Archives par étiquette : turquie

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, bouleversant

mustang

Film sorti mi-2015. Je l’avais loupé. Séance de rattrapage grâce à Télérama et au Trianon de Sceaux. Merci !

Turquie de nos jours. Une région reculée au bord de la mer. Fin de l’école, début de l’été. Comme d’autres camarades de classe, des garçons, cinq soeurs rentrent à la maison, située dans un petit village. A pied parce qu’il fait beau. Le chemin longe la mer. On s’éclabousse, on se pousse à l’eau, on joue. Arrivées à la maison de leur grand-mère (elles sont orphelines, élevées par leur grand-mère et leurs oncles et tantes), elles se voient vivement reprocher leur conduite supposément obscène, conduite intolérable au regard des conventions et des traditions. Elles tombent des nues. Mais brutalement, leur vie change. Radicalement.

Mustang, c’est le récit d’un combat entre la joie de vivre et l’arriération, entre la lumière et le mensonge. Et comme dans tout combat, il y a des victimes.

Mustang, c’est aussi la peinture d’une Turquie à deux vitesses, où la modernité de la pensée et des modes de vie cohabite avec le patriarcat le plus arriéré, le plus hypocrite, voire criminel.

Quelques adultes sont des alliés. La plupart sont veules, éteints, parfois violents. Les soeurs elles sont lumineuses, éclatantes, bouleversantes, craquantes. Je me souviendrai longtemps des jeux, des sourires, de la tendresse et des regards de ces cinq actrices, toutes débutantes sauf une. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Mustang est nommé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers. A voir.

PS : Pourquoi le titre de Mustang ? Je n’ai rien encore lu à ce sujet. Je suppose que le mustang du film, c’est la benjamine, celle qui raconte l’histoire, celle qui refuse “les robes informes couleur de merde”, celle qui ne veut pas se laisser dompter, maîtriser, enfermer, domestiquer.

PS2 : 26 février, Césars du meilleur scénario et du meilleur premier film, un peu de bonheur aussi pour le spectateur qui a aimé

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

La promesse d’une vie, de et avec Russel Crowe, déception, raconter c’est choisir

lapromessedunevie

1915-1916. Pour contrer l’entrée en guerre de l’Empire ottoman, pour protéger l’accès par mer à la Russie, les alliés tentent de prendre le contrôle du détroit des Dardanelles. L’opération est un désastre. Les trois jeunes fils du héros, Joshua Connor un paysan australien, sont portés disparus. 4 ans plus tard, sa femme devenue dépressive se suicide. Sur sa tombe, Joshua promet à sa femme de retrouver ses fils. Il part pour la Turquie maintenant occupée par les anglais. Aventures.

Un grand acteur qui réalise c’est toujours une promesse. Une promesse qu’un artiste ayant par nature le sens du récit nous offre un beau moment de cinéma. Et comme j’aime beaucoup Russel Crowe, et que j’admire son talent à faire vivre toutes sortes de personnages, je suis allé voir La promesse d’une vie avec curiosité et gourmandise.

On voudrait y croire. On a envie d’y croire. Mais quelque chose ne prend pas. Trouver le pourquoi du comment n’est pas facile. C’est une histoire où s’entremêlent plusieurs histoires, plusieurs sujets : le deuil d’un père, la cruauté de la guerre, la rencontre entre des cultures, l’aveu de la mort d’un père, la naissance d’une romance, le conflit entre l’amour et la tradition, la montée du nationalisme turc, la culpabilité dont on se lave ou pas, …. Tout intéresse beaucoup le réalisateur. Il ne choisit pas. Et nous non plus. On s’intéresse un peu à tout, et au final pas à pas grand chose car le récit nous laisse un sentiment d’inachevé. Jusqu’à la scène finale quelque peu étriquée. Sur ce premier film, Russel Crowe grand acteur a montré son ambition et son appétit, mais il n’a pas démontré qu’il était un grand raconteur, et aussi un grand réalisateur. On ira voir son prochain.

Petite remarque en passant. On voit, ce qui est intéressant, le point de vue turc sur la guerre. Le film les présente comme des victimes : des alliés qui les envahissent, des grecs – une bande d’affreux – qui massacrent et pillent, des puissances alliées qui se partagent l’empire. Ce point de vue aurait pu se discuter un poil, non ?

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

 

The cut, de Fatih Akin, bouleversant

thecut

1915, débute le génocide arménien. 1918, un forgeron rescapé des travaux forcés et des massacres part à la recherche de ses deux filles, toujours vivantes lui a-t-on dit. Il ira beaucoup plus loin qu’il ne l’avait imaginé. Magnifique, émouvant. Une des rares représentations au cinéma du génocide arménien, abîme de cruautés. L’absolue détermination d’un père. L’idée que la barbarie n’est jamais très loin, et en annonce toujours d’autres, quelle que soit la longitude. L’idée aussi que partout peuvent se trouver des justes. J’y suis allé sans trop savoir, j’en suis sorti bouleversé.