jonathan Groff un peu doucereux je trouve, Holt McCallany apporte une maturité virile en contrepoint, et Anna Torv ne se laisse pas marcher sur les pieds.

A voir sur Netflix.

PS : Je n’aime pas du tout le générique dont le montage façon “images subliminales” m’agresse.

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Westworld, de J.J. Abrams et Jonathan Nolan, compliqué

Série inspirée de Mondwest (livre puis film). Sur HBO. Quelque part dans l’ouest américain un parc d’attraction ramène les visiteurs au temps du far-west. Ils y croisent des hôtes, des robots humanoïdes, qui animent les lieux. Ils peuvent vivre toutes sortes d’aventures et laisser libre cours à leurs instincts. Jouissances et violence débridée au programme. Les hôtes blessés ou tués sont réparés avant d’être remis en service pour un nouveau cycle touristique. Le parc est dirigé par l’un de ses deux fondateurs. Il y a le département du “comportement des hôtes”, celui des “scénarios”, celui de la sécurité, etc. Quand on rentre dans l’histoire, il y a pas mal de tension entre les différents services. Et une récente mise à jour du système d’exploitation des hôtes induit chez eux des rêveries. Des rêveries, ou des souvenirs, voire un début de conscience ? Ca commence comme ça et l’histoire se développe en 10 épisodes de 52 minutes pour la saison 1.

Les 3 premiers épisodes sont brillants, prenants. Ensuite il y a comme un faux plat avec une sensation de répétition et de complications un peu inutiles au plaisir du spectateur. Puis la conclusion prend forme dans les 3 derniers épisodes. Autrement dit, ça tire un peu à la ligne. Mais ça reste brillant, intéressant, et pas du tout fait à l’économie. Attention aux différents niveaux temporels de narration, faut comprendre et suivre. Ou l’inverse. Pas du tout sûr d’y être arrivé ! Casting de choix. Dolores (la photo ci-dessus), Maeve et Bernard impressionnent. Qu’est ce qu’un être vivant ? Qu’est ce qui définit la conscience ? Donc des locomotives à vapeur, des robots, de la métaphysique, de la baston. A voir.

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