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Le Nazi et le Barbier, d’Edgar Hilsenrath, saisissant

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A la lecture des débuts dans la vie de Max Schulz, bébé aryen aux cinq pères possibles et au beau-père pédéraste violeur, on se dit que concernant les perspectives d’une existence paisible et heureuse pour Max, né en Allemagne au début du 20ème siècle, c’est mal parti. Mauvaise époque, mauvais endroit, mauvais pays.

Max s’engage dans la SS, devient un SS génocidaire (des détails comme autant de claques dans la gueule tout au long du livre). Après-guerre, pour échapper à la justice, il se fait passer pour Itzig Finkelstein, son ami d’enfance assassiné car juif. Puis Max quitte Berlin pour la Palestine, y devient barbier – le métier que les Finkelstein lui ont appris –  et aussi terroriste pour chasser les anglais. Sera-t-il un jour jugé et puni pour ses crimes ?

Après Fuck America que j’ai beaucoup aimé, je me suis précipité sur d’autres oeuvres d’Edgar Hilsenrath. J’ai commencé par Le Nazi et le Barbier, resté impublié en Allemagne pendant des années alors que le livre faisait un tabac aux Etats-Unis. Toutes proportions gardées, c’est comme si un français vivant aux Etats-Unis écrivait en français un livre sur la guerre d’Algérie, que ce livre publié en anglais avait le Pulitzer, et qu’il ne se trouvait aucun éditeur pour le sortir en France.

J’ai eu du mal au début. C’est dur. C’est très dur. D’autant plus dur qu’il y a de la dérision, de l’humour noir, du sexe à tout va. Et que l’on a le point de vue du bourreau. Max Schulz / Itzig Finkelstein n’a pas d’empathie. Il ne pense qu’à s’en sortir, qu’à la suite. Toute sa vie se fait aux dépends des autres, et principalement aux dépends des Juifs. Et le récit se fait parfois aux dépends des Juifs – et de ceux que Max rencontre – en raison de l’ironie dramatique extrême de la situation. Mais, petit à petit, je suis rentré dans l’histoire. D’abord parce que c’est un résumé des événements, de la culture, de la vie d’avant-guerre, de la guerre, de l’après guerre en Allemagne, puis en Palestine qui devient Israël. Ca m’a intéressé. Et aussi parce qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de savoir ce qu’il allait advenir de Max Schulz. Allait-t-il se faire prendre, juger et punir ? Ou plutôt, comment allait-t-il se faire prendre, juger et punir ?

Comptez pas sur moi pour spoiler la fin.

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Fuck America, d’Edgar Hilsenrath, admirable

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1952, New-York. Jakob Bronsky, survivant de l’holocauste, a 27 ans et en paraît 40. Il vit d’expédients et essaye d’écrire un livre sur ce qu’il a vécu en Allemagne pendant la guerre. Problème, gros problème, il ne se souvient de rien. Cette histoire, c’est celle de Fuck America. Roman génial.

Fuck America, c’est l’histoire – maintes fois racontée par mains auteurs – d’un écrivain qui devient écrivain. Ce qui rend cette lecture délectable, c’est l’emboîtement des récits autobiographiques, romancés, et imaginaires. C’est cru, sans complaisance. C’est parfois très drôle. C’est aussi la description du New-York des années 1950, où la férocité sociale le dispute à la bêtise.

Fuck America est aussi un livre qui parle aujourd’hui alors que des millions de migrants frappent à la porte de l’Europe.

Nous devions jouer une partie de l’échange de lettres qui ouvre le livre lors du premier Lever de rideau de la Troupamateur. Luc jouait Nathan Bronsky (le père de Jakob) et moi le Consul général. Faute de temps de jeu disponible, la scène a sauté (et nous nous n’avons pas sauté de joie). Tout ça pour dire que Fuck America a été adapté au théâtre.

Fuck America donne très envie de lire les autres livres d’Edgar Hilsenrath. Un grand merci à Luc Broutin pour me l’avoir fait découvrir. Donc à lire.